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16 avr. 2022, 00:41
Nivéale  + 
Mon regard plonge vers les autres Rouges, à la recherche d'un signe de compréhension. Cependant, je ne trouve que deux yeux. *Deux ?* Le Gryffondor le plus jeune s'en est allé sans un bruit et sans un mot. À cette découverte, je sens mon âme ébranlée. Ainsi, il s'en va, dans le plus grand des silences. Mais pourquoi ? Qu'avons-nous fait ? Ai-je été trop loin ? Suis-je si étrange, si bizarre, si intimidante ? Se sentait-il finalement mal à l'aise à l'idée de discuter avec une personne plus âgée que lui ? Il n'a pas pu partir simplement car il devait faire autre chose, sinon il nous l'aurait dit. Non, s'il s'en est allé, c'est parce que quelque chose ici le poussait à partir. Est-ce moi ? J'ai l'impression qu'on ne me comprend pas, comme si je parlais un langage secret, comme si mes propos n'avaient rien de logiques et de sensés, comme si j'étais trop différente d'eux. Mais, par Merlin, je ne veux pas paraître aussi étrange ! Ces regards qu'ils ont posés sur moi, ces hésitations, cette timidité, cette fuite... Suis-je responsable de tout cela ? Parfois, j'en ai bien l'impression.
Ah ! Grande Circé, pourquoi le monde est-il si complexe ? J'ai la sensation de parler une autre langue, ou de ne pas avoir les pensées aussi claires et normales que celles des autres. Le Rouge s'en est allé pour fuir ce moment, comme si cela le gênait ou qu'il ne s'y sentait pas bien. Le Rouge s'en est allé, et peut-être la Rouge s'en ira-t-elle aussi ? Tout est si instable et complexe, comment s'y retrouver au milieu de ce qui rend la vie si dure ?

Mes yeux quittent l'horizon vers lequel le plus jeune a dû fuir. *Si j'devais courir vers l'horizon, ce n'serait pas pour fuir mais pour courir après le soleil.* Je ne dis rien, tente de faire taire mes pensées, évite le regard de Marine — et si j'y voyais de l'incompréhension ? de la peur ? — et m'accroche à mes sensations. Le vent qui me caresse le visage, la clarté du paysage qui illumine le monde, le froid qui se glisse contre ma peau, présence intrusive, les chants des oiseaux qui pétillent dans l'air, la douceur offerte à mes yeux... Tout cela me permet de chasser mes pensées désagréables, de me raccrocher au monde et de saisir l'instant. *Merlin...* Tout tangue si aisément, j'ai la sensation d'être en pleine mer, sur un bateau fragile. Heureusement, ouvrir mes sens pour balayer mes sentiments et mes pensées me permet toujours de retrouver mon équilibre.

Je retourne mon visage vers la Rouge, partant à la recherche d'un quelconque sentiment sur son visage. Aperçois-je de la surprise ? Ses membres semblent moins tendus et son visage plus naturel, comme si la barrière qui la faisait se contenir avait cédé un peu d'espace. *C'est la nature qui l'a ouverte !* Partagée entre l'étonnement de ne plus trouver toute sa timidité et celui de découvrir sa surprise, je ne dis pas un mot et me contente de la regarder en clignant des yeux. Suis-je vraiment étrange pour qu'elle soit surprise par mes paroles ? A-t-elle été étonnée par la nature autour d'elle, et non par mes dires ? Y a-t-il quelque chose qu'elle ne comprend pas ou ne parvient pas à saisir ?
Plus j'avance et plus je m'enfonce dans la tourbe que forment mes pensées. Pas après pas, questionnement après questionnement, je me perds petit à petit dans mon crâne, tiraillée entre sensations agréables et perceptions hésitantes.

Je me laisse tomber dans la neige dans un soupir, sans faire attention à l'humidité et au froid de la poudreuse.
Merlin, pourquoi le contraste entre cette nature si apaisante et merveilleuse et mes terribles pensées est-il si grand ? J'aimerais ne pas avoir l'impression que l'intérieur de mon crâne n'est qu'un grand océan sur lequel je navigue de manière incertaine. J'aimerais être plus sûre, ne pas douter, ne pas faiblir, ne pas m'inquiéter pour un rien et me laisser séduire par bien peu. J'aimerais oser me lever pour faire quelque chose de mon temps ; avancer, m'entraîner, me servir de ma Magie, progresser, toutes ces actions me détendraient tout en m'étant utiles. Ici, assise dans la neige, dirigée par mes pensées et caressée par mes sensations, je ne fais pas grand-chose. Je cherche seulement à faire dévier mes réflexions et à profiter de l'extérieur, mais tout cela en vain.

« Qu'est-ce qui t'a amené ici ? » Mon regard divague, s'accroche sur les sommets nus des arbres, dégringole sur le sol enneigé et encore vierge de pas, remonte pour s'enfoncer dans le vert saupoudré de blanc des sapins, part conquérir les ombres grisâtres et s'émerveiller face à la douceur de l'extérieur. *T'es si belle Chioné...* Je passe les bras autour de mes genoux et plonge mon nez dans mon écharpe humidifiée par la neige. Mes pensées ont beau être désagréables et hésitantes, jamais la lecture ou l'apprentissage ne pourront les émerveiller plus que le spectacle d'un paysage hivernal.

Et le chant des oiseaux s'étend encore au-dessus de nos crânes, comme pour rythmer les vagues de nos réflexions et le soulèvement de notre poitrine. *On ne devrait vivre que pour ces instants-ci...*

#466962Sixième Année RP

20 avr. 2022, 22:07
Nivéale  + 
Tandis que la fillette ne lâchait pas d'un oeil le bel oiseau qui venait de faire une pause dans sa chanson, mais il n'en restait pourtant pas moins intéressant à regarder surtout pour la Gryffonne qui adore la nature qui lui manque souvent lorsqu'elle se retrouve dans l'appartement en pleine ville où elle vit avec sa mère. Elle ne se rendit même pas compte que son camarade de maison : Alexandre, avaient laissé les deux adolescentes seules. Ce n'est qu'en décidant de laisser le volatile vivre sa vie sans un regard persistant posé sur lui qu'elle remarqua enfin son absence. La brunette ne se posa pas tant de question sur son départ car son hypothèse comme quoi le garçon ai eu trop froid lui convenait mais elle n'était pas certaine que ce soit le cas pour la bleue et argent qui fixait à présent l'horizon sûrement en grande réflexion, à moins que ça ne soit toujours que pour admirer la nature.

Marine la regarda, elle semblait pensive mais la Gryffondor pourtant très imaginative n'avait pas d'idées sur ce qui pourrait traverser la tête de la rousse qui se tourna vers la timide qui détourna le regard toujours par timidité vers l'oiseau qu'elle rechercha parmi les arbres pour lui servir de refuge. En effet la super technique qui consiste à fixer l'épaule de l'interlocuteur n'avait pas bien fonctionné avec la Serdaigle donc Marine changea sa stratégie en se rabattant sur l'oiseau.

Heureusement peu de temps plus tard la plus grande s'assit dans la neige permettant à la première année de lâcher de nouveau l'oiseau qui décida de s'envoler pour répandre son magnifique chant plus loin. Alors elle rejoignit l'autre élève dans la neige en prenant soin de poser son sac sur une branche d'un arbre pour qu'il ne se mouille pas car le parchemin risquait de ne pas trop aimer ça. Elle s'assit alors à son tour et fut tentée de s'allonger complètement pour dessiner un ange dans la neige comme lorsqu'elle était arrivée au parc ce matin. Mais elle fut interrompu dans son élan par une simple question à laquelle Marine s'accorda un temps de réflexion trop long pour une question si bénigne. Elle fixa le bout des chaussure d'Alyona pour commencer à répondre :
- Et, et bien je suis venue... ici parce qu'en, en allant à la, bibliothèque j'ai, j'ai vu de la neige à, à travers l'embrasure de, la, la porte, et que... Marine laissa un blanc hésitante à ajouter ce détail sans importance, j'aime beaucoup, ça rappelle, de, de bon souvenirs.

Elle sourit et s'accorda le droit de s'allonger dans la neige imprégnant toujours plus ses vêtements d'humidité et d'eau mais elle s'en fichait car elle était heureuse de dessiner un nouvel ange dans la neige fraiche de Poudlard. Son sourire s'élargit, elle tourna la tête vers Alyona décorant sa chevelure brune de nombreux flocons, elle se demandait si cette dernière allait se joindre à elle et dessiner elle aussi son ange des neiges mais fidèle à elle-même Marine se retint de lui poser la question et la garda pour elle.

Ce ne sont pas nos aptitudes qui montre ce que l'on est se sont nos choix.
Absence|Marraine||Deuxième année RP|Marine
Couleur RP #000080

22 mai 2022, 10:55
Nivéale  + 
Cela fait quelques années que j'ai pris l'habitude de me lever tous les matins assez tôt pour sortir dans le parc à son ouverture, soit à l'heure où peu d'autres élèves sont présents dans ce lieu si grand. Être seule face à cette immensité, assister au lever du Soleil, marcher sans que mes sens ne soient dérangés par de quelconques cris, observer sans rien dire, ne faire que ressentir et vivre, ne plus penser aux problèmes et à la suite de la journée, ce sont les raisons qui me poussent à venir tous les jours, sans jamais manquer ce rendez-vous que je me suis fixée. Je ne suis attendue que par moi-même, et j'ai alors l'impression de pouvoir faire ce que je veux. Je goûte un peu à la liberté qu'un oiseau possède quand il navigue seul dans le ciel, sauf que je suis sur terre, et que cette sensation reste éphémère. Néanmoins, elle m'apporte à chaque fois quelque chose de merveilleux ; parfois ce ne sont que les chants des oiseaux qui se répondent, parfois ce n'est que l'éclosion d'une belle fleur ou le murmure délicat du vent. Cependant, peu importe ce qui se passe lors de ces premières heures du jour, je sais que c'est essentiel pour moi de venir ici. C'est comme un appel muet ou une attirance éternelle. Je viens, souvent pour ne rien faire pendant une demi-heure, juste pour respirer avant de me faire emporter par ma journée.
Mais aujourd'hui, c'est un peu différent ; aujourd'hui, j'ai l'impression de m'être fait emportée avant même de rentrer au château.

Je cligne des yeux pour m'extraire à mes pensées. Elles sont un puits dans lequel je tombe à chaque fois, même si j'en connais le danger. À mes côtés, la Rouge s'est assise, ce qui fait apparaître un sourire aussi léger qu'une plume sur mon visage. J'ai l'habitude d'être seule le matin quand je vagabonde dans le parc, mais être accompagnée n'est au final pas si mal ; je me sens presque comprise. *Nous vivons et voyons la même chose*, cela a quelque chose de magique.

*Des souvenirs...* Les miens flottent dans toutes mes pensées. Je respire leurs effluves et je m'endors en les observant, eux qui semblent gravés sous mes paupières. Les bons souvenirs peuvent nous porter bien loin et bien haut. On a presque envie de les revivre encore et encore, de s'en imprégner pour que notre vie ne soit composée que de bons souvenirs. La neige et l'hiver m'en rappellent aussi, que ce soit en Russie, lors des brèves périodes durant lesquelles je suis allée là-bas, mais aussi l'Écosse, Poudlard, un peu, et mes hivers quand j'étais petite et que j'osais encore courir dans la neige pour m'y étaler sans me poser trop de questions.

C'est étrange, parce que c'est cette naïveté attirante que je retrouve dans la Rouge à mes côtés. Elle semble partagée entre retenue et envie, mais moi j'aimerais qu'elle n'ait plus peur. Oh, cela me ferait tellement plaisir de pouvoir replonger en enfance à travers son regard !

« L'hiver aussi me rappelle beaucoup de souvenirs... » J'hésite à parler de la Russie. Je ne me remémore plus tous les moments que j'ai passé là-bas, mais je sais qu'ils ont presque tous étaient beaux. Alors, quand j'y pense, j'ai envie de les raconter, ces quelques souvenirs, peut-être simplement pour pouvoir les revivre un peu. « Et puis, c'est agréable d'être ici ; on se croirait presque seul au monde. » Le froid, la neige, les oiseaux, et nous ; rien d'autre.

Mes pensées viennent s'attarder sur le fait que Marine bégaie en me parlant — *j'lui fais vraiment peur ? Par Merlin...* —, avant de virer brusquement quand elle s'allonge entièrement dans la poudreuse, un grand sourire sur le visage. On dirait qu'elle fait un ange dans la neige, mais peut-être est-ce plus qu'un on dirait. La Rouge semble alors si heureuse, comme si elle était parvenue à faire ce qu'elle voulait sans craindre ma réaction, comme si elle s'était un peu libérée de mon regard. Je ne suis donc pas si effrayante pour qu'elle agisse ainsi devant moi en osant me regarder droit dans les yeux. Au début, quand je suis arrivée dans ce parc, elle était vraiment intimidée. Mais désormais, j'ai l'impression que cela va mieux. J'ai alors la sensation qu'un poids étrange a quitté ma poitrine. Peut-être s'arrêtera-t-elle aussi de bégayer, cela me prouverait vraiment que je ne l'intimide plus autant.

Comme la Rouge, je me laisse tomber en arrière dans la neige. Celle-ci s'infiltre dans mes vêtements pour les rendre humides et gênants. Cependant, je ne fais rien. Tout cela n'est qu'éphémère, et l'humidité sèche rapidement.
Par Merlin, que c'est étrange d'être ainsi allongée dans la neige, comme quand j'étais plus jeune ! Depuis combien de temps n'avais-je pas fait cela ? Des années, certainement ; trop longtemps. Désormais, étendue dans la poudreuse si froide, je me sens bien. J'ai l'impression d'être redevenue plus jeune, et cela me rend heureuse car, si je suis capable de revivre des expériences du passé, peut-être mes souvenirs pourraient-ils eux aussi ressurgir de mon crâne pour me permettre de les revivre à leur tour.

« C'est comme si la présence de la neige nous aidait à refaire vivre nos souvenirs. » J'expire et ferme les yeux, concentrée sur mes perceptions. « J'ai l'impression de plonger dans mes souvenirs et de les vivre une deuxième fois, comme si au début je ne les avais pas vécus totalement. »

Quand je suis tombée dans la neige en Russie, mes habits étaient si froids et humides que mes dents en claquaient. Oh ! et cette fois où mon père m'a montré comment faire un ange dans la neige ! et nos empreintes sur la poudreuse, comme si elles pouvaient y rester pour toujours et vaincre le pouvoir du temps ! Et en Écosse, tous ces hivers au château, avec ces mêmes oiseaux qui chantaient, ce même vent qui soufflait, et cette même neige qui vous glaçait les os. Je respire mes souvenirs comme si je pouvais les revivre pour de bons. Mais, même en essayant, cela ne reste que des illusions, des tentatives vaines et inutiles, des impressions, et rien d'autre.

#466962Sixième Année RP

3 juil. 2022, 10:59
Nivéale  + 
Pour la plus âgée aussi l'hiver ravivait les souvenirs, la fillette ferma les yeux tout en gardant l'oreille attentive se repassant ses hivers enneigés alors que sa famille était au complet. Elle se souvenait de ses après-midis au parc pour profiter de la neige avec son grand frère, ils réalisaient d'innombrables anges des neiges qui avaient pour compagnon quelques petits bonhommes de neige qui résistaient plus ou moins au passages des habitants de la ville venus eux aussi pour profiter des jours enneigés. Le tout formant une arène parfaite pour les batailles de boules de neige à laquelle les parents prenaient eux aussi part.

Alyona continua de parler pour faire part de son bonheur de se sentir seule au monde dans le parc enneigé, ça pour se sentir complètement seules ici, elle avait raison. Pas un bruit à part les branches secouées par la brise matinale et le chant des oiseaux voletant annonçant le début du jour. Et puis vu l'heure la plupart des habitants de Poudlard devaient encore se pelotonner dans leur chaudes couvertures au fond de leur lit ou encore à ce réchauffer les mains devant la cheminée de leur salle commune. C'était compréhensible avec le froid qu'avait apporté l'hiver Ecossais. La cinquième année semblait avoir finit de parler, alors Marine redirigea la tête vers le ciel pour observer les nuages blancs au-dessus d'elle et se laisser mener par ses pensées.

Marine fut rappelée à la réalité par la voix de la rousse qui émettait une hypothèse que la timide trouvait vrai, c'est en passant du temps dans la neige qu'elle avait été bombardée de tous ses souvenirs d'enfances qui s'étaient bousculés dans sa tête pour être revu en premier. Alors oui la neige était une réminiscence enfin au moins pour ceux qui portaient des souvenirs marquants où la neige faisait partie du décor voire tenait un rôle dans ce moment de leur vie. Par contre la première année ne vivait pas du tout ce rappel de souvenir de la même manière, elle revoyait ses souvenirs mais au lieu d'avoir l'impression de les revivre avec plus d'intensité comme Alyona, la fillette se trouvait comme devant un film qui lui réchauffait le cœur.

Maintenant qu'elle avait été arrachées à ses pensées, son corps reprit conscience de l'eau gorgée dans ses vêtement qui lui collait le froid glaçant de la neige à la peau. Avant que ces dents se mettent à claquer la brunette se releva rapidement peut-être même un peu trop car le paysage tangua un moment avant de se stabiliser. Elle secoua la tête chassant les flocons nichés dans sa chevelure qui lui glissait dans son cou au prix de tremblements. Certains plus récalcitrants restèrent décorés ses cheveux bruns. Pour se réchauffer la Gryffonne sautait d'une jambe sur l'autre en resserrant l'écharpe autour de son cou. Elle espérait que sa technique aurait l'effet escompté assez rapidement du moins avant qu'elle se transforme en glaçon géant. Ce n'était peut-être pas une si bonne idée de rester allongée aussi longtemps dans la poudreuse sans bouger.
Désolée pour le retard :sweatingbullets:.

Ce ne sont pas nos aptitudes qui montre ce que l'on est se sont nos choix.
Absence|Marraine||Deuxième année RP|Marine
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5 août 2022, 23:40
Nivéale  + 
Les nuages défilent au-dessus de ma tête, semblables à des bateaux navigant sur un océan de bleu. Certains sont plus grands et plus gris, ils le sont parfois tant qu'on ne voit plus ni le soleil ni le ciel. Je pourrais les observer des heures durant si mon regard n'était pas tourné à l'intérieur de mon crâne, observant, au lieu des nuages semblables à de grands bateaux, mes souvenirs, comme des petites graines, nombreux, grandissants quand je les touche des yeux. Mes iris flottent sur les nuages, fixés sur eux mais ne les voyant pas, j'ai le regard dans le vide, dirait-on. Mais les souvenirs sont-ils du vide ? Des illusions qui surgissent parfois subitement, des fantômes d'une réalité passée trop vite, des images et des sensations perdus dans les recoins des tiroirs de nos pensées, des volutes de fumée au fond d'une pensine, oui, mais pas du vide. Alors, je ne regarde pas vraiment dans le vide, je regarde dans mon histoire. Je remonte le fil de ma vie tout en le tissant ; ou peut-être se tisse-t-il sans que je ne puisse l'en empêcher ? Qu'importe. J'aime le remonter pour plonger mes yeux dans mes souvenirs, comme si je pouvais m'en abreuver du regard.

Le monde est devenu presque totalement silencieux. Après ma prise de parole, tout s'est tu. Quand une démangeaison derrière le bras m'extirpe de force à la douceur de mes souvenirs, c'est la première chose que je perçois. Le silence. Ensuite, il y a l'immense sentiment de froid et d'humidité qui court, s'étale au fur et à mesure que je me concentre sur lui, se révèle et se fait presque vivant dans mon dos, mes bras, mes jambes et ma nuque. Tout est glacé et mouillé par la neige, comme si, être vivant et fourbe, elle avait cherché à s'infiltrer en moi pour s'y reposer. Une grimace me transperce le visage en même temps qu'un frisson qui me remonte le long de la colonne vertébrale. Merlin, je crois que je ne me suis pas assez méfiée de Chioné, je crois que je n'ai pas assez réfléchi avant de m'allonger ici, et, par dessus tout, je crois que je ne pourrai pas rester encore des heures durant dans cette poudreuse, mon corps enfoncé dedans comme dans un lit perfide.

Je cligne des yeux. Mon regard se heurte à la blancheur éblouissante qui perce l'horizon. Puis, les nuages viennent se glisser dans mon champ de vision, une fois mes yeux habitués à la lumière. Tout est d'un blanc si pur que je ne me sens pas à ma place ; j'ai la sensation d'être une étrangère envahissante dans ce paysage. Mais l'hiver me colle à la peau comme un rêve qu'on ne veut pas quitter. Chioné est enivrante pour m'apporter autant de souvenirs, elle est comme un parfum que je ne me lasse pas de respirer, d'inspirer, et d'expirer. Néanmoins, il va me falloir la laisser derrière moi — j'ai tellement de tâches à faire ! —, même si partir est compliqué et douloureux.

Brutalement, mon regard s'arrête sur le corps d'une fille debout. *Qui...?* La mémoire me revient, le prénom se glisse dans ma bouche comme un bonbon acidulé. Marine. C'est cela. Je la regarde et souris, clignant toujours des yeux, encore un peu aveuglée.

La Rouge saute d'un pied à l'autre, son écharpe serrée autour de son cou. On dirait un de ces petits oiseaux rouges qui chante fort et dénote sur le fond blanc du paysage d'hiver. Marine est un peu comme un petit oiseau fragile, elle s'envole quand on s'approche trop d'elle mais est capable d'agir de manière si imprévisible et douce qu'on ne peut que se retourner pour la dévisager. Oh, elle ne chante pas, elle : elle brille naturellement. Néanmoins, s'agitant comme elle le fait, je ne parviens pas à sourire. Elle a froid, c'est évident. Pourquoi ne rentre-t-elle pas au château dans ce cas ? Pourquoi ne part-elle pas se réchauffer, s'envelopper dans une cape chaude et se coller à une cheminée ? Pourquoi reste-t-elle ici ? Je la regarde sans rien dire, mes sourcils se froncent un peu et mes pensées se tordent. Attend-elle que je me lève pour qu'elle puisse partir avec moi ? Merlin, mais pourquoi ?

Sans hésiter, je me redresse, plonge mes mains dans la neige *si froid !*, prends appui sur mes pieds et me relève brusquement. Je me vois contrainte de fermer un instant les yeux, le monde remuant comme en pleine mer autour de moi. Un sourire m'étire le visage face à cette soudaine attaque de sensations.

« Hmm, je crois que tu devrais rentrer. » Je secoue mon bras plein de neige, humide, glacé, bien trop vivant. « Je crois même qu'on devrait toutes les deux rentrer. » En effet, ce serait mieux. Je suis trempée, le froid me mord la peau, les frissonnements risquent d'apparaître à tout instant et le bout de mes doigts me brûle. Merlin, que Chioné est étrange ! Aussi dangereuse qu'attirante, aussi belle que repoussante.

Mon regard se tourne vers Marine. J'ai été stupide, j'aurais dû penser à elle ; cela fait longtemps que nous sommes dehors, elle s'est allongée dans la neige et elle pourrait prendre froid. N'est-ce pas de mon devoir de m'assurer qu'elle aille bien ?

« Aller, viens. » Je fais quelques pas vers le château, me dirigeant progressivement vers celui-ci tout en jetant des coups d'œil à la Rouge et Or pour vérifier qu'elle me suive. « L'hiver est doux quand il nous rappelle des souvenirs, mais il est aussi trompeur. Dès qu'on le laisse nous prendre dans ses bras, il nous mord la peau ! » Un nouveau sourire pousse comme une fleur sur mon visage. L'hiver est trompeur, mais que je l'apprécie ! Je crois que jamais je ne pourrai me lasser de le voir apparaître chaque année dans le parc, je le guette comme les premières fleurs du printemps, je l'inspire comme un parfum exotique. Il me fait rayonner, je m'éblouis moi-même.


Je crois que c'est la fin pour moi (sauf si Marine réagit de manière particulière) ! Merci pour ce RP si doux, et au plaisir de te recroiser au détour de quelques mots !

#466962Sixième Année RP