La Conjuration des imbéciles
14 Mars 2045
ODE
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Premier post réservé
Comme ton cœur, le ciel est couvert. On le croirait presque prêt à exploser d’un millier d’éclairs, dans un concerto de cymbales et de tambourins. Pourtant, en apparence, la mer est douce, tel un corps mort. D’ailleurs, ce calme perdure dans l’entièreté du château, comme si tous, élèves comme professeurs, jouaient au roi du silence. Tu l’aimais bien ce silence d’habitude, pourtant là, il te pesait terriblement. Il était sournois, celui-là, il murmurait des choses qui ne se disent pas à haute voix. Et tu écoutais le moindre de ses sifflements, le plus petits de ses pas ou même ses paroles lointaines.
Si le bruit était visible, Poudlard serait dans le noir. À chacun de tes pas, c’est comme une lueur qui s’éclaire l’espace d’un instant. Ça te rappelle ces baskets qui étaient un jour à la mode, et qu’à chaque fois que le pied tapait le sol, elle clignotait comme des guirlandes de Noël.
Tes vêtements se frottent les uns aux autres, créant dans ton imaginaire des étincelles de lumière. Et tout ce bruit que tu faisais, que tu voyais, comme ta respiration qui formait un nuage brillant devant toi, tout cela créait une telle luminosité que tu avais la désagréable impression de pouvoir alimenter toute une ville en électricité. Trop de lumière, trop de bruit. *J’brille trop fort. Ça commence à faire mal aux yeux.* Tu arrives enfin au bout du couloir, tourne à gauche à petit pas lent, marchant presque sur la pointe des pieds. D’ailleurs, tu trouves cela stupide, en voulant faire moins de bruit de la sorte, tu en crées d’avantage, et furieuse, tu t’arrêtes enfin dans la pièce.
Toutes les toilettes que tu avais connues depuis le début de ta scolarité n’avaient jamais été aussi propres que celle de Poudlard, s’en était presque irréel.
Tu poses ton sac dans un coin, jettes un coup d’œil dans les différentes cabines, avant d’enfin te laisser glisser, le dos contre le mur. Et tu ne bouges plus d’un pouce, seulement écoutes le silence. Et désormais, plus aucune lueur ne brille dans Poudlard. Ton cœur bat la chamade, et tu n’oses faire le moindre mouvement, comme un enfant qui aurait peur de se faire prendre en train d’effectuer une bêtise. D’ailleurs te voilà qui compte jusqu’à 10, pour être sûr de ne plus entendre un bruit.
Tu finis par sortir de quoi écrire et le Livre, que tu déposes doucement sur tes genoux, alors que tu ouvres la petite bouteille d’encre.
Les pages défilent entre tes doigts, ces vieilles pages jaunies par le temps. Tu le connais par cœur, ton Livre, depuis le temps que tu le parcours. Il y a exactement 128 poèmes, aucune illustration, 205 pages dont 43 écornées, 29 encore blanches et 11 remplies de ton écriture raturée, dans ton Livre. Il n’y a pas de sommaire, pas de préface, ni résumé, ni auteur, ni date. Comme si seul comptait les Mots. Il n’y a pas différentes parties, tout est mélangé, mais plusieurs styles reviennent souvent. *Il est beau mon Livre.*
Tu trempes ta plume dans l’encre noire, marque un temps, avant de finalement la poser sur une nouvelle page jaune. C’est juste un titre, juste un début. Et tu es sûr que les mots viendront bientôt.
Reflet
Go away chicken ! Alison M.
Éloge à la Charogne.
Éloge à la Charogne.
La Conjuration des imbéciles
[ 14 MARS 2045 ]
Près des Toilettes des filles, 4ème Étage, Poudlard
Charlie, 15 ans.
3ème Année Double

∞
Près des Toilettes des filles, 4ème Étage, Poudlard
Charlie, 15 ans.
3ème Année Double

∞
Les couloirs étaient en plein murmures.
Pourtant, le calme assourdissant qui régnait entre ces boyaux rocheux laissait pressentir tout l’inverse ; et cela les ferait presque exploser de rire, de se savoir aussi discrets, ces fourbes de murs. Après tant d’années de vie commune, leurs chuchotements n’étaient plus audibles par les sorciers ; ils se comprenaient si bien qu’ils n’avaient pas besoin de hausser la voix. Même, il se partageaient tout, à commencer par leur poids terrible. Chaque infime partie supportait l’autre, et les frissons ressentis par l’un se décuplaient en l’autre.
Cela pousse à se demander à quoi ressemblerait le chant de leur murmure, lorsque l’un se fait agresser, au sein de ces murs parfaits. À quoi ressemblerait la couleur de leur voix ? Et la plainte de leur frisson ?
Violemment, la paume de Charlie s’abat encore une fois contre la roche. « Arrête ! ». Sa main gauche essuie frénétiquement son visage, d’où s’écoulent divers fluides incontrôlés. Et sa paume droite se décolle, pour de nouveau s’écraser contre le mur. « ARRÊTE ! ». Sa respiration est un barrage, enfoncé de poutres métalliques ; son souffle est tellement court qu’il semble disparaître, avalé par le murmure étourdissant des murs.
∞
*Bordel ! Arrête-toi !*. J’étouffe. Tout en haut, mon crâne est enfumé par le brasier de mes poumons. « Aaaah ! ». Et ça me donne envie de tout fracasser.
Je jette ma main contre le mur, pour libérer cet incendie en moi. Qu’il se casse de mon corps ! Mais ça ne marche pas. Rien ne marche. *J’tomberais pas !*. Je ne lâche pas. Plus jamais.
Je n’ai plus de souvenir de la dernière trahison de mon corps, ça fait tellement longtemps. « ‘dieeeeeeeu ! ». Non, c’est juste que j’arrive plus à réfléchir. Mais je ne tomberais pas.
Envole-toi, incendie ! Qui rebondit contre le plafond de ma tête pour mieux redescendre. Remplis toute ma tête si tu veux, mais ici, tu ne seras jamais roi. *J’te prom…*. Une énorme boule, d’une dureté infinie, traverse toute ma gorge pour se jeter dans…
Une violente toux me révulse tout le corps. Le mur est tellement dur sous ma main. Et ma tête cogne contre la pierre. « Raaaaaah ».
Je crache mon souffle, mon air. *Arrête…*. Tout mon corps veut sortir par ma bouche. Je n’arrive même plus à bien voir. Je ne sais plus si je vomis ou si je m’évanouis. Mais je ne lâcherais pas.
Cette fois, je ne tomberais pas.
∞
Le corps recroquevillé contre le mur, comme si la roche était l’unique attache de la Rouge et Or, Charlie subissait la tétanie d’une violente crise. Et plus elle se dressait contre celle-ci, plus son corps réagissait avec brutalité. Écoute-moi, hurlait son organisme de sa voix calme, de toute la suffisante dont il était formé. J’ai besoin de calme, vociférait son sang qui tournait à une telle vitesse qu’une prise de tension donnerait un résultat effrayant.
Charlie n’en avait que faire, de son corps. Elle ne l’écoutait pas, et trouvait un malsain plaisir à aller à son encontre. Elle se battait contre ses volontés, car elle croyait en la puissance de son esprit. Quelque-part — en de rares occasions qui ne tournait pas au silence complet de son être — elle avait raison.
La douleur qui lui broyait toute la poitrine se calma soudainement, à l’image d’un élastique qui craquait.
Son souffle, quant à lui, ne perdit en rien de son déchainement. Il accélérait, ralentissait d’un coup, suffoquait à l’idée de manquer d’air, sursautait de panique ; mais Charlie suivait à merveille son flot et son courant furieux.
Son esprit — aux parois écrasées par une bulle qui était à la limite d’exploser, de forcer la perte de conscience — brillait d’une étincelle acharnée, qu’aucun vent n’arrivait à souffler. Son regard voilé luisait d’une lueur d’outre-tombe.
La douleur presque envolée, la Rouge et Or poussa sur son bras aussi mécaniquement que le ferait un piston. Son corps se redressa difficilement. « Hha… ». *D’l’eau*. La chaleur du brasier était toujours aussi vive, brouillant ses pensées et sa perception. Son œil gauche, déjà faible, était quasiment aveugle en cet instant.
D’un pas aussi lent que bancal, elle parcourut la faible distance qui la séparait des toilettes ; laissant derrière elle sa petite cape, ainsi que le haut de son uniforme — sa cravate était desserrée sur sa chemise entrouverte. Même l’esprit défaillant, la carte du château était gravée dans ses sens.
— Hhha…
Lorsqu’elle s’engouffra dans les toilettes, la rangée de lavabos pleins-d’eau-glacée à quelques mètres lui paraissait comme la plus belle des choses qui lui ait été donné de voir depuis longtemps ; même si son esprit gardait un silence aussi sourd que celui des murs.
Son souffle brûlait, lui, de bruits.
« Bienvenue chez Toi »
La Conjuration des imbéciles
L'intruse
Ta plume gratte le vieux papier avec entrain alors que les mots s'alignent, formant petit à petit des phrases, jusqu'à venir remplir la moitié de la page blanche. Écrire, finalement te procurait un sentiment d'apaisement plutôt agréable dont tu ne voulais pas te séparer de si tôt. Regardant autour de toi, tu voyais apparaître dans un écran de fumée le souvenir lointain de deux filles à même le sol, dans un face-à-face rempli de crainte et de désolation. Trois mois étaient passés depuis les "pardon" et les "j'aurais pas dû". Un mois seulement après les regards en coin et les sourires. Depuis, on ne te voyait quasiment jamais sans Elle. Tu étais devenue son ombre, et Elle ta lumineuse moitié. Aujourd'hui était l'un de ses rares jours où vous osiez parcourir le château sans que l'autre n'apparaisse au coin du couloir. À vrai dire, elle te manquait déjà, tu le sentais. Au fond, ça te déchirait le cœur.
▣
Reflet
Je t'ai brisé.
En mille petits morceaux opaques.
Tu me fais peur.
C'est comme si tu n'étais pas moi, qu'on ne possédait pas le même cœur.
J'ai cru t'avoir pour allié.
Mais j'ai compris trop tard que tu n'étais qu'un reflet.
Reflet. Frère haie qui me sonde avec rancœur. Tu me détestes avec ardeur, je peux le voir au fond de tes prunelles. Elles brillent d'une lueur glacial, dès que je croise ton regard.
Mes poils se hérissent, mon pouls s'accélère et j'ai cette impression irréelle que mon être, doucement, s'écoule pour ne plus former qu'une flaque de terreur.
Terreur haineuse. J'ai peur, affreusement.
De ce que je pourrais te faire, Reflet.
Je suffoque.
▣
Recroquevillée contre le mur du fond, face à la porte d'entrée, cela faisait quelques instants que ta plume s'était relevée du papier, restant en suspension dans le vide alors que tu observais avec surprise l'être qui venait de s'engouffrer dans ton entre. Tu ouvris la bouche pour lui signifier ta présence et le mécontentement que te provoquait cette intrusion. Mais avant d'avoir pu lâcher le moindre mot, l'autre poussa un couinement plaintif, tel un animal en train de mourir. Elle semblait se diriger désespérément vers les lavabos, sans doute pour laver son visage ruisselant de substances opaques et brillantes. Tu fronças le nez à cette vue, mais bien que l'autre semblait être dans une situations des plus désespérées, sa beauté ne manqua pas de te frapper de plein fouet. Derrière ses joues enflammées et ses paupières gonflées la grâce de ses traits fins aurait pu charmer n'importe qui. Son nez parfait te faisait écarquiller grand les yeux, sans omettre ses yeux d'une teinte renversante et son immense chevelure semblable à la tienne. Sans ne plus pouvoir contrôler le moindre de tes gestes, tu laissais tomber la plume encore imbibée d'encre sur le carnet, laissant une trace noir sur la page suivante. Baissant les yeux sous la surprise de ce laisser-aller, tu ne pus retenir un sifflement de dépits en voyant les dégâts.
Je suis moi-même bien surprise de l'effet que fait ta Protégée à la mienne, Plume. Encore navrée pour ce retard, quoi que tu en dises.
Go away chicken ! Alison M.
Éloge à la Charogne.
Éloge à la Charogne.