11 avr. 2020, 06:22
Londres | Oxford Street
Peut-on trouver dans le monde un lieu plus déplaisant encore qu’une rue commerçante bourrée d’êtres agités à l’approche des fêtes de fin d’année ? La simple idée de penser qu’il fallait nager et se faufiler entre les mailles d’un énorme banc de poissons coincé en une seule grande rue soûlait Kayla. Elle traînait ses bottines de pluie dans les flaques de boue environnant le parc de Soho, comme pour reporter le moment où elle devrait s’engouffrer dans l’avenue. Malgré son attirail hivernal, ses moufles brunes assortie au bonnet renard dont les mailles parfois imprécises avaient été réalisées par les mains frêles de son oncle Bohr, l’enfant grelottait parfois. Elle tenait entre ses gants un large pot recouvert d’un vieux sac à patate rendant impossible l’identification de la plante se cachant en dessous. Des petits écureuils piqués de curiosité s’approchaient parfois du sac qui semblait se mouvoir, mais détalaient en trombe dès que Hild bougeait le doigt de pied. Elle réussit toutefois, après avoir pris soin de déposer son pot sur le banc d’à côté, à frôler la tête de l’un des nombreux rongeurs résidant dans le parc. Heureuse d’avoir pu établir un contact avec la fourrure si douce de l’écureuil, Kayla pu récupérer sa plante pour s’orienter vers la rue.

Mais, un instant avant de pouvoir quitter le parc, elle s’arrêta de nouveau. Elle écarta ses lèvres puis inspira longuement, amusée de percevoir un épais nuage de fumée blême sortir de sa bouche. À côté d’elle, un monsieur au costume cintré digne des commerciaux travaillant au quartier de Bank lisait son journal tout en fumant sa cigarette déjà bien entamée. Hild tentait de produire encore plus de fumée que l’homme ne le pouvait – mais c’était peine perdue. Au bout de deux minutes, l’enfant se lassa, puis sortit finalement du parc. Lorsque soudain, un nouvel obstacle fit stopper sa marche : des flocons de neige. La neige avait reprise après quelques heures de répit. La petite Serdaigle leva le nez vers les nuages. Elle se prenait parfois quelques flocons dans les yeux, se qui altérait parfois sa vue pendant quelques secondes. La bouche ouverte et la langue tirée, elle comptait combien de piqûres glacées elle pouvait ressentir au bout de cette dernière – lui permettant de connaître le nombre de flocons quelle avalait.

[ Cette neige serait encore meilleure infusée. ]

Pensa-t-elle de sorte incongrue. À vrai dire, Hild avait l’habitude en hiver de boire des thés à la neige. C’était son parrain, Bohr, qui avait eu cette idée. Un soir où sa filleule capricieuse s’était littéralement roulée par terre pour rejoindre son papa au travail, Bohr avait proposé à l’enfant de récupérer de la neige dehors et d’en faire de l’infusion. Après trois dragons de neiges et un igloo dans le jardin, il était devenu compliqué de trouver de quoi l’occuper. Bohr devait parfois redoubler d’effort pour divertir cette enfant. Cette fois-ci, en plus de la distraire, cette infusion avait eu les propriétés fabuleuses de calmer ses turbulences. Depuis, l’elfe partage à chaque saison hivernale un thé à la neige avec sa filleule.


[ Peut-être qu’il serait content si je lui ramenai de la neige londonienne. Il pourrait boire du vrai thé de Londres. ]

Elle se mit en quête d’un contenant capable de supporter la neige. Malheureusement, elle n’avait amené qu’assez d’argent pour sa course initiale. Il était alors impossible d’acheter quoique soit en magasin. Comment faire…