Souvenirs poignants
D'aussi loin que je me souvienne
Bribes d'enfance, bouts de scène
Tes yeux, ton visage et ta main dans ma main
Et nos pas sur le même chemin
Le Soleil. Le Vent. La Berge. Le Lac.
Les quatre Éléments réunis pour toi. Réunis pour te La rappeler. Tu L'avais oubliée, tu avais cherché à L'oublier.
Mais tu sais bien que les souvenirs sont indélébiles. Tu peux les cacher, ils réapparaîtront toujours, à un moment ou à un autre, d'une manière ou d'une autre. Le plus souvent quand tu ne n'y attendra pas. Ainsi fonctionnent les souvenirs.
Quel âge avais-tu, quand tu as pris la lourde et dure décision de L'oublier ? 8 ans, peut-être 9 ? Tu avais laissées 7 ans s'écouler, juste pour être près d'Elle, à rire, à La regarder, à L'écouter, à Lui sourire, à Lui parler, à traîner avec Elle, à écouter Ses silences.
Les souvenirs te reviennent, ton regard se perd dans l'Eau. Des scènes défilent devant tes yeux et l'Air emplit tes oreilles de bruits anciens et d'une chanson. Tes mains ne touchent plus la Terre meuble du rivage, la chaleur du Feu de l'étoile change et se fait moins ardente.
-
Tu penses à ton futur, à ce qui se passera après l'École. Tu n'as que 6 ans, tu n'es qu'une enfant, mais tu penses à déjà ton futur Collège. Poudlard. Tu aimes ce mot. Poudlard... Là où ton frère est en ce moment même. Là où ta sœur est allée. Là où tes parents sont allés. Là où des gens comme toi sont allés, vont et iront après toi. Une voix te tire de ta rêverie. C'est Sa voix enfantine, douce et rauque à la fois. C'est la voix de ton Amie. De ton unique Amie. De Celle avec qui tu passes plus de la moitié de ton temps depuis... depuis quand d'ailleurs ? Cela doit bien faire... 4 ans que tu La connais. 4 ans que vous vous connaissez. Et pourtant, vous n'avez pas dû échanger plus d'une vingtaine de phrases différentes.
- Capable ?
Elle te parle. C'est tellement rare... Tu te tournes et plonge ton regard dans le Sien. Son regard vert pâle te questionne. Tu as toujours envié Ses yeux, si différents de tes mornes prunelles marrons. Tu sens Sa main dans la tienne et ne peux t'empêcher de détailler Son visage, de Le dévisager, de Le regarder.
Oh nous n'étions pas très bavards
Un peu bizarres, un peu à part
J'aimais tes silences et tu aimais les miens
Muets, nous nous entendions bien
Ses longs cheveux noirs et raides font ressortir Sa pâleur surnaturelle et Ses yeux d'un vert effrayant.
Tu Lui souris mais gardes le silence. Vos mains sont nouées par des liens invisibles. Tu sais que ce n'est pas de la Sorcellerie. C'est... qu'est-ce que c'est, au juste ? De l'amitié ? De l'amour ? Tu n'en sais rien, tu te demandes juste si tu es capable de relever Son défi. Tu penche la tête vers la droite, un léger sourire aux lèvres. C'est ta manière d'être. Avec Elle, pas besoin de mots. Pas besoin de parler, pas besoin de faire entendre ta voix, rauque aussi, mais légèrement masculine. Tu aimes parler, mais tu n'aimes pas ta voix. Elle esquisse un sourire, à son tour. Elle t'a comprise. Elle plisse les yeux vers le chemin qui s'étale devant vous.
Tu suis Son regard. Le sentier est caillouteux. Vas-tu t'y engager ? Ton pas est certes rapide, mais tu n'aimes pas l'endurance. Elle le sait. Et Elle te défie. Ce n'est pas nouveau. Elle te défie et tu aimes ça. Tu plisses les yeux et penches de nouveau la tête, vers la gauche cette fois, signe de ta réflexion. Il y a des enfants, au loin. Des enfants de ton âge, ceux de ton École, ceux qui vous regardent bizarrement. Tu ne comprends pas leurs regards méchants, violents.
Ils ne savent pas pour ta nature. Tous pensent que tu es une Moldue. Enfin tu espères. Que serait ta vie si l'un de ces enfants apprenait que ta famille proche fait de la Sorcellerie ? Tu frissonnes à cette pensée. Les tensions sont palpables entre Sorciers et Moldus, depuis quelques temps. Que seraient capables de faire ces derniers s'ils venait à connaître la nature de tes semblables ? De t'agresser ? D'agresser les autres Sorciers ? D'agresser... ta famille ? Pire que tout... d'agresser... Annabeth et Gaël ?
Tu étais un peu différent
Et moi, je n’étais pas comme eux
Un peu méprisants pour tous leurs jeux d’enfant
Nous pleurions les yeux dans les yeux
Tu sens Sa main se contracter dans la tienne. Elle est chaude, brûlante pour toi qui es si... particulière... Toi qui es une Sorcière. Toi qui es amie avec une Moldue. Celle-ci lève les yeux au ciel en voyant les élèves en face. Encore à jouer à la marelle ou au loup, stupides gamineries. Tu imites ton Amie, ton regard s'envole vers les nuages. De ta main libre, tu écartes tes cheveux châtains. Encore une chose différente d'Elle. Tu lui jettes discrètement un regard, enviant sa chevelure brune et brillante.
Ta gorge se noue à la vue d'un nuage en forme de dragon. Elle ne sait pas. Elle en sait plus sur toi que ta fratrie ou que toi-même, mais Elle ne sait pas que tu es une... Sorcière. C'est la seule chose qu'Elle ignore. La seule. Vous partagez tout, vos douleurs, vos joies, vos espoirs... mais pas votre nature. Vous partagez tout sauf ça.
Tu aimerais tant le lui dire, te confesser, lui dire pardon de lui avoir caché ça. Mais tu te tais. Tu n'as pas le droit de lui révéler la vérité. Si tes parents l'apprenaient... si ton frère et ta sœur l'apprenaient... Non ! Ils ne l'apprendront pas parce qu'Elle ne sera jamais au courant. Jamais. Elle ne sera jamais au courant parce que tu ne le lui dira jamais. Jamais. Pourtant, c'est de plus en plus dur de garder ton secret. Chaque jour, ta nature te rappelle à l'ordre.
-
Dans le parc du château, ta respiration s'accélère et tu rouvres les yeux sur le Lac Noir. Tu es assise dans l'herbe, et un mot te revient. Un nom. Son nom.
Mirage inutile, Illusion dérisoire
Présence réduite. 4° Année RP. (Tami: elle/ la Plume: il)