"Vis pour demain, pas pour ce qu'hier t'a enlevé"
5 novembre —“Vis pour les promesses de demain, pas pour ce qu'hier t'a enlevé”
Fait suite à ça.
Elle sentait la panique la gagner peu à peu, alors qu'elle lisait et relisait les mots tracés à l'encre bleue, les phrases cruelles formées par de belles boucles aérées et larges. Une autre fois, elle se serait encore extasiée devant la beauté de l'écriture de sa mère. Cette dernière avait une étrange façon de former ses lettres. Comme si c'étaient des rubans, des ficelles flottant dans le vent - sur le parchemin, plutôt - et s'évadant jusqu'au coeur de son lecteur. Mais, malgré la beauté de cette calligraphie unique qu'elle connaissait et vénérait depuis toute petite, elle n'était pas d'humeur à s'extasier. Les mots inscrits sous ses yeux, ces mêmes mots qu'elle lisait depuis au moins cinq minutes, ces mots dont elle essayait de comprendre le sens, lui faisait l'effet d'un poignard en plein coeur. Alors que la douce écriture de Millicent aurait dut l'apaiser, elle se sentait encore plus triste et inquiète. Elle n'avait encore jamais ressenti cette étrange chose, l'impression que son monde basculait dans le vide. Comme si tout ce qu'elle avait connu s'effaçait peu à peu, la laissant seule, démunie, angoissée.
Elle aurait voulu hurler. Crier. Pleurer. Jusqu'à ne plus avoir de voix et de larmes. Ou alors, elle aurait voulu partir en courant, traverser le Parc, foncer vers le soleil couchant, ouvrir le portail et sortir. Aller jusqu'à Londres, même si c'était impossible, dans la demeure de sa grand-mère. Elle voulait voir sa mère, Pelote, sa mamie. Elle voulait les serrer dans ses bras, vérifier qu'ils allaient bien. Et ne plus jamais les quitter. Mais elle n'en fit rien.
Elle leva les yeux vers la fenêtre de la Volière, d'où elle apercevait le ciel teinté de milles couleurs. Un reste de bleu, lambeaux du jour, un soleil orangé qui se glissait derrière les montagnes, plongeant une partie du Parc dans l'ombre, et laissant derrière lui des traînées rosées et jaunes. Des nuages gris qui assombrissaient le tout, avec une pleine lune qui brillait de plus en plus fortement. Si elle avait été il y a une semaine, son esprit poétique et romantique aurait déjà composé une histoire, une description, un poème. Mais elle n'avait pas le coeur à s'imaginer de jolies choses. Malgré les milles coloris différents qui teintaient le ciel, elle voyait tout en gris. Prenant appui sur ses mains, elle se leva doucement, quittant le sol pour de mettre debout. Avec rage, elle chiffonna la lettre et la lança par terre, la recouvrant de fientes et de pailles, la réduisant en poussière. Puis elle tourna les talons et, d'un pas vif, sortit de la pièce.
Alors qu'elle traversait les couloirs étonnamment déserts de l'école, elle sentait sa peur croître lentement, tandis que milles scénarios se créaient dans sa tête, alimentés par son imagination fertile de petite fille. Sa colère la quittait, laissant place à son entière terreur, qui lui serrait la gorge et lui piquait les yeux. Elle ne pouvait pas rester là, les bras ballants. Et pourtant, même si elle aurait eu le droit de quitter Poudlard pour secourir sa famille, elle ne l'aurait pas fait. Elle était trouillarde, manquait énormément de confiance en soi. Elle n'y arriverait pas. Et cela la tuait, alimentant son angoisse. Elle n'aimait pas savoir sa mère en danger, tandis qu'elle se tournait les pouces à Poudlard. Mais, bon sang, que pouvait-elle faire ?
Elle passa la première porte qu'elle vit, et atterrit dans un endroit encore inconnu. Mais elle ne prêtait attention ni aux trophées resplendissants, ni aux médailles qui lui faisaient de l'oeil. Elle voulait simplement être seule. Pour penser. Ruminer. Crier. Paniquer. Tout en gardant chacune de ces émotions à l'intérieur d'elle-même, n'aimant pas se laisser aller à la colère ou la tristesse. Elle ne voulait pas pleurer, elle ne voulait rien montrer. Elle voulait paraître forte. Meg faisait les cent pas dans cette salle vide, les pensées bien loin de ces trophées idiots. Elle avait une forte envie de pleurer, mais ne le ferait pas ; si une seule larme franchissait la barrière de ses yeux, elle ne s'arrêterait plus. Et elle ne voulait pas pleurer. Il fallait qu'elle ait l'esprit calme.
@Rihanna Brogge
“She read about people she could never be and adventures she would never have”
Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin #PouffyFamily