8 nov. 2019, 17:54
 MV6   Oxford  Maman me l’a dit
Non classé, avant ça.
Domaine Blackbirds.


Leave a light on - Tom Walker


Le silence est à nouveau oppressant. Maman me fixe. Mais ce n’est pas son regard qui me fait peur, c’est ce qu’elle tient dans ses mains. Dans ses mains, il y a un paquet cadeau, le papier cadeau de juin, le même que celui d’octobre, Maman l’a trouvé. Elle est a aussi vu la carte du magasin. Elle a aussi vu que je ne parlais presque plus. Maman est intelligente, elle sais qui je suis dans ma tête, mais elle ne me l’avait pas dit avant.

Alors, Maman attends, pas en colère, juste avenante, cherchant à me faire parler. Elle c’est le flic gentil, et le flic méchant, c’est Papa, alors il vaut mieux que je lui parle à elle avant que Papa ne s’en mêle.

Alors Maman attends, elle m’a demandé ce que c’était que ce papier cadeau, alors qu’elle le connaît très bien elle, la réponse. Ou du moins, elle s’en doute fortement, elle a vu mes cheveux longs, ma passions pour ma beauté. Elle a vu que j’avais acheté quelque chose au magasin, que cette chose ne pouvait pas être pour une amie, tout simplement parce qu’elle ne me connaissait pas d’amie.

Alors Maman attends. Car Maman me l’a dit, elle veut une réponse. Et je n’ai pas le choix, comme toujours je dois répondre car je ne veux pas que Flic méchant s’en mêle. Parce qu’il pourra me faire du mal, à l’intérieur de ma tête.


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Dernière modification par Leta Blackbirds le 4 mai 2020, 16:31, modifié 4 fois.

FSCM - 19 ans - Fille de papier.

8 nov. 2019, 18:43
 MV6   Oxford  Maman me l’a dit
Maman, je... je. Ma voix s’arrête, la machine a calé, la côte à gravir est bien trop pentue. Maman, ce papier cadeau, c’est des vêtements. Des vêtements que j’ai acheté. La fin de ma phrase est inaudible, je suis allé en descendant. Mais je ne peux plus m’arrêter. Les mensonges et les non-dits sont finis, avec Elle. Maman, ces vêtements, ils sont pour moi. Et ils correspondent à qui je suis, qui je veux être. Ces vêtements sont cachés, mais j’ai d’autres secrets, alors je ne pourrai te les montrer que si tu ne regarde pas. Parce qu’on ne découvre la beauté des choses que lorsque l’on peut les apprécier à leur juste valeur. Alors, s’il te plaît, retourne toi.


Et Maman promit, et comme je ne doute jamais de Maman, j’ouvre le tiroir secret. J’en sort le haut rose, la jupe bleue, les sous-vêtements. Alors je dis à Maman de ne pas se retourner car je n’ai pas fini. Et je m’habille. Après avoir défait cette peau crasseuse, ces habits qui font de moi un garçon, je deviens qui je suis dans ma tête. Je deviens une fille, et même si cela n’a jamais réellement changé, j’en ai les pensée, j’en ai la posture, les mots. Je range le tiroir. Je me retourne. Maman a les yeux fermés. Moi, je suis devenue qui je veux être le temps d’un instant.

Je dis à Maman que c’est bon, qu’elle peut me regarder. Et quand elle le fait, je ne vois qu’une chose.



Ses yeux brillent.
Une larme coule.

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FSCM - 19 ans - Fille de papier.

9 nov. 2019, 11:34
 MV6   Oxford  Maman me l’a dit
Elle a vu qui je pouvais être. Qui j’étais sous cette coquille de silence.
Qu’elle trouve cela magnifique ou non, je ne le sais pas. Je ne suis que la spectatrice de son visage tout comme elle n’est que le spectateur de mon apparence. Car si elle avait pu intervenir dans ma tête, nous aurions eut cette conversation, mais bien plus tôt. Le voile ne se défait que maintenant.

Elle me parle. Doucement. Il n’y a plus d’attente dans sa voix, dans son attitude. Elle me dit qu’elle était fière, fière que je me sois confié à elle, qu’elle aurait préféré que je le fasse avant, mais que ce n’était pas grave, que le passé ne pouvait pas être changé et qu’on devait se concentrer sur l’avenir. Se demander de quelle façon on pouvait déterminer avec sûreté que j’étais une fille, de pouvoir me transformer avec une fille.

Je suis surprise, « me transformer ». Comment cette chose pourrait être possible, comme un garçon pouvait-il devenir une fille ?

Je n’ai pas le temps de m’interroger plus longtemps. Maman dit quelque chose. Elle me dit qu’il faudra en parler avec Papa et qu’il ne faut pas s’inquiéter, que nous aurons les vacances pour en discuter, que nous allions à Noël chez sa sœur qu’elle n’avait jamais réellement rencontrée.

Pour Papa, je peux avoir presque peur. Parce que Papa a toujours dénigré ces personnes. Il est comme ces vieux, ceux qui adorent le passé, ceux qui aiment la pureté du sang. Il n’aime pas les gens comme moi, il les rejette. Reste à voir s’il me rejettera moi, son fils.

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FSCM - 19 ans - Fille de papier.