6 mars 2025, 16:33
Mascarade PV
Je me crispe quand il lève sa baguette magique, mais si peu. J'aurais été plus méfiante si j'avais été en pleine possession de mes moyens, mais là je ne peux que me crisper, sans guère de réactions en plus. Je ne suis pas capable de suffisamment de concentration pour imaginer qu'il puisse me vouloir du mal, pas après ces minutes passées en compagnie l'un de l'autre. Parfois, sans se connaître, on sait. Je ne connais rien de lui, mais je sais qu'il ne m'attaquera pas ; il n'en a pas le profil. Plus tard, je m'effrayerai d'avoir eu cette pensée, moi qui suis si prompte à me méfier des autres. Mais pour le moment, je me contente de pencher la tête sur le côté, curieuse et en même étonnée qu'il n'ait pas choisi, plutôt, de me balancer un sourire triste ou un autre « dommage » au visage.

Toute tendue et sur mes gardes je suis, mes yeux s'écarquillent quand le papillon apparaît. Minuscule, fragile de papillon de lumière et de brume qui s'échappe de sa baguette magique pour voleter autour de moi. J'ai un hoquet de surprise. Alors même que je sais que cela ne servira à rien, je lève la main pour essayer de le toucher, comme une enfant ébahie. Je me rétracte juste avant de le faire, je me contente de cette simple tentative de contact.

Évidemment, voir ce Patronus me rappelle un autre être de lumière, avec ses quatre pattes, son pelage luminescent, son long museau. Et ce loup que je revois se détacher dans l'obscurité des couloirs de Poudlard me rappelle celui de ce cauchemar qui revient régulièrement. Un loup qui m'emmène à celle que je désire retrouver. Une grimace désagréable s'affiche sur mes traits. Mon bras retombe le long de mon corps.

Montrer son Patronus à quelqu'un, ce n'est pas un geste anodin. La créature qui apparaît en dit long sur la personne. Tout à coup, je comprends le choix de son masque — l'aurait-il choisi s'il n'avait pas trouvé cette explication pour coller au thème ? Peut-être. Ce n'est pas important. Mon état est trop mauvais pour que je me lance dans des hypothèses sur la signification du papillon — et même si je n'étais pas dans cet état, je ne me serais pas essayée à cet exercice inintéressant : il est quasiment impossible d'expliquer un Patronus, surtout quand on ne connait rien de la personne.

« Pas mal, » commenté-je d'une voix pâteuse.

Je ne lâche pas le papillon du regard. Sa danse lumineuse m'hypnotise. Comment a-t-il deviné que seule la magie pouvait me faire revoir l'image que je me suis fabriquée de lui ? Comment a-t-il deviné qu'il y avait une image à revoir ?

« Vous avez visé juste. Pas mal, répété-je, pour un papillon en régression. »

6 mars 2025, 20:54
Mascarade PV
Son humeur calée sur sa légèreté musicale, Hjúki ne sait à quel point le charme sera éphémère. Quoiqu’il vaille face aux forces du mal, ce jaillissement lumineux qui prend forme lui prouve que la tristesse n’a pas entièrement ravagé son cœur, il lui montre que sa joie existe encore. Au point d’être heureux, la question serait perverse. Cette étincelle qui lui donne matière à se réjouir alimente de fait son papillon, elle est primordiale pour se sentir capable de reprendre pied, aussi envahissantes soient les sombres émotions ou la douleur. Cette incarnation le trahit également, dévoilant que le masque derrière lequel il se dissimule comporte plus de vérité que de métamorphose. Ce n’est qu’à l’évocation du juste que le jeune mage est prêt à confronter de face la louve. Le papillon se dissipe quand ses pensées reviennent à la charge. Aussi acerbe ait-elle été, il est parvenu à apporter l’image d’un nouveau papillon, à créer une balance, un contrepoids. Réparer l’offense de la peine obscène par la douceur des ailes. L’important n’est pas ce qu’il ressent vis-à-vis à de la louve, mais de soi. Il s’est rattrapé, a peut-être contré la cristallisation de l’image de son travers, le papillon en pure broie de sa béance. Pour Hjúki, le sacrifice de cette partie privée de soi, qui avoue sa vulnérabilité tout en démontrant sa force, en vaut la peine, il se pardonne. Sa baguette s’abaisse. Sa stratégie des pensées heureuses a sans doute fait son œuvre, car il répond d’une voix étrangement calme. « Je vous devais un papillon en renaissance. »

7 mars 2025, 09:56
Mascarade PV
Mon regard ne quitte pas l'être de lumière jusqu'à ce qu'il disparaisse. J'apprécie ses ailes jaillissantes de magie, ses brumes protectrices. C'est une magie que j'admire pour sa beauté et pour sa complexité. Peut-être que je l'admire également parce que je ne parviens pas à le lancer. Mon coeur se serre brièvement. Cela fait longtemps que j'ai laissé de côté mes tentatives pour ce sortilège : je n'aime guère le processus qui permet d'arriver à sa réussite.

Observer le papillon m'empêche de trop regarder son propriétaire. Mais lorsqu'il baisse sa baguette, je suis bien forcée d'observer les ailes bleues de son visage, son regard à travers le masque. Il me semble moins humide. Et quand il prend de nouveau la parole, j'ai l'impression que les vagues sont désormais loin. Contrairement à moi, qui me sens encombrée de mille choses. Ce n'est pas tant la sensation que l'homme tangue devant moi, que celle de ma gorge nouée et de mes pensées torturées. Je renifle doucement, hausse les épaules et fronce les sourcils pour mieux accommoder sur celui qui a été mon cavalier.

« Vous m'deviez rien, » lancé-je dans un souffle, d'une voix guère articulée.

Je coule dans sa direction un regard intrigué. Dans toute autre situation, j'aurais affirmé que si, il me devait quelque chose, mais que son acte de magie, tout aussi magnifique soit-il, ne pourra jamais remplacer ce que notre jeu et sa tristesse affichée, incontrôlée, m'a fait ressentir et me fait encore ressentir. Mais je ne suis pas dans une autre situation. Je sais exactement ce qu'il s'est passé, d'où est venue cette tristesse, et je ne suis pas capable de l'en rendre entièrement coupable.

7 mars 2025, 11:37
Mascarade PV
Elle réfute d’une façon qui réveille l’empathie de Hjúki, et l’accable d’impuissance. Il n’aura ni les mots ni les gestes pour ramener à louve à la légèreté, elle est sûrement la seule capable de se tirer de sa propre pesanteur. Son papillon n’a pas miraculeusement tout effacé et envahi de joie, il en a conscience. Ni l’image, ni la vague. Rangeant sa baguette, il porte un index sur sa poitrine et dessine sans y réfléchir une petite spirale. Le manque n’est pas colmaté, il s’est efforcé d’en conscrire le tracé, de le métamorphoser en un sillon doux-amer, un strié de chagrin et de consolation. Il préfère cet effet réel mais modéré du Patronus sur ses émotions à la fausseté d’un Alegrio qui le bernerait, mais que pour un temps. Ou même à l’oubli. Métamorphoser le souvenir, le recolorer, plutôt que d’avoir besoin de le noyer. À voir la louve, il n’est même pas sûr que l’alcool soit capable d’engourdir au point qu’il l’aurait fantasmé, en fin de compte. Il soupire. « Peut-être me le devais-je… Quel don n’est point teinté d’égoïsme ? Prenez-le comme une moindre compensation. » Son doigt ne cesse de repasser le trait, de dérouler le motif en spires dans un sens puis dans l’autre, formant comme une ancre pour résister au champ de pesanteur que dégage la louve et qu’il ne parvient à ignorer.

7 mars 2025, 17:23
Mascarade PV
Oui, songé-je en le regardant longuement, d'un regard qui a oublié qu'il n'aimait pas rester fixe sur les autres, peut-être qu'il le devait davantage à lui-même qu'à moi. Un drôle de rictus m'étire les lèvres : j'apprécie sa sincérité brute. Pour une fois qu'on m'avoue tout de go son égoïsme. Je me retrouve à n'avoir plus rien à dire, puisque je ne peux pas lui reprocher de ne pas avoir agi pour moi, mais de l'avoir fait pour lui.

« Soit. »

Je crois, de toute façon, que mes mots m'auraient été arrachés même si j'avais voulu parler au moment où je remarque son drôle de mouvement, au niveau de sa poitrine. Son index qui tourne dans un sens puis dans l'autre, puis encore dans un sens et dans l'autre. Sourcils froncés, j'observe sans doute un peu trop longuement, perdant à la fois le fil de mes pensées et de la conversation. Je ne sais pas si c'est l'alcool ou un fait réel, mais j'ai l'impression que cet homme-papillon fait partie des rares de ce monde. Les rares qui ne sont pas aussi ennuyants et banals que les autres. Mais sans doute dois-je avoir trop bu ce soir. Qui sait, peut-être que Rockfield m'apparaîtrait passionnante elle aussi, ce soir. Après tout, j'ai bien dansé avec Nerrah, puis avec celui-ci, j'ai même eu une longue discussion en sa compagnie — qui sait ce que me réserve la suite ?

« Votre nom ? » demandé-je subitement d'une voix machée.

Mes yeux escaladent laborieusement son torse jusqu'à atteindre l'espace ouvert pour les siens dans son masque. Je ne sais pas pourquoi la question m'a échappé. Le temps d'une seconde ou deux je me détourne pour balayer la foule qui s'est remise à danser autour de nous — je n'ai envie de rien, mais je sais qu'il me faudra bien agir à un moment ou un autre. Pourquoi Rockfield et Johnson ne viennent-ils pas me chercher ? Leur présence apaisera-t-elle les traces que les fantômes ont laissées dans mon âme ?

7 mars 2025, 18:14
Mascarade PV
L’examen qu’il subit se fait sans discrétion, mais il transforme l’aura de pesanteur en un poids de regard qu’il est plus aisé de surmonter. Hjúki est plus ou moins au courant que ses gestes n’ont pas forcément de sens évident, ce qui se cache sous son buste n’est qu’un organe sur lequel ses doigts n’ont aucun pouvoir, mais il ne peut pas s’en empêcher, il n’a pas la discipline pour se contraindre au rigide immobilisme et il sent que cette répétitivité physique l’aide à garder le calme. Le jeune mage ne saisit pas bien si la louve cherche à s’hypnotiser en le fixant, mais elle le surprend par une demande subite qui contrevient totalement avec la promesse de leur anonymat. Il est vrai que c’est le genre d’information que les gens se partagent sans trop attendre. Il n’a pas cherché à retenir de liste de noms ou des plans de table depuis Poudlard. D’ailleurs, il détestait l’usage du nom en milieu scolaire, au détriment du prénom. Pour lui, ce n’était pas une question de proximité mais d’identité. Hjúki, c’était vraiment lui, il aime bien le fait que son prénom le lie à ses racines germaniques. Anastase, en revanche, incarne l’écran d’une famille, dont toute une partie qu’il ne connaît même pas vraiment. Quelque part, il envie ses cousins de porter un nom en sachant ce que signifie cet héritage transmis par leur père. La seule façon dont il se l’est réapproprié n’est pas par la famille ou l’histoire de ses ancêtres mais par sa signification, la renaissance. Normalement, il aurait préféré confier Hjúki, mais son nom en somme peut faire office de prolongement de son masque et sonner tout à la fois comme un prénom. « Anastase », lâche-t-il enfin.

8 mars 2025, 08:30
Mascarade PV
Ma gorge commence doucement à se dénouer, mais je sens désormais comme une membrane autour de ma conscience, une présence désagréable qui l'encercle et l'enferme, qui pourrait à la première occasion se resserrer subitement pour l'étouffer. Elle m'est familière, cette membrane qui me menace, et pourtant je n'arrive pas à faire semblant de l'ignorer. Mes traits restent tendus, comme mes membres, et je sens qu'il ne suffirait que d'une étincelle pour mettre le feu aux émotions qui patientent en moi.

Sans trop de surprise, l'homme-papillon me donne ce que je veux. Ce que j'ai appris ces dernières longues minutes en sa compagnie c'est qu'il répond aux questions. J'en ai déjà acquis inconsciemment une certaine habitude : si je questionne, il répondra. C'est presque une règle ; elle n'est évidemment pas réciproque.

Anastase. Cela n'a rien de l'évidence d'un Smith ou d'un Rockfield, aussi ai-je le droit de me questionner : m'aurait-il fait l'affront de me donner son prénom au lieu de son nom comme je l'ai demandé et comme je le préfère ? Mes yeux se plissent légèrement, méfiants. Cela ne dure qu'une seconde. L'instant d'après, je décide (ou ma fatigue alcoolisée décide) que j'ai demandé un nom, donc j'ai un nom. Que ce soit vrai ou non, je m'en fiche. Anastase, donc. Bizarrement, cela lui va bien — si on considère qu'un nom peut aller ou non à quelqu'un. J'aurais été déçue qu'il ait un nom aussi banal que Jones ou Brown.

Je lui offre un mouvement sec de la tête, un acquiescement qui n'est pas un remerciement. Mes yeux repartent en quête de son torse sur le lequel ses doigts dansent toujours une chorégraphie que je ne comprends pas. Dans mon état, je suis à deux doigts de me demander s'il essaie de communiquer par des signes.

« Allez prendre l'air, Anastase, » incité-je alors d'une voix ferme en essayant de contrer ma difficulté à articuler.

Déjà, j'ordonne un mouvement de départ à mon buste, mes épaules se tournant vers la foule. Je ne sais pas s'il me faut m'isoler ou rejoindre ceux qui doivent m'attendre dans un coin. Sur cette pensée, je décide que je n'ai pas le choix. Leur présence, même si elle est désagréable, fera barrière au reste.
Dernière modification par Aelle Bristyle le 11 mars 2025, 08:47, modifié 1 fois.

8 mars 2025, 11:05
Mascarade PV
Hjúki ne comprend pas très bien l’usage qu’elle aurait de son nom. Cet héritage avec lequel les Spectres l’avaient laissé sans plus d’explication, sans grimoire familial où comprendre ses racines. Le jeune mage a tout de même ses limites, exprimerait-elle un doute, il ne fera rien pour le prouver. Il n’a pas renvoyé la demande car il ne sert à rien d’obtenir une information dont il ne se souviendra pas. Sa voix, ses contours peut-être, ses doigts qu’il a tenus le temps de leur valse étrange sont des éléments par lesquels il sait la reconnaître. Pas un nom, pas même un visage ne sauraient lui demeurer en mémoire aussi fortement que ce que ses sens ont imprimé. Elle aurait parfaitement pu lui répondre sans aussitôt le prononcer, mais elle éprouve ses sonorités tandis que son index ralentit en suivant la ponctuation musicale, chaque temps puis chaque mesure pour progressivement se passer de cette pression tactile. La louve a la fâcheuse tendance à questionner quand il énonce ses évidences, alors il se retient de le dire. Que la sensation est la plus belle des ivresses, la seule à laquelle il accepte de céder actuellement, celle précisément qu’il cherche en prenant l’air. Il regarde sans voir la piste, ne cherche pas le cygne d’argent qui saura le retrouver avant minuit. Et acquiesce à l’ordre qui n’en est pas un, prêt à embrasser l’étreinte d’un Niflheim.

11 mars 2025, 09:31
Mascarade PV
Du coin de l’œil je le vois acquiescer et cela suffit pour que je termine mon mouvement de départ. Mon regard s'égare une dernière fois sur son profil bleuâtre puis, entraînés par mon buste qui se détourne, mes yeux se tournent vers un nouvel horizon. Je m'éloigne dans la foule en contournant les danseurs. Je m'étonne d'entendre de nouveau la musique, de voir qu'une danse a recommencé. Je dois faire des appels à des talents insoupçonnés d'adresse pour éviter les corps qui se meuvent — comme j'ai le sang plein d'alcool, mes talents sont évidemment émoussés et je percute violemment quelqu'un. Je croise un regard bleu hors de lui, me reçois une vulgarité qui me passe au travers. Je grimace et m'éloigne en oubliant de m'excuser. La pièce tangue un peu plus autour de moi, mais je poursuis mon chemin en essayant d'atteindre les chaises et les tables les plus proches.

Je traîne avec moi le sentiment désagréable qui est né de ma conversation avec l'homme-papillon. Anastase. La membrane se resserre autour de ma conscience. Maintenant, je remarque les effets de l'alcool que j'ai bu ; les bords flous de ma vision, mes paupières lourdes, mes membres gourds, ma respiration affolé, ma bouche pâteuse, mes pensées diluées. Pas que je n'en avais pas conscience avant, mais en compagnie de l'homme, cela avait moins d'importance. Maintenant, j'ai peur de ma démarche maladroite, j'ai peur de ma difficulté à éviter les corps. Maintenant, j'ai peur de perdre le contrôle.

« Aelle ! »

Je tourne la tête sans voir qui m'a appelé, sans comprendre à qui cette voix que je connais appartient. J'en oublie même de le corriger sur mon prénom pour le forcer à utiliser mon nom. Je tourne sur moi-même, serre les poings pour ne pas tanguer, et soudain il est devant moi. Sa grande tête, ses cheveux bouclés, son yeux reconnaissables derrière son masque. À ses côtés, la tête blonde de Rockfield. Ses yeux bleus sont incandescents de fureur, mais je ne comprends pas pourquoi.

« Bah pour une meuf qui voulait pas danser, crache-t-elle, t'as plutôt bien dansé.
Ah. Vous avez vu, constaté-je en mâchonnant la moitié des mots.
Parce que t'aurais voulu qu'on remarque pas, c'est ça ?
Ashley, rit Johnson en secouant ses boucles brunes, laisse-là !
Il dansait bien, » affirmé-je en respirant longuement par le nez pour essayer de contenir les nausées.

Rockfield me foudroie du regard, mais je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi. Je la laisse faire, n'ayant pas la force, ni l'envie, de faire quoi que ce soit pour améliorer la situation. Maintenant que j'ai relâché mon attention, j'ai du mal à me concentrer ou à faire du tri dans mes pensées. Je ne suis plus en alerte, comme lorsque j'étais avec Anastase. Je ne suis plus que moi-même, désormais, sans ailes bleues pour me soutenir. Alors sans un mot, sans les prévenir, je m'éloigne de mes deux camarades pour prendre la direction des tables. Je percute quelques corps sur mon chemin, je zigzague un peu, mais je finis par arriver à bon port.

Je me laisse tomber sur la chaise et plante les coudes sur mes genoux pour mieux soutenir ma tête. Johnson et Rockfield s'asseyent de part et d'autre de moi.

« T'es bourrée, » balance la blonde d'une voix colérique.

Elle croise les bras sur sa poitrine. Elle est hors d'elle.

« T'es bourrée, répète Johnson, mais lui est hilare et il a un grand sourire sur les lèvres.
La ferme, » marmonné-je en me redressant lentement.

Je m'efforce de me tenir droite contre mon dossier et, à mon tour, je croise les bras sur ma poitrine car j'ai l'impression que cela m'aide à rester digne. Quelque part dans la foule doivent se trouver mes frères, peut-être m'ont-ils vu danser, aussi. Je m'en fiche. Je regarde vers la sortie de la bulle protectrice, curieuse de voir si Anastase va se décider à sortir ou non. En attendant, je respire profondément par le nez, puis j'expire longuement par la bouche. Ainsi, j'ai l'impression que je garde pied.

« Tiens. »

Sans me laisser le choix, Johnson me fourre un verre entre les mains. Je commence à râler, j'essaie de le lui rendre, mais il insiste.

« C'est de l'eau, » précise-t-il.

Comme c'est de l'eau, j'arrête de me débattre. Je hoche la tête, j'avale une gorgée. Puis je coule un regard en direction d'Ashley parce que je remarque son regard noir posé sur moi.

« Qu'est-ce que t'as ? lui balancé-je, heureuse de voir que je suis encore capable d'être froide, même quand je suis alcoolisée.
Rien, » réplique-t-elle en fronçant les sourcils.

Et elle tourne la tête du côté opposé, me refusant ainsi l'accès à son visage. Mais son visage, moi, je m'en fiche. Je me fiche de son regard noir ou de ses traits froissés, je me fiche de ses états d'âme. La seule chose que j'apprécie pour le moment c'est la fraîcheur de l'eau qui coule dans ma gorge et le bien-être que m'apporte la station assise.

À ma droite, Johnson se met à parler. Il fait des commentaires sur les danseurs, mais n'est jamais méchant. Il parle seul et dans le vide pendant un moment, jusqu'à ce qu'il réussisse à m'arracher une vague réponse. Puis il obtient la même chose de Rockfield et pendant quelques instants nous avons presque l'air d'avoir une conversation. Cela me suffit. Parler éloigne les vagues noires. Alors je parle et la tempête dans ma tête commence à s'apaiser.

Merci. Merci pour ces danses, la nôtre et les leurs. La rapidité et l'intensité de ce RP était un vrai bonheur. Au plaisir de recommencer, un jour.

12 mars 2025, 18:02
Mascarade PV
Brûlant, Hjúki a perdu tout sens des conventions, il ne la salue même pas proprement comme on le ferait pour clôturer une danse, lâcher sa cavalière dignement. Il n’y pense pas tellement, la louve lui a offert une échappatoire : il la saisit. Louvoyer sur une piste de danse n’est pas si différent des couloirs de roche du collège, dans lesquels il tenait à éviter tout frôlement, il sinue en direction de la sortie. Sa cape de vol récupérée, il ne l’endosse néanmoins pas. Il avance sur la place, le visage tourné vers le ciel, et laisse le courant glacé œuvrer. Transformer les pulsations qui ont chauffé sa peau en picotements vivifiants. Sa chaleur interne est encore trop forte pour se sentir geler. Le contraste lui est d’abord presque agréable, comme l’eau qui coule dans une gorge asséchée, il avait besoin de cette fraîcheur. Sans un mouvement, le jeune mage attend leur arrivée, patient. Alors, ils le saisissent. Les frissons. Ils le parcourent, le font trembler de ses jambes au buste. Il ne résiste pas. C’est son corps qui réagit à la sensation de glace, et Hjúki accepte cet empire sur son enveloppe de chair qui lui est mille fois préférable au contrôle que prend l’émotion sur son corps. Son esprit oublie la louve, il oublie son courroux suscité par la proposition de Phœbe de s’installer ensemble auprès de la rebutante citadelle, il oublie le manque qui oppressait sa poitrine ; il embrasse ses tremblements, le règne en vibrato corporel du Génie du Froid de Purcell. Son souffle dessine des volutes irrégulières de fumée dans l’air hivernal. Ses limites… il ne veut pas se laisser engourdir ou arriver au figement entier, que toute sensation disparaisse. Avant que la conscience de ses doigts ne lui échappe, il jette la cape en chape sur ses épaules. Elle n’a rien de comparable à l’étreinte des bras d’Opa dans lesquels il aime à se blottir ; mais elle étouffe ses vibrations en le réchauffant. Ce n’est même pas du fait de sa propre magie, mais de celle de sa sœur-de-cœur, qui tenait à le protéger des températures et intempéries du vol par ses charmes. Indirectement, c’est cet amour fraternel qui fait fondre la glace. Il caresse le pan intérieur, en se demandant s’ils seront plus heureux en se rapprochant, même en un lieu qui n’aura rien d’un Eden, au lieu de se traîner cette mélancolie dans l’isolement et la distance. Il ne veut pas y réfléchir, ce soir, alors il se contente d’absorber par le cocon enchanté la tendresse diffuse de celle qui était devenue sa sœur.

Reducio
Merci à toi, je suis heureux qu’ils aient valsé, que nous ayons ainsi valsé.