Sauvez la bête ft Azaël Liderick

Avec @Azaël Liderick

Après sa rencontre avec Mel, après sa fuite avec Nina, la jeune Poufsouffle avait pris l’habitude de venir s’assoir à côté du parc. Elle aimait voir le lac qui ondule à sa surface. Le doux clapotis de l’eau qui la berce. C’était son endroit préféré du château. Surtout lorsque le soleil pointait le bout de ses rayons. Elle lisait ici pendant ses heures libres. Ici et sur son lit, dans le dortoir des filles de Poufsouffle. C’était comme ça qu’elle s’évadait. Qu’elle se retrouvait un peu elle-même.

Aujourd’hui pourtant, elle eut comme une petite impression que rien ne se déroulerait comme prévu. Sans doute était-ce sa récente rencontre avec Nina qui l’avait chamboulé. Elle avait découvert l’adrénaline, ce que ça faisait d’enfreindre les règles. Et elle avait aimé ça. Oh, il y avait toujours le peur d’être attrapée. Mais c’était toujours ainsi. Parce qu’elle était encore jeune et que les remontrances de ses parents – totalement imaginaires pour elle – n’arrêtaient pas de poursuivre sa conscience.

Mais alors qu’elle allait s’assoir au bord du lac – à distance raisonnable tout de même – elle remarqua la présence d’une silhouette particulièrement agitée. En s’approchant, elle constata que c’était sans doute un jeune sorcier de son âge. Les cheveux noirs en bataille, il semblait vouloir faire quelque chose face au lac. Ou dans le lac. Et à cette idée la jeune Poufsouffle sentit un frisson d’effroi lui parcourir l’échine. Mais que pouvait-il donc bien faire ? Ses sourcils arqués, une moue interrogative sur son visage, elle s’approcha et lui demanda « Mais qu’est-ce que tu fais ? ». En fait, peu importait qui il était, elle avait juste envie de savoir ce qu’il pouvait bien bricoler si proche des eaux noirs du lac.

Quelque fois, pour apaiser ta rage mystérieuse
Tu prodigues, sérieuse, la morsure et le baiser.

Sauvez la bête ft Azaël Liderick
Dès que les cours sont finis, tu n'as qu'une hâte : pouvoir t'évader du château. Tu rôdes souvent dans le parc et ses alentours, allant jusqu'aux abords autorisés de la Forêt Interdite. Tu n'as pas encore osé t'y engouffrer, tu préfères rester sur tes gardes. Tu as beau avoir cette curiosité qui te pousse à t'en approcher et à vouloir savoir quel genre de créatures peuplent cet endroit, tu es conscient du danger que le lieu représente, et tu n'as pas encore assez confiance en tes capacités magiques pour relever les défis qui pourraient se dresser sur ton chemin une fois la sécurité du parc du château quittée. Alors tu finis toujours par arrêter d'essayer de te dévisser le cou pour tenter de voir quoi que ce soit bouger dans l'obscurité des branches, pour revenir à des occupations qui sont davantage de ton âge.

Tu as appris rapidement qu'un Calmar Géant vivait dans les eaux noires du lac du château. C'est aussi le plus naturellement du monde que tu as essayé d'en savoir davantage à son propos. Les ouvrages qui y font référence ne semblent pas considérer la créature comme dangereuse, du moins ne semble-t-elle pas agressive. Sinon personne ne pourrait se baigner dans le lac, et certains petits téméraires n'hésitent pas à se jeter à l'eau. Bref, tout ça pour dire, qu'aujourd'hui, tu t'es décidé à rencontrer cet habitant du lac par toi-même. Déjà pour le voir, parce qu'il doit être très impressionnant, mais aussi en espérant peut-être pouvoir l'apprivoiser, ou du moins l'habituer à ta présence.

Tu imagines déjà la tête de ton frère la prochaine fois que tu le verras, s'il te suffit d'appeler le Calmar Géant pour qu'il enroule ses tentacules autour de lui pour le jeter à l'eau. Sûr qu'il fera moins le malin. Et au-delà de cela, ça te permettra d'aligner un peu plus de deux mots dans ta journée. Mieux vaut parler à une créature qu'à un être humain, les chances d'être déçu par la réponse sont bien moindres. Armé de plusieurs petits pains volé lors de ton dernier repas dans la Grande Salle, de ta baguette magique - qui ne te sert pas à grand chose pour le moment, mais tu as bien l'intention d'y remédier rapidement - et de quelques morceaux de fromage et de viande au cas-où la créatures préférerait ce genre de mets, tu te rends aux abords du grand lac.

N'ayant nullement l'intention d'être dérangé ou surpris, tu préfères chercher un endroit un peu à l'écart, où tu pourrais être tranquille. Et te voilà qui commence à appeler doucement la bête, espérant probablement que cela suffise à la faire se montrer, mais rien n'y fait. Alors tu balances quelques morceaux de nourriture dans le lac, le plus loin possible, guettant les moindres remous de l'eau en espérant y voir apparaître les tentacules de la créature. Mais à la place, c'est une petite voix qui s'élève dans ton dos, te faisant te retourner d'un mouvement vif pour observer la personne qui a osé venir te déranger pendant cet instant si crucial.

Te voilà en face d'une petite fille qui doit avoir ton âge, et qui porte l'uniforme des Poufsouffles. T'as tout fait pour être tout seul ici, et voilà qu'en fait quelqu'un vient troubler ton moment. Tu n'aimes pas beaucoup ça. Si jusqu'ici l'idée de rencontrer le Calmar Géant avait fait pointer un certain enthousiasme en toi, ton visage se referme. Même s'il se montrait maintenant, tu ne l'aurais plus pour toi tout seul. Aussi grommelles-tu quelques mots, davantage par politesse que par envie.

- J'essaie d'attirer le Calmar Géant. Tu l'as déjà vu ?

Quitte à te déranger, tu espères au moins qu'elle va pouvoir apporter quelque chose à ta quête personnelle. Sinon... Quel échec ce serait d'être venu jusqu'ici pour rien, uniquement parce qu'une petite fille trop curieuse se trouvait dans le coin.

Sauvez la bête ft Azaël Liderick
Visiblement la question que posait Elly ne semblait pas au gout du Peverell Liderick. Instinctivement, son visage s’était refermé. La jeune fille, bien sûr, ne s’en était pas rendu compte. Elle était trop jeune pour ça. Mais il ne fallait pas être idiot pour voir que le garçon aurait préféré être seul. La jeune fille eut un pas de recul, une moue un peu offusquée sur le visage alors que le garçon lui donnait son explication sur ce qu’il faisait.

Non, véritablement elle ne comprenait pas. Attirer la bestiole ? Mais pourquoi faire ? Elle débuta une phrase par un « Mais … » toujours offusqué mais rien qui ne suit. Comme si la jeune fille était un peu trop persécutée par les yeux émeraude du brun. Est-ce que c’est naturel ce genre de regard ? L’élève secoue sa tête – sans s’en rendre compte elle vient de répondre à sa question. De toute façon, elle ne l’a jamais vu la bestiole. Elle préfère s’en tenir bien loin, ce qui n’est visiblement pas le cas du garçon qui lui fait face.

Alors elle ajoute « Non, jamais vu et je ne compte pas le voir aujourd’hui ». Elle fait volte-face et ses cheveux volent dans le vent. Elle s’écarte de quelques mètres pour finalement s’assoir et revenir à son occupation initiale : sa lecture. De temps en temps, quand elle tourne les pages, elle lui jette une œillade. Juste pour voir s’il n’était pas tombé dans le lac. C’est qu’elle rigolerait vraiment beaucoup s’il tombait à l’eau. Elle doit être froide un peu, non ?

Pourtant, aussi amusant qu’il fut, la jeune fille remit son nez dans son bouquin, et continua sa lecture durant de nombreuses minutes. Est-il nécessaire de préciser que chaque phrase qu’elle lisait était immédiatement oubliée ? Comme si son cerveau ne voulait pas accrocher à l’histoire mais plutôt à ce garçon-là, qui se débattait pour faire sortir une créature de son milieu naturel. Un instant, l’effroi passa dans son esprit : et s’il se faisait avaler tout cru ? Relevant aussitôt sa tête, elle l’alpagua « Euh, t’as pas peur de te faire bouffer ? ». Non parce que là, soudainement, elle avait peur pour lui.

Quelque fois, pour apaiser ta rage mystérieuse
Tu prodigues, sérieuse, la morsure et le baiser.

Sauvez la bête ft Azaël Liderick
Elle a l'air un peu bizarre cette fille. Tu lui poses une question, et elle répond juste un mot, sans finir sa phrase. Qu'est-ce qu'elle attend pour te dire la suite ? Elle a peut-être des problèmes d'élocution. Au pire, ce n'est pas bien grave, tu t'en moques un peu. Tu voulais juste être tranquille et essayer d'attirer le Calmar Géant dans ton coin, pas faire la conversation à une Poufsouffle. T'aimes pas trop les Poufsouffles en plus, tu ne sais pas trop pourquoi. Sans doute à cause de leur réputation de trop gentil. Ou parce que leur maison est connue pour accepter un peu n'importe qui. La preuve, c'est la maison qui regroupe tous les enfants refusés des autres, si ça c'est pas un signe !

Elle finit quand même par avouer ne jamais avoir vu la bestiole. Et ne pas avoir envie de la voir. Tu écarquilles les yeux en l'observant s'éloigner, médusé. Qu'est-ce que c'est que cette fille, il y a vraiment des gens qui n'ont pas envie de voir à quoi ressemble le Calmar Géant du lac de Poudlard ? C'est quand même un habitant du lieu, au même titre que tous les élèves, ils devraient tous essayer de le rencontrer. Tu finis par hausser les épaules, sans chercher à comprendre plus loin. Si elle manque de curiosité et d'ambition, c'est son problème, pas le tien. Tu n'as pas le temps d'essayer de la comprendre, t'as une quête à mener à son terme !

Parce que oui, c'est ta mission du jour, de réussir à le faire sortir de là. Ou au moins parvenir à voir une tentacule, à défaut de voir le reste de la bête. Tu n'espères pas devenir son ami en une journée et simplement en lui apportant à manger, tu te doutes que ça va prendre du temps. Mais t'es prêt à revenir tous les jours s'il le faut, tu veux simplement être sûr qu'il existe bel et bien. Quelle honte ce serait sinon, de chercher une créature inexistante. Pendant que tu jettes à nouveau de la nourriture en appelant l'animal, tu vois de temps en temps que la petite fille de tout à l'heure n'est pas bien loin. Du coin de l'oeil, tu vois qu'elle ne décroche pas d'un de ses bouquins.

T'aimes bien certains livres, mais aucun ne vaut une créature magique en chair et en os à tes yeux. Et lorsque l'eau commence à se troubler et des ondes à se former pile à l'endroit où tu as balancé quelques bouts de pain, tu t'approches des eaux noires du lac, espérant vivement avoir atteint ton but. Malheureusement ce ne sont que quelques poissons on ne peut plus banals qui viennent gober tes appâts. Quelle poisse. Tu t'apprêtes à te relever, déçu, mais c'est le moment que choisit la fille pour te parler à nouveau, te faisant sursauter, et presque tomber à l'eau.

Tu mets plusieurs secondes avant de retrouver un équilibre stable et tu te tournes vers elle tandis que ton coeur bat la chamade dans ta poitrine. T'as bien cru que t'allais finir à l'eau, et t'as pas du tout envie. C'est qu'elle doit être super froide ! En plus, tu ne nages pas très très bien. Tu sais nager hein, mais c'est pas franchement ton fort, alors tu préfères quand même éviter un malheur. Tu secoues la tête de gauche à droite à sa question, qui te paraît très bizarre.

- Ben non, j'ai pas peur. Il mange pas les humains, il paraît qu'il est gentil. J'ai même entendu une histoire comme quoi il avait sauvé un élève tombé à l'eau une fois. Même que je veux le dresser, comme ça il pourra faire peur à mon frère.

Et tout cela est pour toi une évidence même. Le fait qu'un Calmar Géant puisse paraître très impressionnant et effrayant pour la majorité des élèves normaux ne te traverse même pas l'esprit. Pour toi, toute créature peut devenir ton amie. Même celles qui sont les plus dangereuses. Dans ton esprit d'enfant, tout est possible. Mais le jour où tu croiseras une Acromentule ou une Chimère tu risques de vite déchanter.

Sauvez la bête ft Azaël Liderick
C’était aussi ridicule que sympathique à voir. La petite brune riait aux éclats à voir le Serdaigle en perte d’équilibre et manquant presque de s’enfoncer dans les eaux troubles du lac – savait-il nager ? Pas sûre qu’elle soit prête à sauter à l’eau pour lui. C’était méchant mais après tout elle ne le connaissait pas forcément alors … Qui lui en voudrait ? Mais finalement, le gamin ne tombe pas à l’eau. C’est presque qu’elle serait déçue la Poufsouffle. Mais il répond à sa question, de manière presque gentille.

Toutefois sa réponse est assez dingue et particulièrement insensée. Est-ce qu’il a la lumière tous les étages ? La petite fille se le demande. Il indique que la créature est gentille – il semble être sûr de lui alors qu’elle ne ferait pas le pari d’une seule noise sur cette idée. Mais après tout, c’est sa vie qu’il met en danger, pas la sienne ! Pourtant, quand elle l’entend dire qu’il veut le dresser, elle ne peut s’empêcher de retenir un « Ooooh » tant de surprise que de fascination. Sans doute le gamin était-il fou, mais il venait de gagner une supportrice de premier choix.

Enfin, supportrice et rabat-joie. Toujours, car c’était sa manière à elle de fonctionner, tout simplement. Elle se demandait s’il était possible d’éduquer une bestiole aussi grosse que celle-ci. Et si c’était possible, pourquoi personne n’avait essayé de le faire jusqu’à présent ? D’ailleurs, c’est exactement ce qu’elle lui dit « Mais si on peut le dresser tu crois pas que d’autres auraient essayé avant toi ? » et puis elle prend seulement conscience de la fin de sa phrase. Faire peur à son frère, vraiment ? Pour la petite sorcière dans les familles tout le monde s’entendait très bien et il n’était nullement cause de se faire peur dans les fratries mais plutôt de se soutenir.

L’innocence incarnée demande même « Mais pourquoi tu veux lui faire peur ? L’est pas gentil avec toi ? » parce qu’elle ne sait rien elle, des problèmes qui peuvent éclater au sein d’une famille. Fille unique choyée et aimée, elle n’a pas franchement conscience que son modèle de famille et de vie n’est pas le même pour tous les sorciers qui vivent entre les murs épais de Poudlard. Après tout, elle n’a qu’onze ans et découvre encore le monde avec ses yeux d’enfants.

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Tu prodigues, sérieuse, la morsure et le baiser.

Sauvez la bête ft Azaël Liderick
T'aimes bien son "Oooh", il sonne vachement bien à tes oreilles. Comme si elle était admirative de ce que tu voulais faire, et ça, ça te plaît. Si tu n'aimes pas beaucoup les autres enfants, tu adores avoir l'attention des gens, d'autant plus si c'est pour les fasciner par tes actes. T'as sûrement un ego un peu surdimensionné, mais tu ne le remarques même pas. Pour toi, c'est simplement normal de chercher à être adulé, c'est ce que tu fais depuis que Stolas est à Poudlard et qu'il récolte tous les compliments de vos parents. En fait, t'es arrogant et prétentieux uniquement par jalousie. Et comme tu n'as que onze ans, t'es totalement incapable de t'en rendre compte. Cependant, la question qu'elle te pose après ne te plaît pas des masses. C'est comme si elle remettait ton idée absolument géniale en doute. Tu hausses les épaules en te renfrognant légèrement.

- Peut-être bien que d'autres ont essayé. Peut-être même qu'ils ont réussi et qu'il leur obéit et juste on le sait pas. Mais je m'en fiche des autres, c'est moi qui vais le dresser !

A croire qu'elle n'a pas écouté tes premières explications. Finalement, elle ne te plaît pas tant que ça. T'aimes pas qu'on essaie de te dissuader de faire ce que tu as derrière la tête. En plus, t'es persuadé qu'elle a tort, et que tu seras le premier. Tu n'en as juste pas la preuve, alors c'est difficile de l'affirmer. Mais tu le sens au plus profond de toi. T'es un précurseur, un vrai de vrai. Même que, lorsque tu chevaucheras le Calmar Géant, tu seras un héros pour toute l'école, exactement comme tu mérites de l'être. Et Stolas sera bien obligé de redescendre de son piédestal et de reconnaître ta supériorité. Surtout quand ton copain le Calmar l'attrapera dans une de ses tentacules et le jettera à l'eau juste pour lui apprendre l'humilité.

Et voilà que la petite Poufsouffle pose une autre question. Elle est drôlement curieuse. Tu hésites un instant entre lui répondre ou l'envoyer promener. Après tout, ça ne la regarde pas vraiment, c'est ta vie et c'est tout. Mais elle n'a pas l'air méchante, simplement un peu ennuyante. Alors tu peux bien faire un effort. Tu hausses les épaules avec une moue légèrement dégoûtée à la simple idée de penser à Stolas.

- Il est manipulateur et menteur et personne ne s'en aperçoit sauf moi. Alors il a quand même tous les compliments pour lui alors qu'il les mérite pas. Je veux le remettre à sa place et prouver qu'il n'est qu'un lâche, voilà tout.

T'es bien sûr de ce que tu avances. Et pourtant, tu n'as aucune preuve, si ce n'est le comportement de ton frère lorsque vous vous retrouvez seulement tous les deux. Son vrai visage apparaît alors. Celui d'un être prêt à tout pour gagner, même à tricher et à écraser ceux qui se trouvent sur son chemin, osant défier son autorité et son charisme naturel.

Sauvez la bête ft Azaël Liderick
Il veut dresser la bestiole. Bien okay, pourquoi pas après tout. Certains élèves veulent fuir le château, d’autres veulent apprendre la magie, et d’autres encore veulent … en dresser les créatures. Elle hoche la tête, nageant un peu en plein déni. Difficile de cerner un personnage comme le garçon qu’elle avait à quelques mètres d’elle. Enfin, après tout, était-ce nécessaire que de vouloir à tout prix le comprendre ? Après tout, il n’était rien pour elle et elle n’était rien pour lui. Tout au plus deux élèves qui avaient la malchance de se trouver au même endroit au même moment.

Mais alors qu’elle pourrait continuer à lire son bouquin, la réponse du Serdaigle la fait réagir. Lui aussi, il veut faire ses preuves. Enfin c’est ce qu’elle perçoit sous ses mots plein d’amertume. Un nouveau « Oh » s’extirpe. Rapidement suivi d’un « Je vois ce que tu veux dire ». Elle n’avait pas de frère, ni de sœur. Pourtant elle arrivait tout à fait à s’imaginer ce que voulait dire le jeune garçon. Elle aussi voulait faire ses preuves, sans arrêt. Et jamais elle n’y arrivait. Ceci dit, elle n’avait pas les mêmes méthodes que le jeune garçon. Non, pas du tout les mêmes : pour elle, le travail porterait ses fruits, elle en était certaine. Lui semblait vouloir faire beaucoup plus impressionnant avec le dressage de la créature dans le lac.

Alors la jeune fille prend son courage à deux mains, elle se rapproche un peu du Serdaigle mais reste à distance raisonnable du lac. Sait-on jamais que la bestiole se décide à attaquer l’élève à proximité de son lieu de vie, elle aurait toujours la possibilité de fuir, loin bien loin. « Tu crois qu’il pourra le manger, après ? ». Elle le regarde avec un air interrogateur. Sa question est sérieuse ? Non, elle éclate finalement de rire. « Non, je plaisante ». Enfin, elle pense qu’elle plaisante, elle ne sait pas trop en fait. Alors elle ajoute. « Moi j’te trouve super courageux d’essayer de capturer cette bête juste pour prouver que t’es le plus fort ». Ah, les enfants sont si mignons.

Quelque fois, pour apaiser ta rage mystérieuse
Tu prodigues, sérieuse, la morsure et le baiser.

Sauvez la bête ft Azaël Liderick
Elle dit qu'elle voit ce que tu veux dire. T'es pas vraiment sûr que ce soit vrai. Après tout, t'es persuadé que personne ne peut vraiment te comprendre. C'est évident, puisque tout le monde considère Stolas comme un grand sorcier alors même qu'il n'est qu'en cinquième année. T'es sûr que s'il venait à croiser le chemin de la Poufsouffle qui te fait face, elle serait toute aussi béate d'admiration que tous les autres. C'est comme ça, il paraît qu'il dégage un truc. Tu parles, ils se font juste tous avoir comme des imbéciles en sa présence, voilà tout. Mais ça ne sert à rien de lui dire tout ça, elle le prendrait sûrement mal, elle penserait que t'es le méchant de l'histoire, et elle serait encore plus du côté de Stolas. Paranoïa ? Peut être un peu, mais dans ton esprit de gamin de onze ans, t'es persuadé que tout le monde est contre toi, et t'as pas envie d'en rajouter.

Elle s'approche un peu de toi. Tu ne sais pas trop pourquoi. Mais t'es bien content qu'elle garde quand même une belle distance entre vous. D'ailleurs, t'as presque envie de lui dire de te laisser tranquille et d'aller voir ailleurs, histoire de pouvoir continuer à t'occuper de ce qui t'importe réellement : le Calamar Géant du lac. Mais avec ta chance, il serait capable d'apparaître et de croire que c'est elle qui lui lance à manger. Pas question, son seul copain, ça doit être toi, et personne d'autre. Après tout, c'est ton idée à toi de le dresser. Elle pose alors une question des plus pertinentes. Est-ce que le Calmar mangerait ton frère ? Tu ne sais pas trop, t'es pas sûr qu'il soit vraiment comestible. Mais elle se reprend bien vite en disant qu'elle plaisante. Tu hausses les épaules d'un air toujours un peu blasé.

- J'sais pas, j'ai pas envie qu'il tombe malade non plus.

Tu parles bien du Calamar et non pas de ton frère. T'es à peu près certain qu'il doit avoir un goût de viande avariée vu comment il est pourri de l'intérieur. Mais lorsqu'elle annonce qu'elle te trouve courageux, un sourire se dessine sur tes lèvres. Tu bombes le torse avec fierté. C'est vrai que t'es drôlement courageux, et elle fait bien de le remarquer. Finalement, elle n'est peut être pas si ennuyante que ça cette fille. Et tu ne penses pas ça uniquement parce qu'elle vient de te faire un compliment, non non.

- Je trouve aussi !

Et comme elle est gentille avec toi, tu décides de faire un effort, et d'être un peu gentil avec elle aussi. Tu désignes son livre d'un mouvement du menton.

- Il parle de quoi ton livre ?

Sauvez la bête ft Azaël Liderick
Qu’il tombe malade ? Mais que qui tombe malade ? Son frère ou la bestiole dans le lac ? Elle arque un sourcil face à la phrase du Serdaigle mais ne se risquera pas à un quelconque reproche. Déjà qu’il semble accepter sa présence elle ne comptait pas lui faire faire marche-arrière. Il bombe même le torse, la petite Poufsouffle le compare à un petit gorille qui voudrait impressionner ses visiteurs. Elle rit presque aux éclats devant la posture arborée, mais se contente toujours de ne rien dire.

Finalement, la conversation s’oriente sur le livre qu’elle tient dans sa main. Elle le regarde, avant de reporter son attention sur le jeune garçon. « Oh tu sais, c’est une histoire … enfin un truc un peu à l’eau de rose ». C’était sa maman qui parlait de ça. L’eau de rose. Est-ce que ça sentait la rose, du coup ? La petite fille ne s’était jamais vraiment demandé l’origine de cette expression mais cela la troublait désormais. « Tu sais toi, pourquoi on dit à l’eau de rose ? Je me demande là, soudainement ». Elle se gratte la tête d’un air incompréhensif. Cette question soudainement devenue existentielle l’embête.

« Oh, je pense qu’il est temps que je rentre au château ». Elle était désolée de ça mais l’observation du jeune garçon avait pris plus de temps que prévu et elle avait un peu peur de trop sympathiser. Oui c’était étrange mais elle était ainsi aussi : étrange. Sans conteste. C’est ainsi que sans demander son reste la petite fille s’était détournée et était partie. Presque en courant. Comme si elle était poursuivie par un fantôme. Vraiment, quel drôle d’énergumène.

Quelque fois, pour apaiser ta rage mystérieuse
Tu prodigues, sérieuse, la morsure et le baiser.

Sauvez la bête ft Azaël Liderick
En plus de te trouver courageux, tu la fais rire. Décidément, tu l'aimes vraiment de plus en plus cette fille. Au premier abord, elle paraît très ennuyante mais finalement, elle n'est pas si mal. Comme quoi, il t'en faut peu pour te mettre dans de bonnes dispositions, mais personne n'est capable de te prendre de la bonne manière. Elle au moins, elle fait des efforts. Et pour la récompenser, tu lui offres un sourire légèrement plus large. Attention, ce n'est pas un grand sourire non plus, il ne faut pas trop t'en demander. Mais au moins, t'as un peu plus l'air d'un petit garçon de onze ans normal comme ça, sans ton air blasé.

Apparemment, elle lit un roman à l'eau de rose. Un truc d'amour quoi. C'est bien pour les filles, ça. Du coup, elle redescend d'un échelon dans ton estime. Ouais, ça va quand même vachement vite les jugements avec toi. Mais t'as du mal à comprendre à quoi ça sert de lire des histoires d'amour, tout le monde sait que ça ne se passe pas comme ça dans la vraie vie. Elle risque d'être vite déçue si elle pense qu'elle va trouver le prince charmant. Mais tu n'oses pas lui dire, de toute façon, elle le verra bien par elle-même. Tu te contentes de secouer la tête de gauche à droite lorsqu'elle te demande si tu sais pourquoi on les appelle "à l'eau de rose". Qu'est-ce que t'en sais, toi ? Sûrement parce que c'est un truc de fille aussi.

De toute manière, même si t'avais voulu lui répondre, tu n'en aurais pas eu le temps. Parce qu'elle dit soudainement qu'elle doit rentrer au château, et c'est ce qu'elle fait puisqu'elle part en courant dans la foulée. Tu la regardes s'éloigner un instant avant d'hausser les épaules pour reporter ton attention sur le lac. Cette fille est vraiment bizarre. Mais tu l'aimes bien quand même. Faudra que tu lui montres que t'es encore plus courageux que ce qu'elle croit. Et pour ça, tu dois dresser le Calmar. Alors tu lances encore de la nourriture. Jusqu'à voir des tentacules apparaître pour s'en saisir. Contact établi !

Fin du RP !