Le chaudron de Dagda
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Les vacances ressemblaient parfois à un long supplice quand on aimait l'école. Pour Judith s'en était un, surtout parce qu'il n'y avait rien de plus contrariant que de se retrouver face à un ennui insatiable. Bien que la compagnie de sa sœur et de son frère était divertissante, elle commençait à être fatiguée de cette routine à tourner en rond et se chamailler.
Quand vraiment elle n'en pouvait plus, c'est à dire une fois par jour en moyenne, elle prenait son sac à dos en cuir et partait marcher. Elle y mettait des crayons, un calepin, son appareil photo magique, des plumes et autres babioles lui permettant de laisser la nature éveiller ses sens artistiques. Ensuite elle allait se balader, dans le village qu’elle connaissait par cœur, sur les sentiers qu'elle avait déjà trop parcourus et en plein dans une nature qu'elle avait déjà explorée.
"Judith tu pars encore ?" lui demanda Alana, sa sœur, alors qu'elle traversait la cuisine.
- Oui, je serais rentrée pour le goûter !
La jeune femme s'aventura à l'extérieur, très vite saisie par l'intense chaleur qui plongeait le village en léthargie. Ne pouvant pas porter de robe de sorcier, elle était obligée de supporter le soleil de plomb. Elle l'ignora et suivi la route.
Arrivée au premier croisement familier, elle bifurqua pour s'aventurer sur un chemin plus cahoteux. La promenade se trouvait malheureusement en plein cagnard ce qui eut vite fait de donner à la sorcière des envies de baignade. Elle vérifia alors autour d'elle qu'aucun moldu n'avait eut l'idée de randonner par ce temps et une fois certaine de ne pas être vue elle sortit sa baguette de son sac. Elle se concentra intensément pour parvenir à lancer le sortilège espéré : "Aguamenti"
Dans sa main gauche elle recueillit de l'eau et l'apposa successivement sur sa nuque, sur son front et sur l’entièreté de ses bras. Plus à l'aise elle rangea la baguette et se remit en route à la recherche d'ombre. Elle profita que le chemin n'avait pas de barrière pour s'en éloigner et s'aventurer dans le parc. En quelques centaines de mètres elle put se sentir loin de toute forme de vie humaine. L'eau avait rapidement disparu, sans même s'évaporer, et elle souffrait encore de la chaleur.
Fatiguée elle s'assit sur une roche à l'ombre d'un petit conifère et elle souffla lentement. Quand elle était seule dans la nature comme à cet instant elle avait la réelle impression de se reposer et de profiter de ces vacances. Mais alors qu'elle profitait de ce moment de solitude, des pensées maussades vinrent troubler sa tranquillité. Elle pensa à son frère... qu'allait-elle faire de lui ? Pouvait-elle lui faire confiance désormais ? Elle-même ne savait pas si elle allait lui rester fidèle jusqu'au bout.
Agacée par ses réflexions elle se leva et se mit à faire les cent pas. Machinalement elle commença à caresser l'écorce de l'arbre, puis à tourner autour du tronc comme autour d'une barre de pole dance. Finalement elle revint vers la pierre sur laquelle elle était assise et s'amusa à sauter dessus et à en redescendre en sautant toujours plus haut. Elle aurait tant aimé sauter avec un balai et pouvoir s'envoler vers les cieux... quelle torture que de vivre si près des moldus...
Mais soudain, après un énième saut à pieds joints cette fois, Judith eut une sensation comme elle n'en avait jamais eu. Sa vision sembla se brouiller quelques secondes, comme si le monde devenait soudainement gris et flou. Troublée, elle chut à genoux dans l'herbe sèche. Il y eut ensuite un grondement sourd, qui semblait venir de partout, puis tout s'arrêta. Ce n'était pas aussi intense qu'un portoloin, du moins ce n'était pas comparable, mais elle avait le même mal de tête que lorsqu'elle en utilisait.
Main sur le front Judith se redressa et observa son environnement. Il semblait que le paysage n'avait pas changé, mais l'endroit où elle se trouvait en revanche n'était plus du tout le même. Autour d'elle de grosses roches étaient disposées en un étrange cercle, au centre duquel une autre se dénotait. Un courant d’air frôla l'épaule de la sorcière et elle eut un frisson. La nuit tombait déjà pour que la température baisse si brusquement ?
Elle sortit du centre du cercle et s'éloigna un peu, le cœur battant fort après ce drôle d'incident. Ce n'était que des pierres... et pourtant elle ne pouvait s'empêcher d'avoir peur. Bientôt l’excitation d'avoir découvert une nouveauté se fit plus forte et elle sortit à la hâte son carnet de son sac. En premier lieu elle y raconta l’événement en détail, pour s’assurer de ne rien oublier, ensuite elle dessina les pierres. Elle les compta, 15.
L'endroit lui rappelait quelques légendes celtiques et tout naturellement d'autres cercles de pierre puisqu'il était courant d'en trouver en Grande-Bretagne. Mais comment depuis tout ce temps ne pouvait-elle pas avoir entendu parler de celui-ci, juste à côté de chez eux ?!
Elle continua un long moment à étudier le site. Quelques détails l'intriguèrent. La flore semblait particulièrement prolifique à cet endroit. Il y avait là des fleurs magnifiques et qu'on aurait pu penser flétries par la chaleur en cette saison, et des herbes d'une diversité étonnante. Mais cela seulement en dehors du cercle, car entre les pierres c'était comme si l'herbe était tondue.
Finalement Judith se décida à rentrer, les courants d'air se multipliaient, comme venus de nulle part, et elle commençait à avoir froid. Elle eut peur de ne pas retrouver son chemin, mais elle était bien restée au même endroit. Après s'être éloignée elle se retourna pour regarder une dernière fois les pierres mais celles-ci avaient disparût. Contrairement à ce qu'elle avait pensé la nuit ne tombait pas du tout et il faisait encore une chaleur de gueux, elle le sentit dès que les courants d'air s'arrêtèrent. Étrange qu'ils ne perdurent pas en dehors de cette zone, pensa t'elle.
Se fiant à son instinct elle rentra chez elle au plus vite, avec la hâte de raconter cette mésaventure à sa sœur.
10 août 2044
Kenmare, Irlande
Kenmare, Irlande
Les vacances ressemblaient parfois à un long supplice quand on aimait l'école. Pour Judith s'en était un, surtout parce qu'il n'y avait rien de plus contrariant que de se retrouver face à un ennui insatiable. Bien que la compagnie de sa sœur et de son frère était divertissante, elle commençait à être fatiguée de cette routine à tourner en rond et se chamailler.
Quand vraiment elle n'en pouvait plus, c'est à dire une fois par jour en moyenne, elle prenait son sac à dos en cuir et partait marcher. Elle y mettait des crayons, un calepin, son appareil photo magique, des plumes et autres babioles lui permettant de laisser la nature éveiller ses sens artistiques. Ensuite elle allait se balader, dans le village qu’elle connaissait par cœur, sur les sentiers qu'elle avait déjà trop parcourus et en plein dans une nature qu'elle avait déjà explorée.
"Judith tu pars encore ?" lui demanda Alana, sa sœur, alors qu'elle traversait la cuisine.
- Oui, je serais rentrée pour le goûter !
La jeune femme s'aventura à l'extérieur, très vite saisie par l'intense chaleur qui plongeait le village en léthargie. Ne pouvant pas porter de robe de sorcier, elle était obligée de supporter le soleil de plomb. Elle l'ignora et suivi la route.
Arrivée au premier croisement familier, elle bifurqua pour s'aventurer sur un chemin plus cahoteux. La promenade se trouvait malheureusement en plein cagnard ce qui eut vite fait de donner à la sorcière des envies de baignade. Elle vérifia alors autour d'elle qu'aucun moldu n'avait eut l'idée de randonner par ce temps et une fois certaine de ne pas être vue elle sortit sa baguette de son sac. Elle se concentra intensément pour parvenir à lancer le sortilège espéré : "Aguamenti"
Dans sa main gauche elle recueillit de l'eau et l'apposa successivement sur sa nuque, sur son front et sur l’entièreté de ses bras. Plus à l'aise elle rangea la baguette et se remit en route à la recherche d'ombre. Elle profita que le chemin n'avait pas de barrière pour s'en éloigner et s'aventurer dans le parc. En quelques centaines de mètres elle put se sentir loin de toute forme de vie humaine. L'eau avait rapidement disparu, sans même s'évaporer, et elle souffrait encore de la chaleur.
Fatiguée elle s'assit sur une roche à l'ombre d'un petit conifère et elle souffla lentement. Quand elle était seule dans la nature comme à cet instant elle avait la réelle impression de se reposer et de profiter de ces vacances. Mais alors qu'elle profitait de ce moment de solitude, des pensées maussades vinrent troubler sa tranquillité. Elle pensa à son frère... qu'allait-elle faire de lui ? Pouvait-elle lui faire confiance désormais ? Elle-même ne savait pas si elle allait lui rester fidèle jusqu'au bout.
Agacée par ses réflexions elle se leva et se mit à faire les cent pas. Machinalement elle commença à caresser l'écorce de l'arbre, puis à tourner autour du tronc comme autour d'une barre de pole dance. Finalement elle revint vers la pierre sur laquelle elle était assise et s'amusa à sauter dessus et à en redescendre en sautant toujours plus haut. Elle aurait tant aimé sauter avec un balai et pouvoir s'envoler vers les cieux... quelle torture que de vivre si près des moldus...
Mais soudain, après un énième saut à pieds joints cette fois, Judith eut une sensation comme elle n'en avait jamais eu. Sa vision sembla se brouiller quelques secondes, comme si le monde devenait soudainement gris et flou. Troublée, elle chut à genoux dans l'herbe sèche. Il y eut ensuite un grondement sourd, qui semblait venir de partout, puis tout s'arrêta. Ce n'était pas aussi intense qu'un portoloin, du moins ce n'était pas comparable, mais elle avait le même mal de tête que lorsqu'elle en utilisait.
Main sur le front Judith se redressa et observa son environnement. Il semblait que le paysage n'avait pas changé, mais l'endroit où elle se trouvait en revanche n'était plus du tout le même. Autour d'elle de grosses roches étaient disposées en un étrange cercle, au centre duquel une autre se dénotait. Un courant d’air frôla l'épaule de la sorcière et elle eut un frisson. La nuit tombait déjà pour que la température baisse si brusquement ?
Elle sortit du centre du cercle et s'éloigna un peu, le cœur battant fort après ce drôle d'incident. Ce n'était que des pierres... et pourtant elle ne pouvait s'empêcher d'avoir peur. Bientôt l’excitation d'avoir découvert une nouveauté se fit plus forte et elle sortit à la hâte son carnet de son sac. En premier lieu elle y raconta l’événement en détail, pour s’assurer de ne rien oublier, ensuite elle dessina les pierres. Elle les compta, 15.
L'endroit lui rappelait quelques légendes celtiques et tout naturellement d'autres cercles de pierre puisqu'il était courant d'en trouver en Grande-Bretagne. Mais comment depuis tout ce temps ne pouvait-elle pas avoir entendu parler de celui-ci, juste à côté de chez eux ?!
Elle continua un long moment à étudier le site. Quelques détails l'intriguèrent. La flore semblait particulièrement prolifique à cet endroit. Il y avait là des fleurs magnifiques et qu'on aurait pu penser flétries par la chaleur en cette saison, et des herbes d'une diversité étonnante. Mais cela seulement en dehors du cercle, car entre les pierres c'était comme si l'herbe était tondue.
Finalement Judith se décida à rentrer, les courants d'air se multipliaient, comme venus de nulle part, et elle commençait à avoir froid. Elle eut peur de ne pas retrouver son chemin, mais elle était bien restée au même endroit. Après s'être éloignée elle se retourna pour regarder une dernière fois les pierres mais celles-ci avaient disparût. Contrairement à ce qu'elle avait pensé la nuit ne tombait pas du tout et il faisait encore une chaleur de gueux, elle le sentit dès que les courants d'air s'arrêtèrent. Étrange qu'ils ne perdurent pas en dehors de cette zone, pensa t'elle.
Se fiant à son instinct elle rentra chez elle au plus vite, avec la hâte de raconter cette mésaventure à sa sœur.
#375D81
Le chaudron de Dagda
Cette maison était trop grande… Mes yeux se perdaient dans le salon gigantesque, comparable à un hall qui faisait le rez-de-chaussée de la haute demeure dans laquelle nous allions loger, moi et mon père. Je m’accoudais à la fenêtre, regardant la rue à l’extérieur, et les moldus qui passaient devant les hauts murs, sans même se rendre compte qu’il y avait ici l’une des plus vieilles maisons de la ville. À côté de l’espace cuisine, près du four à bois, mon père conversait avec le propriétaire, un vieux monsieur du nom de Mac Mile. Ils avaient l’air si petit de l’autre bout de la pièce…
Un petit chien me tournait dans les jambes, jappant avec félicité, après que je lui ai donné, durant le repas, un bout de ma saucisse. Ce geste anodin m’avait immédiatement propulsé au rang de meilleur ami de la vie et il ne m’avait pas lâché depuis. Je lui flattais le ventre avec le sourire. Depuis qu’on était arrivé, c’était complot d’adultes et ennui profond. Heureusement que cette boule de poil roux se trémoussait dans tous les sens.
Un craquement de bois au premier étage fit tourner la tête de chacun d’entre nous, animal compris, vers l’escalier. Ma grand-mère était en train de redescendre. Je me rapprochais, espérant tromper mon ennui dans une conversation auquel j’étais autorisé à participer. Elle souriait, ce qui était bon signe, alors qu’elle s’approchait de M. Mac Mile, l’attendant plein d’appréhension.
« Tout va bien, Oengus. Elle est juste fatiguée et à besoin de repos. C’est une bonne chose que tu l’aies trouvé aussi vite avant qu’elle n’ait été d’avantage drainée… »
Le vieil homme soupira de soulagement alors que l’aïeule passait à l’évier pour laver ses instruments. Elle continua :
« Affrica n’est plus toute jeune pour ce genre de tâche, tu sais… Et toi non plus d’ailleurs.», le vieil homme grommela, « C’est plus un travail pour tes jeunes maintenant… D’ailleurs, où est passé toute ta clique ? »
« Z’ont pris des v’cances. » éructa Oengus, mâchant la moitié de ses mots dans son accent roulant, « Imp’rtant pour les enfants qu’parait… J’mais pris d’v’cances d’not’ vie… »
« C’est peut-être le problème, Oengus. On sait tous les obligations de la grande œuvre, mais ça ne veut pas dire qu’il faut se tuer à la tâche. Tu le sais quand même que le site est trop gourmand pour s’en occuper aussi longtemps tout seul… Affrica et toi auriez pu vous ménager. »
Le vieux Mac Mile grommela derechef, marmonnant dans son menton. Mon père s’était tu, cachant un sourire, que je connaissais bien pour avoir le même, dans sa tasse de café. Tout comme je n’avais pas le droit de les interrompre, lui-même restait silencieux quand les aïeux parlaient. Une règle antédiluvienne, mais que je comprenais un peu désormais comme ayant son utilité. Dans notre occupation, les vieux savaient.
Je m’étais assis à côté de lui, haute et large figure à la barbe en collier et au crâne rasé, dont le sourire affable le faisait passer pour une sorte de moine débonnaire. Le chien avait sauté sur le banc avec nous, se mettant à portée de nos mains en quête de caresses, battant de la queue comme le petit fou qu’il était. Lui aussi se taisait.
« ‘Lors c’tout ? Juste le r’pos ? »
Ma grand-mère se retourna, terminant d’essuyer son scalpel.
« Oui, juste du repos. Le reste de la peau d’écorce devrait tomber tout seul, j’ai enlevé tout ce qui pourrait l’empêcher de se rétablir. Au cas où je t’enverrais un tonique une fois rentré chez nous. Tu as pu discuter de ce que tu sais avec Dafydd ? »
« Ay ! C’t’une b’nne têt’ Dafydd, eh ! »
Mon père acquiesça. De sa voix claire et rassurante, il ajouta :
« Oengus m’a donné les clefs du sanctuaire intérieur. Je pense qu’avec l’aide d’Erwann, on aura fini dans une semaine. Ça laissera le temps aux Mac Mile pour revenir et reprendre l'oeuvre en toute tranquilité. »
« C’est une bonne chose, hein Erwann ? »
Je la regardais, me cachant derrière notre sourire familial. Autant une semaine de travail comblerait mon ennui, autant une part silencieuse de mon esprit aurait préféré des vacances plus calmes que celles que je passais. C’était ma première année en tant qu’apprenti gardien et j’avais encore du mal à rester actif toute la journée, voire toutes les nuits de cette manière. Ma fatigue physique, clairement visible sur ma piteuse carcasse, fit ricaner les aïeux.
« Héh’, c’fait l’caract’r mo p’tiot ! Faut m’ttre l’pogne d’ns l’bouill’sse s’tu veux appr’ndre. »
« Oengus a raison. Le site de Kenmare nécessite un entretien quasi-régulier, on n’a pas vraiment ça par chez nous. C’est une excellente école, Erwann. » Renchérit ma grand-mère, avant de reporter son attention sur l’aïeul irlandais, « Oh ! Et merci à toi et Affrica pour nous ouvrir le site. »
« Rah ! Pa’d’quoi ! » Éluda de la main Mac Mile, « Fa’t qu’j’uness’s’fass’ »
Je préférais caresser le chien, dont la tête s’était posé nonchalamment sur ma jambe plutôt que de donner mon avis. Malgré mon ennui, j’étais un peu impatient… Pour l’instant, nos pèlerinages n’avaient été que sur des sites en sommeils, ou pour réparer des anomalies. C’était la première fois que j’allais être confronté à un site actif. Et pas le moindre… L’un des sites les plus puissants d’Irlande…
Je sortais de nouveau de table, sentant que la discussion allait retourner vers d’occultes sujets. Alors que je regardais depuis la haute fenêtre le parc en contrebas, j’eu un petit pincement au cœur en me disant que j’allais encore certainement passer une semaine en tant que seul adolescent dans le coin… Moi aussi, j’aurais bien voulu des v’cances…
Un petit chien me tournait dans les jambes, jappant avec félicité, après que je lui ai donné, durant le repas, un bout de ma saucisse. Ce geste anodin m’avait immédiatement propulsé au rang de meilleur ami de la vie et il ne m’avait pas lâché depuis. Je lui flattais le ventre avec le sourire. Depuis qu’on était arrivé, c’était complot d’adultes et ennui profond. Heureusement que cette boule de poil roux se trémoussait dans tous les sens.
Un craquement de bois au premier étage fit tourner la tête de chacun d’entre nous, animal compris, vers l’escalier. Ma grand-mère était en train de redescendre. Je me rapprochais, espérant tromper mon ennui dans une conversation auquel j’étais autorisé à participer. Elle souriait, ce qui était bon signe, alors qu’elle s’approchait de M. Mac Mile, l’attendant plein d’appréhension.
« Tout va bien, Oengus. Elle est juste fatiguée et à besoin de repos. C’est une bonne chose que tu l’aies trouvé aussi vite avant qu’elle n’ait été d’avantage drainée… »
Le vieil homme soupira de soulagement alors que l’aïeule passait à l’évier pour laver ses instruments. Elle continua :
« Affrica n’est plus toute jeune pour ce genre de tâche, tu sais… Et toi non plus d’ailleurs.», le vieil homme grommela, « C’est plus un travail pour tes jeunes maintenant… D’ailleurs, où est passé toute ta clique ? »
« Z’ont pris des v’cances. » éructa Oengus, mâchant la moitié de ses mots dans son accent roulant, « Imp’rtant pour les enfants qu’parait… J’mais pris d’v’cances d’not’ vie… »
« C’est peut-être le problème, Oengus. On sait tous les obligations de la grande œuvre, mais ça ne veut pas dire qu’il faut se tuer à la tâche. Tu le sais quand même que le site est trop gourmand pour s’en occuper aussi longtemps tout seul… Affrica et toi auriez pu vous ménager. »
Le vieux Mac Mile grommela derechef, marmonnant dans son menton. Mon père s’était tu, cachant un sourire, que je connaissais bien pour avoir le même, dans sa tasse de café. Tout comme je n’avais pas le droit de les interrompre, lui-même restait silencieux quand les aïeux parlaient. Une règle antédiluvienne, mais que je comprenais un peu désormais comme ayant son utilité. Dans notre occupation, les vieux savaient.
Je m’étais assis à côté de lui, haute et large figure à la barbe en collier et au crâne rasé, dont le sourire affable le faisait passer pour une sorte de moine débonnaire. Le chien avait sauté sur le banc avec nous, se mettant à portée de nos mains en quête de caresses, battant de la queue comme le petit fou qu’il était. Lui aussi se taisait.
« ‘Lors c’tout ? Juste le r’pos ? »
Ma grand-mère se retourna, terminant d’essuyer son scalpel.
« Oui, juste du repos. Le reste de la peau d’écorce devrait tomber tout seul, j’ai enlevé tout ce qui pourrait l’empêcher de se rétablir. Au cas où je t’enverrais un tonique une fois rentré chez nous. Tu as pu discuter de ce que tu sais avec Dafydd ? »
« Ay ! C’t’une b’nne têt’ Dafydd, eh ! »
Mon père acquiesça. De sa voix claire et rassurante, il ajouta :
« Oengus m’a donné les clefs du sanctuaire intérieur. Je pense qu’avec l’aide d’Erwann, on aura fini dans une semaine. Ça laissera le temps aux Mac Mile pour revenir et reprendre l'oeuvre en toute tranquilité. »
« C’est une bonne chose, hein Erwann ? »
Je la regardais, me cachant derrière notre sourire familial. Autant une semaine de travail comblerait mon ennui, autant une part silencieuse de mon esprit aurait préféré des vacances plus calmes que celles que je passais. C’était ma première année en tant qu’apprenti gardien et j’avais encore du mal à rester actif toute la journée, voire toutes les nuits de cette manière. Ma fatigue physique, clairement visible sur ma piteuse carcasse, fit ricaner les aïeux.
« Héh’, c’fait l’caract’r mo p’tiot ! Faut m’ttre l’pogne d’ns l’bouill’sse s’tu veux appr’ndre. »
« Oengus a raison. Le site de Kenmare nécessite un entretien quasi-régulier, on n’a pas vraiment ça par chez nous. C’est une excellente école, Erwann. » Renchérit ma grand-mère, avant de reporter son attention sur l’aïeul irlandais, « Oh ! Et merci à toi et Affrica pour nous ouvrir le site. »
« Rah ! Pa’d’quoi ! » Éluda de la main Mac Mile, « Fa’t qu’j’uness’s’fass’ »
Je préférais caresser le chien, dont la tête s’était posé nonchalamment sur ma jambe plutôt que de donner mon avis. Malgré mon ennui, j’étais un peu impatient… Pour l’instant, nos pèlerinages n’avaient été que sur des sites en sommeils, ou pour réparer des anomalies. C’était la première fois que j’allais être confronté à un site actif. Et pas le moindre… L’un des sites les plus puissants d’Irlande…
Je sortais de nouveau de table, sentant que la discussion allait retourner vers d’occultes sujets. Alors que je regardais depuis la haute fenêtre le parc en contrebas, j’eu un petit pincement au cœur en me disant que j’allais encore certainement passer une semaine en tant que seul adolescent dans le coin… Moi aussi, j’aurais bien voulu des v’cances…
Erwann entre en 2ème année RP (Il a donc 12 ans)
Le chaudron de Dagda
"Alana faut absolument que je te raconte un truc !" s'était enquis de s'écrier Judith dès son arrivée.
- Quoi encore... grommela t'elle.
Elle venait d'interrompre sa sœur en pleine séance de lecture. Elle savait que celle-ci détestait être interrompue dans ces rares moments où elle s'instruisait mais c'était là un cas d'urgence. D'une traite elle lui conta tout son histoire, en s’appliquant à omettre un minimum de détails. Elle déchanta vite lorsqu'elle s'aperçut que le visage de sa sœur restait blasé. "Tu me déranges vraiment pour des cailloux ?" la railla t'elle.
- Non mais tu as entendu mon histoire, c'est super étrange ce truc !
- Mouais pas tant que ça... J'ai la flemme de jouer les aventurières pour des pierres alors tu m'excuseras mais maintenant c'est l'heure du goûter !
Déçue, Judith se servit une part de tarte à la mélasse et un verre de jus de citrouille. Elle ne comptait pas retourner là-bas tout de suite de toute manière, elle allait attendre le lendemain. Mais elle restait étonnée que sa sœur ne souhaite pas l'accompagner, d'habitude elle aimait partir avec elle quand il y avait un enjeu intéressant. Et puis, là ce n'était pas rien, il y avait de la magie derrière tout ça. "Tout de même... j'y retournerais, ne serait-ce que pour les plantes.
- Si ça t'amuses... J'aimerais bien qu'on se trouve un coin tranquille pour voler un peu.
- J'aimerais aussi mais c'est délicat avec les moldus touristes."
Elles discutèrent encore un moment autour de leurs gâteaux.Toutes les deux rêvaient de reprendre leurs balais, ce qui se comprenait après tout ce temps loin du terrain de quidditch. Elles étaient parfois autorisées à en faire en s'éloignant un peu du village, mais seulement par temps gris quand les nuages étaient bas et que personne ne se promenait. Elles avaient déjà faillit être vues une ou deux fois mais il n'y avait finalement eu aucun incident catastrophique. Quelques minutes après le début du goûter Elouan, leur petit frère, débarqua en sautillant " eh mais vous m'aviez pas dit que c'était le goûter ! " râla-t-il.
Ils finirent de manger et de ranger la table puis Alana proposa à Judith une partie d’échecs sorciers. Celle-ci accepta volontiers, elle n'y était pas mauvaise et appréciait faire enrager sa sœur en la battant. Alors que son cavalier galopait droit vers la tour de sa sœur, le sujet des événements de l'après-midi revint sur le tapis "Des cercles comme ça y en a plein en Grande-Bretagne tu sais, et c'est pas des trucs magiques, c'est juste des attrape-touristes…
- Mais il y en a un deuxième je te dis, comment tu expliques qu'on ne l'ai jamais vu avant ?
- Peut-être qu’il est un peu caché. Tu m'as parlé de plantes non ? Si elles sont magiques je comprends qu'on les ai dissimulées aux moldus !
- Tu dois avoir raison..."
Le fait que ces plantes puissent être de nature magique la poussait à y retourner aussi vite que possible. Elle appréciait particulièrement la botanique et aimait l'idée de trouver des ingrédients pour faire elle-même des baumes et des potions. Elle n'avait pas un talent particulier qui lui permettait de se vanter de faire des bonnes potions mais elle savait travailler rigoureusement et après quelques essais elle ne faisait plus de maladresses. Les potion de soin étaient sa spécialité. La première potion qu'elle avait vraiment bien réussie était la pimentine, et elle avait déjà réussi à en refaire à la maison pour soigner sa sœur qui était malade. Ces parents lui faisaient confiance, ils savaient qu'elle ne prendrait jamais le risque d'empoisonner sa sœur si elle n'était pas certaine de l'efficacité de sa potion.
Le lendemain, dès que la lumière du jour frappa à la porte de ses paupières, elle se leva et remplit son sac de son matériel habituel et d'un livre de botanique sur les plantes magiques trouvables en Irlande. Aujourd'hui promettait d'être une journée existante.
- Quoi encore... grommela t'elle.
Elle venait d'interrompre sa sœur en pleine séance de lecture. Elle savait que celle-ci détestait être interrompue dans ces rares moments où elle s'instruisait mais c'était là un cas d'urgence. D'une traite elle lui conta tout son histoire, en s’appliquant à omettre un minimum de détails. Elle déchanta vite lorsqu'elle s'aperçut que le visage de sa sœur restait blasé. "Tu me déranges vraiment pour des cailloux ?" la railla t'elle.
- Non mais tu as entendu mon histoire, c'est super étrange ce truc !
- Mouais pas tant que ça... J'ai la flemme de jouer les aventurières pour des pierres alors tu m'excuseras mais maintenant c'est l'heure du goûter !
Déçue, Judith se servit une part de tarte à la mélasse et un verre de jus de citrouille. Elle ne comptait pas retourner là-bas tout de suite de toute manière, elle allait attendre le lendemain. Mais elle restait étonnée que sa sœur ne souhaite pas l'accompagner, d'habitude elle aimait partir avec elle quand il y avait un enjeu intéressant. Et puis, là ce n'était pas rien, il y avait de la magie derrière tout ça. "Tout de même... j'y retournerais, ne serait-ce que pour les plantes.
- Si ça t'amuses... J'aimerais bien qu'on se trouve un coin tranquille pour voler un peu.
- J'aimerais aussi mais c'est délicat avec les moldus touristes."
Elles discutèrent encore un moment autour de leurs gâteaux.Toutes les deux rêvaient de reprendre leurs balais, ce qui se comprenait après tout ce temps loin du terrain de quidditch. Elles étaient parfois autorisées à en faire en s'éloignant un peu du village, mais seulement par temps gris quand les nuages étaient bas et que personne ne se promenait. Elles avaient déjà faillit être vues une ou deux fois mais il n'y avait finalement eu aucun incident catastrophique. Quelques minutes après le début du goûter Elouan, leur petit frère, débarqua en sautillant " eh mais vous m'aviez pas dit que c'était le goûter ! " râla-t-il.
Ils finirent de manger et de ranger la table puis Alana proposa à Judith une partie d’échecs sorciers. Celle-ci accepta volontiers, elle n'y était pas mauvaise et appréciait faire enrager sa sœur en la battant. Alors que son cavalier galopait droit vers la tour de sa sœur, le sujet des événements de l'après-midi revint sur le tapis "Des cercles comme ça y en a plein en Grande-Bretagne tu sais, et c'est pas des trucs magiques, c'est juste des attrape-touristes…
- Mais il y en a un deuxième je te dis, comment tu expliques qu'on ne l'ai jamais vu avant ?
- Peut-être qu’il est un peu caché. Tu m'as parlé de plantes non ? Si elles sont magiques je comprends qu'on les ai dissimulées aux moldus !
- Tu dois avoir raison..."
Le fait que ces plantes puissent être de nature magique la poussait à y retourner aussi vite que possible. Elle appréciait particulièrement la botanique et aimait l'idée de trouver des ingrédients pour faire elle-même des baumes et des potions. Elle n'avait pas un talent particulier qui lui permettait de se vanter de faire des bonnes potions mais elle savait travailler rigoureusement et après quelques essais elle ne faisait plus de maladresses. Les potion de soin étaient sa spécialité. La première potion qu'elle avait vraiment bien réussie était la pimentine, et elle avait déjà réussi à en refaire à la maison pour soigner sa sœur qui était malade. Ces parents lui faisaient confiance, ils savaient qu'elle ne prendrait jamais le risque d'empoisonner sa sœur si elle n'était pas certaine de l'efficacité de sa potion.
Le lendemain, dès que la lumière du jour frappa à la porte de ses paupières, elle se leva et remplit son sac de son matériel habituel et d'un livre de botanique sur les plantes magiques trouvables en Irlande. Aujourd'hui promettait d'être une journée existante.
Dernière modification par Judith Dumaray le 27 août 2019, 18:11, modifié 1 fois.
#375D81
Le chaudron de Dagda
Je baillais…
C’était avant minuit, le soleil s’était couché il y avait à peine une heure. Ma grand-mère était repartie. Mon père m’avait conseillé d’essayer de dormir autant que possible, car nous allions devoir passer la nuit sur le site. Le village endormi personne ne verrait nos allées et venues. Il me regardait depuis l’ouverture de la porte, veillant bien à ce que je me lève, avant de disparaitre dans le couloir.
J’avais les yeux complétement collés par la fatigue. Trainant des pieds jusqu’à la salle de bain, je pratiquais de rapides ablutions pour tenter de relancer mon corps… Sans grand succès. Le miroir me renvoyait ce soir une véritable tête de déterré. M’avançant tel un zombie dans le couloir, je vis la chambre de Mme Mac Mile éclairée, la porte à demi ouverte. Oengus était à son chevet, discutant tendrement avec elle. Sa main monta dans les airs, tremblante, pour toucher le visage de son époux. Elle était rude, craquelée, aux étranges couleurs vertes et marrons. Des morceaux s’en détachaient, tombant sur le lourd drap blanc qui la recouvrait. Je me détournais, retournant à ma chambre, et mes affaires.
Une petite demi-heure plus tard, je suivais mon père dans la rue descendante qui menait du domaine des Mac Mile au petit parc où se trouvait le cercle de pierre. Nos pas s’entendaient à peine sur le goudron de la chaussée. Nous ne croisèrent personne, comme on s’y attendait. De toute manière nous ressemblions juste à deux moldus en promenade nocturne. Le parc nous tendait les bras, mon père se retourna vers moi :
« Concentre toi, Erwann, essaye de détecter où cela commence. »
Je m’arrêtais une seconde, respirant un grand coup. Un exercice pratique inopiné. Ce ne sera certainement pas le seul durant notre séjour. Suivant doucement mon père dans la zone de verdure et de fraicheur, j’étendais mes sens comme je pouvais. Mon nez se fronça soudain et je sentis comme un petit frisson m’envahir.
« Ici ? »
Mon père s’arrêta, me dévisageant avec attention. Il sourit.
« Bon travail, Erwann. Nous sommes à la limite effective de la zone repousse moldue. Tu n’as pas ressenti l’entrée dans sa zone d’influence, mais c’est déjà très bien pour une première fois. On réessayera demain. Viens. »
J’étais un peu fier de moi. Ce n’était rien que de ressentir une barrière, mais j’y étais arrivé du premier coup. Cela me mettait en confiance pour la suite de cette nuit. Une nouvelle détermination poussa mes pas jusqu’à ceux de mon père, le suivant dans son sillage pendant que nous nous enfoncions dans le parc.
Les Shrubberies de Kenmare nous firent enfin face. Petit cercle de pierre d’un peu moins de 20m de diamètre, il semblait tout ce qu’il y avait de plus normal. Mon père s’arrêta à la lisière, son regard tombant sur moi.
« Qu’en penses-tu, Erwann ? »
La question était tout sauf rhétorique. Il me demandait d’analyser le site, d’en trouver la particularité. Je pointais sans attendre ma main vers le dolmen central.
« Ce site a été scellé, papa. Ce n’est donc certainement pas là où nous allons. »
Mon père hocha de la tête, satisfait.
« Très bien, Erwann. En effet, il n’y a plus vraiment grand-chose ici. C’est pour cela qu’on l’utilise comme porte d’entrée. »
Je le vis s’avancer vers le dolmen, me faisant signe de la main pour que je le suive. Il allait effectuer les mouvements de la clef dont ils parlaient au diner. Tout avait été mémorisé avant que l’on ne vienne, l’une des traditions particulière de notre profession étant que rien ne soit gardé par écrit. Jamais. La connaissance devait rester dans la tête, l’endroit le plus simple à dissimuler. Cela faisait déjà des années que je m’entrainais à avoir la mémoire la plus affutée possible, mes parents me demandant sans relâche de me rappeler d’évènements précis et détaillés survenus souvent des années auparavant. Par habitude donc, je regardais avec attention la danse de ses mouvements.
Il fit le tour du cercle de pierre, s’arrêtant devant l’une des pierres de rayon. Je le vis passer par-dessus une fois, retombant à pied joint sur un pavé de pierre enfoncé dans l’herbe. Il repassa de l’autre côté puis le fit une seconde fois. A peine eut il touché terre qu’il disparut à ma vue. Je tournais la tête dans tous les sens, vérifiant que mes yeux ne me jouaient pas du tour. Plus de traces de sa présence. Il était entré.
Je me précipitais vers le rocher, entamant de reproduire parfaitement le même chemin que mon père. Je passais par-dessus le rocher, sautant à pied joint moi aussi. Mes sens s’alarmèrent de ne pas réussir à faire la même chose. Ce ne devait pas être ça. Je secouais la tête, je l’avais vu faire exactement. Je retournais derrière le rocher, sautait, pour atterrir à pied joint une seconde fois.
Le monde se flouta soudain, un grondement sourd bourdonnant à mes oreilles, me désorientant. Je ratais mon premier pas et tombait en avant, dépassant ainsi la barrière du site. Mon père m’attendait tranquillement, adossé au dolmen central. Il souriait, ses dents se dessinant dans le reflet de la lune derrière moi.
« Bienvenu, Erwann. Bienvenu au Chaudron de Dagda. »
Je me relevais sur mes jambes, les brossant pour en enlever les saletés. Puis me redressais avant de le suivre.
Le monde alentour avait changé. A quelques dizaines de mètres devant nous, hors du premier cercle de pierre où nous nous trouvions encore, à la place d'une rangée d'arbres tout ce qu'il y avait de plus propret, un second, un énorme cercle de dolmens se dressait désormais, entouré de toute part par les arbres précédents, beaucoup plus nombreux. Les pierres levées, haute de plusieurs fois nos tailles étaient d’une étonnante régularité, lisses, d’un gris sombre brillant sous les reflets lunaires. En nous avançant, je pus les dénombrer. 14 pierres levées, reposant l’une sur l’autre en de lourdes ouvertures de pierres triangulaires disposées en pentacle à sept branches, deux par deux. Proche du sol, de lourdes cordes de chanvre blanc, recouvertes de talismans entouraient chacune des pierres.
Nous pénétrâmes dans l’intérieur du site, et je restais bouche bée devant l’incroyable profusion des gravures sur l’intérieur des pierres. Ce qui ressemblait à des flammes primitives géantes, étranges gravures à même la roche, semblaient animer l’ensemble du foyer autour de nous alors que nous approchions du dolmen central, énorme carré de pierres, complétement scellé.
Je m’arrêtai devant sa solennelle majesté, écrasé par cette demeure de géants. Mon père resta immobile avec moi quelques secondes, appréciant le site dans un soupir de contentement, puis il s’avança vers les deux pierres levées qui fermaient hermétiquement le dolmen. Il sortit quelque chose de sa poche que je ne vis pas, et le plaqua sur la roche, murmurant ce qui ressemblait à une prière.
Dans un craquement brutal, le monde trembla. Mes yeux s’écarquillèrent d’appréhension alors que les deux pierres portes tournaient lentement sur elle-même, raclant la terre, grinçant l’une sur l’autre. Une lueur d’un vert pâle surnaturel sortait de l’entrebâillement.
Alors que les rochers s’arrêtaient de bouger, mon père se retourna, son visage éclairé de profil par la lumière fantasmagorique me dévisagea, comme le gardien d’un autre monde. Il ne souriait plus.
« Viens Erwann ! Il est temps que tu saches. »
Je refermais ma bouche dans un claquement inquiet. Un étrangement sentiment de panique s’insinuait dans mon esprit alors que je m’avançais. Tout ceci était trop surnaturel, trop étranger… Mon père disparu dans l’ouverture, et je vis sa silhouette descendre dans la lueur. Ma main tremblait… La protégeant contre mon cœur, je descendis à mon tour.
Les pierres grincèrent à nouveau, scellant le site derrière nous.
C’était avant minuit, le soleil s’était couché il y avait à peine une heure. Ma grand-mère était repartie. Mon père m’avait conseillé d’essayer de dormir autant que possible, car nous allions devoir passer la nuit sur le site. Le village endormi personne ne verrait nos allées et venues. Il me regardait depuis l’ouverture de la porte, veillant bien à ce que je me lève, avant de disparaitre dans le couloir.
J’avais les yeux complétement collés par la fatigue. Trainant des pieds jusqu’à la salle de bain, je pratiquais de rapides ablutions pour tenter de relancer mon corps… Sans grand succès. Le miroir me renvoyait ce soir une véritable tête de déterré. M’avançant tel un zombie dans le couloir, je vis la chambre de Mme Mac Mile éclairée, la porte à demi ouverte. Oengus était à son chevet, discutant tendrement avec elle. Sa main monta dans les airs, tremblante, pour toucher le visage de son époux. Elle était rude, craquelée, aux étranges couleurs vertes et marrons. Des morceaux s’en détachaient, tombant sur le lourd drap blanc qui la recouvrait. Je me détournais, retournant à ma chambre, et mes affaires.
Une petite demi-heure plus tard, je suivais mon père dans la rue descendante qui menait du domaine des Mac Mile au petit parc où se trouvait le cercle de pierre. Nos pas s’entendaient à peine sur le goudron de la chaussée. Nous ne croisèrent personne, comme on s’y attendait. De toute manière nous ressemblions juste à deux moldus en promenade nocturne. Le parc nous tendait les bras, mon père se retourna vers moi :
« Concentre toi, Erwann, essaye de détecter où cela commence. »
Je m’arrêtais une seconde, respirant un grand coup. Un exercice pratique inopiné. Ce ne sera certainement pas le seul durant notre séjour. Suivant doucement mon père dans la zone de verdure et de fraicheur, j’étendais mes sens comme je pouvais. Mon nez se fronça soudain et je sentis comme un petit frisson m’envahir.
« Ici ? »
Mon père s’arrêta, me dévisageant avec attention. Il sourit.
« Bon travail, Erwann. Nous sommes à la limite effective de la zone repousse moldue. Tu n’as pas ressenti l’entrée dans sa zone d’influence, mais c’est déjà très bien pour une première fois. On réessayera demain. Viens. »
J’étais un peu fier de moi. Ce n’était rien que de ressentir une barrière, mais j’y étais arrivé du premier coup. Cela me mettait en confiance pour la suite de cette nuit. Une nouvelle détermination poussa mes pas jusqu’à ceux de mon père, le suivant dans son sillage pendant que nous nous enfoncions dans le parc.
Les Shrubberies de Kenmare nous firent enfin face. Petit cercle de pierre d’un peu moins de 20m de diamètre, il semblait tout ce qu’il y avait de plus normal. Mon père s’arrêta à la lisière, son regard tombant sur moi.
« Qu’en penses-tu, Erwann ? »
La question était tout sauf rhétorique. Il me demandait d’analyser le site, d’en trouver la particularité. Je pointais sans attendre ma main vers le dolmen central.
« Ce site a été scellé, papa. Ce n’est donc certainement pas là où nous allons. »
Mon père hocha de la tête, satisfait.
« Très bien, Erwann. En effet, il n’y a plus vraiment grand-chose ici. C’est pour cela qu’on l’utilise comme porte d’entrée. »
Je le vis s’avancer vers le dolmen, me faisant signe de la main pour que je le suive. Il allait effectuer les mouvements de la clef dont ils parlaient au diner. Tout avait été mémorisé avant que l’on ne vienne, l’une des traditions particulière de notre profession étant que rien ne soit gardé par écrit. Jamais. La connaissance devait rester dans la tête, l’endroit le plus simple à dissimuler. Cela faisait déjà des années que je m’entrainais à avoir la mémoire la plus affutée possible, mes parents me demandant sans relâche de me rappeler d’évènements précis et détaillés survenus souvent des années auparavant. Par habitude donc, je regardais avec attention la danse de ses mouvements.
Il fit le tour du cercle de pierre, s’arrêtant devant l’une des pierres de rayon. Je le vis passer par-dessus une fois, retombant à pied joint sur un pavé de pierre enfoncé dans l’herbe. Il repassa de l’autre côté puis le fit une seconde fois. A peine eut il touché terre qu’il disparut à ma vue. Je tournais la tête dans tous les sens, vérifiant que mes yeux ne me jouaient pas du tour. Plus de traces de sa présence. Il était entré.
Je me précipitais vers le rocher, entamant de reproduire parfaitement le même chemin que mon père. Je passais par-dessus le rocher, sautant à pied joint moi aussi. Mes sens s’alarmèrent de ne pas réussir à faire la même chose. Ce ne devait pas être ça. Je secouais la tête, je l’avais vu faire exactement. Je retournais derrière le rocher, sautait, pour atterrir à pied joint une seconde fois.
Le monde se flouta soudain, un grondement sourd bourdonnant à mes oreilles, me désorientant. Je ratais mon premier pas et tombait en avant, dépassant ainsi la barrière du site. Mon père m’attendait tranquillement, adossé au dolmen central. Il souriait, ses dents se dessinant dans le reflet de la lune derrière moi.
« Bienvenu, Erwann. Bienvenu au Chaudron de Dagda. »
Je me relevais sur mes jambes, les brossant pour en enlever les saletés. Puis me redressais avant de le suivre.
Le monde alentour avait changé. A quelques dizaines de mètres devant nous, hors du premier cercle de pierre où nous nous trouvions encore, à la place d'une rangée d'arbres tout ce qu'il y avait de plus propret, un second, un énorme cercle de dolmens se dressait désormais, entouré de toute part par les arbres précédents, beaucoup plus nombreux. Les pierres levées, haute de plusieurs fois nos tailles étaient d’une étonnante régularité, lisses, d’un gris sombre brillant sous les reflets lunaires. En nous avançant, je pus les dénombrer. 14 pierres levées, reposant l’une sur l’autre en de lourdes ouvertures de pierres triangulaires disposées en pentacle à sept branches, deux par deux. Proche du sol, de lourdes cordes de chanvre blanc, recouvertes de talismans entouraient chacune des pierres.
Nous pénétrâmes dans l’intérieur du site, et je restais bouche bée devant l’incroyable profusion des gravures sur l’intérieur des pierres. Ce qui ressemblait à des flammes primitives géantes, étranges gravures à même la roche, semblaient animer l’ensemble du foyer autour de nous alors que nous approchions du dolmen central, énorme carré de pierres, complétement scellé.
Je m’arrêtai devant sa solennelle majesté, écrasé par cette demeure de géants. Mon père resta immobile avec moi quelques secondes, appréciant le site dans un soupir de contentement, puis il s’avança vers les deux pierres levées qui fermaient hermétiquement le dolmen. Il sortit quelque chose de sa poche que je ne vis pas, et le plaqua sur la roche, murmurant ce qui ressemblait à une prière.
Dans un craquement brutal, le monde trembla. Mes yeux s’écarquillèrent d’appréhension alors que les deux pierres portes tournaient lentement sur elle-même, raclant la terre, grinçant l’une sur l’autre. Une lueur d’un vert pâle surnaturel sortait de l’entrebâillement.
Alors que les rochers s’arrêtaient de bouger, mon père se retourna, son visage éclairé de profil par la lumière fantasmagorique me dévisagea, comme le gardien d’un autre monde. Il ne souriait plus.
« Viens Erwann ! Il est temps que tu saches. »
Je refermais ma bouche dans un claquement inquiet. Un étrangement sentiment de panique s’insinuait dans mon esprit alors que je m’avançais. Tout ceci était trop surnaturel, trop étranger… Mon père disparu dans l’ouverture, et je vis sa silhouette descendre dans la lueur. Ma main tremblait… La protégeant contre mon cœur, je descendis à mon tour.
Les pierres grincèrent à nouveau, scellant le site derrière nous.
Erwann entre en 2ème année RP (Il a donc 12 ans)
Le chaudron de Dagda
Judith s'était levée aux aurores pour partir étudier ce fameux site découvert la veille. Elle avait d'un coup de baguette effacé "bisou les enfants, à ce soir." du tableau du frigo et l'avait remplacé par "Je pars pour un petit moment, je reviens à midi pour vous aider à faire le repas. Bonne matinée."
Le petit cercle de pierres n'avait pas bougé depuis la veille. La jeune fille sortit son carnet dans lequel elle avait noté tous les détails de sa virée. Elle dut tourner en rond un bon moment avant de retrouver l'exacte méthode qui lui avait permis de faire apparaître l'autre cercle.
Elle s'approcha du centre de celui-ci et admira les arches que formaient les dolmens. Elle avait rarement vu d'aussi grandes structure en plein air... Comme la veille elle sentit quelques courants d'air venir lui arracher des frissons à l'envolée.
Bien décidée à comprendre ce site et tous ces secrets elle étudia attentivement le sol. Il semblait que par endroit les plantes étaient comme piétinées. Elle se demanda si elle avait pu être celle qui leur avait fait cela, mais il lui sembla bien vit qu'il y avait réellement les traces d'autres personnes. Elle suivit les traces jusqu'à un dolmen en forme d'arche bien taillée. Les pierres étaient droites et à leur pied Judith remarqua des cordes. Elle ne se soucia plus des traces et étudia celles-ci en détail. De drôles de motifs les couvraient et leur blancheur indiquait qu'elles ne pouvaient pas attendre ici depuis très longtemps.
Tout portait donc à croire que ce site n'était pas abandonné. Il était bien caché mais des gens connaissaient son emplacement et visiblement ils étaient venus il y a peu... Sur les roches elles-mêmes étaient aussi gravés motifs et dessins sans sens. Elle essaya de reproduire certains d'entre eux, dans l'espoir de les retrouver dans un livre si elle approfondissait des recherches.
Elle jeta un œil à sa montre et soupira en constatant que le temps avait déjà bien passé. Aussi elle arrêta de dessiner et profita de ce qui lui restait avant de vraiment devoir rentrer pour chercher un peu ce qu'elle pouvait trouver comme plantes.
Après avoir identifié quelques espèces magiques elle fit demi-tour, son carnet déjà plus fournit en informations, et elle rejoint son frère et sa sœur pour manger. Alana roula des yeux en la voyant arriver "ça t'obsède ces cailloux !
- Toi qui aimes les runes et ce genre de choses je suis sûre que ça t'intéresserais...
- Demain si tu n'y vas pas trop tôt je t'accompagnerais, je m'ennuie un peu à force de rester là."
Elouan débarqua rapidement en s'écriant qu'il avait faim. Aussitôt Judith pris sa baguette et découpa quelques légumes tout en restant assise. "Alana tu mets de l'eau à chauffer s'il te plait, j'aimerais nous faire des œufs à la coque si ça vous va.
- Je te rappelle que je suis pas adulte moi.
- Tant que tu es prêt de moi tu peux utiliser la magie, mais tu n'en as pas besoin pour mettre une casserole sur le feu."
Comme pour la provoquer sa petite sœur sortit sa baguette et s’exécuta sans bouger de sa place. " Et moi aussi je peux faire de la magie du coup ? " demanda Elouan avec espoir
"Non" répondirent d'une même voix les deux sœurs. "Tu es trop petit" ajouta Judith.
Le petit garçon fit mine de bouder. Les deux grandes préféraient éviter de le lui autoriser par peur que la scène tourne au carnage. Sa baguette n'était pas des plus dociles et il avait du mal parfois à ne pas avoir des sorts dont l'effet s'amplifiait.
Alors qu'elle faisait venir les assiettes sur la table, Judith repensa à cet étrange cercle. Plus le temps passait et plus elle mourrait d'envie d'en savoir plus. Elle voulait croiser ces gens qui avaient marché là... Le lendemain elle irait l'après-midi et elle y emmènerait sa sœur. Alana était une experte en runes, elle saurait peut-être plus de choses qu'elle.
Le petit cercle de pierres n'avait pas bougé depuis la veille. La jeune fille sortit son carnet dans lequel elle avait noté tous les détails de sa virée. Elle dut tourner en rond un bon moment avant de retrouver l'exacte méthode qui lui avait permis de faire apparaître l'autre cercle.
Elle s'approcha du centre de celui-ci et admira les arches que formaient les dolmens. Elle avait rarement vu d'aussi grandes structure en plein air... Comme la veille elle sentit quelques courants d'air venir lui arracher des frissons à l'envolée.
Bien décidée à comprendre ce site et tous ces secrets elle étudia attentivement le sol. Il semblait que par endroit les plantes étaient comme piétinées. Elle se demanda si elle avait pu être celle qui leur avait fait cela, mais il lui sembla bien vit qu'il y avait réellement les traces d'autres personnes. Elle suivit les traces jusqu'à un dolmen en forme d'arche bien taillée. Les pierres étaient droites et à leur pied Judith remarqua des cordes. Elle ne se soucia plus des traces et étudia celles-ci en détail. De drôles de motifs les couvraient et leur blancheur indiquait qu'elles ne pouvaient pas attendre ici depuis très longtemps.
Tout portait donc à croire que ce site n'était pas abandonné. Il était bien caché mais des gens connaissaient son emplacement et visiblement ils étaient venus il y a peu... Sur les roches elles-mêmes étaient aussi gravés motifs et dessins sans sens. Elle essaya de reproduire certains d'entre eux, dans l'espoir de les retrouver dans un livre si elle approfondissait des recherches.
Elle jeta un œil à sa montre et soupira en constatant que le temps avait déjà bien passé. Aussi elle arrêta de dessiner et profita de ce qui lui restait avant de vraiment devoir rentrer pour chercher un peu ce qu'elle pouvait trouver comme plantes.
Après avoir identifié quelques espèces magiques elle fit demi-tour, son carnet déjà plus fournit en informations, et elle rejoint son frère et sa sœur pour manger. Alana roula des yeux en la voyant arriver "ça t'obsède ces cailloux !
- Toi qui aimes les runes et ce genre de choses je suis sûre que ça t'intéresserais...
- Demain si tu n'y vas pas trop tôt je t'accompagnerais, je m'ennuie un peu à force de rester là."
Elouan débarqua rapidement en s'écriant qu'il avait faim. Aussitôt Judith pris sa baguette et découpa quelques légumes tout en restant assise. "Alana tu mets de l'eau à chauffer s'il te plait, j'aimerais nous faire des œufs à la coque si ça vous va.
- Je te rappelle que je suis pas adulte moi.
- Tant que tu es prêt de moi tu peux utiliser la magie, mais tu n'en as pas besoin pour mettre une casserole sur le feu."
Comme pour la provoquer sa petite sœur sortit sa baguette et s’exécuta sans bouger de sa place. " Et moi aussi je peux faire de la magie du coup ? " demanda Elouan avec espoir
"Non" répondirent d'une même voix les deux sœurs. "Tu es trop petit" ajouta Judith.
Le petit garçon fit mine de bouder. Les deux grandes préféraient éviter de le lui autoriser par peur que la scène tourne au carnage. Sa baguette n'était pas des plus dociles et il avait du mal parfois à ne pas avoir des sorts dont l'effet s'amplifiait.
Alors qu'elle faisait venir les assiettes sur la table, Judith repensa à cet étrange cercle. Plus le temps passait et plus elle mourrait d'envie d'en savoir plus. Elle voulait croiser ces gens qui avaient marché là... Le lendemain elle irait l'après-midi et elle y emmènerait sa sœur. Alana était une experte en runes, elle saurait peut-être plus de choses qu'elle.
#375D81
Le chaudron de Dagda
Quand on m’avait expliqué que j’aurais la joie de m’occuper d’un site actif. Je ne pensais pas que cela impliquerait autant de jardinage…
Un ensemble de plantes magiques poussaient autour du cercle de pierres levées, rendus abominablement fertile par l’énergie du lieu. Elles étaient hors de ce monde. Réellement. Lorsque j’en avais posé la question, durant la soirée, le vieux Mac Mile avait gloussé, en me répondant qu’il n’y avait absolument rien à tirer de ces pourtant magnifiques fleurs que néant corrompu. Juste bonne à un truc, même pas pour trôner dans un vase disait-il, et malgré leur utilisation spécifique, absolument inutiles en magie. Je ne comprenais pas ce que ça voulait dire.
Mes gants de botanique à la main, j’arrachais donc méthodiquement les pieds des plus grosses, celles prêtes à lâcher leur pollen. Leur rythme de pousse était d’une petite semaine, ce qui était en soit déjà effrayant, car il y en avait partout. Si on les laissait se propager, le vieux gardien disait qu’elles risquaient de traverser la barrière, envahissant le monde moldu. Je regardais l’une de ces spécimens à la lumière de ma lanterne, arrachée juste quelques secondes auparavant, encore pleine de couleur et de vie, sa gueule rebondit n’attendant plus que la lueur du matin pour en libérer sa progéniture. Avant de la jeter dans le sac à côté de moi, avec ses compagnes. Puis l’ayant rempli, je marchais à travers le bosquet, avant d’amener mon sac vers deux autres, déjà remplis, proche de la porte menant au temple intérieur. Je prenais un nouveau sac vide puis revenait à mon travail.
Quelques heures passèrent ainsi, sans autre dérangement que le bourdonnement sourd du site, un étrange frémissement qui parfois chatouillait la colonne vertébrale de son infrason, comme un gros frisson qui remontait dans la nuque. Je savais ce qui le provoquait, mais je ne voulais pas penser à ce que mon père faisait à l’intérieur durant toutes ces nuits. La nuit dernière, il avait couvert de sa manche une première tâche verte sur sa peau. Ses activités nocturnes, dont il m’empêchait d’approcher, ne semblaient pas être de tout repos.
Enfin, je terminais mon dixième sac, et la récolte de la nuit. Je n’arrivais pas à comprendre comment la vieille Mac Mile arrivait à faire tout cela en une petite heure. J’imagine qu’avec le temps et l’expérience, elle avait trouvé un sortilège pour s’occuper de tout cela pour elle. Moi je galérais. Partout autour de moi, restaient les traces de mes allées et venues. Je haussais les épaules. L’herbe du coin était aussi vive que tout le reste, ces traces disparaitraient avant la nuit prochaine.
Un craquement… Je vis l’énorme mur de pierre bouger, et s’ouvrir sur sa lugubre lueur verte. L’ombre de mon père apparu, suivi par sa silhouette, suivi par sa personne. Il cligna des yeux et tituba un peu, perturbé par la soudaine obscurité. Alerte, je l’aidais à trouver une épaule sur laquelle s’appuyée. Sa main se referma telle un vis sur mon bras, dans un craquement de bois vert. La peau que je voyais hors de sa manche était étrangement rugueuse, comme écaillée.
« Merci, mon grand… J’ai fini en bas, mais il faut remplir de nouveau le bassin. Tu peux t’en occuper ? »
J’acquiesçais sans rien dire. Alors que mon père se redressait pour aller ensuite s’asseoir et fumer de sa pipe au clair de lune. Seule pause qu’il s’octroyait de la nuit, je commençais à me dévêtir en vitesse, jetant mes vêtements autour de moi, alors que je m’approchais des sacs de plantes. Tout nu, j’attrapais une longue robe de sorcier en laine noire et rêche, le seul vêtement accepté à l’intérieur. Puis l’un après l’autre, je commençai à descendre les sacs du même tissu dans le ventre du temple intérieur.
Cela me prit une dizaine de minute, puis je remontais. Mon père lisait pensivement les hauts proto-glyphes enflammés qui ornaient les menhirs, sortes de dessins primitifs, gravés comme l’artiste pouvait à même la roche dure. Plus que les regarder, sa main suivait les lourdes rainures, en appréciant les pleins et les vides, les formes et les espaces. Je m’approchais, une question au bord des lèvres.
« Je croyais que notre tradition ne permettait aucun textes, ou aucune représentations. »
Il se retourna, son œil brillant dans l’éclat lunaire. Son visage était étrangement figé alors qu’il ouvrait la bouche.
« La tradition se forme avec le temps. Ces gravures datent d’une époque antérieure à l’invention de l’écriture. Elles ne veulent rien dire vraiment, elles sont justes un témoignage. Une preuve de responsabilité… »
Il se tourna vers la pierre, levant la tête pour en apprécier le sommet.
« Cette représentation en particulier, est l’arbre généalogique des premiers Mac Miles, venus d’Espagne avec le reste de leur peuple. Des siècles plus tard, cet arbre ne veut plus rien dire… Mais il a le mérite de montrer l’appropriation du site par les Milésiens… »
Un sourire craquelé vint hanter son visage.
« Au final, seule notre tradition se rappelle encore de toute cette histoire… Pour le reste du monde, ce site entier n’est qu’une vieille légende… »
L’aube arrivait, il était temps de s’en aller. Alors que mon père s’impatientait près de l’entrée du site, je cherchais encore, une petite minute. Avant d’abandonner et de revenir bredouille, un faux sourire triomphant sur le visage.
Dans la folie de mon effeuillage tout à l’heure… J’en avais perdu l'une de mes chaussettes…
J’espérais la retrouver demain soir.
Un ensemble de plantes magiques poussaient autour du cercle de pierres levées, rendus abominablement fertile par l’énergie du lieu. Elles étaient hors de ce monde. Réellement. Lorsque j’en avais posé la question, durant la soirée, le vieux Mac Mile avait gloussé, en me répondant qu’il n’y avait absolument rien à tirer de ces pourtant magnifiques fleurs que néant corrompu. Juste bonne à un truc, même pas pour trôner dans un vase disait-il, et malgré leur utilisation spécifique, absolument inutiles en magie. Je ne comprenais pas ce que ça voulait dire.
Mes gants de botanique à la main, j’arrachais donc méthodiquement les pieds des plus grosses, celles prêtes à lâcher leur pollen. Leur rythme de pousse était d’une petite semaine, ce qui était en soit déjà effrayant, car il y en avait partout. Si on les laissait se propager, le vieux gardien disait qu’elles risquaient de traverser la barrière, envahissant le monde moldu. Je regardais l’une de ces spécimens à la lumière de ma lanterne, arrachée juste quelques secondes auparavant, encore pleine de couleur et de vie, sa gueule rebondit n’attendant plus que la lueur du matin pour en libérer sa progéniture. Avant de la jeter dans le sac à côté de moi, avec ses compagnes. Puis l’ayant rempli, je marchais à travers le bosquet, avant d’amener mon sac vers deux autres, déjà remplis, proche de la porte menant au temple intérieur. Je prenais un nouveau sac vide puis revenait à mon travail.
Quelques heures passèrent ainsi, sans autre dérangement que le bourdonnement sourd du site, un étrange frémissement qui parfois chatouillait la colonne vertébrale de son infrason, comme un gros frisson qui remontait dans la nuque. Je savais ce qui le provoquait, mais je ne voulais pas penser à ce que mon père faisait à l’intérieur durant toutes ces nuits. La nuit dernière, il avait couvert de sa manche une première tâche verte sur sa peau. Ses activités nocturnes, dont il m’empêchait d’approcher, ne semblaient pas être de tout repos.
Enfin, je terminais mon dixième sac, et la récolte de la nuit. Je n’arrivais pas à comprendre comment la vieille Mac Mile arrivait à faire tout cela en une petite heure. J’imagine qu’avec le temps et l’expérience, elle avait trouvé un sortilège pour s’occuper de tout cela pour elle. Moi je galérais. Partout autour de moi, restaient les traces de mes allées et venues. Je haussais les épaules. L’herbe du coin était aussi vive que tout le reste, ces traces disparaitraient avant la nuit prochaine.
Un craquement… Je vis l’énorme mur de pierre bouger, et s’ouvrir sur sa lugubre lueur verte. L’ombre de mon père apparu, suivi par sa silhouette, suivi par sa personne. Il cligna des yeux et tituba un peu, perturbé par la soudaine obscurité. Alerte, je l’aidais à trouver une épaule sur laquelle s’appuyée. Sa main se referma telle un vis sur mon bras, dans un craquement de bois vert. La peau que je voyais hors de sa manche était étrangement rugueuse, comme écaillée.
« Merci, mon grand… J’ai fini en bas, mais il faut remplir de nouveau le bassin. Tu peux t’en occuper ? »
J’acquiesçais sans rien dire. Alors que mon père se redressait pour aller ensuite s’asseoir et fumer de sa pipe au clair de lune. Seule pause qu’il s’octroyait de la nuit, je commençais à me dévêtir en vitesse, jetant mes vêtements autour de moi, alors que je m’approchais des sacs de plantes. Tout nu, j’attrapais une longue robe de sorcier en laine noire et rêche, le seul vêtement accepté à l’intérieur. Puis l’un après l’autre, je commençai à descendre les sacs du même tissu dans le ventre du temple intérieur.
Cela me prit une dizaine de minute, puis je remontais. Mon père lisait pensivement les hauts proto-glyphes enflammés qui ornaient les menhirs, sortes de dessins primitifs, gravés comme l’artiste pouvait à même la roche dure. Plus que les regarder, sa main suivait les lourdes rainures, en appréciant les pleins et les vides, les formes et les espaces. Je m’approchais, une question au bord des lèvres.
« Je croyais que notre tradition ne permettait aucun textes, ou aucune représentations. »
Il se retourna, son œil brillant dans l’éclat lunaire. Son visage était étrangement figé alors qu’il ouvrait la bouche.
« La tradition se forme avec le temps. Ces gravures datent d’une époque antérieure à l’invention de l’écriture. Elles ne veulent rien dire vraiment, elles sont justes un témoignage. Une preuve de responsabilité… »
Il se tourna vers la pierre, levant la tête pour en apprécier le sommet.
« Cette représentation en particulier, est l’arbre généalogique des premiers Mac Miles, venus d’Espagne avec le reste de leur peuple. Des siècles plus tard, cet arbre ne veut plus rien dire… Mais il a le mérite de montrer l’appropriation du site par les Milésiens… »
Un sourire craquelé vint hanter son visage.
« Au final, seule notre tradition se rappelle encore de toute cette histoire… Pour le reste du monde, ce site entier n’est qu’une vieille légende… »
L’aube arrivait, il était temps de s’en aller. Alors que mon père s’impatientait près de l’entrée du site, je cherchais encore, une petite minute. Avant d’abandonner et de revenir bredouille, un faux sourire triomphant sur le visage.
Dans la folie de mon effeuillage tout à l’heure… J’en avais perdu l'une de mes chaussettes…
J’espérais la retrouver demain soir.
Erwann entre en 2ème année RP (Il a donc 12 ans)