Galway SOLO + Une petite fille orageuse

« Ceux qui ont souffert, l’éventualité de la souffrance les fait souffrir autant que la douleur elle-même. »


Août 2044.

Partir.
Un seul mot tant dénué de sens si l’on n'en connaissait pas le contexte. Cette petite fille, recroquevillée dans un coin de pièce vide, avait-elle envie de partir ? Son corps était semblable à une fillette de onze ans. Mais son âme était bien plus âgée. Et blessée. Jetant un œil à la cicatrice sur son poignet, elle ferma les yeux, si fort, à tel point que ses paupières lui firent mal.

Si je pars… Si je pars, tout sera fini.

Non, ça n’était pas partir. C’était fuir. Mais que pouvait-elle faire d’autre ? Sous le toit de cette vieille maison trop froide en hiver et trop chaude en été, vivait sa famille. La seule famille qu’elle possédait. Sa famille qui ne pouvait pas deviner que rien n’allait plus chez elle. Elle n’avait pas honte d’être née dans une famille de sorciers. Seulement parfois, elle se surprenait à penser que sa vie aurait été plus belle si elle ne l’avait pas été. Elle aurait été normale. Les cicatrices en-dessous de son oreille, sur son poignet et dans son dos n’existeraient pas. Celles dans son cœur non plus.

Mais elle ne pleurerait plus. Jamais. Et c’était pour cela que personne n’entrerait plus jamais dans sa vie ; elle se l’était promis. Nul ne pourrait la briser à nouveau. Car elle ne pouvait plus supporter la douleur, c’était trop lourd, trop étouffant. Tout ce qu’elle voulait, c’était oublier chaque visage, chaque personne qui résidait dans cette ville. Oublier qu’elle avait peur. Et que cette peur la rongeait, comme le faisaient les charognards avec les cadavres.

Alors elle partirait. Plus rien ne la rattachait à Galway. Au moment même où elle se faisait cette réflexion, un petit garçon qui mesurait 130 centimètres tout au plus surgit dans la pièce, la mine défaite et le regard fixé sur ses lacets rouges.

- Maman a dit que tu allais partir, Ella. C’est vrai ?

Ses yeux brillaient dans la pénombre, et elle crut voir sa lèvre inférieure se mettre à trembloter. Mais elle ne pouvait lui mentir. Elle ne pouvait le rassurer. Car oui, c’était vrai. Et ça lui fendait le cœur. Je suis tellement désolée. Je n’ai pas pu être là pour toi. Ça n’était pas à toi de vouloir me réparer. C’était moi qui aurais dû veiller sur toi. Mais je suis cassée.

Alors, sans un mot, elle ouvrit lentement les bras. Le petit garçon s’approcha et se blottit contre elle. Sans un mot, elle le berça doucement.

Une larme silencieuse roula le long de sa joue, avant de venir s’écraser contre le parquet sali. Cette larme était la dernière qu’elle verserait. Sa vie se résumait à ce petit corps chaud qu’elle tenait dans ses bras frêles. Et elle allait le laisser tout seul. L’orage éclata au dehors, mais aucun des deux ne bougea.

Non, ils écoutaient la pluie battre sur les carreaux de la chambre. L’éclair qui éclaira soudain la pièce d’une lumière vive, blanche et puissante lui redonna du courage.
C’était une petite fille du genre à aimer les orages.

C’était une petite fille orageuse.

Avatar réalisé par ~ en commun avec ~ l'incroyable Eugène Harlow. "Laissez passer les queen !"