Un jour maudit
25 Septembre 2044
Une journée ensoleillée, parfaite pour mon anniversaire. Et oui, ce jour-là, c'était celui de mes 11 ans. J'habitais avec mes parents, mon frère et ma sœur dans un petit appartement de Londres. Deux clans divisaient ma famille. Tout d'abord, celui des anti-magie dont faisaient partie mon père et mon frère. Ils détestaient la magie et ne voulaient jamais en entendre parler. Alors imaginez leur réaction lorsqu'ils avaient appris que j'étais doté de cette chose surnaturelle qui coulait dans les veines de tous les sorciers. Heureusement qu'il y avait ma mère et ma sœur, toutes les deux sorcières. Elle m'avaient soutenu lorsque j'avais décidé que j'irai à Poudlard dans un an. J'espérais juste que je recevrai la lettre d'admission.
Enfin bref. Mon anniversaire. Ma sœur exerçait le métier d'auror depuis un an. Dès qu'elle était sortie de Poudlard, elle avait commencé à faire ce qui était pour elle une vocation. Pour sa première année en tant qu'auror, elle s'était principalement occupée de cas mineures, mais au moins elle faisait ce qu'elle aimait. J'espérais que je serais comme elle. Courageux, audacieux, brave… elle avait tant de qualités !
Un gâteau de folie (par rapport au moyen très limité que l'on possédait), ma famille réunie, un sourire sur toutes les lèvres. Quoi rêver de mieux! Je me rappellerai de cette journée jusqu'au dernier jour de ma vie. On avait dansé jusqu'à tard dans la nuit tous les cinq, en rigolant et en se marchant sur les pieds. Il n'y avait plus de différence entre nous. Les divisions qu'avait créé le monde des sorciers dans notre famille avait disparu au cours de cette danse. On s'enlaçait. Des voisins frappaient à la porte et menaçaient d'appeler la police. Et on ne s'en occupait pas, débordant de bonheur. Rien ne pouvait nous arriver. On ne faisait qu'un, une famille unie. On avait oublié tous nos différents, et c'était le plus beau des cadeaux.
Mes parents m'avaient offert des livres avec tout plein de sortilèges gravés sur leurs pages. Ma sœur m'avait donné un marque-page parsemé de symboles magnifiques et m'avait dit qu'il me montrerait la voie à suivre le moment venu. Ce bout de carton était devenu mon porte-bonheur dès l'instant où j'avais posé ma main dessus. Une main encore innocente.
Je m'étais endormi tard ce soir-là. J'étais tombé de sommeil dans les bras de ma sœur. Elle me tenait chaud. Sa présence me faisait du bien, un bien fou. Ce que je ne savais pas encore, c'est que c'était la dernière fois que je me tenais près d'elle, que je sentais sa respiration contre mes paupières closes. Le lendemain, elle ne sera plus là. Elle partira tôt le matin pour réaliser sa première mission importante en tant qu'auror. Et elle reviendra jamais.
27 Septembre 2044
Deux hommes du ministère ont frappé à la porte. Mon père est allé ouvrir. Lorsqu'il a compris qui c'étaient, il a faillit leur claquer la porte au nez. C'était ce qu'il aurait fait s'ils n'avaient pas fait usage de la magie. Mon vieux grognon de père les amena dans le salon en grommelant quelque unes de ses insultes habituelles sur les sorciers, et ma mère les fit asseoir sur les deux fauteuils composants la petite pièce de vie, tandis que nous nous asseyions sur le canapé. Mon frère était parti la veille au soir. Il ne restait donc que mon père, ma mère, et moi.
Le premier homme, qui devait avoir dans la quarantaine, enleva son chapeau, croisa les mains et prit un air sombre. Le deuxième, plus jeune, nous fit la terrible annonce : Nous sommes venus vous parler de Vanessa.
En entendant le nom de la jeune sorcière, mon père voulut se lever et quitter la discussion qui était devenue totalement insignifiante pour lui, mais c'était sans compter la main apaisante que ma mère posa sur son bras.
Nous vous écoutons, répondit-elle.
Donc, votre fille, Vanessa, est partie hier matin pour une mission que le ministère lui avait confié. Comme vous le savez, le métier d'auror est un métier à risque. Tout le monde peut tomber sur plus fort que soit.
Il s'arrêta quelques instants pour chercher ses mots, déglutit, et reprit :
Et il se trouve que depuis son départ, nous n'avons plus eu aucune nouvelle de votre fille. Nous sommes donc, en accord avec notre fonction et notre responsabilité au ministère, dans l'obligation de vous prévenir qu'elle ne reviendra pas.
À partir de ce moment là, ma mère ne laissa apparaître aucune émotion, son regard fixé dans le vide.
Nous vous présentons nos plus sincères condoléances.
Sortez, lâcha ma mère. Ce n'était pas une parole. Ce mot était sorti comme un soufflement, et c'était le dernier mot qui sortit de sa bouche au cours de cette journée.
Je ne pouvais pas croire qu'elle était morte. On n'avait pas retrouvé le corps, ni aucun indice sur ce qui s'était passé. Je connaissais ma sœur. Elle avait trouvé un moyen de se sortir de l'embuscade que ce sorcier lui avait destiné. Si elle était décédée, je ressentirais un pincement au cœur. Et ce n'était pas le cas.
28 Septembre 2044
Mon père était parti en vrille. Il perdait petit à petit la tête depuis la disparition de Vanessa. J'entendais toutes les heures ma mère et mon père se disputer. Ils n'arrêtaient pas de hurler. Mon frère soutenait mon père, comme par hasard. Ils s'égosillaient tous les deux sur ma mère. Puis les crises se sont arrêtés. Ma mère était rentrée dans ma chambre. Elle s'assit au bord de mon lit, les joues toutes rouges et les yeux gonflés à force de pleurer. Elle ne voulait pas que je la vois comme ça et s'essuyant vivement les yeux avec sa main. Je me rapprochais d'elle et passais mes bras autour de son cou. Je lui déposais tendrement un baiser rempli d'innocence sur sa joue encore humide, et ses sanglots se turent. Elle avait pris sa décision, et notre vie allait changer du tout au tout à partir de ce moment.
Fais tes valises, Alex. On part dans une demi-heure.
Elle me regarda droit dans les yeux.
On part où ?
Je ne sais pas. Loin d'ici, en tout cas. Je ne veux plus subir les colères de ton père et de ton frère. Ils se débrouilleront très bien sans nous.
Après une légère hésitation, elle reprit : Tu veux rester avec moi, hein?
Oui, maman. Je ne veux pas te quitter, dis-je en la serrant encore un peu plus fort.
Ça te dit d'aller voir papy? On pourrait rester un petit temps chez lui. Si tu veux, bien sûr.
Ça me ferait vraiment plaisir! Ça fait longtemps qu'on ne l'a pas vu.
Un petit sourire se dessina sur les lèvres de ma mère. On ne connaissait plus notre destin. Notre vie avait été chamboulée. Mais cette expérience traumatisante qu'était la disparition de ma sœur nous avait uni encore plus. Ce jour-là, on s'était promis de ne plus jamais pleurer en pensant à Vanessa. C'était la première promesse que j'avais faite, et c'était la seule que j'avais tenu.
A. Smith
1ère année rp