19 juin 2020, 01:16
 Livre 0.1  Lancelot, le Merlin moderne.
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Je m’étais toujours senti différent des autres enfants de mon âge. Pas seulement par l’ensemble de mon identité imposée par l’amour des livres médiévaux de mes parents ni par ma famille dans sa globalité, mais aussi parce que je ne ressentais pas les mêmes besoins que ces derniers. Alors qu’ils aimaient passer du temps en face de leurs écrans, j’affectionnais m’inventer des histoires où j’en étais le héros. Je ne chérissais pas la vie devant ces ordinateurs qui nous retiraient ce besoin de contact, d’imaginaire. J’étais différent.
Pourtant, derrière cette divergence première, se cachait une autre bien plus étrange, plus dévastatrice quand on regarde les conséquences que cela apporte aujourd’hui sur mes deux mondes. Car oui, je suis un sorcier né de deux Moldus.

Mon histoire, celle qui put ouvrir la porte de ce Nouveau Monde, commença dans la jeunesse de mes huit années. À cette époque, je pouvais croire en tellement de choses sans en avoir les preuves ; pour moi, la magie n’était octroyée qu’aux plus grands ; des arnaqueurs et prestidigitateurs pour la plupart d’entre eux et comme tout le monde, j’essayais d’en refaire les tours après en avoir lu les livres — sans majeurs succès —, car ce n’était pas une véritable sorcellerie. Ce n’étaient que de simples tours de passe-passe. Rien à envier avec ma propre expérience, mon authentique naissance en tant que sorcier. Ce jour-là, je n’étais point seul ; mes sœurs — Guenièvre et Laudine — se trouvaient à mes côtés. Chacune d’entre elles feuilletait, comme à leur habitude, l’une des aventures des personnages dont elles en détenaient le nom. Ce n’était pas très ombrageux, mais elles aimaient cela ; cette obligation était devenue un passe-temps, une passion pour laquelle je ne préférais qu’en entendre les mots.


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25 juin 2020, 21:56
 Livre 0.1  Lancelot, le Merlin moderne.
C’était une journée orageuse, je m’en souvins parfaitement, j’étais — avec mes sœurs — calmement allongé sur les coussins de notre véranda. Quant à Guenièvre et Laudine, ces dernières se trouvaient sur le double rocking-chair afin de lire les exploits des personnages dont elles en détenaient le prénom. Pour elles, toute cette folie parentale avait une importance particulière, pour moi — au contraire — cela ne ressemblait qu’à une mascarade. Je pensais déjà à exister différemment de cet homonyme, je ne serais point chevalier ; je me voyais devenir avocat ; je voulais être le vilain petit canard de la famille en m’emparant des rênes de ma vie à être loin des historiens de la branche paternelle et tout aussi hors de portée des libraires de cette branche maternelle. Vous remarquerez bien qu’aujourd’hui, je suis bien à cent lieues de mes espérances infantiles…
Posé calmement sur ces coussins délavés, j’écoutais mes sœurs sans trop porter attention à ce qu’il se passait. Je me sentais bien, leurs voix me détendaient ; avec elles, je me sentais pris dans un sortilège qui ne put être brisé que par la fin de la narration, mais rien ne s’arrêtait. Le son de leurs chants m’atteignait, me transportait dans un monde qui n’était point mien. Je me voyais être ce Lancelot d’antan habillé d’une côte de mailles et d’une lourde armure dont les mouvements se retrouvaient réduits malgré mes luttes. Pourtant, je ne me rendais point compte de ce qu’il se passait au-delà de mon imagination. Je ne découvrais que les reflets de leurs histoires ; je sentais bien qu’il y avait une énergie qui quittait peu à peu l’antre de mon corps sans que je ne pusse faire le moindre effort pour me ramener à la « vie » réelle.
Les voix de ma fratrie entaillèrent mon esprit par de nouvelles sensations ; j’éprouvais cette « force » devenir plus intense à chaque fois que je m’enfonçais dans mes propres songes, comme si elle traduisait mon besoin de m’exprimer sur la situation dans le monde authentique.

— Lancelot… LANCELOT !

La lecture semblait s’être arrêtée au même instant où mes yeux s’ouvrirent à une vitesse affolante que j’en vis les étoiles illuminées de mille et une couleurs et où un étrange bruit fracassa le sol sans que je puisse visualiser d’où cela venait.
Je posai finalement le regard sur mes aînées, leurs yeux figés me mettant dans une posture inconfortable. Je ne comprenais rien. Que s’était-il passé pour qu’elles m’observassent de cette manière si peu conventionnelle ?
J’allais seulement le découvrir…


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4 juil. 2020, 18:40
 Livre 0.1  Lancelot, le Merlin moderne.
Mes yeux restèrent fixés sur mes deux aînées, nous ne nous lâchions pas d’un iota. Elles furent si intriguées que je sentais au fond de moi que tout ceci n’était qu’un signe annonciateur de mauvaises nouvelles. Rien n’allait plus être comme avant ; j’allais certainement en souffrir ; être subitement rejeté. Peut-être que j’allais même devenir l’ancien frère de cette famille qui me faisait vivre dans un amour quotidien. C’était bien trop complexe pour comprendre l’éventualité des conséquences de mon acte ; j’anticipais cet abandon, mais j’avais bien tort.
Guenièvre fut la première à quitter son état de léthargie, même si je pouvais entrevoir de l’émerveillement dans sa manière d’agir envers moi. Ses bras s’enroulèrent autour de mes épaules, et je me sentis partir dans le creux de son corps ; écrasé sous l’étau de sa force, sa tête plongée dans la concavité de mon cou où je pus ressentir ses premières perles salées s’épancher sur ma peau. Je n’appréhendais rien ; je ne savais même pas ce qu’il venait de se passer.

— Lancelot…
— Guenièvre… Je ne comprends pas, pourquoi vous me regardiez ainsi… qu’ai-je fait de mal ?
— Rien, Lancelot, tu n’as rien fait d’autre qu’un miracle, tu as accompli tout ce que Merlin pouvait faire dans la légende. Tu es un mage.

Je le lorgnais sans me rendre compte de la portée de ses dires. Après tout, c’était très compliqué pour ce petit garçon pusillanime que je fusse, mais aujourd’hui, j’étais certain que ce miracle était une ouverture à une vie pleine de rebondissements, digne de l’aventure de Merlin. Pourtant, sur le moment même, je restais sclérosé des paroles de mon aînée ; comment pouvais-je être un mage, alors que tout ceci ne fût que légendes et histoires arthuriennes par les écrivains du Moyen-Âge moldu ? J’avais ce mal à intégrer au fond de moi cette information, mais je pus y croire quand je le vis moi-même de mes propres yeux. Et ce qui arriverait plusieurs années plus tard ne ferait que confirmer cette pensée.


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8 juil. 2020, 19:38
 Livre 0.1  Lancelot, le Merlin moderne.
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J’avais, en ce jour, onze printemps. Mes exploits magiques n’avaient pas cessé de faire des siennes auprès de beaucoup des membres de ma famille — Papa, Maman, Guenièvre et Laudine — ; même si je me sentais de plus en plus gêné par leurs apparitions, car cela pouvait aller d’une simple explosion verrière à des changements physiques sur mes proches. Le plus éprouvant fut aussi d’avoir vu mes sœurs collées durement ensemble après qu’elles eurent tenté de provoquer l’arrivée nouvelle de la sorcellerie.
Je commençais à en avoir marre ; tout ce que je désirais en considérant l’intégralité des réactions autour de moi fut d’être un enfant ordinaire. Je ne supportais plus cette puissance en moi que je ne parvenais pas à contrôler. En fin de compte, je ne connaissais rien, personne ne faisait cela — de la magie — dans mon entourage. Ils étaient tous victimes de ma magie, mais moi, de quoi étais-je le martyre ?

Je préférais largement oublier cette problématique, après tout, personne ne pouvait être comme moi. Les sorciers n’existaient que dans les livres, comme le fut Merlin, et cette histoire due à l’Inquisition n’était qu’une méthode pour réguler les êtres humains afin de garder les ressources terrestres d’une meilleure manière ; même si ce processus était particulièrement barbare : des femmes, des hommes et des enfants étaient noyés, brûlés, car la morale juridique et l’éthique biblique les désignaient injustement de thaumaturges ; ils n’avaient aucune preuve, étant donné que cela ne durait pas, rien de cela ne fut authentique. Ce n’était qu’affabulation et manipulation.
Mais je me trompais, et de loin.

Ce jour-là, celui de mes onze ans, je fus surpris de voir dans le panier à lettres une enveloppe écrite à la main qui semblait m’être destinée. Ce qui était bien étrange, car toutes les enveloppes que je connaissais, à l’heure actuelle, étaient encrées d’une calligraphie tapuscrite.

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Je regardais l’enveloppe plus en profondeur et décidai — dès lors — de la présenter à mes parents. Je tournais la tête et regardais mon père. Après tout, j’étais tellement stupéfait par cette enveloppe que mon père me demanda :

— Lancelot, qu’est-ce qu’il y a ?
— Cette enveloppe me semble étrange, Papa, souhaiterais-tu le consulter avec moi ?
— Bien évidemment, Lancelot. Installe-toi.

Il me permit de m’établir auprès de lui, toisant l’enveloppe d’une manière plus que surprenante. Il la prit et en retira le sceau, puis se mit à lire cette lettre. La missive qui allait tout changer dans notre vie.
Dans cette dernière, nous mandâmes, mon père et moi-même, que j’étais vraisemblablement un sorcier et que je n’étais pas le seul dans ce cas. Dans cette école, Poudlard, j’allais y apprendre des tours de magie, découvrir des choses que je ne connaissais pas encore, normal pour ce qu’ils appelaient un « Né-Moldu ». Mais ce qui me surprit dans cette lettre, ce fut qu’un employé de l’établissement d’enseignement allait venir me chercher lors des grandes vacances de l’année qui allait arriver pour me conduire au Chemin de Traverse afin de réaliser les achats nécessaires à ma scolarité. Quel magnifique cadeau d’anniversaire !

Cela m’inquiétait, mais l’aventure approchait du commencement, celui de Lancelot, le Merlin moderne.



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