Setsunai 切ない
[font=IM Fell English]Le sentiment entre la douceur amère, la douleur et la nostalgie ; une émotion déchirante.[/font]
Mot et coutume inconnus de la Protégée cependant.

Précédemment
Le 1er janvier 2045
Au matin
Hameau de la Forêt d'Aslan
Hier soir, j’ai été secouée par les événements. Nous n’avons pas été très bavards après les annonces foudroyantes des uns et des autres. Je ne saurais me souvenir d’une autre conversation que celle qui visait à quitter ce hameau. J’ai senti en leur mots l’envie de le fuir, comme s’il était peste ou choléra. Et je me suis sentie en colère. *J’l’aime moi, c’t’endroit* pensé-je vulgairement, une grimace au visage.
Et, tu l’auras deviné, lecteur, je n’ai aucune envie de quitter cet endroit. Pour rien au Monde je n’aurais accepté de le quitter. Et puis, cela tombe bien : personne ne m’offrirait rien pour en partir. À mon grand étonnement, lorsque j’ai scindé hier avec force « Je ne veux pas partir » en usant de la politesse que j’avais apprise et d’un ton ferme que j’avais entendu chez des professeurs – car aucun adulte de cette famille (Cassiopée n’en fait comme pas partie tant sa Magie résonne) ne sait faire preuve d’un quelconque aplomb aussi peu que d’intelligence, personne ne sembla s’y opposer. Ma mère m’accorde un signe de tête conciliant et un regard qui disait ; je le savais. Mon père, à ce moment-là, me regardait à peine et conversait avec son beau-frère. Je cru saisir qu’ils parlaient de leur départ – ce fut effectivement une des rares conversation dont je me souviens.
C’est à peine si mon exigence fut discutée. D’un sourire de Cassiopée je compris que cette modalité avait été discutée antérieurement. J’y repense les sourcils froncés. *J’étais pas dans la confidence* je ne peux m’empêcher de me le répéter : ce départ avait été largement anticipé mais on ne m’en avait rien dit. Tout le monde savait-il que je choisirais de rester ? Si bien qu’ils jugent inutile de me le demander ?
Ainsi, je reste.
Et je ne réalise sûrement pas toute l’ampleur de cette décision.
Ce matin, il est très tôt quand je me lève car aujourd’hui c’est pour Poudlard que je pars. *Enfin* pensé-je aussi soulagée que lourde. Je sais qu’à mon départ, les jours qui suivront seront tristes. Je sais à quel point Cassiopée redoutait cela. Mais peut-être qu’elle s’accommodera d’autres occupations – je lui en ai découvert quelques nouvelles cet été.
Mes valises préparées la veille avec plaisir ne me semblent plus si joyeuses. Je regrette de partir autant que j’en ai envie.
« Adaline ? Tu es prête ? » scande la voix de ma mère dans l’escalier.
Je jette un œil à la porte de ma chambre entrouverte. La tête de Lune y passe en miaulant et je souris. Je boucle ma valise avec dédain – le dédain qu’on a pour quelque chose d’encombrant – avant de la traîner jusqu’en bas. Je n’oublie pas d’attraper le sac que je traîne toujours et dans lequel gît la Chose bien enveloppée dans mon habit sorcier d’école. Dans un soupir, je me dirige dehors, accompagné de Lune et ma mère. Nous partons à Londres par la cheminée. C’est tout juste si les yeux de ma mère se posent sur moi. Sur le chemin, je la sais derrière moi.
*Bordel* pensé-je un peu distraite. Mes pensées s’orientent toutes vers cette femme qu’est ma mère et ce qu’elle représente – ou pas. Je n’ai de cesse, depuis que je suis revenue pour l’hiver, de me demander pourquoi. Pourquoi est-elle si distante ? Elle n’est pas la seule, mon père l’est aussi. Il a, paraît-il des affaires qui l’occupent d’un genre que j’ignore totalement. Mais ce n’est pas pour autant que ma mère est disculpée. Je ne sais pas si je dois la blâmer. *P’t’être que c’est ma faute ?* me demandé-je en jetant un coup d’œil vers elle, derrière moi. Y penser me fend le cœur à chaque fois. C’est une sensation très désagréable. Comme perdre quelque chose qu’on n’avait jamais vraiment eu.
Finalement, je retrouve Nils et sa mère Alice, ma tante – l’air austère qu’elle avait lorsqu’elle nous faisait la leçon ne la quitte jamais. Nous partons tous les quatre. C’est ainsi que ce fut lorsque nous étions partis à Poudlard en septembre. C’est ainsi que ce sera aujourd’hui. Bientôt, nous serons sur le quai, prêts à embarquer. Nous monterons dans le train sans nous regarder – même si j’ose toujours un regard que jamais il ne me rend – et partirons à l’opposé. C’est comme une coutume. *Une coutume bizarre*
Mais voilà. Je jette un dernier regard à Cassiopée, à qui j’ai déjà largement fait mes adieux.
Et je ne reviendrais pas avant avril.
Lorsque tout aura définitivement changé.
Dernière modification par Adaline Macbeth le 8 avr. 2020, 22:02, modifié 4 fois.
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AIMÉE MACBETH
35 ans en l'état
Mes mains sont moites, je les serre l’une dans l’autre. Je marche derrière Adaline en évitant de poser mes yeux sur sa chevelure de jais, chevelure que je lui ai transmise. Ma gorge est serrée comme elle l’est souvent, alors je tousse discrètement. Mes sourcils se froncent quand je réalise que mes yeux ne m’obéissent pas du tout ; ils plongent inlassablement dans les cheveux d’Adaline qui ondulent devant moi. Ils ne sont pas très longs, dépassent ses épaules un peu, mais sont intensément noirs et cette profondeur me trouble. Comme lorsque je regarde ses yeux, ils sont trop profonds – ressemblent à ceux de mère sans pourtant en avoir la couleur – et j’ai peur de m’y noyer. Moi, femme, ait peur de me noyer dans le regard de ma gamine de fille. Mon estomac se serre comme ma gorge. *Vivement qu’elle reparte* pense mon Esprit empoisonné.
Qu’est-ce que cela me fait mal.
Le bruit de mes bottes dans les graviers atténue à peine le flot de mes pensées empoisonnées – elles aussi – qui ne cesse de couler.
Finalement, nous passons la porte de chez ma mère. Je souffle mais l’air qui entre dans mes poumons les glacent, les figent. L’air est empli de quelque chose. Quelque chose qui me fait serrer les poings et qui contracte mes membres, tous.
Ma mère est là, droite et fière – ce n’est sûrement pas l’expression qu’elle a mais mon Esprit alambiqué fait les raccourcis qui lui plaisent – dans une robe violette. Peu moldue mais peu sorcier, sa robe est étrange, à l’image de tous les vêtements qu’elle porte. Ma mère est depuis longtemps un mystère. Comme l’est Adaline.
Depuis quand ?
*
Je reviens de Londres. Le soleil s’effondre et tombe du ciel, lentement. J’atterris dans le Grand Salon, celui de ma mère duquel je suis partie avec ma sœur Alice. En arrivant, je m’époussette et attend Alice. Elle ne tarde pas à apparaître dans un rayon de lumière verte. Je l’accueille avec un sourire.
Depuis que les moldus ont découvert notre existence, je ne travaille plus à Cambridge. Plus aucun de nous n’y travaille. Plus Frédérik – père de mon enfant – ni plus aucune de mes sœurs. Neville, le frère de celui-ci a déjà un emploi à la Citadelle. Et ce sont nos nombreuses réunions chez ce dernier qui ont décidé la famille à l’unisson : partir s’y installer me semble le plus évident.
Je sais la Magie de ma mère puissante. On le sait tous. Mais je sais son âge avancé et nos présences lourdes. Le moins que nous puissions faire c’est partir.
De mon côté, cela me soulage. Probablement est-ce malsain, mais ma mère me fait cette sensation.
Comme lorsque je lui ai parlé de mes sentiments empoisonnés envers Adaline. *C’est à ce moment là que ça a commencé* je réalise, à ce moment là que ma mère a commencé à planer au-dessus de moi avec son aura qui m’éblouit autant qu’il pèse sur mes épaules. Ce moment-là, je m’en souviens bien. J’étais montée jusque dans ma chambre en espérant trouver mes objets d’enfants et me reconnecter avec cette Âme étrange qu’est Adaline. Me comprendre peut-être plus que la comprendre. Je me sais froide. Ce sont ces yeux profonds et son air étrange qui me font peur. Je me rappelle à peine son visage de bébé – qui l’est bien moins maintenant – et ses risettes. J’essaie de m’y accrocher mais tout ce que j’arrive à faire c’est m’en éloigner en tentant par tous les moyens d’être occupée ailleurs.
Je m’assieds, toujours errante dans le Grand Salon, sur un des sofas.
Et les images me reviennent de ce moment que j’évoque encore et encore. Ce jour où, penchée dans une malle de jouets. « Aimée, ma fille, » la voix de ma mère dans mon dos. Saisie à nouveau de la même surprise qu’autrefois, mon cœur s’emballe. Je m’étais tournée vers elle et déjà ses yeux sondaient mon Âme de leur impénétrable profondeur. Je n’aimais pas ça, elle faisait preuve d’une telle grandeur et d’une réflexion que je considérais trop poussée ; sotte que j’étais et suis toujours. Et j’avais l’impression que déjà, avant même que je n’avoue mes raisons, elle les connaissait. Son œil n’était pas juge mais il me le semblait. Mon cœur ainsi serré, je lui avais avoué : « pourquoi, maman ? Pourquoi mes sentiments pour ma fille sont si noirs ? » Et elle m’avait regardé, sans toutefois me juger – elle ne le faisait jamais, son sourire courtois était tombé et son air se faisait grave. « Ton attitude est si violente... Adaline s’en rendra compte un jour. Accepterais-tu qu’elle te quitte à cause d'eux ? » Ses mots serrèrent un peu plus mon cœur – et leur souvenir le serre chaque fois qu’il me revient. Mais la teneur de mes sentiments est si noire. Mes pensées flottent comme une menace sombre et chaque instant piquent un peu plus mon Être et le rendent pourri. « Je préférerais la voir partir plutôt que voir ses yeux sur moi, en ce moment » avais-je avoué, dévorée par la honte qu’un regard si lourd de ma mère m’imposait. « Ton Âme était gaie autrefois, Aimée. Mais le poison des Macbeth s’y est infiltré et c’est à ta fille qu’il s’en prend à présent ? Je l’éloignerais de ce poison aussi longtemps que je vivrais. »
Violence, je me suis fait violence. Même si Adaline est une enfant méditative – d’après mes sœurs – et bien calme, même si elle n’est jamais dérangeante puisque souvent muette ; mon cœur est froid.
Je souffle.
Ma mère est là, lorsque le souvenir de ce moment s’estompe. Elle ouvre ses grandes ailes menaçantes de leur éclat, et me chasse d’un seul regard. Je me lève, et baisse la tête.
« Au revoir, » dit-elle.
Ce fut le dernier mot d’elle avant que je parte pour la Citadelle en laissant là Adaline, ma mère et mon cher père.
J’espère réchauffer mon cœur loin d’elles.
Dernière modification par Adaline Macbeth le 29 mars 2020, 16:32, modifié 3 fois.
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INTERLUDE
[font=IM Fell English]L'Origine d'un Mal[/font]

Il te faut, lecteur, pour appréhender un peu mieux ce Mal qui ronge Aimée Macbeth en savoir l’Origine. Alors que ni l’une – victime – ni l’autre – presque bourreau – n’est capable de s’en souvenir, mais ce Mal est là et s’est propagé trop loin et trop profondément pour pouvoir l’éradiquer. C’est en Aimée Macbeth qu’il vit et prospère. Bien que les raisons soient obscures l’Origine est claire.
Son Origine n’est pas Adaline, non, Adaline n’en est que la malheureuse victime. Le sort est tombé sur elle comme le Mal est tombé sur Aimée, avant même que la fillette ne vienne au monde. Il en va de ces choses qu’on subit et ne contrôle jamais. Qu’on sait mais qu’on ne peut arrêter. Un poison comme tant d’autres, mais celui-là ne tue pas.
Avant d’être Macbeth, Aimée était Miller et était aussi heureuse que peut l’être un enfant. Elle a eu une enfance des plus prospères – qui correspond en tout point à ce qu’un enfant attend de la vie mais n’est pas suffisant pour un adulte. Mais Aimée n’a pas su faire évoluer cette enfance de la juste manière. Préférant, une fois entrée à l’école de sorcellerie Poudlard, se concentrer sur les usages sociaux plutôt que sur la Magie, ses mystères et ses sens. Elle ne possède donc pas de sagesse ni un Esprit très vif. Et déjà, elle se destinait à être sotte. Plus que ses sœurs – qui n’étaient pas plus vives mais plus sages ou malines – elle ne se destinait à rien de particulièrement brillant : tout juste terne.
Jusqu’ici, rien ne justifiât qu’un tel poison soit déversé en elle. Et jusqu’ici, le poison n’y coulait pas encore.
Frédérik Macbeth était un jeune garçon – avant de devenir un homme – influencé par un grand frère qui avait ce poison en lui. Il l’aurait transmis à son tout jeune frère si ce dernier était moins vain, paresseux et inactif. Impossible d’insérer quoi que ce soit de profond dans un tel esprit. Il était si léger : mais c’est quelque part un bien qui le garde de nombreuses souffrances. Aimée n’étant pas si dénuée de fond, c’est en elle que se déversa le Mal.
Un Mal bien ancien. Un Mal qui subsistait déjà en les parents de Frédérik et Neville, et leur sœur Harriet. Il s’agit du genre de Mal dont l’existence même repose sur les vices humains, qui s’était répandu et étendu en chaque individu qu’il avait infecté.
Adaline profite d’une protection de Lumière et la propagation s’arrêtera là.
Aimée et Frédérik se rencontrèrent à Poudlard, lui à peine plus vieux qu’elle. Elle fit ce qu’il incombait de faire pour le flatter. Mais le garçon – grand et intéressé – avait déjà trouvé là chaussure à son pied. Vous n’ignorez plus son caractère et savez donc qu’il n’a pas cherché plus loin. C’est ainsi qu’Aimée se trouva compagnon. Et une fois ses études terminées elle rejoignit une Université Magique dans laquelle elle rejoignit Frédérik et rencontra Neville. Et ce fut là, après qu’une année se soit écoulée et qu’Aimée eut partagé avec les deux frères un appartement, que le Mal trouva refuge. Les Mots de Neville ainsi répétés et leur teneur sombre, haineuse et vile finit par encrer un mode de pensée bien sombre en notre jeune amie. Celui qui subsite en certaines familles de sorciers aux pensées arriérées et bien trop peu modestes.
Elle-même, sans s’en rendre compte, invita un peu plus le mal en, une autre année ensuite, poussant sa mère à ajouter deux maisons au hameau – une pour Neville et l’autre pour Harriet.

Une fois le poison doucement et lentement inséminé dans l’Esprit d'Aimée, il vous faut comprendre comment ce Mal a-t-il pu finir par se concentrer sur cette enfant.
Aimée a donné naissance à Adaline et lui a donné ce prénom – qui lui avait été susurré par Cassiopée et déjà, la jeune mère avait senti qu’un ascendant s’établissait sur son propre enfant. Adaline, en grandissant, écopa des cheveux noirs des Miller – Aimée et absolument toutes ses sœurs en arborent – mais des yeux de personne. Elle avait le visage d’un ovale classique, rien qui ne justifiât qu’on s’y intéresse particulièrement. A l’image des Macbeth qui étaient tous plus banals les uns que les autres, en surface tout du moins. Et puis, en grandissant, Adaline adopta un caractère qu’elle ne tira de personne d’autre que Cassiopée.
Le poison qui agissait sagement en Aimée, putréfiant son Âme et animant sa chair, lui chuchotait au fur et à mesure qu’Adaline grandissait des choses qui ne devraient pas être donné de penser.
Cela commença un jour, alors que l’enfant touchait à peine ses huit années. Plongé dans un canapé puis dans un livre – sans beaucoup de mots, juste assez pour la contenter, la mine d’Adaline pourtant bien enfantine – qui commençait à perdre l’air qu’ont les visages des bambins – était si fermée qu’elle en devenait froide. Aimée s’était assise là, elle aussi. Et elle posa les yeux sur sa fille, son enfant, sa chair. Elle lui demanda quel livre elle lisait et s’engagea une discussion des plus banales. Jusqu’à ce que soit traité le sujet du livre en question. Il n’avait rien de particulièrement intéressant. Mais Adaline y avait décelé quelque chose. « J’aime pas trop ce livre, commença l’enfant, parce que les personnages ils croient que la Nature leur appartient. » Et Aimée avait froncé les sourcils. Cette question était pour elle inutile, les Hommes étaient maître en cette Terre. « Nous la dominons pourtant, Adaline, puisqu’on nous somme les plus futés, » avait répondu sa mère en y ajoutant une pincée de rire. Et ce fut là. Là que les yeux déjà profonds de l’enfant transpercèrent le cœur de sa mère et attisèrent le poison sur eux. Là que les sentiments d’une mère envers sont enfant devinrent étrangement noirs. Là que tous les gestes et les expressions d’Adaline furent assimilés à quelque chose qui n’était pas à elle : à l’Esprit de Cassiopée et ce qu’Aimée considérait comme une menace. Et les mots qu’eut l’enfant finirent d’achever le processus. « C’est faux. » Tellement d’aplomb surprit Aimée.
Mais Aimée n’avait jamais eu la présence d’Esprit et la spiritualité que Cassiopée avait tenté de lui inculquer pourtant et qu’elle plaçait en Adaline désormais.
Ce ne fut ensuite qu’une succession de regards qu’Aimée et son poison jugeaient supérieurs, et jugeaient appartenir à sa mère.
Comme si, quelque part, Adaline était bien plus la fille de Cassiopée que la sienne.
INTERLUDE TERMINÉE
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CASSIOPÉE MILLER
67 ans en l'état
Je soupire en regardant ma fille partir. J’ai échangé quelques mots avec sa grande sœur Alice, lui souhaitant de bien emménager et comme aux autres de m’écrire souvent. J’espère sincèrement qu’elles le feront car, comme la petite Adaline me l’avait dit une fois, j’imagine moi aussi la Citadelle comme une forteresse sombre et désagréable.
Mais à cette dernière, Aimée, je n’ai pas recommandé de m’écrire. *Je ne veux pas qu’elle le fasse*
Un jour, je lui ai dit que c’étaient les Macbeth qui l’empoisonnaient. Et je le crois encore. Tant les preuves sont nombreuses. Elle est la seule de mes filles à nourrir des sentiments si noirs – car je la sais les nourrir d’une certaine façon – envers sa propre progéniture. Comment cela est-il seulement possible ? Une progéniture bien plus lumineuse et profonde qu’elle l’était enfant et qu’elle ne le sera jamais. Je n’éprouve pour ma fille Aimée que de la peine, mon ventre se creuse si j’y pense trop ; elle me fait beaucoup de soucis. Mais je sais que je ne peux rien faire pour rendre à son Âme sa beauté. Je me fais trop vieille.
Je traîne ma carcasse jusque dans la cuisine. Je retrouve mon mari Ernest qui y lis, je l’observe avec de la tendresse.
Il ne sait rien des sentiments de cette fille que j’ai mise au monde avec son aide, et il les plaint toutes de quitter un endroit si tranquille. Je les plains moi aussi. Notre hameau – que nous avons construit à force de temps et de magie – est si pieux et l’énergie qui s’en dégage m’apaise tant. Il en va de même pour lui, même si je sais ses sentiments bien moins étoffés. Il aime seulement le calme et le gazouillis des oiseaux : il va disposer de tout le luxe qu’il peut concevoir pour en profiter désormais.
Et alors, je me mets à penser à cette Adaline. Elle n’a encore rien de spécial tant elle est encore une enfant. Mais je suis prise d’une affection toute particulière pour elle tant elle est rejetée d’autre part. Le sait-elle ? Sait-elle quels sentiments froids planent sur elle ? *Pas encore, je l’espère* Mais ensuite, je ne peux m’empêcher de sourire en réalisant qu’elle restera là.
Connaissant les sentiments d’Aimée et devinant ceux de son cher, je n’ai eu aucun mal à négocier qu’Adaline reste auprès de moi.
J’ai envie de lui apprendre ce que sa mère n’a pas su comprendre. Mais surtout, et bien que je ne déclarerais pas ses sentiments à quiconque, j’aimerais l’éloigner de ces gens que sont les Macbeth. Même si j’appréciais Jane – à force – et Elizabeth – qui est une véritable perle dans un océan de mazout – je déplore l’Âme que je vois en Neville et son frère, tout autant que chez sa sœur. Les accueillir et leur forger un foyer ici fut ma plus regrettable erreur et j’y pense les sourcils froncés. . Pourtant, jamais je ne dois l’avouer. Je sais l’influence qu’à l’un et l’autre – l’un sur ma fille et l’autre sur toute ma famille – puisqu’ils emmènent mes filles dans leur chemin jusqu’à la Citadelle. Je ne me suis pas trahie et c’est pourquoi je me crois – nous – en sécurité si nous restons ici. *Et cela m’a coûté, mais m’en voilà récompensée* pensé-je, douce.
*
Quelques jours après cela,
Quand tous furent partis
J’ai chargé Ernest de s’occuper de la protection de l’endroit. Je le sais faible – plus que moi en tous les cas – mais je sais la zone dégagée de tous ses poids. Alors il se fait un plaisir d’activer sa baguette et sa Magie qui ne sert habituellement que trop vainement. En faisant tomber la protection pour lui laisser prendre le relais, nous échangeons des sourires aussi complices qu’autrefois.
Puis je sors constater le calme installé.
*Il n’y a plus Âme qui vive* pensé-je en posant un œil las sur chaque maison.
Il me faut les effacer. Réarranger cet espace et donner encore un peu plus de place à la Nature qui en demande, inlassable, inéluctable. Elle est une encre pour moi comme elle devrait l’être pour chaque Être vivant. Mais, en vérité, il n’y a que pour nous – Êtres humains vils – qu’elle n’est qu’un accessoire. Bientôt je lui rendrais l’espace qui m’encombre. L’espace qui lui est dû. Et je continuerais de prier pour qu’elle accepte ce qu’il en reste en son sein ; comme je le fais souvent. Ce hameau est si méditatif qu’il peut en devenir presque sacré.
Il y a quelque chose que je dois faire d’abord.
J’ai vidé la chambre de ma fille Aimée de ces affaires en les détruisant de Magie. Ainsi, j’ai préparé la place qu’il faudra pour installer la chambre d’Adaline. J’y ai passé un certain et je me souviens de tous les détails, absolument tous. Mais il faut que je fasse vite, si mon Esprit virevolte ailleurs je risque de ne pas m’en souvenir suffisamment. *Je vais faire vite* Alors j’entre rapidement dans la maison vide dans laquelle vivaient Aimée, Frédérik et Adaline. Je prends l’escalier et ouvre la première porte : la chambre d’Adaline. Elle n’a pas bougé, selon mes directives, tout a été laissé tel quel.
Ma baguette dans la main, je m’emploie, à l’aide de ma mémoire chevronnée, à déplacer chaque objet dans la nouvelle chambre.
« Ouf, » je souffle une fois que la chambre est vidée. Ces déplacements me coûtent, mais je ne suis pas encore essoufflée. Il va me falloir prendre un repas avant d’entamer les transformations qui s’imposent ensuite.
Et vient ce moment.
Vient le moment où, quelques heures et quelques rations plus tard, il me faut changer la face de cet endroit. Je crois que toutes les maisons doivent disparaître.
Alors, la Magie opère. Ma Magie mais celle que la Nature m’offre également. L’allée n’est bientôt plus que verdures. Et moi qui me tenait au milieu de celle-ci suis bientôt au milieu d’une forêt nouvelle. Toute trace des habitants effacée, toute trace du poison qui vivait là aspiré par la beauté et la bonté de ce qui m’entoure. Le hameau avait toujours été un sanctuaire mais maintenant qu’il n’est plus qu’une maison sur laquelle le soleil ne passe plus que difficilement il devient tout autre chose. L’atmosphère est bien plus pure et plus naturelle encore.
Est-ce qu’Adaline aimera ?
FIN
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