4 mars 2021, 18:34
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
- Nous aurons les mots avec nous, malgré la distance… je vous écrirai… dès ce soir je vous écrirai.

Elle cherche un instant puis remet la main sur les choses nécessaires.

- ...Mon coeur, que jamais ne visite l'extase est un théâtre où l'on attend toujours. Toujours en vain, l'être aux ailes de gaze.

Souriante, le défiant de trouver, Circéia se tient là, debout face à son homme, celui qu’elle a choisi, sans vraiment le comprendre. Encore victime de la naissance de cette vérité brute issue de son jardin, elle se demande pourquoi lui, et pourquoi maintenant. Qu’ont-ils fait tous les deux pour que la magie prenne ?

- Je ne dois pas voler avec vous mais mon coeur vous suivra, Hjúki Anastase.

Il a compris pour le finnois. Oui, un livre d’études, poétiques, linguistiques, qui sait les vérités en elle ? Quelle moldue serait-elle ? Sans doute la même personne, leur magie en moins, peut-être une même magie aux yeux du petit prince. Les mots, ceux qui séparent les gens, les divisent, et génèrent les tensions. Les mots, qui rapprochent certaines fois deux coeurs invétérés. Si jeunes. Les langues diffèrent mais pas les âmes, au fond nous avons tous en nous les mêmes aspirations. Peut-elle se rapprocher ? Etre assez près de lui pour encore le sentir, vibrer en sa présence, hésiter et venir. Venir à elle aussi, comme elle vint à lui, plusieurs fois déjà, tant de fois déjà. Aimer c’est renoncer, donner sa liberté, s’engager, se promettre, et surtout s’y tenir. Qu’il hésite est normal, elle ne peut le savoir car Circéia donne tout, très vite et sans calcul. C’est cela, la passion féminine, on ne donne rien de plus que son corps et son âme. Les hommes engagent toujours leur partie corporelle. L’âme… en ont-ils une seulement ? La vie pour le comprendre. Hjúki réfléchit trop, il pourrait être femme mais c’est bien un garçon dont Circéia désire qu’il soit ses fondations. Quand il sera parti, elle attendra là, comme une lionne en cage, habituée à se perdre en études excessives. Pour éviter la vie et toutes ses maladresses. On travaille, on progresse, les efforts les succès. Tout ça pour éviter de voir la vacuité de nos vies insensées quand il n’y a personne avec qui fusionner. Nous sommes faits pour aimer, peu importe le prix. Aimer, c’est beaucoup dire, juste se respirer, soi et l’autre, l’autre en soi, deux. Pour un.

- Hjúki, promettez-moi que nous nous reverrons.

Sur son coeur, elle dépose un scellé, héraldique ancestrale, la flèche de Cupidon. Je suis blessée ce jour, tu m’as volé mon coeur. Mais si je dois mourir, autant que ce soit toi, puisque c’est toi que j’aime, mourir ainsi n’est pas mourir, c’est juste reconnaître que tu comptes à mes yeux, au point de tout donner, et de tout accepter, même être séparés puisque nous sommes ainsi, moi ici, toi là-bas, force des inerties que la vie nous impose, la séparation. Mais nous nous retrouverons, ce serment-là aussi est de nature magique. Tu ne m’échapperas pas, en toi est instillé le même venin que moi. Il atteindra ton coeur, demain ou cet été. Homme, écoute.


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Ensevelir ma tête endolorie
sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Hermès inconnu qui m’assistes
… Dieu sinistre, impassible
Que nous veulent les lois du juste et de l’injuste ?
Ecorchés et squelettes
Le printemps adorable a perdu son odeur
Meurs vieux lâche il est trop tard
Plutôt que de nourrir cette dérision



Je m’amuserai ce soir, et tous les autres soirs, à relire ce bréviaire, ce livre magnifique, sa traduction anglaise, la version « nouveau monde » me servira de fluide, je te verrai les lire, un par soir toi aussi, trouver les sous-jacences, essayer de savoir ce qu’une femme pense des mots, choisis par le poète pour le sens qu’ils possèdent. Assembler, rassembler, casser et reconstruire. Comme ceux de juste avant, qui ne sont pas de moi, si beaux dans leurs aspérités.
Je vais devoir attendre, trouver des palliatifs, le soir, durant la nuit. Mes rêves construits de toi, je le sens, c’est écrit. Oui, je suis impardonnable, maudite, irrémissible. Crucifiée diraient-ils, en un blasphème de plus car les femmes sont exclues de cette fureur-là. Je ne connais pas bien les religions moldues ce qui me donne le droit de ne pas avoir honte d’user de mots sacrés
Tu manques à mon passé, pourquoi venir si tard ? Le délai justifie la foudre. J’étais immaculée, tu as tout déclenché. Les poumons de l’enfant brûlent à la découverte du gaz originel. Les miens ont respiré hier, pour la première fois. Je comprends, ma clepsydre se vide, elle aussi. Tu es torture, amour, soleil et ouragan, tu es….mon tout.
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Elle s’est approchée, très près. Ses doigts cherchent Hjúki, délicatement. Et de nouveau, ils pourraient échanger par leurs lèvres un baiser. Mais il devra oser, avancer vers elle, prendre soin car elle en a besoin.

Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...

4 mars 2021, 20:52
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Qu’est-ce que la distance ? Il n’a pas besoin de pouvoir palper une substance physique pour toujours sentir une présence. Croit-elle qu’elle s’enfoncera dans les sables mouvants, qu’en s’éloignant il ne lui tendra plus la main et se détournera définitivement ? Il n’a pas de raison encore de la noyer ; elle flottera sans doute parmi ses souvenirs, aisément invocable. L’eau du fleuve de Léthé qu’il conserve parmi ses ingrédients spéciaux, qu’il n’est possible d’obtenir qu’en une sombre boutique de l’Allée des Embrumes, a certes en partie un rôle tentateur ; mais jamais il n’a cédé, il garde vision claire de son identité. Il n’oubliera pas aussi aisément que Jason capable de tout occulter en réponse à un défi sous couvert de simple demande qu’il n’aurait pas dû accomplir. À en lire Médée, il ne faut pas déclencher la rage d’une femme par le négligeant oubli, par la nonchalance derrière l’effacement. Hjúki espère toutefois être un peu plus futé que le fils d’Éson. Il ne comprend pas son angoisse car elle sera là, nul besoin pour cela de rite complexe ou d’initiation. Craint-elle donc de ne pas être capable de l’appeler, lui ? À ce dernier cultiver une présence à l’esprit sans effort en dépit d’un fort éloignement est devenu chose naturelle. Ce n’est sûrement pas son cas puisqu’elle a peur, indubitablement. Pas la même peur que lui, pas éveillée des mêmes motifs ; mais c’est indéniable. Elle a peur. Elle est aveugle de ce qui terrifie l’adolescent ; mais nourrit des craintes de ce qui ne l’inquiète en rien. Elle veut rationaliser leurs rapports, au sens étymologique de la ratio, du compte. Chaque jour, elle a donc bien des exigences, elle veut bien quelque chose.

Elle a si peur, pour croire que le seul remède à l’oubli serait d’imposer de repasser ou de regraver les traits quotidiennement. Il a bien renoncé à ceux qui ne sont jamais revenus, alors qu’ils continuent pourtant à écrire des lettres. Cela fait des années qu’il n’a pas idée du contenu et qu’il a laissé la pleine intendance de ces rapports à Opa. Il n’est pas question de lettres, de mots. Pas uniquement. Catherine et Edgar, des gamins qui croyaient s’aimer, faisaient des caprices pour s’envoyer tous les jours leur petits billets doux. Comment tout cela a-t-il bien fini ? Des mots fébriles et enflammés, trop réguliers, ce n’est sans doute pas ainsi que se construisent les vrais liens. Le reconnaîtrait-elle, cet effroi qui la hante mais qu’elle persiste à dissimuler ? Après son effondrement de la veille dont elle a été une rare témoin, Circéia devrait savoir qu’il est impossible de lui exiger une disponibilité de tous les instants, qu’il sera sans doute trop occupé certains soirs à gérer la saturation induite par le bouillonnement des lieux et l’intenable programme de fin de parcours pour lui consacrer cette fenêtre rationalisée. Sur ce point, il ne pourra certainement pas lui rendre les comptes qu’elle veut. Au moins essayer, dans la limite de ses moyens.


« Ces vers… si vous croyez que certains sont devenus vous ou votre Cœur, alors j’emploierai ce recueil à le lire et à le retrouver. »

Et ses peurs, comment peut-il les gérer ? Elle n’a pas osé, elle pas osé dire qu’elle avait peur quand elle en avait eu l’occasion mais le jeune homme ne voit que ça. Ces peurs qui dégoulinent hors d’elle, cette angoisse, ce désir impérieux et insatiable. Une vampire qui perd sa source d’alimentation, une empousa fille d’Hécate qui ne veut lâcher prise alors qu’elle a enfin mis le grappin sur sa proie. Un homme entre les griffes de Circé, il a sûrement de quoi se mettre sur ses gardes. Il le sent, moins il y a d’eau dans la clepsydre commune qui leur a été donnée de vivre, plus elle a peur. Mais il y en aura d’autres, et cette clepsydre qui lui paraît trop petite, elle est contenue en une autre plus grande, elle-même contenue en une autre formidablement vaste. Tout cela dans l’infini du Temps. Il peut rassurer ses peurs tout comme il peut les enfoncer. Cependant, elle est si hermétique, se refusant à avouer ses vœux, qu’il n’a aucune clef quant à la direction à prendre. Hjúki profite de la proximité qu’elle a initiée entre eux pour approcher ses lèvres de son oreille et lui murmurer.

« Je reviendrai, puisque vous avez promis d’attendre… »

Reculant doucement le visage pour qu’ils soient de nouveau face-à-face. N’est-ce pas ? Il n’y a pas à presser la répétition de cette intime marque de confiance dans l’immédiat alors qu’ils ont déjà la promesse que ce leur sera possible, au retour.

5 mars 2021, 16:27
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Il s’en va. Prenant ses distances, il est déjà parti. Le coup inverse du prévisible, une trahison. Circéia est déstabilisée et surtout, elle ne comprend le sens de ses derniers mots. Si elle n’avait rien promis, il ne reviendrait pas ? Non… Elle a beau chercher le sens positif, la gentillesse, elle ne trouve rien sauf une aumône concédée au mendiant vous tendant la main. Cette fois, elle peut sentir la déchirure… si vous croyez… décidément, ses efforts pour égayer les dernières minutes sont un désastre. Ce garçon est insaisissable, rien ne peut lui convenir. En elle, le conflit entre ses élans et un sens de la réalité exacerbé, tourné vers l’instinct de conservation. Il faudra plus tard étudier la partie à l’aune de la liste des coups joués. Pour le moment, elle est abasourdie. Si tu savais. Cherche-t-il à lui faire mal ? L’éprouver pour savoir jusqu’où elle peut tolérer ? Les derniers instants avant un départ sont essentiels pour supporter la séparation. Il ne semble pas le savoir, à moins que tout cela ne soit pour lui qu’un jeu, un rite social, une possibilité sans lien avec des émotions. Pourquoi les gâcher ? La femme a besoin de preuves d’amour, au moins un témoignage de gentillesse, une bonté. Face à elle l’aridité. La terre s’écroule sous vos pieds, et les montagnes qui vous entouraient partent avec. Un vide sidéral, un vide sidérant, noir complet, sans lune. Circéia se sent humiliée, élément d’un tableau d’ensemble dont elle n’est qu’un accroc maquillé par un repentir tardif. C’est terrible. Elle n’oubliera pas, ces aigreurs vous marquent, à jamais. Une bonne leçon, précoce sans doute mais utile. Une oie blanche, noircie, blanchie, encore noircie. Les coeurs qui se donnent sont ainsi, qu’ils peignent leur souffle des habits de la vérité ou par la métaphore, les rejeter les consume. A-t-elle forcé Hjúki ? Elle aurait pu se jouer de lui comme tant avant le lui ont fait subir. Oh… elle ne peut s’en plaindre, après tout, elle avait initié l’abusif, à chaque fois, du moins depuis Poudlard… le seul qui l’ait vraiment respecté, ce prisonnier, voyou du Minnesota… il a été un Roi. La douceur que toutes nous désirons.

Il est bon de savoir se retrancher en douceur. Elle imagine les créatures du lac, dans leur silence inquiétant, ces êtres de l’eau, agressifs et fuyants, qui jamais n’ont frappé le hublot. Un miroir. Tout donner. Et cela commence par accepter ses incompréhensions. Circéia se retrouve face aux fantômes de Manderley, dans une situation qu’elle ne peut traverser sans en payer le prix. Son attente ne sera pas joyeuse. Des jours d’angoisse se profilent. On ne devrait jamais montrer son coeur, le résultat est infailliblement la souffrance. Les gens purs n’existent pas. D’une certaine manière, il l’a déjà perdue puisqu’il la prend sans concéder, sauf des miettes jetées aux oiseaux. Le conflit intérieur est violent mais pour le moment totalement invisible. Elle sourit, donnant son meilleur visage possible. Mais ce qui avait lentement été sorti de terre depuis la veille s’est d’un coup faufilé en dessous de la roche.

- Vous ne me trouverez pas dans ces mots, juste ses émotions…

Elle ne sait pas souvent répondre aux longues tirades qu’il lui a servies depuis leur rencontre. Hjúki est un artiste, monde étranger à la sensibilité de la juriste. Pour se comprendre, ils doivent s’apprivoiser mais il est encore plus farouche qu’elle. Certains animaux fuient avant même d’être vus, lui fait partie de ceux restés immobiles, qui en dernier ressort griffent et rugissent. Avant de quitter les lieux en trombe. Elle prend trop les choses à coeur, sans jamais chercher leur sens véritable. Seule la poésie l’ouvre au second degré mais Circéia pense que les gens sont toujours à parler directement. Elle est malhonnête car il lui arrive souvent d’utiliser autrui pour dire. Pour mieux cacher sa pensée propre. Il est préférable de parler grâce aux gens talentueux. Elle n’est rien, autant rester derrière le paravent… Depuis combien de temps ne lui a-t-on pas dit qu’elle était jolie ? Belle ?? Elle n’y aura jamais droit, juste jolie. Les pères servent à ça, aide à grandir. C’est tellement important de se savoir aimée.
Cette fois, elle est posée, un corps redevenu ce qu’il était hier.

- J’attendrai, je vous attendrai Hjúki.

Peut-être doit-elle aussi se protéger. Le temps n’est pas un problème, une fois qu’on renonce au bonheur, la souffrance part avec. C’est peut-être le meilleur calcul en l’état.

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Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...

5 mars 2021, 18:18
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Arrivés à la bifurcation, ce sont deux voies radicalement différentes qui se présentent à eux, nécessitant le déploiement d’arts qui leur sont propres à chacun mais qu’ils ne partagent absolument pas. Il leur faudra donc se séparer, suivre des portions indépendantes de chemin qui ramènent toutefois à la même orée. Devant la dense forêt, il ne leur est offert de poursuivre la même quête, elles sont deux et requièrent des habilités distinctes. Par des parcours transverses ils déboucheront tout de même à un point d’arrivée commun. Ainsi Hjúki perçoit-il ce moment : la rivière arrivant à un embranchement se sépare, se divise en deux cours galopant sur leurs lits respectifs sur une certaine distance ; mais les aléas des plaines et des vallées sont tels que les affluents finissent par se rejoindre dans la même vaste étendue d’eau ; dans la clepsydre à la contenance illimitée et insondable au regard si étroit porté par la vie humaine.

Il ne veut pas d’un geste de l’ultime, car ce qu’il considère comme une fusion indiquant une confiance immense indiquerait alors le doute. Cette marque de confiance serait corrompue. Ils n’ont pas à être avides d’une dernière étreinte faite avec l’énergie de l’ultime, poussés par l’espoir perdu devant une calamité, au cas où ils n’en réchapperaient pas. Ils en réchapperont, c’est pourquoi il refuse la proposition d’un geste qui refuse la confiance. S’il te fait pleinement confiance, il n’y a pas de précaution à prendre, il n’y a pas de ‘au cas où’. Lui fais-tu confiance ? Hjúki fait confiance à cette promesse, c’est pourquoi il a décliné l’approche de Circéia qui laisserait la place à l’incertitude. Se laisseront-ils freiner par quelque Puissance ? Si même Ulysse est parvenu à revenir, quels obstacles plus accablants encore sauraient-ils se dresser sur sa route pour l’empêcher ?

Agrippée entre les doigts de l’une de ses mains, il serre un peu plus fort la couverture, leur Pont. À travers ils se verront, courant chacun sur sa propre trajectoire, à travers les denses frondaisons. Dotés tous deux des yeux d’un Lyncée, sans peine ils croiseront leurs Nuits. S’il avait cédé, il n’aurait qu’encouragé ses inquiétudes, se serait donné la possibilité de n’avoir été qu’un mirage en bouclant parfaitement leur moment. Elle veut déjà un retour immédiat à la tonique, lui veut demeurer sur une attente, maintenir une intenable tension harmonique pour que l’appel de la note finale créé au moins la nécessité de rejoindre leurs voix une prochaine fois. Circéia a initié la cadence de soprano mais le ténor tient bon, il tiendra cette note aussi longtemps qu’il le faut. Elle est déjà remontée, mais il ne fera pas la descente tant attendue, il n’achèvera pas. Il faut qu’il leur reste quelque chose, cette note à accomplir ; et les suivantes qui se presseront, qui sait. Du Souffle, il en aura besoin pour alimenter aussi longuement cette pénultième ; et il croit savoir d’où il s’abreuvera. Elle lui offre des émotions de poète, elle pense ou veut le susciter. Une délicate attention, même s’il est persuadé qu’il saura se susciter. La susciter ? Une question plus piégeuse.


« Que sont deux Cycles face deux décades ? »

Il ne cherche pas ses lèvres mais sa main. Si Ulysse avait des raisons de redouter Circé, il est impossible de douter de Pénélope. Si Pénélope n’a pas trouvé le temps de faillir en deux décades, deux Cycles ne sont que deux minuscules gouttes. Pour absorber son doute, il ne s’agit pas encore de permettre à la note finale de résonner, mais de lui faire prendre conscience du grondement, de la basse patiente qui continuera invariablement à son rythme, à leur rythme. Il pose la main de l’enchanteresse sur sa poitrine, où sonne son Cœur. L’entend-elle ? Le sent-elle ? Le ténor, le soprano travaillent le croisement de leurs voix tout en étant toujours accompagnés de la basse. Leurs basses doublées, deux couples qui se complètent. Même au loin, leurs basses ne s’arrêteront jamais en bourdonnement musical partagé. Une veille, jamais l’extinction. Aurait-elle cette cadence qu’il lui refuse, en outre des deux voix principales ils ne peuvent oublier l’indéfectible ligne de fond.

« Notre C[h]œur ne s’arrêtera pas. »

6 mars 2021, 11:09
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
D’abord elle ne l’écoute pas, pas vraiment, ni assez. La terre a tremblé au fond de l’océan et la vague, à l’onde invisible, s’approche des côtes, meurtrière en puissance, dévastatrice. Circéia l’entend parler de décades et de cycles, elle comprend mais n’a pas la force de répondre ce qu’il faudrait. Son énergie, focalisée sur le maintien en vie de sa dignité, ne peut être réorientée sur autre chose. Et puis il lui saisit la main. Le mage tente de réanimer un coeur sans vie, arrêté depuis peu mais bien arrêté. Il n’est pas facile pour elle de vivre ces sauts d’humeur. Ces montagnes russes là excèdent sa capacité à traverser la vie indemne. L’eau remonte à la surface. Elle est à fleur de peau. Un jour ou l’autre elle explosera. Mais elle se laisse faire. Entrée en contact avec ce corps, elle écoute. Par la peau elle écoute, par les oreilles et son coeur elle l’écoute.

Il faut vraiment comprendre les infirmités sociales que constituent ces enfants construits dans un lieu sans affection. Pour ceux ayant eu la chance d’avoir des amis, l’adolescence peut se passer presque normalement. Mais si vous êtes seule, que rien ne vous permet de rentrer, ne fut-ce qu’une fois par an, dans une famille aimante, qui vous donne des repères de tendresse, des signes de l’amour quotidien des parents, vous ne savez pas comment faire. Vous ne savez vraiment pas. Le rôle des adultes est alors essentiel, il dépasse largement l’autorité ou le savoir. Et puis… si vous pensez que la relation physique est une solution, fuir dans ces relations d’un soir avec des hommes qui n’ont qu’une chose en tête ne vous construit pas davantage. Oui, Circéia est une infirme, alors quand il lui prend la main, elle se laisse faire, par sidération mais aussi parce qu’une part d’elle est temporairement morte. Espérer est à double sens. Bien évidemment, elle a sa part de responsabilité, ayant trop vite cru que ses seuls désirs suffiraient. Ceux de Hjúki comptent aussi. Elle se doit de l’apprendre et il est heureux que l’homme ait fait le geste, sans cela elle aurait terriblement souffert. Au moins là, l’étudiante a le pouvoir de provoquer elle-même un sursaut.

Notre coeur... Il parle au pluriel, une idée forte qui la réveille un peu. Mais on ne recolle pas des brisures nombreuses en un instant. Il est illusoire de croire que l’on peut faire et défaire aisément. Les sentiments ne sont pas des outils aussi simples d'accès. Elle sent son coeur, celui d’une femme un peu perdue, ce coeur sorti d’elle, qu’elle donnait juste avant, rentré au bercail depuis, penaud. Il oscille différemment de ce que touche sa main. Deux rythmes dont il va falloir apprendre la course. Il parle mais agit peu. En fait, elle se rendra compte plus tard qu’il a fait le bon geste. Et qu’elle aurait dû, sur le moment, oser. Mais à l’instant, elle s’en révèle incapable. Pauvre Circéia, qui rate tout ce qu’elle entreprend depuis quelques minutes. Ligéia, ressuscitée en elle. A ceci près qu’on est au temps où cette dernière est morte. Et Hjúki tient la main d’un cadavre... à toi de trouver le moyen de la réveiller.

- Votre coeur bat pour moi ?

Et elle le provoque en plus du reste. N’a-t-elle pas compris qu’il ne peut aller sur ce terrain-là ? Il a reculé, refusant le baiser, et malgré ses pudeurs, le garçon a saisi la main, renouant un contact dangereusement sapé aux frondaisons. Elle insiste, comme pour mieux se punir de ne rien réussir. Elle a besoin de savoir, les mots n’ont pas été, les élans encore moins. Circéia éperdue.

-… le mien s’arrête pour vous …

Maintenant, pires sont les choses. La vie n’est pas une histoire romanesque. Parfois, il vaut mieux stopper là. S'endormir dans l’attente du prince, le charmant. On meurt mais on ne souffre plus.
Au crépuscule les pulsions du corps entrent dans l’équation. Et lui désire Hjúki d’une autre manière. Cette main cherche à le pénétrer, puisqu’il ne veut pas des lèvres, l’amas de chair essaye une autre voie pour atteindre l’Everest. La pression est légère mais il peut la sentir.

- Je vous attendrai ou je mourrai.

Aimer n’est pas un statut, ni un état physique. La dimension charnelle existe bel et bien. La jeune femme, désormais, peut faire la différence entre désir véniel et poussée passionnelle. S’il faut se limiter, elle saura patienter. Elle va devoir apprendre à gérer cet amour. Spontanément elle lui sourit, et ses yeux humides montrent son émotion. Mais toujours digne et cette moiteur fait de ses yeux un outre noir laqué qu’on ne peut ignorer.

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Comme il est compliqué de fusionner les droites, parallèles et jointives, à l’infini. A l’infini, oui. Si loin de nous.

Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
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6 mars 2021, 14:26
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Il l’a approchée de lui, mais c’est désormais à elle de prendre les commandes. Il lui a ouvert l’accès : à elle décider ce qu’elle en fera, à elle de décider comment elle explorera de sa main la surface pulsative quasiment directement mue par l’organe qu’elle protège. Derrière le sens littéral d’un cœur offert et présenté se cache tellement plus, elle devrait être capable de le comprendre. L’échange ne se fait pas tout à fait à sens unique car, bien qu’il n’ait pas lui-même approché celui de Circéia, il peut tourner son attention sur ce qu’elle pourrait transmettre depuis la pulpe des doigts appuyés contre sa poitrine. En décalage, ils forment un rythme bien audacieux pour une basse, peut-être revendique-t-elle déjà une place de vox principalis qui lui accorderait des possibilités rarement accordées à sa nature. Les rôles n’ont pas à être figés, pourquoi dire non à une telle inversion… Lui est relativement tranquille, sachant apprécier la houle d’un Adagio tandis qu’à en juger de l’urgence pressée de Circéia, comme si chaque seconde était la dernière accordée pour finir son histoire, leur histoire ; elle se croit dans le torride Presto estival.

Par ce partage l’adolescent espère aussi accorder leurs Saisons ; que la nature excessivement véloce de son enchanteresse puisse comprendre l’avancée pédestre de Hjúki qui craint la précipitation en laquelle elle l’entraîne. La peur de l’un est l’accélération, la peur de l’autre est le ralentissement. À eux de trouver désormais le
tempo qui sache leur convenir. Elle était prête, avant même qu’il n’apparaisse, l’a dragué de ses nombreuses lieues d’avance. Par l’accès à son rythme, il souhaite qu’elle comprenne que son Cœur, lui, n’est pas prêt à une telle fulgurance. Il se sent ce tout petit poisson de la fable d’Ésope suppliant le pêcheur de le relâcher, d’attendre qu’il grandisse encore pour s’en faire un gain plus profitable encore. Qu’avait répondu le pêcheur, déjà ? Qu’il serait insensé de renoncer à un bien, aussi petit soit-il, dans l’espoir d’un futur plus grand. Tu as décidé de garder le minuscule poisson ? Soit, mais n’en attend pas autant que d’un grand. Pourtant, il n’est pas de ces proies si minces qu’elles se faufilent sans peine entre les mailles du filet du pêcheur se contentant des plus grosses, il s’agit là d’une autre fable encore. À l’écoute de son rythme, de la ligne de basse sur laquelle Circéia compose, tisse ses ornements et mélodies ; il continue de transmettre son ferme grondement, toujours bien loin de la galopade. Comme si cela ne suffisait pas, elle l’interroge toutefois, comme si elle n’avait pas entendu les interconnexions vocales. Ah ! Ce qu’il voudrait comprendre les Sens de l’enchanteresse ! Elle n’a pas sa vision, son écoute, ses… Autant de raisons pour lui montrer, si cela ne frappe ses perceptions si différentes.

« Sous vos notes, il chante. »

Pourquoi le sien serait-il silencieux ? Contrairement à ce prince médiéval, il n’a pas imprégné ses lèvres de potion Wiggenweld, ce n’est pas ainsi qu’il le réactivera. Sommeille-t-il seulement ? Elle appuie contre lui, comme pour le couper par la force de pression, au moins dans la périphérie. À quel point… à quel point est-il proche de l’un de ces renoncements qu’elle a refusé de formuler ? Si elle n’a certes pas concédé à les rendre par les mots, elle crie un manque, déjà. Ne vous avais-je pas prévenu… Elle aurait pu le dire, qu’elle voulait tout ; il aurait su. Le voilà ignorant de ce qu’il lui arrache, de ce qu’il lui a arraché. Silencieux, arrêté : il voit Euterpe éventrée et reniée. Mais qu’est-ce que Circéia voit quand elle dit ça ? Quand et sous quelle impulsion reprendra-t-il ? Hjúki est-il coupable de l’avoir asphyxiée ? Enfin, elle le menace. Voilà qui est quasiment certain. Il est coupable. Coupable, mais de quel impair ? Cherche-t-elle à le broyer ? Qu’il soit incapable de partir sans sentir son poing serré tout autour de son Cœur ? Prolonger ce moment jusqu’au retour d’un apaisement commun ? Retour à l’aporie, leur impasse. Que veut-elle ? Cache-t-elle aussi une Clytemnestre en elle ? Qu’a-t-il fait qui soit digne d’un Agamemnon ? Risque-t-il un retour désastreux s’il tombe à ce stade du parcours funambulesque ? Il agrippe ses Noirceurs. *Pourquoi me menacez-vous ? Que craignez-vous ?* Le sourire qui tranche manque de le faire choir. Que croire ?

« Je vous en prie, n’oubliez pas de vivre, n’oubliez pas… de battre à cause de moi. Je vous reviendrai. »

6 mars 2021, 19:26
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Il aura donc fallu un geste, plusieurs gestes discrets pour qu’elle l’entende enfin dire ces quelques mots qui la rassurent vraiment. Son coeur avait besoin de réaliser. Certains êtres ne donnent aucun poids à une parole unique. Ils ont besoin de plus, de mieux. Ou juste un accompagnement faisant supporter la rupture imparable. Combien de temps encore ? Il va partir, c’est écrit, et elle savait cela depuis des heures entières. Mais il est venu, le moment. Et si ce n’est maintenant, dans combien de minutes ? Et pour combien de temps ? La gravité de son état ne lui importe plus, elle sait. Et d’un coup, sa main devient caresse, oubliée la pression sur son coeur. Oui, ce n’est pas sa peau, juste une étoffe. Mais c’est la sienne, son homme. Comme elle est sa femme, ni sa chose ni son jouet, pas un trophée de plus… Les astres procèdent, dans leur lointain silence, à un réalignement du thème de Circéia. La douceur apparaît, l’inquiétude envolée avant d’avoir muté en angoisse invivable. Elle sent de nouveau un bonheur saupoudrer son terreau. Les premiers blés n’ont pas encore levé mais elle sait.

Circéia hésite, ne sachant plus s’il faut avancer, reculer, dire, se taire. L’ivresse. Des mouvements font crépiter ses doigts, le cerveau, et certaines zones qu’il vaut mieux taire encore. Chaleur de partout, implosion, vite, des mots, de petits mots pour lui, qu’il ne pourra oublier.

- Mon coeur a géminé en vous Hjúki. Je l’ai déposé là.

En fait, elle rougit. Non pas de honte, encore moins de plaisir. Dire s’appelle le possible, tout offrir se conçoit. L’accepter tout autant. Se donner, sans calcul, entièrement, jusqu’à la dernière goutte. Se montrer, évitant toute obscénité, sans fausse pudeur non plus. Et les mots, formule improvisée. Ses doigts pianotent sur lui, comme s’ils cherchaient le moyen de refermer la trappe qui a accueilli ce morceau d’elle. Mère, regarde ta fille, celle que tu ne verras jamais heureuse comme elle aurait aimé en témoigner. Reconstruire une famille, pouvoir respirer sans crainte l’air qu’ils partagent, mélanger leur magie, marcher en se tenant la main. Sans parler. Sous la neige comme en plein soleil. Les anges du quotidien loin de ces pacotilles chimériques. Et la caresse sensée effacer les traces de la greffe. La femme a entré son pouvoir dans le ventre de l’homme, le serment inviolable, le seul qui compte. Et qui fait d’elle alors l’esclave de ce serment. Je m’y engage, que tu le veuilles ou non. Je suis à toi. Comment as-tu atteint le mien, je n’en sais rien et si je le savais, je ne changerais pas la moindre poussière d’elle, ta lune inapprochable.

Il dira le temps venu des mots qui sont ceux des enfants de l’amour. Cela viendra un jour, il ne faut pas brusquer les graines embryonnaires. Circéia a compris. Donner le temps. Accepter la patience. Sans figer le moment, ne rien assassiner même sous les yeux d’Eschyle. On ne peut rien contre le joueur avide, l’emporter contre lui passe par l’acceptation de sa suprématie. Notre seule espérance étant de vivre chaque seconde le plus pleinement possible. Il l’embrassera s’il veut, lui dira qu’il l’aime s’il veut. A sa manière, il l’a déjà fait, Circéia est en cours préparatoire, apprenant un langage totalement étranger aux enfants obsédés par les manuels scolaires.

- Je prendrai soin de moi, c’est promis.

Le regarder, le dévorer sans en avoir l’air. Bien faire afin de se souvenir du moindre détail de lui, apprendre sa géographie, aimer. En silence, ce qu’elle sait le mieux faire. Deux cycles a-t-il dit ? Le temps pour elle des derniers préparatifs. Elle veut aller à Londres, faire un achat de rang. Ce serait une bonne idée que de lui proposer. Mais pas maintenant, ne rien diluer, ne plus demander, c’est assez. Elle cherche à recueillir sa main, pour qu’ils puissent se tenir comme tous les amants font. Nikita gratte à la fenêtre, le seul être vivant ne perdant pas de vue les réalités. Elle l’a trouvée et le mélange des doigts se fait naturellement. Ils apprennent enfin à se prendre.

Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...

6 mars 2021, 21:34
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Se détacher, reculer car elle vivra et il vivra ainsi qu’ils le devront. Il pressent que cette requête lui sera accordée car il demande peu mais l’essentiel. Elle n’a toujours pas ôté sa main mais il sent une évolution, elle appuie différemment. Comme si elle avait renoncé à transpercer sa peau pour agripper ce qu’elle recouvre, acceptant le paravent duquel il est protégé. Par la pression, elle était toutefois plus aisément et clairement perceptible, tandis que par la douceur son contact devient plus flou, moins défini. Échauffée, Hjúki n’est pas certain de la façon dont il lui faut interpréter ce revirement. D’un condamné pour quelque faute grave, quelque omission d’un désir non capté ni accompli ; il devient soudainement suscitant, ainsi que la subtile chaleur transmise via sa poitrine et que la nouvelle teinte de l’enchanteresse en sont des flagrants indices. Ses aspirations ne lui sont pas toutes compréhensibles, et cette incompréhension transparaît sur son visage réflexif. Apprendra-t-elle à les lui communiquer ou leur parcours sera-t-il une remise en question permanente de leur équilibre ? Si du moins elle parvenait à l’avenir à exprimer sans détours ni cachotteries ses attentes, l’adolescent s’emploierait à éviter de lui laisser de faux espoirs. Il n’a rien de l’aimant romanesque, il n’approchera d’aucune des figures qui pourraient bien hanter son imaginaire ou ses rêves.

De plus, il n’est pas comme les autres garçons. Par la simple étape du baiser il a l’impression d’être déjà allé immensément loin, outre les frontières qu’il s’était établi. Même avec Opa en qui il avait pleine confiance, qu’il connaissait depuis sa naissance au moins, cela n’avait pas été intégré à leur vocabulaire. La palette des fusions est si vaste, si immense qu’il n’avait jamais éprouvé tel besoin. Mais Circéia, si. Pourquoi ? A-t-elle lu les livres et croit-elle devoir faire comme eux ? Est-il vraiment possible de prétendre à un geste inné ? Il n’est pas même certain qu’il se soit propagé uniformément en toutes les cultures. Et le goût qui persiste est si étrange… est-ce le but ? Un rappel sensoriel permanent du fait qu’il n’a plus exactement son propre corps, qu’une partie s’est mélangée et a accroché une parcelle étrangère ? Ses Perles-de-Nótt glissent sur cette main qui a posé son empire sur son Cœur. Il la sent. Il la sentirait, sans besoin du contact physique, sans besoin surtout du mélange.

Ne parviendrait-elle pas à le sentir sans ces avancées en lui ? Garde, car à trop avancer elle risque de le repousser au point de le mettre hors d’atteinte. Les contacts de surface ne le dérangent pas, il s’en est toujours abreuvé, sait les apprécier. Au-delà ? Il est rétif et espère que ce n’est pas ce qu’elle recherche. Elle pourra jusqu’à une certaine mesure le toucher, avoir accès à sa peau, mais guère plus ; il ne saura offrir son corps entier. Évidemment elle n’a rien dit à ce sujet, il ne peut qu’espérer qu’elle ne prépare aucun désir de la sorte, il ne peut qu’espérer sur ses capacités de conciliation. Après tout, tant de corps peuplent cette terre, pourquoi le sien ? Qui il est bouillonne dans sa tête, dans son cœur. Pas à l’extérieur. Il est persuadé qu’en interrogeant, il existe une réponse pour chaque individu à ce que représentent les gestes intimes. Il sait déjà qu’un baiser de Circéia n’est pas un baiser de Hjúki, il n’en a d’ailleurs pour l’heure initié aucun. Cela ne signifie pas nécessairement que leurs recherches divergeaient, peut-être seulement qu’ils avaient besoin d’outils distincts. Que disait-elle par là qu’elle ne saurait dire autrement ? Ce n’est pas un recours dont il a besoin, mais si elle persiste, s’il s’agit bien de l’un de ses besoins inexprimables autrement, il lui faudra sûrement finir par en connaître exactement sa signification. À quel point s’est-elle détachée des figures de papier pour décider qu’en faire au sein de sa langue ?

Quelle est la différence entre un ami et un partenaire amoureux ? La frontière est pour Hjúki trouble, quasiment inexistante. N’embrasse-t-on que les seconds dans la langue de Circéia ? Pourquoi les amis ne mériteraient-ils pas cette marque d’affection ou de confiance ou quelque autre sens lui donner ? En quoi diffèrent les attentes de l’un à l’autre ? Il est bien possible de dire « je t’aime » à un ami. Si un amour devait les lier, pourquoi devrait-ce être celui d’Éros, du désir amoureux ? Pourquoi pas fraternel ? Existe-t-il plusieurs manières d’aimer ? Oui, bien sûr. Pour l’adolescent il n’est toutefois pas question de distinguer la famille, l’ami proche, le partenaire amoureux. Le lien qui s’est construit entre lui et son Beschützer est d’une nature incomparable avec celui pour ainsi dire inexistant avec les parents qui n’ont jamais été dans le décor. Pourtant de la famille dans les deux cas. Chaque personne s’aime différemment, sans tenir compte des catégories, des cercles d’affection trop fictifs et irréels. Il aimera Circéia, il tiendra à Circéia d’une unique façon, celle dédiée à Circéia, aucune analogie ne sera possible. Pas en amoureux, pas en couple, pas en petit ami. Ce sont deux Étoiles qui seront appelées à se partager des rôles sur scène, à déployer de majestueux Pas de Deux. Partenaires de prédilection, qui sait, mais en rien figés, il leur sera permis de déployer leur Danse aux côtés d’autres membres de la compagnie, aux côtés d’autres Étoiles.

Ses circonvolutions l’ont longuement happées, certainement ses traits étaient-il tout particulièrement crispés alors qu’il se parcourait, se laissait emporter par le puissant tourbillon. Au retour dans le monde extérieur, dans la réalité ; il réintègre un corps à la configuration légèrement changée, il retrouve ses doigts mêlés à ceux de l’enchanteresse. Il appuie en assentiment, il a entendu sa promesse, ses promesses.


« Merci, puissions-nous dès lors nous délier sereins. »

Il suppose que la tension s’est suffisamment abaissée pour enfin prendre congé sans la lâcher fêlée, en morceaux, ou dans quelque état qu’il est inconvenable d’abandonner sans avoir appliqué le soin approprié. Pris d’une soudaine impulsion, puisant en ses propres termes physiques, il l’approche et entoure son buste entre ses bras. Il transmet en cette étreinte une plus forte pression durant quelques secondes, comme pour permettre l’impression de leurs formes mutuelles, avant de reculer bien plus doucement qu’il ne s’est avancé. Prêt à s’éclipser, si son hôte daigne lui indiquer la sortie.

7 mars 2021, 16:25
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
La femme est une fleur, elle s’ouvre et se ferme, non par sa volonté mais selon des cycles éternels dictés par les actions d’un rituel inconnu. Tous nous croyons en connaître les principes mais leur réalité est bien plus délicate à mettre en œuvre qu’en apparence. Circéia avait des éléments mais elle peut maintenant apprécier les nuances. Hjúki a fait, ou pas. Et dit, si peu. Mais au final, et malgré leurs balbutiements, le mécanisme a permis aux pétales de s’écarter, offrant le pistil à son seul regard d’homme.
Dans la vie quotidienne, Circéia est un être renfermé, assez abrupt de prime abord, un gentil porc-épic. Il aura fallu le hasard, la providence… qui sait la magie pour qu’elle accepte, et vienne à précéder le protocole ancien. Et depuis, elle absorbe, chaque instant entre dans sa mémoire et quand enfin le vase est plein, elle peut lancer la deuxième phase. Hjúki devait en cela guider, marquer cette élévation et elle avait besoin d'entendre, pas forcément des sons. Il fallait… une vibration. Elle est venue et désormais la sorcière peut concevoir une suite apaisée.

Il va partir, pour un temps incertain qu’elle imagine trop long. Partir pour un chez lui qui n’est pas celui d’elle. Partir. Pourtant elle n’a plus peur de rester seule. Ses mots et quelques gestes auront construit un sort bien plus puisant que toutes les magies. En scellant la confiance, Hjúki a permis aux pétales de refermer la femme tout en emprisonnant l’esprit de leur rencontre. La fleur pollinisée peut se protéger du monde extérieur en toute quiétude. Tel est le balai auquel nous assistons, le départ du Roi et donc son retour annoncé. L’incertitude s’est évanouie, en fermant les yeux quand elle est dans ses bras, elle n’a qu’une seule idée, se souvenir. Se souvenir de ce frisson, le capturer et le garder indemne de toute souillure, pur. Pour qu‘il demeure puissant et ne s’évapore pas au contact de l’air. Elle est.. le récipient.

- Vous devez partir, n’est-ce pas ?

Quels mots utiliser alors ? Tant de choses ont pris l’air, qui n’avaient jamais vu le monde avant ces heures. Elle pensait savoir. Elle ne connaissait rien. Et ces petits échos venus de ce regard, ces contacts de peaux, les mots… Ses errements ridicules, l’empressement à cacher ce qu’elle ne sait pas taire. Elle a croisé davantage de sève que durant toute sa vie. Des instants formidables, aucun mot n’est assez. Et s’il fallait le dire, ce serait vain et triste. Elle préfère le silence, apprécier, retenir. Même arrêter le temps serait l’immense injure qu’il ne faut surtout pas proférer en cette heure. L’extase, un bonheur calme, au-dessus des nuages, dans un air cristallin. Ce renversement se comprend aisément. Si l’on écoute son coeur, rien ne presse. Circéia réclame tout au plus le pouvoir d’être aimée. Et s’il n’est pas celui qui imite les canons, Hjúki n’en est pas moins l’élu de ce théâtre. Il n’est pas un voleur ayant fracturé tout. Ni le moulin à vent usant de belles paroles. Lui a su regarder, écouter, prendre le temps sans calculer. Il n’y a rien à faire, la foudre c’était lui. Il était écrit que jamais elle ne tomberait amoureuse patiemment, dans une lenteur de boudoir nobiliaire. La danse s’est effectuée sur fonds de poussière d’elle, la lune. Et de monstres antiques, affublés d’écrivains. Tous ont été utiles pour la faire émerger de ces lignes statiques qui n’aident qu’à rêver. Un jour ou l’autre, il faut sortir du bois, voyager, se nourrir, découvrir et écrire sa propre vie d’humaine. Ecossaise, Russe, Sorcière, avant tout Circéia. Forte de ses envies, de la vie malgré tout.

- Grâce à vous je vais bien. Merci Monsieur Anastase.

Protocolaire, en apparence seulement, ses deux mains dans les paumes du garçon qui s’éloigne, pas encore mais bientôt. Le voir là, tout entier, digne d’elle à ses yeux. Il n’a pas juste aidé. Elle est née un dimanche et non un mercredi.


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Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...

7 mars 2021, 18:12
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Il la contient, cette puissante rémanence, inscrite contre lui. En versements mutuels inoubliables. Il se demande s’il prendra à profit le temps qui s’offre devant lui pour prendre conscience de cette nouvelle partie. Pour chercher à dénouer les enchevêtrements, à relever doucement les feuillages éparpillés provenant de plantations distinctes ; reconnaître ce qui relève de sa propre nature, et celle que Circéia a accrochée jusqu’en lui. Car à présent qu’il protège en soi ce fragment étranger, peut-être qu’en l’étudiant avec attention, peut-être qu’à force d’un examen scrupuleux ; il saura saisir son essence, il saura déterminer qui elle est exactement. Un échantillon d’elle contenu en lui, à sa disposition pour le passer au crible et l’observer à distance. Il est impossible de tout saisir sur l’instant ; ils ont besoin de ce délai, ils ont besoin de cette séparation pour analyser et réaliser tout ce qu’il s’est produit de cette rencontre. Trop proches ils ne voient qu’une infime partie du tableau, ont avancé pouce après pouce, ont vécu pas après pas. En reculant ils se détacheront enfin de leur trop intense prestation, tels les acteurs quittant leur immersion au terme de la pièce, passant en revue leurs vibrantes respirations de scène, de nouveau eux-mêmes. Quitter sa perspective pour se voir enfin, pour savourer pleinement la composition depuis la levée jusqu’à la semi-cadence ; car d’autres phrases s’annoncent encore.

Elle clame l’évidence ; oui, il doit voguer sur ses multiples rivages d’ancrage, il ne peut en avoir d’unique. Chaque passage à son port ne pourra qu’être temporaire ; il lui faut mouiller en de nombreuses contrées, car il n’est possible de se construire, de diversifier et complexifier sa Fresque aux beaux ornements en se refusant à explorer et à côtoyer de nombreuses terres. Elle n’a pas à se plaindre, contrairement à Ogygie, Ææa lui sera sans doute accessible lorsqu’il tentera une nouvelle fois de s’y diriger. Les routes maritimes ne devraient lui être rétives, il devrait parvenir à la retrouver sans trop de peine.

Ce que les ombres sont rapides… Il ne devrait s’être écoulé trop d’eau depuis qu’il a signifié la nécessité de s’en aller, mais l’aspect des ombres créées par les rayons solaires ont eu le temps de se modifier, d’être altérées. Chronos travaille, il sculpte et resculpte les formes qui passent entre ses doigts, n’aurait-il que quelques secondes à disposition, il est déjà capable de laisser sa marque, de creuser un sillage immanquable de son passage. Sa signature est partout, jusqu’en ces Silhouettes floues qui se projettent au sol dont les contours nets entourent le sombre, dont les contours flous entourent le grisé. L’heure est venue, il ne peut pas laisser à Sol de décliner encore plus, un trajet particulièrement long et parsemé d’étapes l’attend et, même s’il n’en blâme pas Circéia, il se consume à son contact. Il lui faudra donc économiser ses forces s’il souhaite venir au bout de cette journée et lui éviter de terminer comme la dernière.


« Je dois partir, oui. »

C’est pour de vrai, il espère qu’elle comprendra qu’il ne vaut mieux pas que Hjúki lui en veuille pour quelque retard, ce n’est pas une préoccupation sur laquelle il se montrait facilement conciliant. D’autant qu’il ne voudrait surtout pas être à son tour source d’inquiétude pour son Opa si, pire encore que de rejoindre après le moment prévu, il perdait la possibilité d’insérer cette visite sur le chemin du retour vers le château. Arresto momentum… Quel formulation stupide a été donnée à ce sort, nul n’aurait un tel pouvoir sur l’inarrêtable. La course des Astres n’a le souci des lenteurs ou des rapidités à petite échelle. Puisqu’aucune clémence extérieure ne leur est offerte, il n’existe plus aucun prétexte pour différer ou prolonger le moment. Ni même l’arrêter.

Il se rappelle avoir laissé son manteau quelque part, il serait malavisé de l’oublier ici pour devoir le rechercher quelques minutes plus tard en réalisant la morsure du froid hivernal que l’intérieur chauffé de l’enchanteresse dissimule. L’ayant attrapé, le jeune homme est quasiment certain de tout avoir et d’être prêt, sur le départ. Il sourit doublement à ce remerciement, et à ce titre. Les titres se méritent, tout comme il ne suffit pas de faire un enfant pour s’imaginer que les noms de père et de mère seraient un dû. Monsieur n’est sans doute pas un titre en lequel il se reconnaîtrait au mieux, il pourrait autant se retrouver en la bouche d’un quelconque professeur – sous couvert parfois de ne pas avoir à prononcer son prénom – ou de quelque représentant administratif. Mais de la bouche de Circéia, il retient surtout qu’elle lui a accordé un titre, une valeur, quelle qu’elle soit : il est plus. Et surtout elle va bien, un dénouement presque amusant.


« Circæa medeor… peut-être n’étais-je pas si prétentieux, en fin de compte. »

Pivotant la nuque à la recherche de la bonne porte, il finit par la pointer, espérant s’être bien repéré et qu’il se trouve bien derrière elle l’escalier.

« Me permettrez-vous enfin ? »