Enthalpie
ITE (1/?)
Spectre de la répétition. Bégaiement de l’Histoire. Refus de reproduire ce qui a déjà tué. Il faut donc que la cruauté se niche là où vos aspirations les plus belles vous laissaient croire en la vie, plus encore en l’existence. Et vous tombez du plus haut. Les abysses n’ont aucune fin, étourdissement complet. Nausée, rétrécissement du coeur, pression et pour finir évaporation de votre âme dans ce néant qu’est le passé.
Il est comme Sergeï, marqué par le noir dessein de la magie maléfique. Pourquoi doit-elle, au moment où elle donne enfin un morceau d’elle, pourquoi, lorsque l’âme s’ouvre à offrir la douceur dont elle est détentrice en secret, pourquoi faut-il recevoir la malédiction première ? Tu seras comme Emily, une victime silencieuse des sombrals, par le simple fait de l’avoir croisé aussi. Mère, fille, Père, lui. C’est impossible, elle ne peut le tolérer, ce destin infâme qui agit en écho, sentence terminale d’une enfance malheureuse. Tu ne le peux pas. Elle ne possède pas les mots inclus dans les vieux textes moldus. Et n’a aucune clé pour affronter ces pensées. Il lui arrive ce qu’elle redoutait le plus. Destin haïssable, le souffle, il le dit lui-même, elle s’en trouve privée, avant que cela n’arrive réellement. Elle ne respire plus. C’est la première mort. I can’t breathe. Mum, I can’t breathe. Il fallait donc en passer par là, me laisser croire que tout serait possible. Ouvrir en moi les vannes de l’espoir, rêver à des heures apaisées, joyeuses. Et même le bonheur de revivre. Sans appendice. Le bonheur. Une ruse, me faire desserrer l’étau, abandonner mes protections et le laisser prendre mon âme. Traquée, poursuivie, amadouée et finalement prise par ce destin diabolique. Springbok… Un faon dans les mâchoires en métal d’une magie monstrueuse. Elle est… je suis… non, je ne suis même plus. J’ai été, poussière ocre d’un rocher saharien, portée par les vents chauds, ceux d’une passion sans début ni fin, écume minérale de la terre ancienne. Retournée à la poussière dans l’hiver écossais. Je ne suis plus rien puisque je n’ai d’existence qu’au travers de lui, aristocrate des couloirs de Durmstrang, séducteur de femmes, réducteur d’enfants. Hjúki n’est rien ici, une surface lisse, sans réalité propre, un instrument de plus de la destruction par mon père de tout ce que nous sommes. Ni passé, ni présent, ni futur. Nous mourons de lui. J’ai peur, je lui dénie le droit de me le prendre mais c’est déjà trop tard. Partir à cause de lui, je n’en ai même pas peur. Je suis déjà là-haut, pas d’anastase pour moi. Pas d’Anastase…
Croire que l’âge d’or est un âge, pure folie. Une passade tout au plus, la virgule dans un texte, à peine une impression. Je me résigne et bascule en arrière, je me solidifie. Voilà une attitude qui m’est commune, je sais la maîtriser, être parce que paraître. Une ombre. Dans mon esprit, rien ne transpire de ce que vous lisez, ces idées sont infimes, et pourtant si majeures. Mais c’est de l’inconscient, sous-jacent. En altitude, je fais illusion, sage et recomposée. Détruite à l’intérieur, morte vous dis-je !
C’est impossible, je me dois de partir, fuir, le plus loin possible, le chasser de ma vie, l’expulser et tous les autres avec. Ces choses ne sont pas faites pour moi, je n’ai pas été programmée pour vivre ces délices. Père, je suis comme tu m’as faite, l’essence de l’impossible, la branche vénéneuse qui se meurtrit toute seule au contact des autres. Je suis toi. Et il n’existe pas de place pour deux noirceurs dans une même relation. C’en est fini de lui, c’en est fini de moi. Nous n’existons même plus, comme la neige a fondu nous avons disparu.
Tu ne peux être mien, les fantômes nous assaillent et mon coeur ne saurait se greffer au tien. Hjúki Anastase, pourquoi es-tu si proche de lui ? Le fallait-il vraiment ? Hjúki, si tu savais la torture que m’infligent tes paroles. Je suis sèche d'un torrent qui devrait venir des yeux. Je suis un désert.
Awake for ever, but makes no sense any more.
♥
MISSA (2/?)
VOUS...Il dit… VOUS. Cet être brisé en pleine construction. Ainsi paraîtrait-il que je sois assez attirante pour mériter l’amour ? Celui d’un monstre ? C’est… inattendu. Je fais la fière mais je suis déstabilisée. Que peut-il voir d’intéressant en moi ? Je ne suis pas un astre, les marées des grandes eaux ne sont pas dessinées par ma place dans le ciel. J’ai les miennes, flux et reflux de mon âme, perdition permanente, instabilité chronique. Je donne habituellement l’impression d’une grande rectitude, une plaine interminable, un lac salé, l’aridité. Et il ose dire qu’il m’aime ? Le mérité-je vraiment ?
Si seulement la chose s’en tenait là. Suite aux mots leurs significations. Est-il à ce point épris qu’il accepte de ne pas voir ma noirceur ? Ne la craint-il pas ? Je suis ahurie, j’en oublie ce qui précède, j’existe aux yeux de cet homme. Depuis la veille, je m’amuse à le voir tantôt enfant, tantôt homme. Homme derrière les pensées de l’enfant intransigeant, enfant tapi en celles d’un adulte. Il est possible que nous donnions l’impression d’une destinée rédigée avant nous. Ce n’est pas le cas croyez-moi. Quand il prononce ce mot, VOUS, je ne m’y attends tellement pas qu’il me vexe ; il l’a dit en premier. Les baisers et les gestes sont une chose mais les mots scellent ces choses. Ils sont le ciment, constituent le serment. Une analyse objective pousse à dire que son discours construit relève possiblement d’une manigance élégante. Alors je suis dupée, je perçois le sommet mais aucun des plans, aucune de leurs étapes. Immuablement, sur ce terrain-là, les femmes pensent par leur coeur.
Il dit vouloir me protéger, de lui donc de tout. Il est prémonitoire que la fin de la vie sépare les gens qui s’aiment. Si je suis la dernière alors j’aurai très mal. Oui, il faut me protéger. Mais c’est déjà trop tard. Hjúki, qu’ai-je donc fait pour mériter cela ?
Dois-je comprendre ? J’aimerais me persuader qu’il dit vrai. C’est cela, me persuader. Dans l’instant où je t’entends le dire, tous les maux s’évanouissent. VOUHHH. Une autre manière de l’entendre. Et pour moi ce devoir, l’accepter.
Etrange sentiment. Flattée mais courroucée. Il ne me possède pas. Il n’en est pas question. J’ai déjà bien du mal à être à moi avec toutes ces attaches qui me relient au passé, renié encore et encore. Moi, toujours moi, rien que moi. Egoïste. Soyons honnête, toutes ces pensées sont miennes mais une fois encore enfouies, dans cette forêt intime qu’il a su visiter. Je confesse un certain plaisir à me donner ainsi. Rien n’est concédé, juste suggéré. Et les gestes sont tous venus de moi. Je suis la pieuvre, la religieuse qui ment sur ses finalités. J’aguiche, je détermine. Je séduis. Conforme aux apparences de ces passés lointains, amazone et son arc, je l’ai au bout d’une flèche. Je crois bien être heureuse d’avoir atteint mon but. VOUS, MOI.
Mais lui a bien parlé… Pourquoi moi ? Par quel mystère ? Dans les livres, ils sont décrits, ces sentiments extravagants poussant au plus extrême. La passion. La même qui m’éloigne de Père. Voilà pourquoi j’échoue. Je me conforme à chercher la raison mais elle n’existe pas, pas en ces pays. Brûlés jusqu’à la roche, ils sont l’objet des assauts orageux, incessants territoires de désolation. Emue aux larmes, d’entendre successivement la glace et puis la lave. La vapeur me réduit, je suis à lui, que je le veuille ou non puisqu’il l’a énoncé. Un verbe, à peine une idée.
Et nous usons des mêmes mots, fusion démonstrative mais c’est lui qui l’a dit. Je ne maîtrise plus rien. Tout se passe en moins d’une seconde, c’est de cela qu’il s’agit, décrire médicalement la commotion. Je ne sais plus, je ne suis plus. Désarçonnée, à terre. Sans magie, sans moyens. Avec pour seul étai un garçon de mon âge qui ne voit que par MOI.
O what can ail thee, moon’s lover
♥
EST (3/3)
Intoxicate me
NOUS. Il pense à elle. Sa crainte n’est pas feinte. Alors comme ça elle aurait peur ? Et pourtant elle le veut. C’est donc un combat entre deux moitiés d’elle. Combien de grains de sable ont coulé par l’étroitesse du sablier en son milieu ? A peine deux ou trois... Nos esprits sont capables de penser longuement mais nos coeurs vont plus vite. Elle a souri, immédiatement. Circéia l’a voulu, Circéia l’a cherché. Mais il l’a devancée. Comme elle est immuable, cette femme ayant dévoré du regard le garçon qui s’est mis sur sa route. La neige, le sang, la peine. Et puis la foudre. Enfin les mots, beaucoup de mots, bien trop de mots. Deux gestes apparemment semblables mais il existe la différence entre les sentiments. Cette fois, elle ne réfléchit pas. S’il faut mourir de lui, par un accès de lui, elle s’en moque. La douleur elle s’en moque. Et la peine elle s’en moque. Ils sont proches ? Non, les mains... elle les colle à son buste, peu à peu, comme on approche deux tessons de céramique pour les reconstituer en une seule et même œuvre. « Oh, Hjúki... ». Mais elle ne le dit pas. Intuition que les sons briseraient l’équilibre. Il est en bakélite ? Elle prendra soin de lui. Mais Circéia ne peut parler. Elle a choisi le danger, le refus du passé, la possibilité du drame, l’inconnu. C’est la fin.
Et débute l’autre réalité. Sur un terrain qu’elle affectionne, celui des actes, elle écoute ce corps incontrôlé, cherche ses vagues, ses pulsations, le rythme de son âme. Coordonner les coeurs, entrer en résonnance. Non, ne plus rien chercher, il faut un jour renoncer à décrire. Juste montrer la joie, bonheur simple du moment qui ne reviendra pas. Se donner le temps, ne pas subordonner les mots à la peur du réel. C’est bien lui, et les frissons sillonnant l’étudiante représentent juste un peu la grâce dont elle rêvait. Le coeur calme comme un lac, donner de son essence pour qu’il trouve le repos. Essayer, ils ont la vie pour ça. Essayer d’être heureux. Quels sens cela a-t-il quand on a dix-neuf ans ? Les rêves des petites filles en modification. Il n’est pas une peluche. Prendre soin de Hjúki comme il a le souci de ne pas l’abîmer.
Respirer, vivre de lui, se donner à ses bras, s’emplir de chaque seconde car trop vite elles s’envolent.
Ses doigts sont malhabiles, une émotion nouvelle éclot, la prise de conscience. Tout est allé si vite et dès le premier instant, elle savait l’évidence. Les obstacles, elle sentira qu’elle en existera. Mais que le temps se suspende et eux deux avec lui.
Lui qui parlait de couches, sur les arbres… combien d’entre elles les entourent à cet instant précis ? Combien depuis la veille ? Le même geste, chercher à l’intérieur, creuser avec la tête, un peu entrer en lui, qui aussi a ouvert la porte désormais.
Circéia ferme les yeux. Comme le vide peut être reposant dans certaines circonstances. Aucune pesanteur, pas de noir, pas de blanc. Juste le firmament. Qu’il est difficile de décrire l’intérieur, la crainte de tout gâcher, le refus de voler un soupçon de sa joie. Qu’on la laisse en paix, sans vouloir décrypter tenants et arc-boutants. Sans paroles, on se rapproche de la seule Circéia, celle qui admire le monde depuis son hublot , celle qui rêve de la neige. Et qui se voit Anna. Elle a une chose de lui, la blancheur de la lune. Et surtout, surtout elle le tient dans ses bras. Et ne comptez pas trop qu’elle abandonne la place. Au moment de poser une main sur sa joue, tandis que son visage se tourne vers le sien, lèvres proches de ses lèvres, dans l’infinie douceur qu’un soignant maintiendrait en ce cas de danger, elle avance comme toutes les femmes du monde, sans un mot, décidée. Et je me donne à toi...
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Enthalpie
L’Aède invoque le soutien de la Muse.
De la proximité provoquant l’air mêlé, il se noie littéralement dans les Noirceurs de l’enchanteresse. Balloté, alors qu’il souhaitait s’y ancrer. Un goudron visqueux se déverse, coule hors d’elle. Il est emprisonné comme en des sables mouvants, sa Nuit ne peut se libérer. Il voit les ridules qui marquent la marée noire qui gargouille et l’envahit, les envahit. Où sont-ils ? Pour l’heure, c’est oublié, car il ne semble demeurer entre eux qu’un affrontement entre la Noirceur d’Hécate qui dissipe toute brillance Lunaire dans l’Ouranos ; et le Bleu de Nótt qui cherche sa Lune qu’il devrait être disposé à recueillir en son sein. Elle l’a absorbé, il ne faut jamais sous-estimer une Circé. Hjúki est en elle, jusqu’au Souffle qu’il lui envoie alors que sa respiration se coupe même momentanément. Ce n’est pas lui qui déborde, le funambule s’est assis au bord de rupture, a plongé dans sa mer pour échapper au tumulte ; et les voilà engloutis par l’Encre épaisse et suffocante que l’enchanteresse déverse sans mots, consciemment ou non. Des Serres d’Encre qui lui ont volé son Éclat, qui l’ont emprisonné, qui le broient. La tension est extrême, elle jugule même ses Vagues car son torrent a pris l’ascendant, alors que quelques secondes plus tôt il aurait pu verser des larmes si l’effondrement avait pris le dessus, il est à présent attaché, amarré. La Lune que les puissantes magiciennes disciples d’Hécate tiennent au creux de leurs mains par leur incommensurable puissance. Plus rien n’affleure, ni de l’un ni de l’autre. Leurs eaux-de-Regard coulent les unes en les autres, sans intermédiaire, mais aucune Goutte physique n’émerge ni ne glisse sur leurs joues. Aucune traînée, seulement cette intensité explosive qui les tient en une tétanisation commune. Il sent qu’elle l’a rejoint sur ce fil trop fragile. Deux funambules.
Elle malaxe son Cœur hésitant. Le goudron, la densité étouffante lentement se relâche. L’Encre de nouveau vive, la texture des eaux se rapproche, pas loin de pouvoir se mêler. Il s’entend palpiter. Qu’a-t-il dit, déjà ? Vous. Il ne l’aime pas comme Opa, mais elle est aussi son Souffle, sa Clef d’automate. Il ne saurait tout exposer de façon raisonnée, du moins il a compris qu’elle faisait partie de ces Puissances qu’il quêtait, dont il avait besoin. Qui insufflent. Prométhée façonna d’abord d’argile mais par le Souffle les a fait tels, humains. Il est Coppélia. La mécanique vulnérable qui avait besoin de si fins réglages et surtout d’un Créateur qui crût en son humanité, en son Âme. Le Réceptacle des Souffles qui l’animent, huilent ses rouages et préviennent les déraillements. En demi-vie sinon. Respirations. Elle avait compris, elle le lui avait humblement offert. Leurs vitalités peuvent s’échanger, se permuter. Deux Nuances de Nyx déjà se mélangent. L’enchanteresse l’aimerait-elle ? Ce n’est pas son souci immédiat. Qu’elle accepte de s’insinuer un peu en lui ; qu’elle accepte qu’il s’immisce un peu en elle. Y a-t-il suffisamment d’espace pour eux deux, sans consumation ni dissipation ? Elle existe. Il existe. Quel mal risque-t-elle auprès de lui ? Quel mal risque-t-il auprès d’elle ? L’inconscience adolescente les guide-t-elle, ces Icare ? La Lune a besoin du Soleil, ce même Soleil qui a le pouvoir de la dévorer si elle s’en approche trop. S’il est une Force conciliante, c’est toutefois bien Circé… Ses Noirceurs brillent enfin, des Étoiles. Le processus suit son court : le liquide est de plus en plus en fluide, vivace, vital. Il n’accroche plus, il est même presque prêt à rejoindre dans sa forme la plus légère et volatile le céleste Royaume qu’ils briguent.
Au bord… rompt-on nécessairement ou bien est-il un moyen de rétrograder, de retomber en apaisement ? L’enchanteresse s’anime après ce qui a paru une éternité de contorsions pour ne pas s’écraser, mais cela n’a sans doute duré qu’une fraction de Chronos. Sans les mots, sans la parole et ses mélodies qui ont besoin de se glisser dans la durée, dans le rythme ; Chronos avance à un pas aléatoire, indéterminable. Ainsi est-il même possible de lui voler des instants qui ne soient pas même soumis à son empire. Auraient-ils accompli ce tour de force ? Elle a retrouvé le Souffle. Le sien, le leur. Celui de l’animation, par lequel elle se meut, il perçoit le changement de position, l’altération des postures. Il s’était approché pour qu’elle comprenne qu’il n’y avait entre eux qu’un seul air. Et cet air, dans cette infime coulée de clepsydre, s’est renouvelé, s’est partagé, s’est échangé. Invisible, en toute discrétion, s’en sont-ils seulement rendu compte ? Elle vibre, envoie sa note. Il ne faut point dissoner, ou alors leurs corps-des se feront mal. Le geste est infime, précision et synchronisation. Sa mer est redevenue calme, bienfaisante. Nourrissante, buvable. Pourtant, elle lui en coupe rapidement l’accès. Épuisés par la fusion si fervente, si extrême de leurs Encres, de leurs facettes Astrales. La corde surtendue qui les liait jusqu’alors redevient lâche. Elle approche une main de sa joue, qu’il a miraculeusement gardée sèche. Cette rupture a bien lieu, mais elle est infiniment plus douce que ce qu’ils risquaient. Sans un mot, ensemble, par une entente tacite pas même intentionnelle ; ils ont désamorcé l’explosion qui guettait, imminente. Deux Étoiles ont-elles le droit de se toucher ? Si interdit il y a, ces deux paraissent du moins n’en faire aucun cas. Tant pis pour les observateurs croyant connaître parfaitement le paysage céleste, alors qu’elles s’emploient à les dérouter par cet étrange phénomène.
Avant que les relents culinaires qui s’échappent à quelques pas d’eux ne les replongent dans la réalité ; qu’ils profitent de leurs Cieux partagés.
I : Le Lun[e]di 22 janvier 2046 est un soir de Pleine Lune.
Sous l’égide d’Érato
Nouvelle Lune
À l’Encre Noire
Fille d’Hécate ; pourquoi éteins-tu nos Cieux ?
Pourquoi déploies-tu tes sombres Arts et ton pieu ?
Dans quelle obscure marée te vois-je sombrer ?
Fille d’Hécate ; l’Astre Lunaire amarré.
Fille d’Hécate ; pourquoi éteins-tu nos Cieux ?
Pourquoi déploies-tu tes sombres Arts et ton pieu ?
Dans quelle obscure marée te vois-je sombrer ?
Fille d’Hécate ; l’Astre Lunaire amarré.
De la proximité provoquant l’air mêlé, il se noie littéralement dans les Noirceurs de l’enchanteresse. Balloté, alors qu’il souhaitait s’y ancrer. Un goudron visqueux se déverse, coule hors d’elle. Il est emprisonné comme en des sables mouvants, sa Nuit ne peut se libérer. Il voit les ridules qui marquent la marée noire qui gargouille et l’envahit, les envahit. Où sont-ils ? Pour l’heure, c’est oublié, car il ne semble demeurer entre eux qu’un affrontement entre la Noirceur d’Hécate qui dissipe toute brillance Lunaire dans l’Ouranos ; et le Bleu de Nótt qui cherche sa Lune qu’il devrait être disposé à recueillir en son sein. Elle l’a absorbé, il ne faut jamais sous-estimer une Circé. Hjúki est en elle, jusqu’au Souffle qu’il lui envoie alors que sa respiration se coupe même momentanément. Ce n’est pas lui qui déborde, le funambule s’est assis au bord de rupture, a plongé dans sa mer pour échapper au tumulte ; et les voilà engloutis par l’Encre épaisse et suffocante que l’enchanteresse déverse sans mots, consciemment ou non. Des Serres d’Encre qui lui ont volé son Éclat, qui l’ont emprisonné, qui le broient. La tension est extrême, elle jugule même ses Vagues car son torrent a pris l’ascendant, alors que quelques secondes plus tôt il aurait pu verser des larmes si l’effondrement avait pris le dessus, il est à présent attaché, amarré. La Lune que les puissantes magiciennes disciples d’Hécate tiennent au creux de leurs mains par leur incommensurable puissance. Plus rien n’affleure, ni de l’un ni de l’autre. Leurs eaux-de-Regard coulent les unes en les autres, sans intermédiaire, mais aucune Goutte physique n’émerge ni ne glisse sur leurs joues. Aucune traînée, seulement cette intensité explosive qui les tient en une tétanisation commune. Il sent qu’elle l’a rejoint sur ce fil trop fragile. Deux funambules.
Quartier de Lune
Aux Encres Mélangées
Fille des Astres ; partagerons-nous nos Cieux ?
Régnerons-nous ensemble d’un vœu humble et pieux ?
De quelle Couleur repeindrons-nous notre Voûte ?
Fille des Astres ; rend-moi ma Lueur dissoute.
Fille des Astres ; partagerons-nous nos Cieux ?
Régnerons-nous ensemble d’un vœu humble et pieux ?
De quelle Couleur repeindrons-nous notre Voûte ?
Fille des Astres ; rend-moi ma Lueur dissoute.
Elle malaxe son Cœur hésitant. Le goudron, la densité étouffante lentement se relâche. L’Encre de nouveau vive, la texture des eaux se rapproche, pas loin de pouvoir se mêler. Il s’entend palpiter. Qu’a-t-il dit, déjà ? Vous. Il ne l’aime pas comme Opa, mais elle est aussi son Souffle, sa Clef d’automate. Il ne saurait tout exposer de façon raisonnée, du moins il a compris qu’elle faisait partie de ces Puissances qu’il quêtait, dont il avait besoin. Qui insufflent. Prométhée façonna d’abord d’argile mais par le Souffle les a fait tels, humains. Il est Coppélia. La mécanique vulnérable qui avait besoin de si fins réglages et surtout d’un Créateur qui crût en son humanité, en son Âme. Le Réceptacle des Souffles qui l’animent, huilent ses rouages et préviennent les déraillements. En demi-vie sinon. Respirations. Elle avait compris, elle le lui avait humblement offert. Leurs vitalités peuvent s’échanger, se permuter. Deux Nuances de Nyx déjà se mélangent. L’enchanteresse l’aimerait-elle ? Ce n’est pas son souci immédiat. Qu’elle accepte de s’insinuer un peu en lui ; qu’elle accepte qu’il s’immisce un peu en elle. Y a-t-il suffisamment d’espace pour eux deux, sans consumation ni dissipation ? Elle existe. Il existe. Quel mal risque-t-elle auprès de lui ? Quel mal risque-t-il auprès d’elle ? L’inconscience adolescente les guide-t-elle, ces Icare ? La Lune a besoin du Soleil, ce même Soleil qui a le pouvoir de la dévorer si elle s’en approche trop. S’il est une Force conciliante, c’est toutefois bien Circé… Ses Noirceurs brillent enfin, des Étoiles. Le processus suit son court : le liquide est de plus en plus en fluide, vivace, vital. Il n’accroche plus, il est même presque prêt à rejoindre dans sa forme la plus légère et volatile le céleste Royaume qu’ils briguent.
Pleine Lune
À l’Encre d’Argent
Fille d’Hélios, respecteras-tu l’équilibre ?
Nos Essences tirées des racines d’un arbre,
En branches extrêmes, et bientôt mises à nu ?
Fille d’Hélios, je te prie, attend ma venue.
Fille d’Hélios, respecteras-tu l’équilibre ?
Nos Essences tirées des racines d’un arbre,
En branches extrêmes, et bientôt mises à nu ?
Fille d’Hélios, je te prie, attend ma venue.
Au bord… rompt-on nécessairement ou bien est-il un moyen de rétrograder, de retomber en apaisement ? L’enchanteresse s’anime après ce qui a paru une éternité de contorsions pour ne pas s’écraser, mais cela n’a sans doute duré qu’une fraction de Chronos. Sans les mots, sans la parole et ses mélodies qui ont besoin de se glisser dans la durée, dans le rythme ; Chronos avance à un pas aléatoire, indéterminable. Ainsi est-il même possible de lui voler des instants qui ne soient pas même soumis à son empire. Auraient-ils accompli ce tour de force ? Elle a retrouvé le Souffle. Le sien, le leur. Celui de l’animation, par lequel elle se meut, il perçoit le changement de position, l’altération des postures. Il s’était approché pour qu’elle comprenne qu’il n’y avait entre eux qu’un seul air. Et cet air, dans cette infime coulée de clepsydre, s’est renouvelé, s’est partagé, s’est échangé. Invisible, en toute discrétion, s’en sont-ils seulement rendu compte ? Elle vibre, envoie sa note. Il ne faut point dissoner, ou alors leurs corps-des se feront mal. Le geste est infime, précision et synchronisation. Sa mer est redevenue calme, bienfaisante. Nourrissante, buvable. Pourtant, elle lui en coupe rapidement l’accès. Épuisés par la fusion si fervente, si extrême de leurs Encres, de leurs facettes Astrales. La corde surtendue qui les liait jusqu’alors redevient lâche. Elle approche une main de sa joue, qu’il a miraculeusement gardée sèche. Cette rupture a bien lieu, mais elle est infiniment plus douce que ce qu’ils risquaient. Sans un mot, ensemble, par une entente tacite pas même intentionnelle ; ils ont désamorcé l’explosion qui guettait, imminente. Deux Étoiles ont-elles le droit de se toucher ? Si interdit il y a, ces deux paraissent du moins n’en faire aucun cas. Tant pis pour les observateurs croyant connaître parfaitement le paysage céleste, alors qu’elles s’emploient à les dérouter par cet étrange phénomène.
Avant que les relents culinaires qui s’échappent à quelques pas d’eux ne les replongent dans la réalité ; qu’ils profitent de leurs Cieux partagés.
Demain, Máni leur offrira son Sourire.I
I : Le Lun[e]di 22 janvier 2046 est un soir de Pleine Lune.
Enthalpie
Ces baisers où l’on se mélange maladroitement n’ont pas de sens pour elle. De très loin elle préfère le tenir dans ses bras. Et qu’il la tienne aussi. Si Hjúki le suscite, elle suivra mais Circéia opte pour la tendresse. Des clapotis se font entendre, il ne faudrait pas laisser la mixture attacher. Ils ont le temps car tout se passe si vite en fait. Eux ont clairement l’impression du temps arrêté. Il file, immuablement. Sans jamais faillir à son écoulement ancestral. Parcourant son dos avec deux mains avides de le serrer un peu plus fort, elle frôle ses lèvres. C'est encore plus attachant. Alors elle le cherche du regard, enfin, en le trouvant, la fée lui adresse un sourire non seulement soulagé mais empli de ce calme dont tous deux ont besoin.
Se comprendre, chaque jour à chaque instant. Elle sait la force qui l’anime. Mais c’est une autre chose que de la combiner avec celle de Hjúki. Il fallait être habile pour esquiver le drame. Une étape. Elle n’est que la première d’un nouveau cycle. Il faut répondre.
- Nikita a dormi toute la nuit à vos côtés vous savez !?!
Il pourrait sembler qu’une telle circonstance soit ennuyeuse. Après tout, elle l’a veillé plus de six heures avant de s’endormir. Et en fait, encore plus mais elle compte mal les heures.
- Il a été en Russie, c’est un globe trotter mon chat ! Et des garçons, il en a vu…. Des amis, jamais plus mais assez pour que je puisse vous dire que vous lui plaisez. Au fait, dormir sur des coussins n’est jamais confortable. Si vous avez des courbatures, je pourrais les masser. Je prends des cours du soir tous les dimanches matin.
La bulle éclate de rire. Et saisit sa canne avec entrain. Tac tac. Elle n’a pas la sensation de l’avoir abandonné en délaissant ses bras. C’est tout l’appartement qui s’est mué en leur intérieur. Un avant, un après. Tac tac. Elle regarde le chat gratter à la fenêtre, puis se raviser. Tourne le dos au félin, ausculte la cuisson, sans rien dire, et revenir vers lui, comme si une manigance était en gestation.
- Hjúki, vous êtes ici chez vous, je le redis. Ne prenez pas cela comme une simple politesse, vous m’obligeriez si vous reveniez très vite… j’imagine qu’il sera difficile pour moi de vous rendre visite à Poudlard…
Le lac, les lieux mythiques où des milliers de jeunes sorciers se sont embrassés pour leur première fois. N’ayant pas apposé son nom sur la liste, et elle en retire une petite fierté, la sorcière ne rêve pas de rattraper sur le tard ce manque. Non, il faut trouver un moyen subtil de l’inviter, et peu importe la raison.
- … et puis… je peux procéder à quelques aménagements s’il le faut. J’ai droit à deux sorts par jour. J’ai décidé de tenter l’abstinence mais je peux faire une exception… la lune sait se cacher derrière les nuages !!
Redevenue espiègle, Circéia goutte un jeu qu’elle adorait. Toute petite, avec son père. Le taquiner, jouer les bravaches, défiant quiconque se met sur sa route sans en avoir reçu l’autorisation. Par moments, c’est plus fort qu’elle, il faut provoquer. Défaut dangereux car elle oublie l’émotivité du garçon. Il ne faudrait pas lui faire peur, un amoureux peut céder à la panique. La mort de l’autre est pour certains une pensée inconcevable. Tout comme elle n’imagine déjà plus ce lieu vidé de lui. Mais il ne faut pas aller trop vite. Parler d’un lit en place des coussins serait déplacé. Elle s’occupera de tout le temps venu. L’une des limites de sa détestation paternelle est enfermée à Gringotts. Après tout, user de la fortune familiale n’est pas interdit. Aucun tribunal ne lui a signifié une quelconque illégalité tapie au plus enfoui des territoires gobelins. Et s’il n’a jamais été question pour elle de vivre dans l’opulence, elle peut s’autoriser quelques ponctions ponctuelles.
- Croyez-vous que c’est cuit ? Je n’y connais rien en cuisine moldue, apprenez-moi.
S’il lui fait les mêmes discours que ses théories sur les sédimentations constitutives d’un oignon, il rentrera très en retard à Poudlard. Mais elle aime déjà tant l’écouter qu’il pourrait bien lui lire un livre d’Histoire de la magie, elle y verrait un roman russe. Un piéride de l’aubépine, voilà ce qu’elle est, petit papillon blanc cerclé de noir. Il sait qu’il est beau et s’évertue à vous tourner autour. Beau dans votre regard, grâce à vous.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Se comprendre, chaque jour à chaque instant. Elle sait la force qui l’anime. Mais c’est une autre chose que de la combiner avec celle de Hjúki. Il fallait être habile pour esquiver le drame. Une étape. Elle n’est que la première d’un nouveau cycle. Il faut répondre.
- Nikita a dormi toute la nuit à vos côtés vous savez !?!
Il pourrait sembler qu’une telle circonstance soit ennuyeuse. Après tout, elle l’a veillé plus de six heures avant de s’endormir. Et en fait, encore plus mais elle compte mal les heures.
- Il a été en Russie, c’est un globe trotter mon chat ! Et des garçons, il en a vu…. Des amis, jamais plus mais assez pour que je puisse vous dire que vous lui plaisez. Au fait, dormir sur des coussins n’est jamais confortable. Si vous avez des courbatures, je pourrais les masser. Je prends des cours du soir tous les dimanches matin.
La bulle éclate de rire. Et saisit sa canne avec entrain. Tac tac. Elle n’a pas la sensation de l’avoir abandonné en délaissant ses bras. C’est tout l’appartement qui s’est mué en leur intérieur. Un avant, un après. Tac tac. Elle regarde le chat gratter à la fenêtre, puis se raviser. Tourne le dos au félin, ausculte la cuisson, sans rien dire, et revenir vers lui, comme si une manigance était en gestation.
- Hjúki, vous êtes ici chez vous, je le redis. Ne prenez pas cela comme une simple politesse, vous m’obligeriez si vous reveniez très vite… j’imagine qu’il sera difficile pour moi de vous rendre visite à Poudlard…
Le lac, les lieux mythiques où des milliers de jeunes sorciers se sont embrassés pour leur première fois. N’ayant pas apposé son nom sur la liste, et elle en retire une petite fierté, la sorcière ne rêve pas de rattraper sur le tard ce manque. Non, il faut trouver un moyen subtil de l’inviter, et peu importe la raison.
- … et puis… je peux procéder à quelques aménagements s’il le faut. J’ai droit à deux sorts par jour. J’ai décidé de tenter l’abstinence mais je peux faire une exception… la lune sait se cacher derrière les nuages !!
Redevenue espiègle, Circéia goutte un jeu qu’elle adorait. Toute petite, avec son père. Le taquiner, jouer les bravaches, défiant quiconque se met sur sa route sans en avoir reçu l’autorisation. Par moments, c’est plus fort qu’elle, il faut provoquer. Défaut dangereux car elle oublie l’émotivité du garçon. Il ne faudrait pas lui faire peur, un amoureux peut céder à la panique. La mort de l’autre est pour certains une pensée inconcevable. Tout comme elle n’imagine déjà plus ce lieu vidé de lui. Mais il ne faut pas aller trop vite. Parler d’un lit en place des coussins serait déplacé. Elle s’occupera de tout le temps venu. L’une des limites de sa détestation paternelle est enfermée à Gringotts. Après tout, user de la fortune familiale n’est pas interdit. Aucun tribunal ne lui a signifié une quelconque illégalité tapie au plus enfoui des territoires gobelins. Et s’il n’a jamais été question pour elle de vivre dans l’opulence, elle peut s’autoriser quelques ponctions ponctuelles.
- Croyez-vous que c’est cuit ? Je n’y connais rien en cuisine moldue, apprenez-moi.
S’il lui fait les mêmes discours que ses théories sur les sédimentations constitutives d’un oignon, il rentrera très en retard à Poudlard. Mais elle aime déjà tant l’écouter qu’il pourrait bien lui lire un livre d’Histoire de la magie, elle y verrait un roman russe. Un piéride de l’aubépine, voilà ce qu’elle est, petit papillon blanc cerclé de noir. Il sait qu’il est beau et s’évertue à vous tourner autour. Beau dans votre regard, grâce à vous.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Enthalpie
Leurs surfaces s’uniformisent, les embranchements se joignent ; les tourbillons s’apaisent, les rugosités s’aplanissent. Ses Noirceurs de nouveau affrontent cet air, d’une Coul[e]ure chantante de paisible cours d’eau. Puis, elle tranche. *Pourqu…* Il pense saisir, sans certitude toutefois.
« Étrange, je ne laisse jamais les familiers de mes camarades de dortoirs m’approcher. La vie animale est trop… imprévisible. Croyez-vous donc que si son… instinct félin ne s’est méfié alors que j’étais dans l’Érèbe, vous suivriez alors son jugement sur moi ? »
Soir… le matin ? Quelque chose lui échappe, mais il n’insiste pas. Il n’a en tête que l’Étoile de Vénus, mais ce n’est sans doute pas son propos, il le garde dans un coin de son esprit. Il fallait s’en douter, la réalité le frappe de plein fouet alors qu’elle parle de sa résidence forcée, de Poudlard où il devra retourner dans l’après-midi pour reprendre aussitôt les cours le lendemain. Pour une bien longue période, a priori, puisque les châtelains ne bénéficiaient que de deux périodes de retrait en outre de celle estivale. Il leur faudrait vraisemblablement attendre la célébration pascale. Il pourrait avec ironie faire remarquer que Poudlard, engoncée dans ses traditions, déterminait scrupuleusement les vacances de Pâques selon le calendrier liturgique chrétien, selon la date déterminant la résurrection du Christ. D’où des périodes de cours inégales d’une année à l’autre, cette date pouvant fluctuer à l’échelle de semaines. En tant qu’Anastase, il le savait trop bien. Et après, irait-elle toujours dire que c’est de la culture moldue ? Les sorciers sont enfoncés jusqu’au cou dans des traditions moldues dépassées depuis des siècles, mais qui ont bien été moldues. Il comptait en tout cas sur son Opa pour ne plus commettre d’imprudences telles qu’un voyage intense au-delà de son île Irlandaise qui l’avait envoyé à l’hôpital sur cette terre d’escale. Le jeune homme avait bien compris qu’il n’était pas prêt à renoncer à certaines possibilités que son âge lui arrachait peu à peu.
« Je vous remercie, Poudlard ne libère que trop rarement ses résidents, et tant que même le pont d’entre-Mondes que constitue Pré-au-Lard demeure inaccessible, les seules vacances sont possibles. J’ai eu une dérogation cette fin de semaine parce que… »
Il lâche une profonde expiration où perce l’accablement derrière la confession avant de continuer.
« …Opa a voulu voyager, depuis la côte Ouest de l’Irlande jusqu’ici. Évidemment la traversée n’a pas été sans conséquences et…interventions médicales, vous voyez. »
Hjúki évite habilement d’entrer dans les détails, il en a sans doute déjà trop dit. Son Beschützer avait naturellement tenté de minimiser au plus l’ampleur des dégâts mais après tous les indices de sa faiblesse grandissante constatés depuis ces derniers mois, cette dernière année ; son Enkel avait eu le besoin impérieux de voir par lui-même, de ne pas être écarté des préoccupations importantes concernant son tuteur. Sans cela, il aurait sans doute fini avec un manuel de gérontologie sur sa table de chevet en lecture du soir en lieu des révisions d’ASPIC.
Il accepte volontiers le changement de sujet, quoique déroutant. Il la contemple d’abord quelques secondes avec un étrange rictus avant de parler d’une voix hésitante, ne sachant pas si elle attend une réponse sérieuse ou si c’est une forme étrange d’ironie qu’il n’est pas en mesure de saisir.
« Vous n’avez pas oublié la loi de Gamp, je suppose. S’il y a bien une chose qui ne peut être générée par la magie, c’est justement la nourriture. Nous composons avec majoritairement les mêmes aliments que les moldus, il ne fait pas sens de parler de cuisine moldue ; que ce soit de l’huile de coude ou un sortilège donnant l’impulsion au couteau cela reste les mêmes morceaux au bout du compte. D’ailleurs pour les Potions c’est surtout la manipulation physique des ingrédients qui compte, les tours de mélange se font à la main, … »
Il pourrait faire un catalogue étendu mais ne continue pas plus longuement. Quels qu’aient été son mode de vie et son éducation, elle a été indéniablement corrompue par la magie en toutes choses, pour en venir à sortir des combinaisons de mots telles que ‘cuisine moldue’. Comme si la magie pouvait faire de la cuisine augmentée, Ducasse s’en retournerait dans la tombe. Il en revient tout de même à la question au sens strict.
« Hum…les aliments changent de couleur ou de texture à la cuisson, dans certains cas c’est important pour la comestibilité, dans d’autres cas c’est simplement une question de goût. Comme…les cuissons dites al dente ou fondante qui sont préférées de l’un ou de l’autre mais autant mangeables. Je vous apprends vraiment quelque chose ? »
S’approchant du récipient il jauge la préparation, et alors que les effluves viennent enrober son nez, l’essentiel lui est rappelé.
« L’odeur aussi diffère le long du processus. En attendant trop, nous risquerions d’être frappés de celle du brûlé, il est certainement temps. »
Elle voulait un nom, tout à l’heure… En réalité, il ne préparait pas tant un repas qu’une mixture telle qu’il aimait en faire. Cette Potion mêlait des goûts, des textures, des senteurs, des coloris, elle clapotait. Potion des Sens ? Nul besoin de le dire, si elle le sentira.
« Étrange, je ne laisse jamais les familiers de mes camarades de dortoirs m’approcher. La vie animale est trop… imprévisible. Croyez-vous donc que si son… instinct félin ne s’est méfié alors que j’étais dans l’Érèbe, vous suivriez alors son jugement sur moi ? »
Soir… le matin ? Quelque chose lui échappe, mais il n’insiste pas. Il n’a en tête que l’Étoile de Vénus, mais ce n’est sans doute pas son propos, il le garde dans un coin de son esprit. Il fallait s’en douter, la réalité le frappe de plein fouet alors qu’elle parle de sa résidence forcée, de Poudlard où il devra retourner dans l’après-midi pour reprendre aussitôt les cours le lendemain. Pour une bien longue période, a priori, puisque les châtelains ne bénéficiaient que de deux périodes de retrait en outre de celle estivale. Il leur faudrait vraisemblablement attendre la célébration pascale. Il pourrait avec ironie faire remarquer que Poudlard, engoncée dans ses traditions, déterminait scrupuleusement les vacances de Pâques selon le calendrier liturgique chrétien, selon la date déterminant la résurrection du Christ. D’où des périodes de cours inégales d’une année à l’autre, cette date pouvant fluctuer à l’échelle de semaines. En tant qu’Anastase, il le savait trop bien. Et après, irait-elle toujours dire que c’est de la culture moldue ? Les sorciers sont enfoncés jusqu’au cou dans des traditions moldues dépassées depuis des siècles, mais qui ont bien été moldues. Il comptait en tout cas sur son Opa pour ne plus commettre d’imprudences telles qu’un voyage intense au-delà de son île Irlandaise qui l’avait envoyé à l’hôpital sur cette terre d’escale. Le jeune homme avait bien compris qu’il n’était pas prêt à renoncer à certaines possibilités que son âge lui arrachait peu à peu.
« Je vous remercie, Poudlard ne libère que trop rarement ses résidents, et tant que même le pont d’entre-Mondes que constitue Pré-au-Lard demeure inaccessible, les seules vacances sont possibles. J’ai eu une dérogation cette fin de semaine parce que… »
Il lâche une profonde expiration où perce l’accablement derrière la confession avant de continuer.
« …Opa a voulu voyager, depuis la côte Ouest de l’Irlande jusqu’ici. Évidemment la traversée n’a pas été sans conséquences et…interventions médicales, vous voyez. »
Hjúki évite habilement d’entrer dans les détails, il en a sans doute déjà trop dit. Son Beschützer avait naturellement tenté de minimiser au plus l’ampleur des dégâts mais après tous les indices de sa faiblesse grandissante constatés depuis ces derniers mois, cette dernière année ; son Enkel avait eu le besoin impérieux de voir par lui-même, de ne pas être écarté des préoccupations importantes concernant son tuteur. Sans cela, il aurait sans doute fini avec un manuel de gérontologie sur sa table de chevet en lecture du soir en lieu des révisions d’ASPIC.
Il accepte volontiers le changement de sujet, quoique déroutant. Il la contemple d’abord quelques secondes avec un étrange rictus avant de parler d’une voix hésitante, ne sachant pas si elle attend une réponse sérieuse ou si c’est une forme étrange d’ironie qu’il n’est pas en mesure de saisir.
« Vous n’avez pas oublié la loi de Gamp, je suppose. S’il y a bien une chose qui ne peut être générée par la magie, c’est justement la nourriture. Nous composons avec majoritairement les mêmes aliments que les moldus, il ne fait pas sens de parler de cuisine moldue ; que ce soit de l’huile de coude ou un sortilège donnant l’impulsion au couteau cela reste les mêmes morceaux au bout du compte. D’ailleurs pour les Potions c’est surtout la manipulation physique des ingrédients qui compte, les tours de mélange se font à la main, … »
Il pourrait faire un catalogue étendu mais ne continue pas plus longuement. Quels qu’aient été son mode de vie et son éducation, elle a été indéniablement corrompue par la magie en toutes choses, pour en venir à sortir des combinaisons de mots telles que ‘cuisine moldue’. Comme si la magie pouvait faire de la cuisine augmentée, Ducasse s’en retournerait dans la tombe. Il en revient tout de même à la question au sens strict.
« Hum…les aliments changent de couleur ou de texture à la cuisson, dans certains cas c’est important pour la comestibilité, dans d’autres cas c’est simplement une question de goût. Comme…les cuissons dites al dente ou fondante qui sont préférées de l’un ou de l’autre mais autant mangeables. Je vous apprends vraiment quelque chose ? »
S’approchant du récipient il jauge la préparation, et alors que les effluves viennent enrober son nez, l’essentiel lui est rappelé.
« L’odeur aussi diffère le long du processus. En attendant trop, nous risquerions d’être frappés de celle du brûlé, il est certainement temps. »
Elle voulait un nom, tout à l’heure… En réalité, il ne préparait pas tant un repas qu’une mixture telle qu’il aimait en faire. Cette Potion mêlait des goûts, des textures, des senteurs, des coloris, elle clapotait. Potion des Sens ? Nul besoin de le dire, si elle le sentira.
Enthalpie
L’homme ne s’en laisse pas compter. Il a bien compris que Circéia cherche une échappatoire. Poliment, il se laisse mener au sein d’un conversation dont il serait capable de contourner la substance. Mais, et cela plaît beaucoup à la jeune femme, il ne cherche pas à la bousculer dans ses pudeurs. Est-il conscient de l’effet provoqué ? Circéia est farouche, elle n’aime pas se sentir traquée, forcée. Et jusqu’ici, il a su merveilleusement la respecter. Elle ne saurait dire si cela tient uniquement à une éducation réussie ou s’il est hors normes. Il est clair qu’elle prend un plaisir fou à le regarder faire, l’écouter, même dans ses taquineries. Elle sait cuisiner, certes. Et il ne lui apprendra pas grand-chose, en théorie. Mais à l’évidence elle ne maîtrise pas l’art du mijoté. Encore plus moldu. Sa mère lui a appris une façon de cuisiner totalement fondée sur la magie, elle ne saurait estimer l’état d’une cuisson par des moyens… préhistoriques. En outre, elle a pris très rapidement de mauvaises habitudes depuis ses débuts à l’ISDM. Par esprit pratique, elle fait chaque semaine les mêmes plats, deux jours avec viande, un jour le poisson, des substituts le reste du temps. Et surtout, le soir, des pâtes ou des légumes exotiques dont la vertu est le prix modique. Elle fait systématiquement les mêmes préparations et déteste les pâtes trop cuites. En fait, elle a des habitudes de garçon si ce n’est qu’elle pense quand même un peu à l’équilibre. Des fruits secs mais elle évite les fruits frais, chers et aléatoires en qualité. Avec une prédilection pour la noisette et le chocolat en tablettes. Et si elle aime une boisson, c’est le thé. Mais il le sait déjà… Une chose est sûre, elle ne met pas autant de précision dans le geste que Hjúki, pour qui tout semble devoir être méticuleusement fait sous peine d’être jeté au rebus. Il a raison, elle ne devrait pas se déprécier mais c’est plus une élégance qu’un excès. Oui, sa façon de lui faire comprendre est douce, c’est une personne pertinente. Elle adore son esprit.
- Disons que… Hjúki, je ne vous juge pas… Il a juste compris que vous étiez calme. Il vous apprécie et j’ai toutes les raisons du monde de... lui donner raison. Nous avons je crois le même avis lui et moi mais je suis juste plus….
Elle ne finit pas sa phrase, avouer qu’on est timide est mièvre. Et ce n’est pas tout à fait la vérité. Elle est… réservée mais saurait marquer son territoire s’il le fallait. Et puis, si la peur la traverse, c’est de prononcer des mots trop vite, des mots qu’elle a en elle mais qui ont du mal à sortir. Forcer leur éclosion serait malencontreux. S’ils doivent venir, ils seront là quand elle le pourra. C’est difficile mais elle sait combien il est important de ne pas brusquer les choses. Elle a trop souffert d’avoir dit des choses qu’il aurait mieux « valu » garder pour elle.
Il est en tout cas passionnant à écouter, cet homme explique les choses avec une clarté digne de ses professeurs les plus affolants.
-… Vous savez, je ne maîtrise réellement que les pâtes. Mais vous semblez connaître l’art des choses mijotées, sans la magie c’est plus compliqué. On pourrait sans doute faire illusion en utilisant les ingrédients de notre monde mais certaines recettes me sont totalement étrangères. Vous êtes plus savant plus que moi, en tout cas sur les oignons !
C’est plus fort qu’elle, faire tomber la pression d’une excitation qui l’agite. Elle a mis le couvert, deux assiettes face à face mais après hésitation. Côte à côte lui semblait plus efficace s’il fallait travailler ensemble l’explication culinaire.
- Alors installons-nous si vous pensez que c’est prêt. Choisissez.
Il tournera le dos à la bibliothèque ou aux coussins, faisant fi du savoir ou du plaisir. Mais il sera proche d’elle. Et c’est important pour Circéia qui manque tellement de ce qu’il lui apporte...
Hjúki.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
- Disons que… Hjúki, je ne vous juge pas… Il a juste compris que vous étiez calme. Il vous apprécie et j’ai toutes les raisons du monde de... lui donner raison. Nous avons je crois le même avis lui et moi mais je suis juste plus….
Elle ne finit pas sa phrase, avouer qu’on est timide est mièvre. Et ce n’est pas tout à fait la vérité. Elle est… réservée mais saurait marquer son territoire s’il le fallait. Et puis, si la peur la traverse, c’est de prononcer des mots trop vite, des mots qu’elle a en elle mais qui ont du mal à sortir. Forcer leur éclosion serait malencontreux. S’ils doivent venir, ils seront là quand elle le pourra. C’est difficile mais elle sait combien il est important de ne pas brusquer les choses. Elle a trop souffert d’avoir dit des choses qu’il aurait mieux « valu » garder pour elle.
Il est en tout cas passionnant à écouter, cet homme explique les choses avec une clarté digne de ses professeurs les plus affolants.
-… Vous savez, je ne maîtrise réellement que les pâtes. Mais vous semblez connaître l’art des choses mijotées, sans la magie c’est plus compliqué. On pourrait sans doute faire illusion en utilisant les ingrédients de notre monde mais certaines recettes me sont totalement étrangères. Vous êtes plus savant plus que moi, en tout cas sur les oignons !
C’est plus fort qu’elle, faire tomber la pression d’une excitation qui l’agite. Elle a mis le couvert, deux assiettes face à face mais après hésitation. Côte à côte lui semblait plus efficace s’il fallait travailler ensemble l’explication culinaire.
- Alors installons-nous si vous pensez que c’est prêt. Choisissez.
Il tournera le dos à la bibliothèque ou aux coussins, faisant fi du savoir ou du plaisir. Mais il sera proche d’elle. Et c’est important pour Circéia qui manque tellement de ce qu’il lui apporte...
Hjúki.
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Enthalpie
L’élocution devient plus hésitante mais illustre parfaitement le propos. Il n’y que la nature humaine pour tenter de se justifier, embarrassée, d’un familier qui n’en a cure et qui certainement n’a pas la moindre once de conscience d’être le sujet de la conversation qui se joue au-delà de sa tête. Pour avoir la prétention de pouvoir éclairer, expliquer les intentions félines, les impulsions instinctives qui meuvent ce ou cette Nikita. Hjúki n’a pas très bien compris s’il s’agissait d’un mâle ou d’une femelle et s’est si peu soucié des spécimens qui pouvaient poser leurs coussinets contre la pierre trop froide du château pour être capable de faire la différence. Il sait seulement qu’ils sont silencieux, que même si certains vantent la douceur de leur fourrure les poils qu’ils sèment partout sont une horreur, qu’ils ont des bonnes habilités pour se créer des chemins de faufilages en des recoins insoupçonnés et que face à l’hostile tantôt sortent les griffes tantôt se trouvent une cache pour facilement plusieurs jours. Sans doute en sait-il à peine plus que rien. Poudlard en était envahi, mais il avait listé mentalement suffisamment de désagréments pour ne pas avoir envie de partager son quotidien avec. Bref, un chat ou une chatte, il n’en sait rien et n’ose commettre l’affront en posant une telle question. Au moins était-ce seul, car gérer la cohabitation de plusieurs chats sous le même toit comportait le risque de devoir gérer des combats félins féroces et impliquait d’avoir de bons détergents pour le sang animal. En y repensant, c’était sans doute une bonne chose qu’il ait seulement dormi à son contact, en éveil le jeune homme serait de prime abord méfiant s’il se posait sur lui.
« Il est vrai que nous nous posons sans doute bien plus de questions avant d’oser poser un geste, un mot ; que les chats. Essaieriez-vous de me faire comprendre que Nikita est un autre vous, celui qui ne se brigue pas ? »
Non pas qu’elle aurait osé dormir avec lui, car en cette position il était certain que nul n’aurait dormi, tout simplement. Plutôt dans le sens… elle lui ferait confiance et n’osant le montrer son familier ferait les gestes d’approche à sa place, libre de toute objection de la raison torturée. La qualification dont l’enchanteresse le dote sonne en décalage avec l’essence qu’il se connaît, ce qu’il ne manque pas de marmonner.
« Calme ? Vous n’avez certainement pas tout vu… »
Outre ses supputations, il ne saura sans doute pas elle est plus quoi puisque pour la énième fois – il n’a pas tenu le compte – Circéia fait montre de sa grande maîtrise de l’art de l’esquive, de la diversion. Ruptures et coups de fleuret pour provoquer le changement d’angle, jeter l’adversaire en un autre territoire, une nouvelle perspective. Hjúki n’est pas un aiguilleur scrupuleux, il ne l’accule pas et suit le mouvement ; si l’affaire est importante, le magnétisme aura raison d’elle, il n’en doute pas un instant.
« Empêcher le débordement de l’eau dans la cuisson des pâtes exige déjà une certaine maîtrise de la puissance de chauffe insufflée… Je suis vraiment curieux de savoir quel genre de partenaires de Potions nous aurions été, si quelque professeur nous avait forcés à faire la paire en un tournoi inter-niveaux. À mon sens, l’on ne saurait falsifier ou frauder sur la cuisson d’une Potion par une forme de magie étrangère qui corromprait celle du délicat mélange à qui la place pleine doit être offerte. Nous nous serions écharpés, sans doute… Mais qui aurait converti l’autre à sa cause ? »
La question sur laquelle il met le discours en suspens se veut sans doute innocente, ou du moins l’adolescent n’a-t-il pas conscience du potentiel déclencheur qu’elle recèle au cas où elle serait véritablement prise au sérieux et examinée. Sans préoccupation en dépit de ses mots qui eux pourraient avoir cette odeur de brûlé redoutée ; ses Perles-de-Nótt oscillant entre les deux positions permises poussent finalement son corps dos à la bibliothèque. Cette dernière serait une source de distraction indéniable alors qu’il ne pourra s’empêcher d’aligner les lettres en mots, compulsivement, et de dériver au gré des titres. Son hôte les connaît déjà tous, une fresque connue lui sera tout au plus apaisante mais sans exciter le besoin d’un déchiffrage, d’un décryptage. Un élément qui échappe au calcul, au raisonnement de Hjúki est l’énigme encore plus corsée qui lui fera face.
« Il est vrai que nous nous posons sans doute bien plus de questions avant d’oser poser un geste, un mot ; que les chats. Essaieriez-vous de me faire comprendre que Nikita est un autre vous, celui qui ne se brigue pas ? »
Non pas qu’elle aurait osé dormir avec lui, car en cette position il était certain que nul n’aurait dormi, tout simplement. Plutôt dans le sens… elle lui ferait confiance et n’osant le montrer son familier ferait les gestes d’approche à sa place, libre de toute objection de la raison torturée. La qualification dont l’enchanteresse le dote sonne en décalage avec l’essence qu’il se connaît, ce qu’il ne manque pas de marmonner.
« Calme ? Vous n’avez certainement pas tout vu… »
Outre ses supputations, il ne saura sans doute pas elle est plus quoi puisque pour la énième fois – il n’a pas tenu le compte – Circéia fait montre de sa grande maîtrise de l’art de l’esquive, de la diversion. Ruptures et coups de fleuret pour provoquer le changement d’angle, jeter l’adversaire en un autre territoire, une nouvelle perspective. Hjúki n’est pas un aiguilleur scrupuleux, il ne l’accule pas et suit le mouvement ; si l’affaire est importante, le magnétisme aura raison d’elle, il n’en doute pas un instant.
« Empêcher le débordement de l’eau dans la cuisson des pâtes exige déjà une certaine maîtrise de la puissance de chauffe insufflée… Je suis vraiment curieux de savoir quel genre de partenaires de Potions nous aurions été, si quelque professeur nous avait forcés à faire la paire en un tournoi inter-niveaux. À mon sens, l’on ne saurait falsifier ou frauder sur la cuisson d’une Potion par une forme de magie étrangère qui corromprait celle du délicat mélange à qui la place pleine doit être offerte. Nous nous serions écharpés, sans doute… Mais qui aurait converti l’autre à sa cause ? »
La question sur laquelle il met le discours en suspens se veut sans doute innocente, ou du moins l’adolescent n’a-t-il pas conscience du potentiel déclencheur qu’elle recèle au cas où elle serait véritablement prise au sérieux et examinée. Sans préoccupation en dépit de ses mots qui eux pourraient avoir cette odeur de brûlé redoutée ; ses Perles-de-Nótt oscillant entre les deux positions permises poussent finalement son corps dos à la bibliothèque. Cette dernière serait une source de distraction indéniable alors qu’il ne pourra s’empêcher d’aligner les lettres en mots, compulsivement, et de dériver au gré des titres. Son hôte les connaît déjà tous, une fresque connue lui sera tout au plus apaisante mais sans exciter le besoin d’un déchiffrage, d’un décryptage. Un élément qui échappe au calcul, au raisonnement de Hjúki est l’énigme encore plus corsée qui lui fera face.
Enthalpie
FAROUCHE
Et c’est important pour Circéia qui manque tellement de ce qu’il lui apporte. Des mots oubliés. Une réalité qu’il ne perçoit pas, existant en elle par bulles remontant à une surface lisse. Prétendument. Assise en face de lui, elle a d’abord écouté le garçon, détourné le regard après ses derniers mots. Une feuille de cigüe a sans doute traîné quelque part sur le plan de travail, allez savoir, ou peut-être l’air trop frais dans cette existence si longtemps menée en ermite. Elle qui, l’instant d’avant, le mangeait du regard, les yeux heureux, ne peut plus. Même ingérer ce qu’elle a dans son assiette s’avère un présage néfaste. Fallait-il vraiment qu’il en vienne là ? Circéia aime taquiner ses proches mais n’est pas habituée qu’on lui rende la pareille. Il faudrait user de l’humour, puiser dans son intelligence pour dire les mots qu’il faut. La répartie. Elle peut parfois en avoir quand elle est en confiance. Et même se donner, entière. Elle l’a fait déjà, et plusieurs fois. Mais Hjúki ne le voit pas. En soi, ce n’est pas grave, il faut seulement comprendre que le magicobus est en retard… apprendre à patienter. Mais il fait froid ici et le coeur s’abîme.
Pourquoi mettre autrui en situation d’obligation ? Le piège se referme de lui-même sur la mouche posée par égarement dans la plante carnivore. Elle volait haut, dans un ciel immaculé, comme ce jour d’Août dont elle oublie souvent la date exacte. Vint la morsure, et la chute. Certains êtres hurlent quand on leur fait mal. Et tous nous finissons par en arriver là. Mais au stade ultime, le nourrisson ne crie plus, la douleur si vive l’en empêche. Il est éteint par elle. Bougie fumant d’avoir brûlé, encore chaude et déjà froide. Elle prend une louche de ce plat qu’il a fait. Cela devrait être bon, et cela l’est sans doute. Mais elle ne sent plus rien, a perdu la saveur, son corps est débranché, égarée la baguette, évanouie la magie. Redevenue un objet parmi d’autres, elle se tient là, respirant sans entrain, juste le nécessaire.
- C’est bon.
Elle n’en sait rien, donne l’impression de poursuivre sa vie. Eprouver le vide… Quand un coeur est sec, il est rabougris, petit et inutile. Le sien a gonflé, trop vite, énormément. Et d’un coup on le prive de ce qui l’a entré en turgescence. L’effet est immédiat, intense douleur d’un membre qui se replie, jusqu’à la brisure, en mille poussières. Ne rien montrer, ne rien montrer alors que le mat est imminent. Il faut se concentrer pour obtenir de soi l’apparence nécessaire.
- Les gens doivent s’unir s’ils veulent réussir.
Que peut-elle dire de plus ? Puisqu’il la pousse à renoncer. Que veut-il entendre, qu’elle chercherait à tout prix à le convaincre, parce qu’elle a forcément raison ? A moins qu’inversement le garçon soit le juste, et la fille l’erroné ? Et alors, peu importe… peu importe qui a raison ou tort, ces combats d’influence sont la mort des amants. Rien en elle ne permet de le verbaliser. L’expérience lui manque. Elle a compris une chose au contact de ses parents. La lutte est vaine, on va plus loin si on laisse de côté une volonté de toujours décider. Chacun doit alternativement prendre les décisions. Et l’autre est le premier capable de nommer vos erreurs, dire vos stupidités. Il a sans doute fait l’expérience de ce genre de situations pour en parler ainsi, il sait que ce sont ces moments qui sont déterminants. Circiéa a toujours laissé l’initiative aux autres dans les travaux de groupe. Sa stature permettait de ne pas souvent croiser le conflit. Mais se crêper le chignon ne sert qu’à épuiser le temps. Et vos nerfs. Ce qui est tristement le cas.
Il ne faudrait pas. Non il ne faudrait pas la laisser tomber dans l’assiette, un peu de sel en plus sera bien trop de sel. Et la dramaturgie d’un épiphénomène semble si éloigné de ce qu’elle est vraiment. On la dit forte, on la dit dure, elle impressionne à vous écarter d’elle. C’est bien parce qu’à son habitude elle incarne sa réputation que ce jour-là, l’étudiante est en vair. Matière noble, matière rare, élément peu connu des sorciers, dure et soyeuse. Mais demandant grands soins. Il ne voit pas ses yeux, et c’est tant mieux. Humides, silencieux, ils font leur emploi. Une goutte finit par s’échapper, La cigüe, encore.
Vous la trouvez ridicule ? Vous n’avez pas tort. A ceci près que ce genre de débordements sont ordinairement vécus un peu plus tôt, à l’âge des découvertes d’avant le grand envol, au jour où l’on a mal pour la première fois. Mais Circéia est vierge de cette expérience. Elle a brûlé trop d’étapes, le coeur est encore en coton. Nous sommes chacun marqués par nos sensibilités, notre histoire personnelle. A trop vouloir monter, vivre et vibrer, on se met en danger, on s’expose. Circéia ne réfléchit pas, quand il s’agit d’elle rien ne le lui permet, tout à fond, tout foutraque. Le prix de son incompréhension gît dans une cuillère.
Elle se racle la gorge, c’est passé. Elle va mieux. Au dessus des nuages, personne ne peut vivre, cela manque d’oxygène. Et aucune magie n’y pourra jamais rien.
- Comment avez-vous obtenu un tel mélange d’arômes ? C’est vraiment bon.
Il faut se montrer tel qu’on est. Sinon à quoi bon ? Après quelques instants de grande hésitation, elle relève la tête. Aucune trace de ruisseau sur les joues, seuls les bouts de cils sont concernés. Un débordement intempestif d’émotion qu’il a très bien pu ne pas remarquer. C’est beaucoup pour elle en si peu de temps. Plus nue que si elle l’était, Circéia le regarde à nouveau en souriant. Décidément, les êtres sont changeants. Elle a désormais vraiment peur que tout cela s’envole plus vite que ça n’est apparu.
Lui peut voir des yeux brillants, intensément noirs, impénétrables mais pour qui veut bien regarder, ces deux-là ne sont plus hermétiques.
- Vous avez cuisiné, moi je ne sais pas faire…
Et il l’a prise dans ses bras, quand elle ne pouvait pas. Et elle l’a retenu, quand lui ne pouvait plus. C’est un carrousel permanent.
Apprendre à regarder.
« A beginning... is a very delicate time ».
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Enthalpie
Qu’a-t-il fait ? Ce n’est pas lui qui… Non, ce ne peut pas être lui, il le sentirait, c’est immanquable. Et pourtant…cet indescriptible le serre. Il est absolument persuadé que l’air qu’il goûte n’a pas la même épaisseur et qu’il coule autrement en lui. Qu’a-t-il fait ? Pourquoi une telle texture cherche-t-elle à l’engourdir ? Serait-ce elle ? Deux êtres collés sur la même et immense toile, il est impossible de ne pas se trouver ébranlé par les vibrations que l’autre agite. Cette atmosphère tout en tissage qui engloutit la distance qui les sépare tremble, les trames et les fils se bousculent, les alvéoles n’ont plus leur espacement correct et régulier. Elle a poussé les lignes contre lui, elles se sont alors bousculées l’une contre l’autre, et ce nœud de fils entortillés qui rompt l’équilibre de la toile se jette contre lui. Il doit en subir l’impact. Et ensuite… démêler ? Corriger, repriser le tissage ? Recommencer ? Il observe, il ressent l’arrivée du dense accroc. Sa voix… la voix est d’air, et puisque l’air accueille ces irrégularités, elles font crisser la mélodie. Rien ne se cache. La pelote est tombée en ses mains, et il a le devoir de s’employer à retravailler la toile, boucher les béances que les fragilités ont provoquées, desserrer les fils qui se sont rapprochés au point de former les nœuds, les obstacles qui impliquent la transmission de vibrations altérées. Ces vibrations qui lui parviennent, messagères de toutes les aspérités qu’elles rencontrent. Purifier l’air, assainir la toile, rétablir le tissage. Ses doigts, en griffes mentales, palpent la pelote pour essayer d’y trouver une première extrémité de laquelle il pourra commencer à dérouler. Une fois le parcours lancé, il s’agira ensuite de suivre au toucher les méandres, les sinueuses trajectoires des fils emmêlés qui forment cette masse trop compactée, écrasée. La Fleur qui s’est rétractée en elle-même par le simple et délicat toucher d’une main étrangère. Il caresse encore et encore, la concentration exacerbée par l’urgence de mettre fin aux ébranlements qu’ils se balancent l’un l’autre, ses Sens sont plus que jamais en éveil. Une rugosité, est-ce… Une anguille glissante et insaisissable qu’il faut toutefois attraper. Il essaie et attrapant ce dernier mot il tente de détecter le tressage à plus petite échelle du fil-même de la phrase de son enchanteresse, le défait tout juste assez en son bord pour y insérer le sien ; faire un joint qui permette de n’avoir plus qu’un seul fil, une continuité délicate. Dérouler ensuite avec précaution, sans le casser.
« S’unir… Alors que nous tissons, nous pouvons apporter chacun notre Couleur ; mais s’agit-il de garder nos fils intacts, de les utiliser tous les deux pour former une fresque unissant nos essences par parcelles entières de nous ; ou bien s’agit-il de détisser jusqu’au tressage complexe de nos fils pour reconstituer une unique pelote dont le fil serait uniformément bicolore ? Devrions-nous choisir une échelle du mélange et du partage ? Selon le détail sur lequel nous travaillerons sur la toile, certaines zones ont plus besoin d’une Couleur que de l’autre, savoir avancer quand la sienne est sollicitée, savoir reculer lorsque nous avons besoin de celle de notre partenaire. »
Ses Perles-de-Nótt voient l’invisible, elles voient le Tissage formé entre eux. Hjúki regarde cet espace vide entre eux mais qui lui est si densément rempli et ne fait que décrire humblement ce qu’il y voit. Il continue tant qu’il tient toujours le guide.
« La façon dont il est possible d’imprégner des élaborations de sa propre magie, de sa propre essence est fascinante. En les Potions… je vois ma magie dans les Volutes lorsque j’en prépare une et j’aime tant la transmettre ainsi, voir qu’il y en moi une belle énergie. Rien à voir avec la baguette qui se montre rétive face à certains états émotionnels non régulés. Les Potions donc… quand deux ou plus œuvrent à une même préparation, les multiples signatures magiques s’en mélangent-elles ? Comment ce processus se perçoit-il ? Peut-être que le respect très exact de la recette de l’inventeur permet-il de faire émaner non la nôtre mais la sienne, de magie. Alors une Potion devient nôtre, les Volutes deviennent nôtres au moment de poser un choix personnel, un geste propre, une variance. C’est ainsi que nous découvrons… nos Couleurs. Ces arômes sont ceux qui ravissent mes Sens, leur reflet donc. Mon reflet. »
Se détachant de la contemplation de leurs fils, l’adolescent relève doucement la tête. Il ignore les dernières notes de la dépréciation, elle apprendra. Ce qu’elle croit ne pas savoir. Ayant certainement préparé en outre de la quantité minimale, elle aura tout le loisir d’étudier le mélange pour se l’approprier. Pour l’heure, il voit surtout son Lac, qui a affleuré.
Qu’a-t-il fait ?
« S’unir… Alors que nous tissons, nous pouvons apporter chacun notre Couleur ; mais s’agit-il de garder nos fils intacts, de les utiliser tous les deux pour former une fresque unissant nos essences par parcelles entières de nous ; ou bien s’agit-il de détisser jusqu’au tressage complexe de nos fils pour reconstituer une unique pelote dont le fil serait uniformément bicolore ? Devrions-nous choisir une échelle du mélange et du partage ? Selon le détail sur lequel nous travaillerons sur la toile, certaines zones ont plus besoin d’une Couleur que de l’autre, savoir avancer quand la sienne est sollicitée, savoir reculer lorsque nous avons besoin de celle de notre partenaire. »
Ses Perles-de-Nótt voient l’invisible, elles voient le Tissage formé entre eux. Hjúki regarde cet espace vide entre eux mais qui lui est si densément rempli et ne fait que décrire humblement ce qu’il y voit. Il continue tant qu’il tient toujours le guide.
« La façon dont il est possible d’imprégner des élaborations de sa propre magie, de sa propre essence est fascinante. En les Potions… je vois ma magie dans les Volutes lorsque j’en prépare une et j’aime tant la transmettre ainsi, voir qu’il y en moi une belle énergie. Rien à voir avec la baguette qui se montre rétive face à certains états émotionnels non régulés. Les Potions donc… quand deux ou plus œuvrent à une même préparation, les multiples signatures magiques s’en mélangent-elles ? Comment ce processus se perçoit-il ? Peut-être que le respect très exact de la recette de l’inventeur permet-il de faire émaner non la nôtre mais la sienne, de magie. Alors une Potion devient nôtre, les Volutes deviennent nôtres au moment de poser un choix personnel, un geste propre, une variance. C’est ainsi que nous découvrons… nos Couleurs. Ces arômes sont ceux qui ravissent mes Sens, leur reflet donc. Mon reflet. »
Se détachant de la contemplation de leurs fils, l’adolescent relève doucement la tête. Il ignore les dernières notes de la dépréciation, elle apprendra. Ce qu’elle croit ne pas savoir. Ayant certainement préparé en outre de la quantité minimale, elle aura tout le loisir d’étudier le mélange pour se l’approprier. Pour l’heure, il voit surtout son Lac, qui a affleuré.
Qu’a-t-il fait ?
Enthalpie
Quel être indéfectiblement sérieux, il reste raide… comme la justice, en toutes circonstances , en apparence. Qui sait ce qu’il a en lui en l’instant ? Elle n’en peut plus, a retenu les mots depuis un certain temps, c’est devenu insupportable, il faut percer la poche des eaux de ce qui est évident depuis trop longtemps. Dans le sablier de Circéia, le temps n’a pas de logique. Je dois l’avouer, elle n’écoute pas, le regarde, avec sa solennité, hymne à la pureté des idées. Circéia décrypte, analyse les faits. Mais lui les créé. Il est à l’origine, au début de la boucle, à sa fin. Elle le boit, encore et encore, reflets dans les reflets, miroirs infinis, sensations sans logique, sans descriptions efficientes, force du non dit, élan de l’indicible.
- Hjúki…
Il serait bon qu’il la regarde à ce moment-là. Parce qu’il n’y en aura pas d'autre, ce sera leur première fois. Il doit en avoir conscience, elle seule ne sera pas suffisante pour que le futur apparaisse.
- ...Hjúki…
Le chat gratte à la fenêtre, impossible animal toujours à intervenir au moment le plus importun, comme s’il voulait s’insinuer entre toi et moi quand nous devons nous mélanger, enfin, après tant de reculades, de simagrées qui ne sont là que pour faire durer un instant dont nous savons tous les deux qu’il sera le plus haut, le plus INDELEBILE, car l’initial.
- …
Lui est là, attendant je ne sais quoi. Il fallait une fêlure définitive en elle, comment franchir le cap ? L’écrit devait intervenir, plus tard, dans le dernier épisode. Mais la jeunesse est telle qu’elle ne sait pas attendre. Il le faut, maintenant.
- C’est important.
Il ne sait pas de quoi il est question, sans doute a-t-il prononcé des mots avec le coeur mais ses pensées demeuraient… protocolaires. « Je dois vous protéger car je suis l’homme et que c’est mon devoir ». Ce à quoi il faut répondre, un jour ou l’autre, ce n’est qu’une question de temps.
Important comme une pincée de sel mal dosée, un geste superficiel, un mot appuyé comme il n’aurait pas fallu. Avec les mots, si l’on s’y prend bien, on peut atteindre le coeur de cible. Le coeur du coeur, la pulsion qu’on déteste mais qu’il faut bien un jour expulser. Un accouchement, la pire des douleurs et pourtant celle qui donne la vie, définitivement, la mère et son enfant, cosmos et poussière, toi et moi.
Enfin elle voit ses perles de notts, sorti de son assiette, le garçon l’écoute. C’est le moment.
- ...Hjúki...
Tout est arrivé si vite, les romans sont remplis de ces moments dont tous nous rêvons, le coup de foudre, celui qui revient à dire qu’on abandonne tout le passé pour ce qui vient, absolument tout et pour un avenir qui sera forcément violent, irréductible, pulsatile, une lancinance.
Que lit-il dans ses yeux ? La sentence de la justice ? La puissance des forces telluriques ? La présence de LUNE ? Non pas seulement la lune mais bien LUNE. Un être et non simplement une chose. Il n’aime pas les démonstrations vitupérantes mais il ne peut échapper à celle-là. Hjúki Anastase, voulez-vous prendre…
Reflet, écho, âme chirale, non symétrique ou copiée, complémentaire mais non docile.
- Je vous aime.
Il faut savoir l’importance de ces pensées, certains les disent juste pour éprouver l’effet que cela leur procure. Ils n’ont jamais étudié le droit, magique, moldu, troll ou autre. Le poids de la parole donnée. « De dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité ». La vérité. Il est apparu dans un nuage de neige, et c’était déjà fini. Tout n’a été depuis qu’une suite d’évidences, un vrai traumatisme pour les oreilles, orage sans fin, éclairs de partout, pulsion indescriptible. Circéia Sergueïva Alekhina est comme toutes les femmes du monde, un être fourbi d’épines, d’embus et de sommets. Un petit morceau de l’univers, qui n’attend qu’une chose, se sentir vivre.
Elle s’entend le dire. Abasourdie, elle comprend enfin ce qui l’habitait depuis quelques heures. Oui, les mots devaient sceller les sentiments. Un sourire, le visage stupéfait, « est-ce moi qui vient de dire cela ? ». C’est bien toi, ma fille, mon enfant, vole, tu as le trait désormais.
- Je… je vous aime.
Un visage serein, poussière de la même neige sur le lac Baïkal, un matin de janvier. Des mots calés sur les sourcils, le fil.
In bis.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
- Hjúki…
Il serait bon qu’il la regarde à ce moment-là. Parce qu’il n’y en aura pas d'autre, ce sera leur première fois. Il doit en avoir conscience, elle seule ne sera pas suffisante pour que le futur apparaisse.
- ...Hjúki…
Le chat gratte à la fenêtre, impossible animal toujours à intervenir au moment le plus importun, comme s’il voulait s’insinuer entre toi et moi quand nous devons nous mélanger, enfin, après tant de reculades, de simagrées qui ne sont là que pour faire durer un instant dont nous savons tous les deux qu’il sera le plus haut, le plus INDELEBILE, car l’initial.
- …
Lui est là, attendant je ne sais quoi. Il fallait une fêlure définitive en elle, comment franchir le cap ? L’écrit devait intervenir, plus tard, dans le dernier épisode. Mais la jeunesse est telle qu’elle ne sait pas attendre. Il le faut, maintenant.
- C’est important.
Il ne sait pas de quoi il est question, sans doute a-t-il prononcé des mots avec le coeur mais ses pensées demeuraient… protocolaires. « Je dois vous protéger car je suis l’homme et que c’est mon devoir ». Ce à quoi il faut répondre, un jour ou l’autre, ce n’est qu’une question de temps.
Important comme une pincée de sel mal dosée, un geste superficiel, un mot appuyé comme il n’aurait pas fallu. Avec les mots, si l’on s’y prend bien, on peut atteindre le coeur de cible. Le coeur du coeur, la pulsion qu’on déteste mais qu’il faut bien un jour expulser. Un accouchement, la pire des douleurs et pourtant celle qui donne la vie, définitivement, la mère et son enfant, cosmos et poussière, toi et moi.
Enfin elle voit ses perles de notts, sorti de son assiette, le garçon l’écoute. C’est le moment.
- ...Hjúki...
Tout est arrivé si vite, les romans sont remplis de ces moments dont tous nous rêvons, le coup de foudre, celui qui revient à dire qu’on abandonne tout le passé pour ce qui vient, absolument tout et pour un avenir qui sera forcément violent, irréductible, pulsatile, une lancinance.
Que lit-il dans ses yeux ? La sentence de la justice ? La puissance des forces telluriques ? La présence de LUNE ? Non pas seulement la lune mais bien LUNE. Un être et non simplement une chose. Il n’aime pas les démonstrations vitupérantes mais il ne peut échapper à celle-là. Hjúki Anastase, voulez-vous prendre…
Reflet, écho, âme chirale, non symétrique ou copiée, complémentaire mais non docile.
- Je vous aime.
Il faut savoir l’importance de ces pensées, certains les disent juste pour éprouver l’effet que cela leur procure. Ils n’ont jamais étudié le droit, magique, moldu, troll ou autre. Le poids de la parole donnée. « De dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité ». La vérité. Il est apparu dans un nuage de neige, et c’était déjà fini. Tout n’a été depuis qu’une suite d’évidences, un vrai traumatisme pour les oreilles, orage sans fin, éclairs de partout, pulsion indescriptible. Circéia Sergueïva Alekhina est comme toutes les femmes du monde, un être fourbi d’épines, d’embus et de sommets. Un petit morceau de l’univers, qui n’attend qu’une chose, se sentir vivre.
Elle s’entend le dire. Abasourdie, elle comprend enfin ce qui l’habitait depuis quelques heures. Oui, les mots devaient sceller les sentiments. Un sourire, le visage stupéfait, « est-ce moi qui vient de dire cela ? ». C’est bien toi, ma fille, mon enfant, vole, tu as le trait désormais.
- Je… je vous aime.
Un visage serein, poussière de la même neige sur le lac Baïkal, un matin de janvier. Des mots calés sur les sourcils, le fil.
In bis.
Car c’est au bout de la peine qu’apparaît notre âme.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Enthalpie
Luisantes, tellement luisantes. Leur Encre forme une Nyx si brillante, d’eau plus que d’air sombre. D’une brillance telle qu’elle forme une surface de réflexion, prête à accueillir des Astres. En y prêtant attention, l’adolescent pourrait presque s’y voir, en prince de la Lune qui s’encastre dans la place qui l’attend. Cette pureté est si rare, si sublime. Il ne s’était jamais douté qu’en tant qu’Astre Lunaire, il aurait pu avoir besoin d’une Nuit qui l’accueille. À présent qu’il la voit… et qu’il s’y trouve… Elle l’a emprisonné dans ses Noirceurs d’Encre luisantes, tellement luisantes.
En même temps son odorat et son goût sont accaparés par sa bouchée qu’il laisse encore tout doucement fondre entre ses joues, entre sa langue et son palais ; sans ne trop solliciter les dents en mastication bruyante et excessive. Absorption toute progressive qui coule en lui et lui offre même l’infime vigueur permettant de répondre à l’appel. Il est là, à l’écoute. Pourquoi l’a-t-elle invoqué avec autant d’insistance ? Quoiqu’il ait fait, son minutieux déroulement de la pelote a légèrement modifié son état. Sur le fil, il continue à tenir, tremblant. La toile n’a cessé de vibrer, mais alors que les accrocs se sont aplanis, ils se transmettent leurs impulsions avec d’autant plus de directivité. Avait-il vraiment imaginé qu’ils demeureraient sagement en tailleur, chacun dans ses quartiers, ne se communiquant pas l’un l’autre leurs agitations ? Ces envois sont irrépressibles, il ne leur est plus possible de rester indifférent à ce que l’autre meut.
Suspendu il attend. Quel inconscient ! C’est une préparation qu’il aurait dû passer en s’étant solidement accroché. Mais non, suspendu… Il est l’arbre, elle est la foudre prêt à s’abattre. Parviendra-t-il à esquiver sans choir ? N’y a-t-il pas un paratonnerre pour le protéger ? Son fusible…l’intervalle est indéniablement trop court pour l’espérer s’être reconstitué. Vulnérable, tanguant. Sans bouclier, sans appui, sans armes évidemment il patiente. Le ciel se couvre peu à peu, se densifie, se charge. L’électricité monte, et monte encore. Et lorsque l’énergie suffisante est accumulée, elle le lance avec vélocité sur sa cible. Le couperet tombe.
L’homme survit-il à la foudre, et sous quelles conditions ? Suspendu… même des acrobates ne sauraient y réchapper. Et Chronos, leur est-il favorable ? Pas vraiment. S’ils voulaient un moment suspendu, il ne tardera pas à éclater. L’avalement progressif qui se produisait en arrière-plan nécessite tout de même une certaine concentration, un certain contrôle des muscles buccaux pour faire descendre les éléments à un rythme mesuré et sans fausse route. Un processus qui a complètement lâché alors que toutes les fonctions sont abattues par les mots. Réaction toute naturelle lorsqu’on avale de travers, autant au sens propre que littéral : la suffocation.
Le souffle en est durement impacté, les voies respiratoires sont partiellement bloquées par ce qu’il a trop vite gobé après le passage de l’éclair. Il détestait déjà Zeus mais là… il était prêt à donner raison à Apollon d’être allé tuer les architectes de son foudre. Il toussote, l’air siffle entre ses poumons et ses cordes vocales, tout son buste subit les secousses qui cherchent à retracer une ligne droite jusqu’à l’œsophage. L’arrivée entrecoupée de l’air laisse ses marques sur son visage qui se teinte du pourpre de la peine et de l’effort. La vague de soubresauts passée, il se redresse tant bien que mal, larmoyant et avale aussitôt une gorgée d’eau pour refaire couler fluidement le tout, espérant éviter toutefois la survenance d’un second assaut. Son cerveau est de nouveau correctement oxygéné, il peut en revenir au traitement de ces paroles cataclysmiques. Ses expirations se font par la bouche, très audibles ; il n’est pas encore prêt à reprendre la respiration naturelle, invisible et imperceptible.
Il la regarde. *Wendy ?* Il est Peter Pan. Elle est Wendy Darling. Elle a su grandir. Il est encore entravé par les attaches de l’enfance. Sont-ils libres ? Peuvent-ils déjà voler ? Est-il prêt ? Est-ce qu’elle lui tend la main, est-ce qu’elle le tire vers un niveau d’existence dont il s’était jusque-là gardé ? Que signifiait leur dé à coudre ? Ce sont des enfants qui expérimentent en un terrain inconnu, se plongent en des actes qui pourraient les dépasser. Ils tâtonnent, ils ont toujours avancé l’un vers l’autre à tâtons. Et c’est Wendy, la première prête à explorer des sentiments qui ne peuvent encore appartenir à l’enfance, qui le bouscule. Et lui, peut-il le prendre au sérieux ? Se cacherait-il ? Fuir, et attendre combien de générations encore d’enfants pour enfin affronter le cours de l’existence ? S’il disait ces mêmes mots en écho, cela n’aurait pas la même force, ce n’est pas ainsi que ses Vagues fonctionnent. Ils ne jouent pas. Il se détourne de Peter. Il ne joue pas. Il ne s’imagine pas non plus Roméo, et surtout pas Heathcliff. Non, il est Hjúki. Der Mond.
« Je vous intègre à mon Ciel. »
En même temps son odorat et son goût sont accaparés par sa bouchée qu’il laisse encore tout doucement fondre entre ses joues, entre sa langue et son palais ; sans ne trop solliciter les dents en mastication bruyante et excessive. Absorption toute progressive qui coule en lui et lui offre même l’infime vigueur permettant de répondre à l’appel. Il est là, à l’écoute. Pourquoi l’a-t-elle invoqué avec autant d’insistance ? Quoiqu’il ait fait, son minutieux déroulement de la pelote a légèrement modifié son état. Sur le fil, il continue à tenir, tremblant. La toile n’a cessé de vibrer, mais alors que les accrocs se sont aplanis, ils se transmettent leurs impulsions avec d’autant plus de directivité. Avait-il vraiment imaginé qu’ils demeureraient sagement en tailleur, chacun dans ses quartiers, ne se communiquant pas l’un l’autre leurs agitations ? Ces envois sont irrépressibles, il ne leur est plus possible de rester indifférent à ce que l’autre meut.
Suspendu il attend. Quel inconscient ! C’est une préparation qu’il aurait dû passer en s’étant solidement accroché. Mais non, suspendu… Il est l’arbre, elle est la foudre prêt à s’abattre. Parviendra-t-il à esquiver sans choir ? N’y a-t-il pas un paratonnerre pour le protéger ? Son fusible…l’intervalle est indéniablement trop court pour l’espérer s’être reconstitué. Vulnérable, tanguant. Sans bouclier, sans appui, sans armes évidemment il patiente. Le ciel se couvre peu à peu, se densifie, se charge. L’électricité monte, et monte encore. Et lorsque l’énergie suffisante est accumulée, elle le lance avec vélocité sur sa cible. Le couperet tombe.
L’homme survit-il à la foudre, et sous quelles conditions ? Suspendu… même des acrobates ne sauraient y réchapper. Et Chronos, leur est-il favorable ? Pas vraiment. S’ils voulaient un moment suspendu, il ne tardera pas à éclater. L’avalement progressif qui se produisait en arrière-plan nécessite tout de même une certaine concentration, un certain contrôle des muscles buccaux pour faire descendre les éléments à un rythme mesuré et sans fausse route. Un processus qui a complètement lâché alors que toutes les fonctions sont abattues par les mots. Réaction toute naturelle lorsqu’on avale de travers, autant au sens propre que littéral : la suffocation.
Le souffle en est durement impacté, les voies respiratoires sont partiellement bloquées par ce qu’il a trop vite gobé après le passage de l’éclair. Il détestait déjà Zeus mais là… il était prêt à donner raison à Apollon d’être allé tuer les architectes de son foudre. Il toussote, l’air siffle entre ses poumons et ses cordes vocales, tout son buste subit les secousses qui cherchent à retracer une ligne droite jusqu’à l’œsophage. L’arrivée entrecoupée de l’air laisse ses marques sur son visage qui se teinte du pourpre de la peine et de l’effort. La vague de soubresauts passée, il se redresse tant bien que mal, larmoyant et avale aussitôt une gorgée d’eau pour refaire couler fluidement le tout, espérant éviter toutefois la survenance d’un second assaut. Son cerveau est de nouveau correctement oxygéné, il peut en revenir au traitement de ces paroles cataclysmiques. Ses expirations se font par la bouche, très audibles ; il n’est pas encore prêt à reprendre la respiration naturelle, invisible et imperceptible.
Il la regarde. *Wendy ?* Il est Peter Pan. Elle est Wendy Darling. Elle a su grandir. Il est encore entravé par les attaches de l’enfance. Sont-ils libres ? Peuvent-ils déjà voler ? Est-il prêt ? Est-ce qu’elle lui tend la main, est-ce qu’elle le tire vers un niveau d’existence dont il s’était jusque-là gardé ? Que signifiait leur dé à coudre ? Ce sont des enfants qui expérimentent en un terrain inconnu, se plongent en des actes qui pourraient les dépasser. Ils tâtonnent, ils ont toujours avancé l’un vers l’autre à tâtons. Et c’est Wendy, la première prête à explorer des sentiments qui ne peuvent encore appartenir à l’enfance, qui le bouscule. Et lui, peut-il le prendre au sérieux ? Se cacherait-il ? Fuir, et attendre combien de générations encore d’enfants pour enfin affronter le cours de l’existence ? S’il disait ces mêmes mots en écho, cela n’aurait pas la même force, ce n’est pas ainsi que ses Vagues fonctionnent. Ils ne jouent pas. Il se détourne de Peter. Il ne joue pas. Il ne s’imagine pas non plus Roméo, et surtout pas Heathcliff. Non, il est Hjúki. Der Mond.
« Je vous intègre à mon Ciel. »