Guffone
Missive reçue le 31 Janvier
Cela faisait déjà la huitième fois cette semaine que Rogan se dirigeait vers la volière de l'école. Noyé dans son grand manteau et sous son écharpe aux couleurs de Serdaigle, il gravit les marches en pierre en se tenant fermement au mur pour ne pas glisser à cause du verglas. Plus tôt dans la semaine, Rogan avait reçu une lettre apportée par la chouette familiale, Guffone. Nom plutôt bien approprié pour l'animal, étant un jeu de mot entre Gufo, chouette en italien, et Buffone, imbécile. Morrighan l'avait acheté dans un village de sorcier en Italie, c'était un souvenir de noces. Les O'Cathasaigh avaient eu un autre hibou autrefois, mais il mourut de surpoids. Dommage, le garçon l'aimait bien, il était calme et était toujours à l'écoute de ses pensées enfantines - plutôt normal, car il ne pouvait plus voler. En plein milieu du petit-déjeuner, la chouette s'écrasa contre la table des Serdaigle, une lettre entre ses serres.
Reducio
Maman a une jolie écriture, mais qu'est-ce qu'elle est maladroite..., pensa-t-il quand il lut les derniers mots de la lettre, assez ironiques. Depuis, il ne pense qu'à cette lettre ajournée, le coeur battant. "Ne nous en veux pas", qu'allait lui annoncer Morrighan, le père du petit sorcier ?
Allaient-ils l'abandonner à ses dépens à Poudlard ?
Ont-ils perdu son carnet auquel il tient tant ?
"Pourquoi l'ont-ils touché, d'abord ?"
Le pire restait à venir. Son destin était entre les serres de la chouette. Pourvu qu'ils n'aient pas perdu son carnet, sinon, il se trancherait la gorge avec les griffes de la chouette ! Rogan pénétra dans la tour de la volière. Certains hiboux et chouettes dormaient dans les cavités des murs. D'autres volaient et hululaient à tue-tête, laissant un florilège de plumes tomber au sol. La fraicheur de l'air ne cachait pas l'odeur nauséabonde de la vieille paille mouillée jonchant ça et là sur le sol de pierre, et de celle des excréments des volatiles qui se confondaient au décor blanc de la neige, au-dehors. Il balaya la pièce du regard. C'est seulement lorsqu'il réalisa que ce n'était pas le cadavre d'une chouette qui gisait sur le sol, mais bien Guffone qui était tombée de fatigue, que Rogan dévala - prudemment, les escaliers en colimaçon de la tour.
Il caressa la pauvre créature qui ronflait doucement. Le voyage avait du être rude, surtout à cause de la tempête glaciale qui avait fait rage la nuit dernière. Rogan ne tergiversa pas à réveiller la bête, et arracha la lettre accrochée à sa patte par une petite corde. Il se releva sur ses pieds tout en gardant son regard sur l'enveloppe.
Et l'ouvrit.
Il devait plisser ses yeux pour pouvoir lire l'écriture de troll de son père. Il relut la missive. Encore et encore, jusqu'à survoler les mots futiles.Reducio
"Il nous sera impossible de quitter l'Irlande cet été et d'aller voir Azeglino et Bortolina"
"Les choses peuvent changer d'ici là, mais j'en doute fortement."
Rogan ricana. Il pensait surement que c'était une blague ? Se volait-il la face devant les mots de son père ? Il le savait déjà. Il avait lu dans les grands titres de la Gazette du Sorcier le tabou posé la veille sur les Portoloins et les règles conséquemment strictes sur le départ des sorciers à l'étranger. Il froissa en boule la lettre de son père et la lança à travers la fenêtre de la volière, et la regarda se naufrager dans le rideau de neige. Rogan était très attaché à ses grands-parents maternels. Les O'Cathasaigh avaient pour habitude de se rendre dans la campagne italienne pour leur rendre visite, pendant les vacances d'été. voir L'écrit au lac, bouteille à soi"Les choses peuvent changer d'ici là, mais j'en doute fortement."
Mais la réception de cette lettre le chamboula et affirmait ses craintes. Cet été, et sûrement celui des prochaines années, il ne verrait plus Azeglino et Bortolina. Ne s'étant pas préparé à tous ces événements, il noya ses sanglots dans son écharpe. Ses larmes étaient froides.
"Je sais que tu n'as plus cinq ans"
A ce moment précis, il avait cinq ans. Un enfant privé de ses grands-parents.
Elle chantait de si belles cantiques,
Si belle à rendre mon esprit alchimique.
Si belle à rendre mon esprit alchimique.

