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Tu as un peu repensé au Garçon-du-Marché, cette semaine.
Revoyant la Douleur infinie, la Douleur éternelle et surtout la Douleur sans nom dans son regard, au moment où il t'avait tourné le dos. Te demandant si tu allais un jour le revoir. Et, si oui, quelle réaction tu aurais.
Tu as envisagé tous les scénarios possibles et imaginables. Le croisant et le recroisant dans tes rêves et cauchemars, lui adressant la parole ou l'ignorant superbement.
Et, malgré toutes tes réflexions, tes insomnies et veillées jusqu'à tard dans la nuit, tu n'as pas trouvé la Réponse.
Tu ne saurais pas comment réagir, si, au détour d'un couloir de l'Ecole, tu le voyais. Si, en descendant les escaliers de la Salle Commune, tu le croisais.
Les Mots resteraient assurément coincés dans ta gorge. Les Mots sont parfois très lâches. Mais tu les comprends. Tu fuis comme eux.
Ils resteraient figés, alors que, pour une fois, ton Être entier crierait et se débattrait pour présenter des excuses. Pour lui demander de te pardonner.
Lui expliquer à quel point tu t'en veux.
Tu n'en es pas capable.
Réparer tes Erreurs, tu ne l'as jamais fait. Tu n'as jamais tenté de corriger telle ou telle critique que tu aurais pu cracher au détour d'une conversation. C'est si... contre-nature pour toi.
Si Impossible.
Tu soupires, laisses la goutte d'encre qui s'apprêtait à tomber sur ton morceau de parchemin s'écraser, se réduire toute seule à Néant. Tâcher la feuille d'une couleur abyssale. La faire devenir aussi sombre qu'elle même, comme si elle la contaminait. S'étaler dans les sillons du papier, tracer de courtes lignes en glissant lentement.
Comme si elle lui transmettait un maladie.
Ta plume, un court instant plus tard, rejoint la goutte, rebondit une fois, une seule, sur le rebord du bureau de bois, puis frappe le parquet dans un bruit métallique.
Tu n'y fais aucunement attention. Au contraire, ton regard devient de plus en plus concentré, et fixe le mur en face de toi.
Les quelques mots tracés en lettre légèrement inclinées ne reçoivent dès lors plus aucun regard de ta part, eux que tu avais mis tant de temps à tracer, les yeux perdus dans le vague.
"J'ai merdé. J'me suis énervée, alors que tu le"
La Tâche s'élargit peu à peu, couvrant l'angle droit de ta feuille, mais tu ne lui accordes aucune attention non plus.
Ton cerveau te paraît vide. De toute émotion. De toute pensée.
Et pourtant. Tu réfléchis intensément. Que vas-tu pouvoir Lui dire ?
Finalement tu expires. Lentement, par la bouche, comme pour évacuer quelque chose. Oui... mais quoi ? Je ne sais pas.
Et, les paupières mi-closes, encore plongée dans ta profonde Réflexion, tu te lèves, atteins la porte de ta chambre et en sors. Tu descends les escaliers de bois, traverses le couloir qui te sépare de la porte d'entrée.
Tu poses un main hésitante sur la poignée - et si tu le croisais, là, en sortant ? -, puis appuies dessus violemment, comme possédant une sorte d'énergie du Désespoir qui te donne des ailes.
La voix de ton père, à moitié endormie, s'élève depuis le petit canapé du salon.

Kyana, c'est toi ? Tu vas où ?


Tes dents se serrent à nouveau, et tu tentes de répondre de la manière la plus courtoise possible.

Ouais, c'est moi. J'vais me balader dans le quartier, j'reste pas loin.


Un petit "Hmm" te parvient, juste avant que tu ne refermes le lourd battant.
Là, tu te mets à courir. Tu cours, le plus vite possible, t'éloignant de plus en plus, malgré la promesse faite à ton père.
Plus aucune prudence, seulement un intense besoin de Liberté. Qui se traduit par ton souffle qui devient vite rauque et irrégulier, ta foulée légère, et ton regard fixe.
Dix minutes plus tard, tu t'arrêtes, hors d'haleine. Épuisée physiquement, mais comme reconstruite dans ta tête. A nouveau entière.
Tu poses tes mains sur tes cuisses, plies légèrement les jambes et tentes à grand-peine de reprendre ton souffle.
Une fois que c'est fait, tu te redresses, ton port de tête redevient hautain et arrogant, et tu observes de ton regard à la fois triste, mélancolique et soulagé, l'endroit où tu te trouves.
Dernière modification par Kyana Lewis le 7 nov. 2019, 23:07, modifié 1 fois.

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Il avait essayé de ne plus y repenser. Mais c'était plus fort que lui. Plusieurs fois par jour, le souvenir de ce sourire méprisant lui revenait en mémoire. Une frustration avait grandi en lui, il n'avait eu aucun contrôle sur la situation et s'était senti humilié par cette môme plus petite que lui, et de sa propre maison. Une frustration comme celle que l'on peut ressentir après une longue dispute destructive qui nous ronge l'esprit. Mais il n'y avait eu presque aucun mot. Seulement des regards. Des regards hostiles pleins d'inimitié. Elle avait joué à ce mauvais jeu, celui de la déstabilisation par abus de silence. Elle l'avait méprisé et cassé sans même avoir parlé. Elle. Il se rappelait de son nom, mais préférait ne plus y penser. Il préférait que ce nom qui évoquait la peine se perdît dans les méandres de son esprit. Enfouissant tant bien que mal la douleur dans son subconscient d'enfant. Enfant qui commençait à connaître les Autres, leur bon côté, mais surtout les mauvais. Lui, l'enfant campagnard qui avait vécu dans les champs et pâturages, en solitaire, et qui s'était retrouvé lâché dans cette école remplie des siens. Les siens autre que lui. Cela avait était dur de parler. Il ne savait pas parler. Sortant de l'anglais écossais que seuls quelques personnes comprenaient. Il avait dû apprendre à se cacher et se confondre dans la masse. Il s'était alors construit cette carapace, celle qui permet de ne rien sentir, mais qui lui coûta cher. Il n'avait pas de véritables amis. Seulement des personnes avec qui il lui arrivait d'échanger de temps à autre. Ça lui permettait de ne pas souffrir de ces amitiés trop fortes qui se brisent en crevant le cœur.

Les fêtes n'étaient pas encore passées. Sa famille était en pleines préparations. Sa mère et sa tante faisaient les décorations, aidées de temps à autres par son cousin Dany. Ce dernier était rentré d'Asie, là où il travaillait et étudiait les espèces animales dangereuses. Il lui avait raconté comment ils avaient fait partir le Boutefeu Chinois qui terrorisait ce village au Népal. Il l'admirait. Pensant qu'il vivait des aventures folles qu'il ne pourrait lui-même vivre un jour. Son cousin avait remarqué cette lumière de douleur dans ces yeux lorsqu'il pensait à elle. Ils se disaient tout. Il l'avait alors questionné. Il ne lui avait rien dit, cette fois. Dany en avait sûrement conclu à un problème de cœur. Mais il semblait à Mike que ce fût bien pire que cela.
Robert, son père était à la cuisine, discutant avec son arrière-grand-père Angus. C'était un vieil homme né dans les années 1950. Mike ne connaissait pas son âge exact, Angus non plus d'ailleurs. Il avait arrêté de compter. Il avait 89 ans. Son visage ridé témoignait de son vécu comme les lignes circulaires que l'on trouve sur une souche. Peut-être que s'il comptait ses rides, il trouverait son âge. Mike aimait bien son vieux-papy, comme il disait. Mais depuis quelques années, sa solitude et son âge avaient pris le dessus. Il radotait toujours les mêmes histoires de son enfance, d'un millénaire que Mike ne connaissait pas. Même son père ne le connaissait pas, il était né en début de siècle. Mike n'avait pas envie de rester ici, à entendre une énième fois Angus lui raconter comment son propre grand-père avait combattu vaillamment en France durant la Seconde-guerre mondiale. Il avait juste envie de sortir prendre l'air. Profiter de ce vent glacial qui soufflait. Il les prévint et sortit.

Dehors, tout était calme. Tout le monde restait au chaud, s'attelant aux préparatifs de Noël. Les rues étaient elles aussi décorées. Les ampoules colorées qui illuminaient la ville la nuit étaient éteintes, attendant l'heure de se rallumer. Tout était silencieux. La neige était encore présente çà et là sur les bords de trottoirs. On en avait cependant dégagé le centre pour pouvoir marcher sans glisser.
Ça lui faisait du bien de se promener seul dans les rues sans bruits, loin de l'excitation des fêtes qui assourdissait la maison. Il se dirigeait en direction du centre-ville, tête baissée, la capuche noire recouvrant ses yeux. Il releva deux secondes la tête. Et là, il la vit. Elle. Loin devant, mais tout de même trop proche. Les mains sur ses cuisses comme pour reprendre son souffle après une longue course. Il ne voulait pas la voir, et préférait l'ignorer. Pourtant, son regard se maintint. Ce ne fut que lorsqu'elle se releva et regarda autour d'elle, que le rouquin rabattit sa capuche sur sa tête et se retourna pour rebrousser chemin. Elle l'avait vu, c'était certain. Mais il ne savait pas si elle l'avait reconnu.

Compte-élève de monsieur le sous-directeur.
8è Année RP (je sais, ça n'existe pas). Ex-Préfet de Serdaigle (entre janvier et août 2045).

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Tu entends un bruit de pas, et une silhouette apparaît. Sombre.
Masculine. Jeune. Une capuche sur la tête.
Des tremblements agitent ton corps entier. Non… ce n’est pas possible. Edimbourg est trop grande. Ça ne peut être Lui. Non. C’est quelqu’un d’autre.
Tu plisses les yeux, te rends à l’évidence. Tes épaules se baissent. Ton regard perd toute sa fierté, l’abattement s’y lit. Tu ne comprends pas pourquoi tout est si injuste.
La force nouvelle, que tu aurais nommée adrénaline, qui circulait dans ton corps quelques minutes plus tôt, a totalement disparu.
Elle te laisse seule. Absolument, et affreusement seule face à Lui. Qui va soit te fuir, soit… soit venir. Te parler ? Te mettre une claque ? Ou, tout simplement, t’ignorer ? Tu ne sais pas ce qui te ferait le plus mal.
Tu veux t’excuser, mais comment faire ?
Tu risques de paraître pathétique. Tu risque d’inspirer la pitié.
Non, ce n’est pas ce que nous souhaitons. Nous, et toi particulièrement, veux garder de ta dignité. Ne pas perdre la face. Ne pas t’effondrer.
Honnêtement, en ce qui me concerne, je n’en ai rien à faire. Tant que tu Lui demandes de te pardonner, je serai satisfaite. Même si en échange tu reçois une marque cuisante sur la joue. Ou une profonde blessure à l’amour-propre. Même s’il tourne les talons sans te répondre. Tu auras rempli ta part du contrat, et ce sera suffisant.

Tu esquisses un mouvement, employant toute la force que tu possèdes afin de soulever tes jambes devenues poids-de-plomb. Tu gardes la tête baissée. Parce que oui, il faut l’avouer, tu as honte. De ton attitude, de tes paroles, de ton regard. De Toi.
*J’ai peur, aussi, Youss. Parce que je sais qu’il va être méchant avec moi. Et j’ai pas envie qu’il soit méchant.*
Et pourtant. C’est ce que tu mérites.
Maintenant, va. Tu dois lui Parler. Tu dois t’excuser. Même si ce que tu as pu prononcer, ou faire comprendre par la seule force de ton regard, est impardonnable.
Même s’il n’en a rien à foutre, parce que c’est ce qui risque d’arriver.
Tu avances un pied. Puis l’autre. Au prix d’un effort colossal qui semble te vider de toutes tes forces.
La souffrance, et le doute, se lisent sur ton visage. Plus facilement que jamais.
Tu tentes, en vain, de gommer toute émotion de ton visage. Rien ne part, mais tu te rapproches en revanche inexorablement du Garçon.
Lorsque tu parviens à sa hauteur, trop peu de temps après, tu lèves avec difficulté la tête vers lui. Ta bouche pâteuse s’ouvre, aucun son n’en sort.
Tes yeux se ferment un instant. Cherchant du courage. Ils n’en trouvent nulle part.

Lorsqu’ils s’ouvrent à nouveaux, ils se fixent sur l’écharpe de brume qui s’enroule autour des bâtiments. Suivent son parcours lent, doux, si paisible, et y trouvent, inconsciemment, du réconfort.
Tu ne veux rien dire, mais pourtant il le faut. Ton petit poing est serré à tel point que tes articulations blanchissent. Inspiration. Longue. Expiration. Profonde. Concentrée. Désespérée.
Tu ne sais pas ce qu’il pense de toi. Peut-être te prend-il pour une folle.

Vas-tu fuir, lorsque tu auras prononcé les Mots ?
*Quels Mots, Youss ?*
Ceux que tu t’apprêtes à dire.
Vas-tu, toi, et non lui, tourner les talons pour ne plus jamais revenir ?
Tu aimerais, beaucoup.

Je… J’ai…


Le regard que tu sens sur toi, ou peut-être n'est qu'une hallucination, te cloue sur place.

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Capuche sur la tête, il s'était tourné de trois quart avant de s'apercevoir que la jeune fille marchait vers lui à pas lents. Il s'arrêta alors le temps qu'elle arrive vers lui. Tête baissée. Comme un animal qui vient de faire une bêtise. Mike n'avança pas, il ne le lui en ferait pas l'honneur. Il la fixait simplement, le regard de glace, perçant de ses yeux bleus le corps nonchalant qui s'avançait vers lui.
Il réfléchissait à comment réagir. Au vu de sa dégaine, il savait qu'il aurait psychiquement le dessus. Elle n'osait à peine le regardait dans les yeux. Alors que lui, la fixait du regard, avec la vigueur d'une buse qui s'apprête à foncer sur sa proie. Il hésita. Il hésita à repartir, l'ignorant, la laissant en plan dans son malaise. Il trouvait que ne pas la considérer ferait une punition bien plus sévère que n'importe quel mot. Pourtant, il resta, sans connaître la véritable raison qui le clouait sur place. Comme s'il attendait cette confrontation, comme si lui parler résoudrait ses maux.

Au fur et à mesure qu'il pensait, la rouquine avançait, de ses pas lents et lourds. Les rues étaient toujours déserte et il pouvait entendre le craquement de la neige sous ses chaussures lorsqu'elle marchait. La brise l'accompagnait, soufflant entre les maisons sur son visage, glaçant ses joues et son nez. Il l'observait toujours s'approcher en longeant les arbres plantés sur le trottoir à intervalle régulier, portant sur leurs branches nues les neiges tombées ces derniers jours. L'automne avait retiré toute forme de vie : les oiseaux avait quitté le pays pour des endroits plus chauds et les quelques courageux se réchauffait sous les tuiles des maisons, profitant des chaleurs des cheminées ; les feuilles des arbres étaient tombées, et la pluie de Novembre les avait fait disparaître dans l'humus. La ville semblait assombri par les jours raccourcis et les hêtres dégarnis, dont le bois ternes ressortait de la couche de neige qui surplombait le sol. Tout était terne, tout semblait mort.

La jeune fille arriva enfin devant lui. Enfin, mais un peu trop tôt à son goût. La brise glaciale cessa et le temps sembla s'alourdir, comme s'ils retenaient leurs souffles, comme une tension qui s'installe, une pression accrue qui présage un orage. La gamine n'osait pas le regardait, et il en profitait pour poser sur elle un regard lourd, plein de rancune. Elle laissa s'échapper un bégaiement à peine audible. Il ne répondit pas tout de suite. Comme pour réfléchir à ce qu'il allait dire, ou comme s'il choisissait ses mots pour qu'ils sonnèrent plus violemment à l'oreille de la jeune fille.

Pourtant, il ne dit rien. Toujours. Il voulait lui faire vivre ce qu'il avait vécu. Lui faire vivre ces silences douloureux ; pour laisser baigner son cœur dans ce mélange corrosif qu'est le mutisme. Il la laissait humer cet atmosphère chargé de plomb, suffocante oxygène entre deux orages. Il se plaisait dans cette position, il se savait plus confiant. Pourtant, il n'avait pas ce sourire de mépris qu'elle avait eu. Ce n'était pas de l'amusement, ça lui plaisait par vengeance. Il brisa finalement le silence, pour lancer un mot. Rien qu'un seul. Lui signifiant qu'il l'avait remarquée, lui signifiant qu'il ne l'avait pas oubliée ; et qu'a contrario, il n'attendait qu'à la retrouver. Il le lui dit, rempli de rancœur et d'animadversion, un ton sec mais fort :

"Toi..."

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Il t’a remarquée, et t’observe alors que tu progresses à pas lents dans l’allée enneigée.
Tes yeux sont baissés, comme ton menton, et portent un honte si profonde, si triste, que tu ne sais pas si son poids ne t’empêchera pas lever la tête.
Tu parviens à sa hauteur, et, après que tu aies bafouillé tes pauvres paroles dénuées de sens, tu sens son regard sur toi. Accusateur, mais pas comme celui de Maë. Peut-être pire, que celui de Maë.
Ton cœur bat à toute allure, et tu trembles. Tu as fermé tes yeux, pour empêcher les larmes douloureuses de s’échapper, et tu serres les poings.
Tu dois te reprendre. Tu dois te reprendre, tu dois te reprendre, tu dois….
Et, alors que tu parviens à exercer un contrôle sur tes émotions, tout s’effondre. Alors que tu te sentais à nouveau forte, à nouveau prête à lui tenir tête, un seul mot t’anéantit.
Il est si lourd de sens que le poids s’alourdit sur tes épaules. Ils contiennent une telle animosité, une telle rancœur, que tu frémis, et un frisson de mauvaise augure te glace la colonne.
Tes paroles étaient pitoyables, et il a su te retourner tes regards méprisants. A présent, c’est lui qui mène ce Combat, et, même si tu refuses de te soumettre, tu sais que si tu continues dans cette voie c’est lui qui le gagnera.
Si tu restes ainsi vulnérable, il va se servir de cette faiblesse qu’il perçoit en toi. Comme tu l’as fait lors de votre première rencontre.
Mais tu ne parviens pas à retrouver cette force que tu avais puisée dans la peur du garçon, la première fois. Cette Force qui a fait de toi celle que tu as toujours été. Cette Force qui effraie tant les Autres.
Tu tentes de retrouver le défi qui t’a toujours aidée, mais lui aussi te fuit. Lui aussi, il est lâche. Lui aussi, il sait que le Garçon mène la Danse. Lui aussi, il te laisse te débrouiller seule, parce qu'il ne pourra pas te sauver, cette fois-ci.

Tu veux soutenir son regard. Tu veux tenir tête. Mais ton esprit se dérobe. Tu ne tiens pas.
Les remords t'accablent, t'enserrent la gorge. Ils te meurtrissent le coeur, te font suffoquer.
Tu te sens coupable d'une chose affreuse. Et tu as beau te dire, que, même s'Il n'a pas été bien, même si tes regards et tes Mots l'ont touché et abîmé, tu ne l'as tout de même pas tué, tu continues à vouloir t'effondrer sur le sol en pleurant.
Tes dents grincent, parce qu'en plus de ne pas parvenir, à, comme tu sais pourtant si bien le faire, faire face, défier, tu as peur.
Peur de quoi, pourrait-on demander ?
*Peur de l'inconnu. J'ai jamais vécu ça. J'ai toujours le dessus. C'est moi qui commande. Mais là, je sais que c'est pas le cas. J'me laisse faire. Et ça fait peur, Youss. Super peur.*
Je te comprends. Mais il va falloir faire avec, et te battre.
Tu ne vas pas te laisser faire ainsi, n'est-ce pas, Kyana ? Tu ne vas pas te faire entraîner. Te battre, c'est la chose la plus sensée que tu puisse faire.
La seule chose qui te vient à l'esprit mais qui ne parvient pas à s'imposer à ton corps.
Tu te contentes de lever le regard, laissant entrapercevoir, sans vraiment le faire exprès, la douleur présente dans tes traits.
Tu esquisses tout de même une moue dégoûtée. Tu n'es pas impressionnée.
Cette pensée-là, comme bien d'autres, tente de se faire une place. Elle veut devenir concrète, mais n'y parvient pas.
Oui, c'est cela. Tu essaies de te convaincre que tu vas bien. Alors que c'est faux, parfaitement faux, et que tu le sais.

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Il regardait fixement la jeune fille sans broncher, la défiant du regard. Il attendait qu'elle parle, qu'elle prononce un autre mot pour pouvoir l'enfoncer davantage, jouer à son propre jeu.
Pourtant, elle ne dit rien. La tête baissée, elle se taisait. Il n'en connaissait pas les raisons. Ressentait-elle de la honte face à ce qu'elle lui avait fait endurer ? Venait-elle présenter ses excuses ? Si tel était le cas, sa fierté l'empêchait-elle de parler ?
Peu importe la raison, Mike ne comptait pas lui pardonner. Du moins, pas tout de suite. Il voulait qu'elle ressente ce qu'elle lui avait fait ressentir. Cette solitude, isolation forcée provoquée par l'ignorance d'autrui, celle qui pourfend le cœur. Mike n'avait jamais eu cette émotion avant qu'elle le lui fasse ressentir. C'était sans doute le cas de la sorcière qui se trouvait devant lui.
Il eut cependant un petit doute. Que devait-il faire ? Se venger et lui faire ressentir cette atrocité ? Ou alors l'aider ? Mais comment ?
Tandis qu'il réfléchissait, il continuait de regarder Kyana de sa hauteur, sourcils froncés, d'une colère qu'il avait accumulé depuis quelques jours. Le vent glacé qui s'échappait entre les rues heurtait leurs visages et givrait leurs peaux. Mais ce froid n'était rien comparé à celui du regard qu'il échangeait avec la rouquine. Ce regard rempli de reproches, de froideurs, qui pourtant brûlait les tripes de celui ou celle qui le recevait.
Après avoir débattu avec lui même, parlé à l'ange posé sur son épaule droite et au diable sur la gauche, il conclut qu'il allait l'aider. L'aider en lui faisant ressentir l'horreur qu'elle lui avait fait sentir. L'aider de la pire des méthodes, l'aider par la souffrance, par la vengeance. Cela lui convenait parfaitement : il se sentirait moins coupable de lui faire du mal.
Il lui semblait pourtant que la Serdaigle comprenait l'envergure de ses actes : elle restait tête baissée, et il crut par moment qu'elle s'apprêtait à pleurer. Mais cela n'était pas assez pour lui. Il voulait être sûre qu'elle comprenne et qu'elle ne recommence plus. Il voulait être sûr qu'il la respecte à chaque fois qu'il la voit. Il voulait se venger, après tout. Mais elle continuait de garder le silence, cela devenait pesant, même pour lui, qui pourtant semblait mener la danse. Le temps paraissait sans fin, et il sentait la tension qu'il y avait autour d'eux, comme un élastique qui se tend sans cesse jusqu'à s'approcher du point critique de la rupture : ce moment où la matière décide de tout lacher et de se briser. Cet instant où ça casse. Ce moment était si proche. Il serra les dents comme pour garder en lui les mots qu'il empêchait de fuser sur elle. Il se contenta d'ouvrir étroitement la bouche et casser le silence :

«Qu'est-ce que tu fais ici ? Demanda-t-il, d'un ton sévère. »

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Il te défie. Il fait tout pour te mettre mal à l’aise, et tu ne le supportes pas. Il veut que tu ailles mal. Il veut, tout simplement, se venger. Tu ravales tous les mots gentils, désolés, que tu aurais pu proférer, te contentes d’un sourire arrogant. Il cherche la bataille, il l’aura.
Et tu es bien déterminée à ne pas perdre. Ta culpabilité s’est envolée, pour laisser place à une rage sourde qui occupe ton cœur et ton esprit. Tu es prête à prendre les armes et à te défendre coûte que coûte.
Vos regards qui ne ploient pas sont fixés l’un sur l’autre. Tu ne cèderas pas, mais tu sais que lui non plus. La tension est presque palpable, comme un fil tissé de haine et de regrets, qui vous relie.
Le silence te convient parfaitement. Loin de te mettre mal à l’aise, ce qui semble être le cas du garçon, il se coule dans tes veines, s’accorde au rythme de ta respiration et court sur ton visage. Tu penches légèrement la tête, sans quitter ton adversaire du regard, conserves ton attitude arrogante.
Tu n’es plus que colère, haine et détermination. Tu ne perdras pas ce combat.
Peut-être reviendra-t-elle, mais pour l’instant elle s’est perdue dans quelque recoin de ton cœur, réduite à néant.
Tu le vois serrer les dents, se retenir de te balancer quelque chose qu’il pourrait regretter.
*Ouais, tais toi, ce s’ra mieux.*
Il prend malgré tout la parole, et tu tressailles. Le silence, ponctué par les sifflements du vent, résonnant dans tes oreilles, était bien plus beau que… ça.
Le ton qu’il emploie te scandalise, et c’est à ton tour de serrer les dents. Pas pour retenir des paroles, non – des coups. S’il reprend une fois la parole, son nez finira en bouillie.
Même s’il est plus grand. Même si pour cela tu dois sauter, ou te mettre sur la pointe des pieds. Il regrettera ses paroles.
Il a brisé la fragile frontière que le Silence avait créé entre vous. Elle a volé en éclat, et à présent plus rien ne peut te – vous, retenir.
« C’que j’fous là ? Mais, attends… D’où ça te regarde ? »

Tes yeux sont réduits à deux fentes, et tu peines à maitriser tes tremblements de colère.
Tu ne dois pas te laisser aller, Kyana. Montrer une parfaite maîtrise de toi-même est bien plus impressionnant que rester là, à trembler et à serrer les dents. Reprends toi !
Tu prends une grande inspiration, toujours sans quitter le Garçon des yeux, redresses les épaules, débloques ta mâchoire.
Désinvolte et arrogante. Tu prouves ainsi que sa colère ne t’atteint pas. Son désir de te blesser est vain. Il ne te battra pas.
Tes Mots sont peut-être faibles, mais tu es habituée au mépris, aux remarques blessantes, aux regards censés te faire froid dans le dos. Ton Regard, lui, est puissant, mieux entraînés à faire face.
Tu le vaincras.

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Alors qu'il eut enfin fini de poser sa question, pleine de reproches et de colère, il vit le regard de son opposante changer légèrement. Il reconnut cette étincelle de colère et de mépris, celle qu'il avait vue lors de leur première rencontre. Il conserva son regard froid sur la jeune fille, il voulait étouffer ce feu de colère qui renaissait et lui montrer que cette fois-ci, il ne se laisserait pas faire.
Puis Kyana répondit. D'où ça te regarde?... Tant d'insolence en si peu de mots. La colère monta en lui et la tension s'accrut d'un cran supplémentaire. Elle le cherchait vraiment, elle reprenait ses réponses pleines de mépris. Si elle voulait rejouer à ce jeu, il ne s'en priverait pas. Il n'y avait plus de règles, il ne se retiendrait pas. Seuls les passants dans la rue autour d'eux pourraient le retenir de s'attaquer à elle, de sortir sa baguette et de lui jeter un sortilège pour l'humilier.
Il referma ses mains et serra les dents le plus fort qu'il pût. Il fallait qu'il se retienne pour l'instant. Il fallait qu'il reste maître de ses émotions, qu'il soit plus fort qu'elle, ou du moins qu'il en ait l'apparence. Il rouvrit la bouche pour lui répondre, relevant les sourcils et arborant un sourire en coin, plein de mépris. Il voulait lui faire passer le message : il se moquait d'elle, au plus profond de son être.

"En quoi ça me regarde?... A savoir, c'est toi qui es venue vers moi, on ne vient pas voir les gens quand on a rien à leur dire."

Il la trouvait ridicule, pour ne pas dire pitoyable. Elle n'était même pas capable de garder son premier objectif, celui qui l'avait poussée à venir pleine de culpabilité. Sa fierté avait repris le dessus, son mépris la méprenait elle-même. Elle était victime de son propre jeu. Elle pensait qu'elle était maîtresse de ses émotions mais la haine qui l'habitait était plus fort qu'elle. Il ne savait pas quoi en penser : devait-il plaindre la jeune fille qui ne savait pas faire abstraction de ses sentiments les plus négatifs? Plaindre Kyana qui ne savait pas pardonner ni enfouir sa colère au plus profond d'elle-même?
Tandis qu'il pensait, il se rendit compte en la regardant dans les yeux, sombres et ténébreux, que s'y trouvait son reflet. Les deux enfants étaient identiques sur ce point. Ce n'était pas elle qu'il devait plaindre. Mais lui-même. Lui-même qui n'avait pas su garder sa propre rancune alors qu'elle s'approchait pour lui demander pardon.
La culpabilité grandissait peu à peu en lui. Une culpabilité qui le liait d'un fil si fin qu'une simple parole blessante ou une remarque déplacée de la part de Kyana pourrait le briser. Un équilibre si fragile que les battements d'aile d'un papillon pouvait briser à tout instant.

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Tu sens que mettre autant de mépris dans ta voix était une erreur. Une grossière erreur. Digne d’une débutante, stupide et sans intérêt.
Que tu aurais mieux fait de te taire, ou mieux, de lui mettre une claque, quand bien même tu aurais dû te mettre sur la pointe des pieds. Le Fil-de-Tension se resserre brutalement, tout ton corps se tend. Le Garçon est de plus en plus énervé. Le petit espoir qu’il fuie à nouveau, auquel tu te raccrochais, disparaît, te laissant démunie une fois de plus.
Que va-t-il se passer, là, maintenant ? Qui frappera le premier ? Qui fera craquer le Fil ? Qui cassera, avec toute la violence dont il sera capable de faire preuve, la protection de l’autre ?
Autant de questions qui ne trouvent pas réponse. Autant de questions qui tournent en boucle dans ton esprit, en vain. Autant de questions que tu t’efforces de remplacer par de la colère.
Ce mépris, il n’a pas disparu, au contraire. De plus en plus puissant à cause de l’absence de mouvement, d’action. A cause de cet échange de regards qui ne finit plus. A cause des Mots, plus blessants que jamais.
Au lieu de les caresser et de les faire glisser entre vous, doux et agréables, vous les brutalisez. Ils sont de plus en plus tranchants, glaciaux.
D’un coté, ça te plait. Tu te sens dans ton élément, au milieu de cette joute verbale. Tu as enfin trouvé un adversaire à ta mesure. Un qui ne fuit pas.
D’un autre, ça te donne envie de pleurer. Vous pourriez être chez vous, en train de célébrer Noël avec vos famille respectives. Vous pourriez profiter de ce moment, avant de retourner à l’école. Vous pourriez être joyeux et enthousiastes. Mais là, c’est tout le contraire. Cette colère vous ronge de l’intérieur. Comme de l’acide, elle brûle avec l’efficacité d’un feu chacune de vos cellules. Elle vous empêche d’avoir la moindre petite pensée d’espérance, elle vous donne l’impression d’être au dessus de tout. De tout contrôler. De tout vaincre.
Sa phrase censée être cinglante t’arrache un petit soupir silencieux. La pitié se lit dans tes yeux de glace, et tes lèvres s’étirent en un sourire étrange, mélange de cette arrogance qui ne t’a pas quittée, et d’un amusement ironique et effrayant. Tu retiens un rire, prends une moue pensive.
« Venir te dire quelque chose ? Quoi, par exemple ? Tu voulais une demande en mariage ? Que j’te donne un faire-part de baptême, peut-être ? J’suis p’t’être juste venue pour avoir pitié. »

La neige commence à tomber, et tu sens ses doux flocons t’effleurer la joue. Demain, il y aura de quoi rendre heureux bon nombre d’enfants. Dont vous auriez fait partie, avec Maë. Si rien de tout cela n’était arrivé. Si les sorciers n’existaient pas. Si ta mère n’avait pas eu ces pouvoirs qui n’ont fait que te causer du malheur, depuis le début.

• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •

ent‘r‘êvée

Dark Souls +
Les échanges de regards sombres continuèrent encore un long moment. Chaque mots qui émanaient de chacun d'eux étaient taillés et pesés de sorte à faire le plus mal possible. Chaque phrase était prononcée dans l'intonation la plus contrôlée. Contrôlée de sorte à briser l'autre, tout en gardant son calme, pour cacher ce que l'on en pensait, cacher que les mots lancés comme des flèches faisaient aussi mal à l’émission qu'à la réception, comme s'ils étaient des couteaux où à chaque extrémité se dressait une lame.

La tension ne partait pas, les yeux de l'un fixant ceux de l'autre comme s'ils tenaient un fil tendu qu'ils ne devaient point rompre. L'air autour d'eux semblait s'alourdir au fur et à mesure de leur conversation, comme à l'aube d'une journée orageuse. En guise de réponse, de petits flocons de neige commençaient à tomber autour des deux enfants, glissant sur leurs visages, douceur parmi l'horreur, nuages blanc dans un ciel gris.

Puis elle prit la parole pour lui répondre. Transformée en archer, ses lèvres crachaient des flèches empoisonnées. Cinq phrases cette fois-ci. Jamais elle n'eût été aussi bavarde avec lui. Elle n'arrivait plus à lui faire parvenir son mépris sans prononcer plus d'un seul mot. Il pensa davantage qu'il commençait à l'emporter, qu'elle avait plus de mal à contrôler la fureur qu'elle gardait en elle. Mais il ne devait pas faiblir, il ne fallait pas qu'il entre aussi dans de phrases trop longue : plus les mots étaient courts, plus ils étaient tranchants. Il l'écouta avec un sourire en coin, riant presqu'à chaque phrase, comme pour lui montrer que cela n'eût aucun impact sur lui.

Tu voulais une demande en mariage ?... Il manquerait plus que ça! Comment se pourrait-il qu'il trouve de l'attachement en une personne comme elle? Comment se pourrait-il que quelqu'un trouve de l'attachement en une personne comme elle?

Il lui répondait dans ses pensées. Il envoyait sa réponse par ses yeux, espérant qu'elle pût lire les paroles blessantes qu'il avait en tête. Juste pour qu'elle souffrît.

Que j’te donne un faire-part de baptême, peut-être? Il n'attendait rien d'elle, et certainement pas autant d'absurdité. Ses paroles fusaient. Elle n'était plus dans l'attaque, mais sur la défense. Il voyait en elle une fille qui ne savait pas quoi répondre, car il avait raison : c'était elle qui était venue d'elle-même. Il en ignorait la véritable raison, mais il est clair que son intention avait changé depuis le début de leur conversation.

J’suis p’t’être juste venue pour avoir pitié.
Ça y est! Après avoir fini de répondre par l'absurde, elle contre-attaqua, parlant de pitié. Que connaissait-elle de la pitié? Elle, qui méprenait les autres, avant même de les connaître. Elle ne connaissait pas cette émotion, cette compassion, elle ne pouvait ressentir ce que lui avait ressenti la fois où il était venu l'aborder. Il connaissait mieux la pitié qu'elle.

Il fronça les sourcils davantage, se fermant encore plus. Il serra les dents avant de lui répondre par des mots passés aux hachoirs, fins comme des épines.

"Moi je n't'ai rien demandé, c'est toi qui fais pitié."

Compte-élève de monsieur le sous-directeur.
8è Année RP (je sais, ça n'existe pas). Ex-Préfet de Serdaigle (entre janvier et août 2045).