Litherland Les petits gants de laine Solo

Un après-midi du mois de juillet 2043
Partition.


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Les deux coins de ses lèvres s'étirent, retombent, s'étirent à nouveau. Le reste de son visage est traversé de micro-expressions comme si ni sa bouche, ni son menton, ni ses yeux ne savent plus comment se tenir. Ses doigts s'affairent nerveusement, pianotent sur la couture de son short en jean qui dévoile des jambes mordues par le soleil. La semelle de sa chaussure crisse contre les graviers alors qu'elle balaie les petits cailloux avec son talon. La fille aux cheveux de feu n'a jamais réussi à cacher quoi que ce soit : elle est contrariée. Saar envie cette spontanéité naturelle.

— Pourquoi tu m'as pas dit ? Les mots tranchent le silence. La blonde pince ses lèvres en une moue ennuyée. La discussion est compliquée pour elle aussi. Les syllabes qui sortent habituellement sans plus de réflexion doivent être entravées, enchaînées et pour la première fois de sa vie, Saar doit mentir à Nastasia. L'idée ne l'enchante pas, lui comprime les poumons et la nervosité de son amie la gagne. Elle attrape la balle de tennis, à présent plus marron que blanche, et la lance contre le mur qui leur fait face. Toutes les deux sont assises contre le mur d'un petit abri en tôle au skate parc, offrant un refuge aux visiteurs du parc en cas d'intempéries. La longueur de l'abri permet à Saar d'envoyer la balle sur quelques mètres plus loin, elle rebondit contre le mur, reprend sa course en sens inverse avant de finir dans la main de la jeune fille.
— Ça marche pas comme ça, c'est pas si simple. Moi non plus, on m'a pas demandé mon avis. Les sons s'allongent, imitant la lenteur caractéristique des mots de sa mère. Mais au contraire d'elle, Saar n'articule pas. Les oreilles de Nastasia sont habituées à l'exercice, elles récupèrent la signification de chacun des mots. Ses sourcils se froncent alors qu'elle se perd quelques secondes dans sa réflexion. À l'extérieur, la pluie tombe. La vision fait sourire Saar, un sourire teinté de sarcasme.
— On se croirait dans un film, la pluie qui accompagne les mauvaises nouvelles, tout ça. Suite à cette remarque, Nastasia se penche légèrement vers son amie, lève le bras pour écraser sa paume contre son crâne et la pousser lourdement. La blonde se sent pencher vers la gauche, des gouttes s'écrasent sur sa joue alors qu'une partie de son corps quitte momentanément l'abri que lui offre ce parapluie de métal. Elle se rééquilibre avec nonchalance, remonte ses genoux contre sa poitrine.
— Je croyais qu'on allait faire notre groupe de musique au collège, qu'on allait fumer avec les grands et faire semblant d'aimer ça juste pour être cool, comme ma sœur. Des trucs cool, quoi. Je pensais pas que tu me lâcherais pour aller dans un pensionnat sans raison, je comprends pas ce qui a traversé l'esprit de ta mère, Saar. Au contraire des jambes repliées de Saar, celles de Nastasia sont étendues contre le sol. Elle se sert de la veste oversized de Saar pour éviter à ses jambes de toucher le bitume sale. Ces quelques paroles suffisent pour que la gorge de la blonde se noue. Elle plisse le nez quelques secondes avec l'espoir que le mouvement l'aidera à ravaler les larmes qui menacent. Elle réfléchit un instant à la réponse qu'elle devrait offrir à son amie. L'existence même de l'école est un secret, et même si ce n'était pas le cas, Saar ne pourrait rien dire. Elle-même ne sait rien de cette école, ni de ces sorciers. L'idée même qu'elle puisse être invitée dans une école de magie paraît tout à fait absurde. Elle a d'abord cru à une blague de sa mère et jamais elle n'aurait pu croire à ces fantaisies si un hibou n'avait pas transporté le courrier jusqu'à la fenêtre de sa chambre. Il est impossible pour sa mère d'apprendre à un hibou à apporter quelconque courrier, elle a elle-même du mal à aller le chercher à la boite aux lettres.

Nouveau « bong » alors que la balle s'écrase une seconde fois contre le mur avant de revenir se loger dans la paume de Saar. Sa réponse n'est pas un mensonge, elle sait qu'il y a probablement du vrai là-dedans :
— À mon avis, ça arrange ma mère, de m'envoyer loin. Elle arrive même pas à faire son petit-déjeuner, hier elle a encore bousillé une poêle en voulant faire un œuf au plat. Un rire s'échappe, soufflé par le nez, comme si le corps de Saar essayait de cracher sa rancœur. Mais le souffle ne la rend pas plus légère. Ses pupilles se posent sur Nastasia, l'enveloppent. Elle aurait voulu la garder avec elle, la mettre dans une valise. Ils ont bien ça, chez les sorciers, des valises sans fond qui permettent de faire vivre un humain décemment ? La rousse pose sa main sur la sienne, Saar ferme les yeux et l'arrière de son crâne se repose contre le mur derrière elle. Encore deux mois, deux mois qu'elle dédiera à son amie.


CREDITS IMAGE : Shahab Alizadeh
Dernière modification par Saar Noetherheim le 19 sept. 2020, 10:58, modifié 1 fois.

Cinquième année RP —
Les mots de Saar : #404080

Litherland Les petits gants de laine Solo
Un après-midi du mois d'août 2043
Partition.


Le monde est à l'envers. Les cheveux de Saar retombent vers le bas, découvrent son front. Ses jambes épousent la forme du dossier du canapé, son dos s'enfonce dans le siège. La blonde regarde un dessin animé la tête à l'envers. La 3D n'est pas très jolie, et la voix du protagoniste lui irrite les oreilles. Elle peut sentir le sang lui monter à la tête. Perturbation. Une texture un peu collante et glacée se colle à sa joue, son visage se tort en une grimace dégoûtée.
— Beurk, arrête ça. Ses doigts viennent s'enrouler autour du bâton en bois d'une glace à l'eau que Nastasia lui tend, et son autre main s'affaire à retirer les dernières traces de glace sur sa peau. Elle se redresse enfin, décide de s'asseoir par terre et d'appuyer son dos contre le canapé.
— Toi, arrête ça. Sa voix fluette s'élève, disparaît à l'instant où la glace occupe sa bouche. Saar relève les yeux vers la rousse alors que cette dernière s'assoit sur le canapé.
— Arrête quoi ? interroge-t-elle son amie, avant de l'imiter et de se glacer l'intérieur de la bouche.
— Bah, ça. lui répond son amie. Saar comprend qu'elle se joue d'elle, elle attrape un coussin dont la taie présente des trous causés par de la cendre de cigarette, et lance l'objet sur Nastasia qui l'évite, manquant de faire tomber sa glace par la même occasion.
Saar pose ensuite son regard sur la glace en forme de fusée aux multiples couleurs. C'est leur glace préférée lorsque l'été s'est installé ; pourtant elle n'est pas très bonne, Nastasia dit que ça a un goût chimique, mais Saar ne sait pas trop ce que ça signifie. Ses repas ont toujours été constitués d'aliments industriels, elle a découvert le panais chez son amie quelques jours auparavant, les chips de légumes et l'humus maison de la mère de Nastasia. Tous avaient un goût affreux, mais la mère de Nastasia lui a répété que c'était meilleur pour la santé. Sa mère à elle ne s'est jamais réellement inquiétée de sa santé. Saar envie un peu son amie. C'était aussi la dernière fois qu'elle venait dormir chez la rousse avant son départ pour Poudlard. Son cœur se serre à cette pensée, comme il le fait à chaque fois. Elle pose son regard sur un petit sac en carton posé sur la table de la salle à manger, un peu plus loin. Son regard se dérobe, elle essaie d'oublier l'objet momentanément. Nastasia soupire de manière exagérée, comme si elle souhaitait que toute l'attention se porte sur elle, elle y parvient aisément : Saar pose son regard sur elle à l'instant où un premier souffle s'extirpe de son corps.
— C'est vraiment nul, c'est bientôt la fin de l'été et il va bientôt faire froid. Elle grommelle, gonfle les joues, comme si elle souhaitait garder tous les nuages à l'intérieur pour ne plus jamais que le ciel ne se couvre. C'est ce qui les sépare. Nastasia est solaire, elle aime planter ses pieds dans le sable profond de la plage en été, elle aime le soleil qui l'éblouit alors qu'elle remonte la pente en skate, au bout de la rue. Elle aime la chaleur qui étouffe, les longues vacances rythmées par les pique-nique et les batailles d'eau. Saar, elle, aime le gris de l'hiver, le brouillard qui couvre les maisons voisines tôt le matin, la perspective de porter ce qu'elle tricote. La perspective que Nastasia porte ce qu'elle tricote. La blonde ne répond pas, laisse planer un silence énigmatique alors qu'elle se lève lentement et traîne les pieds jusqu'à la table de la salle à manger. La rousse ne l'a pas quittée du regard, l'observe alors qu'elle attrape le sac en carton et le lui tend.
— Mh ? C'est quoi ? Ce jour-là encore, chacune des expressions de Nastasia se lit sur son visage. Ses sourcils s'élèvent, ses yeux s'arrondissent et elle s'approche aussitôt de son amie à petites foulées rapides.
— Comme je vais bientôt partir, et que je serai pas là pour ton anniversaire en octobre, je me suis dit que... 'fin voilà.. je t'ai fait des gants, puisque t'as toujours froid aux doigts. Puis j'avais envie d'apprendre à en faire, de toute façon, c'était super compliqué donc les abîme pas, ça va être galère pour les réparer. De manière inhabituelle, ses mots se chevauchent, trébuchent les uns sur les autres, elle manque de bégayer. Les saccades verbales font sourire Nastasia de plus belle, elle se met sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sonore sur la joue de Saar, ses lèvres sont encore collantes à cause de la glace qu'elle a englouti en quelques dizaines de secondes. La blonde s'essuie à nouveau la joue, prend un air dégoûté mais l'attention lui fait bien plus plaisir que ce qu'elle accepte d'avouer. Nastasia s'empresse d'ouvrir le sac, duquel elle sort les gants emballés dans du papier journal. L'emballage de fortune ne semble pas la surprendre, ni la déranger. Elle revêt les gants turquoise, c'est sa couleur préférée, et se met à tourner sur elle-même en tendant les bras, le regard rivé sur ses gants. Saar force un rire, mais le cœur n'y est pas. Les jours passent trop vite, et bientôt la même laine turquoise qu'elle a utilisée pour ces gants se retrouvera enfoncée au fond de sa valise pour le début d'une longue scolarité loin de son amie.

Cinquième année RP —
Les mots de Saar : #404080