Idées noires sous un ciel étoilé

Il était tard. Trop tard pour qu'une enfant se balade hors de son lit. Mais Alesthia avait besoin d'être seule. Alors elle sortit sur la pointe des pieds de son dortoir, et déambula dans les couloirs sans savoir où aller. C'est alors que la tour d'astronomie lui vint en tête. En plus d'être presque certaine de se retrouver seule, elle allait pouvoir observer le ciel comme elle le faisait de temps en temps, avant, accoudée à sa fenêtre. Une fois arrivée au sommet la fillette s'assit par terre, le dos contre le muret et le regard perdu en l'air. En pleine journée, entourée de monde, elle ne se serait jamais comportée de la sorte, elle serait restée debout, droite comme un i, mais là, elle était persuadée que personne ne pouvait la voir, alors elle décida de se lâcher un peu. Même si pour beaucoup, s'asseoir par terre était normal, pour elle, c'était déjà beaucoup.

Elle laissa alors vaguer son esprit et se remémora les quelques jours qui suivirent son intégration. C'était la première fois qu'elle prenait la peine de se poser tranquillement pour repenser aux changements qui venaient de lui arriver. Et ils n'étaient pas faciles à digérer. Le souvenir du domaine familial, froid et austère, qu'elle avait quitté vint en premier. Il fut aussitôt suivi par un endroit des plus chaleureux, Poudlard, mais plutôt que de se sentir soulagée, elle fut envahie par un sentiment d'effroi, camouflant presque celui de son dégoût. Après s'être légèrement calmée, elle revit tous les visages qu'elle avait croisé depuis son arrivée à l'école. Elle les détestait presque tous. Ses camarades de Serpentard, les autres élèves, et même les professeurs...

Une haine profonde et irrationnelle fit surface. Ses traits se durcirent alors qu'elle les imaginait. Chacun d'entre eux était lié de près ou de loin aux moldus. Certains avaient leur sang mêlé au leur, d'autres n'avaient même pas de parents sorciers et ceux au Sang-Pur sympathisaient avec eux. Elle ne le supportait pas.
Mais elle n'eut pas le temps de plus y penser que déjà l'image des ses parents apparut dans sa tête. Son visage se fit encore plus dur. La pression qu'ils mettaient sur son maigre dos était insupportable. Ils n'attendaient qu'une chose d'elle, qu'elle soit la meilleure, et jusque là, Alesthia n'avait toujours reçu que des reproches de leur part. Mais elle n'était pas en colère contre ses géniteurs, non, elle était en colère envers elle même, pour ne jamais avoir su atteindre leurs espérances. Elle les aimait, mais elle sentait que cet amour n'allait que dans un sens, et elle voulait tout faire pour que ça change. Pour qu'ils la regardent avec fierté. Pour qu'ils la complimentent. Et si pour y arriver, elle devait faire des gens qu'elle méprisait ses rivaux, elle n'hésiterait pas.

Les élèves de Poudlard revinrent alors à son esprit, mais cette fois, ils furent accompagnés d'un sentiment de tristesse, de solitude. Elle les revit rire joyeusement ensemble. A chaque fois qu'elle les croisait, elle les trouvait bien étranges, aussi étranges à ces yeux qu'un démonzémerveille pouvait l'être pour les moldus. Elle ne se sentait juste pas à sa place, comme si elle était en trop dans cet univers bien trop heureux. Et contre toutes attentes, elle se surprit à les envier. A ne pas se sentir obligée de toujours bien se tenir, à ne pas avoir un poids titanesque sur les épaules la poussant toujours à exceller, à ne pas avoir cette haine qui la ronge continuellement... A ne pas se sentir si seule... Tout cet isolement commençait à lui peser. Elle ne s'en était encore jamais rendu compte, mais depuis qu'elle vivait dans le château elle voyait bien qu'elle était différente. Peut-être que le bonheur lui était interdit ? Une larme se mit à couler le long de sa joue alors qu'elle continuait à regarder les étoiles.

Une signa'quoi ?

Idées noires sous un ciel étoilé
Lucy sortait de la salle commune des Gryffondor, le regard vide. Une cape sur le dos et des livres en mains, elle se dirigeait vers la tour d'astronomie. Elle devait réviser pour son examen d'astronomie. La première année n'avait pas l'habitude de prendre du retard dans ses devoirs, mais elle s’était laissée distraire ses derniers temps.
Les couloirs étaient presque désert, Lucy n'avait croisé qu'un préfet auquel elle avait dût expliquer pourquoi elle n'était pas dans son dortoir à cette heure tardive. Heureusement, les révisions pour les cours d'astronomie étaient une des seules raisons valables à donner si on se faisait prendre à vagabonder dans les couloirs du château.
La tour d'astronomie n'étant pas très loin de la salle communes des Gryffondor, Lucy arriva assez vite en bas des interminables marches qui donnaient accès à la tour. Elle espérait se retrouver seule et en finir vite. Après cette longue journée elle avait seulement envie d'aller se coucher et de passer à un autre jours pour tenter d'oublier les précédents, qui avaient été un désastre.
Essoufflée, elle avait finir par atteindre la lourde porte en bois qui la séparait de l'extérieur. Décidée à finir vite son travail, elle poussa la porte. Elle tressaillit au contact du vent nocturne et se félicita mentalement d'avoir pensée à prendre sa cape la plus chaude. Elle regarda quelques instant les étoiles et sourit. Sans un bruit, elle avança, posa ses livres et alluma sa baguette à l'aide du sortilège Lumos pour pouvoir lire. Mais à peine avait elle lu une phrase qu'elle entendit une respiration derrière elle. Lucy se retourna rapidement et découvrit une élève assise par terre. Elle la fixait d'un regard froid et s'essuya une larme d'un geste vif. Mais Lucy avait eu le temps de remarquer la larme couler le long de sa joue. Alors, elle qui jusqu'ici n'avait ressenti que de la gêne fut prise d'un fort sentiment d’empathie.
Elle fit quelques pas vers l'élèves dont les longs cheveux noirs cachaient en partie sont visage et lança timidement :

- Bonsoir... Tu va bien ? Tu ...

La jeune fille la fixait d'un regard mauvais. Lucy voyait bien qu'elle n'allait pas bien. Mais que demander d'autre dans cette situation ? Alors, elle attrapa ses livres et s'assit à ses côtés.
Puis, après réflexion, elle ajouta :

- Si tu veux parler à quelqu'un, je t'écouterais. Je veux simplement t'aider.

Elle n'attendait pas forcément de réponse, elle comprenait bien que l'autre élève n'ait pas envie de lui parler, mais peut être qu'un peut de compagnie lui ferait du bien, se dit Lucy. Elle continua alors à réviser, sous le regard de la jeune fille, sans un bruit.

𝕃𝕦𝕔𝕪 𝕄𝕪𝕖𝕣𝕤 - Les larmes qui coulent en silence sont les plus meurtrières ...