Le Cœur sur le sol
It’s ok ; someday, I’m gonna be with you.
Tom Rosenthal — It’s Ok
______
Le contact avec le sol est plus violent que ce que tu imaginais. Sans rien pour te retenir, tu bascules tête la première contre la pierre millénaire qui t’accueille à bras ouvert. Tu t’écroules dans ce coin de couloir, sans réellement savoir si le flot d’Autres s’est interrompu ou si, comme si de rien n’était, il a continué à déverser ses eaux dans le Monde. S’il a décidé d’ignorer ton corps frêle et ton visage douloureusement appuyé contre le roc.
Serais-tu assez faible pour oser demander la pitié des Autres, Gamine trop fière ?
Admettrais-tu, cette fois-ci, que Bristyle a gagné ; définitivement gagné ? Qu’elle a anéanti ton envie de te battre et ton besoin de te prouver ta propre valeur ?
Tu voudrais cligner des paupières, mais tu ne peux pas. Dans un état un peu second, proche de la transe, tu sens vaguement un liquide rouge sombre s’écouler de ton nez, et ta pommette te lancer violemment. Ton crâne se retrouve enveloppé d’un mal qui part de ton arcade sourcilière et qui se déverse jusque dans ta nuque, et ton visage a encore cet air mi-stupéfait, mi-confiant, surmonté de ton rictus moqueur, plein de défi.
Pourtant, au-delà de cette apparence pitoyable, de ce nez en sang et de cette joue qui semble se couvrir de bleu, tu te sens bien. Tu ressens tout d’une manière exacerbée, d’une façon qui te fait presque mal ; les bruits qui t’entourent, les braises de ta colère que tu sens encore chauffer au creux de ton estomac, le froid de la pierre qui s’infiltre et couvre ta peau de chair de poule.
L’état d’apaisement qui est le tien est assez étrange, inédit. Jamais tu n’aurais pensé que, ainsi collée le visage contre le sol, entourée de cette rumeur si douloureuse, tu aies envie de sourire. Transformée en statue, dans l’incapacité totale de bouger, tu repasses la rencontre avec Bristyle dans ta tête, en boucle.
Il est évident qu’elle te hait, et c’est cette pensée qui te blesse le plus. Ces feuilles qu’elle t’a arrachées, ces mots qu’elle t’a crachés, ces coups qu’elle t’a portés, jusqu’à ce sort qu’elle a lâché pour pouvoir fuir, tu sais que tu le méritais. Qu’elle a bien fait de te faire subir tout cela. Et tu n’essaies plus de dénier cette légitimité à te faire du mal ; tu l’as blessée, et elle se venge. Ca n’est pas à toi d’exiger des excuses, mais bien à elle.
Sans doute n’aurait-elle pas agi ainsi, si tu n’avais pas cherché à la comprendre. La part de mystère qui l’auréolait était un bouclier, une muraille contre les assauts intrusifs des Autres. Et vouloir percer cela, c’était mettre son âme et ses pensées à nu.
Elle ne l’a pas supporté, et tu as continué, coûte que coûte. Pire ; tu as voulu te venger de ce qu’elle t’a balancé, et tu as réduit en miettes tout espoir de la connaître vraiment.
Finalement, ce qui te soulage ainsi, c’est d’être au clair avec toi-même. C’est de ne pas te cacher la moitié de la vérité, et d’accepter que tu es le problème principal.
Tu voudrais murmurer quelque chose, une supplique ou un pardon à l’attention de cet être fascinant qu’est Aelle Bristyle. Mais, murée dans ce silence qu’elle t’a imposée, tu ne peux que penser cela le plus fort possible, en priant pour qu’elle ressente ce qui te traverse.
Tes paupières grandes ouvertes, transformées, comme l’intégralité de ton être, en pierre glaciale, ne peuvent pas couvrir tes iris qui paraissent se couvrir d’un voile humide. Bientôt, l’eau que tu ne parviens pas à retenir s’écoule et se mêle au sang qui s’égoutte de ton nez.
Tu n’as même plus conscience des Autres qui avancent sans jamais s’arrêter autour de toi. Les sons qu’ils émettent ne sont pour toi qu’un bruit de fond, les claquements de leurs pieds sur le sol ce qui rythme tes pensées.
L’idée que l’un d’eux s’arrête et te libère de ce maléfice qui te fige n’effleure même pas ton esprit. Seule compte Aelle Bristyle, cette Autre qui te hait, et les feuilles qu’elle a emportées.
Ainsi que ce petit pincement que tu sens palpiter avec ton cœur, cette honte qui te taraude.
Tom Rosenthal — It’s Ok
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Le contact avec le sol est plus violent que ce que tu imaginais. Sans rien pour te retenir, tu bascules tête la première contre la pierre millénaire qui t’accueille à bras ouvert. Tu t’écroules dans ce coin de couloir, sans réellement savoir si le flot d’Autres s’est interrompu ou si, comme si de rien n’était, il a continué à déverser ses eaux dans le Monde. S’il a décidé d’ignorer ton corps frêle et ton visage douloureusement appuyé contre le roc.
Serais-tu assez faible pour oser demander la pitié des Autres, Gamine trop fière ?
Admettrais-tu, cette fois-ci, que Bristyle a gagné ; définitivement gagné ? Qu’elle a anéanti ton envie de te battre et ton besoin de te prouver ta propre valeur ?
Tu voudrais cligner des paupières, mais tu ne peux pas. Dans un état un peu second, proche de la transe, tu sens vaguement un liquide rouge sombre s’écouler de ton nez, et ta pommette te lancer violemment. Ton crâne se retrouve enveloppé d’un mal qui part de ton arcade sourcilière et qui se déverse jusque dans ta nuque, et ton visage a encore cet air mi-stupéfait, mi-confiant, surmonté de ton rictus moqueur, plein de défi.
Pourtant, au-delà de cette apparence pitoyable, de ce nez en sang et de cette joue qui semble se couvrir de bleu, tu te sens bien. Tu ressens tout d’une manière exacerbée, d’une façon qui te fait presque mal ; les bruits qui t’entourent, les braises de ta colère que tu sens encore chauffer au creux de ton estomac, le froid de la pierre qui s’infiltre et couvre ta peau de chair de poule.
L’état d’apaisement qui est le tien est assez étrange, inédit. Jamais tu n’aurais pensé que, ainsi collée le visage contre le sol, entourée de cette rumeur si douloureuse, tu aies envie de sourire. Transformée en statue, dans l’incapacité totale de bouger, tu repasses la rencontre avec Bristyle dans ta tête, en boucle.
Il est évident qu’elle te hait, et c’est cette pensée qui te blesse le plus. Ces feuilles qu’elle t’a arrachées, ces mots qu’elle t’a crachés, ces coups qu’elle t’a portés, jusqu’à ce sort qu’elle a lâché pour pouvoir fuir, tu sais que tu le méritais. Qu’elle a bien fait de te faire subir tout cela. Et tu n’essaies plus de dénier cette légitimité à te faire du mal ; tu l’as blessée, et elle se venge. Ca n’est pas à toi d’exiger des excuses, mais bien à elle.
Sans doute n’aurait-elle pas agi ainsi, si tu n’avais pas cherché à la comprendre. La part de mystère qui l’auréolait était un bouclier, une muraille contre les assauts intrusifs des Autres. Et vouloir percer cela, c’était mettre son âme et ses pensées à nu.
Elle ne l’a pas supporté, et tu as continué, coûte que coûte. Pire ; tu as voulu te venger de ce qu’elle t’a balancé, et tu as réduit en miettes tout espoir de la connaître vraiment.
Finalement, ce qui te soulage ainsi, c’est d’être au clair avec toi-même. C’est de ne pas te cacher la moitié de la vérité, et d’accepter que tu es le problème principal.
Tu voudrais murmurer quelque chose, une supplique ou un pardon à l’attention de cet être fascinant qu’est Aelle Bristyle. Mais, murée dans ce silence qu’elle t’a imposée, tu ne peux que penser cela le plus fort possible, en priant pour qu’elle ressente ce qui te traverse.
Tes paupières grandes ouvertes, transformées, comme l’intégralité de ton être, en pierre glaciale, ne peuvent pas couvrir tes iris qui paraissent se couvrir d’un voile humide. Bientôt, l’eau que tu ne parviens pas à retenir s’écoule et se mêle au sang qui s’égoutte de ton nez.
Tu n’as même plus conscience des Autres qui avancent sans jamais s’arrêter autour de toi. Les sons qu’ils émettent ne sont pour toi qu’un bruit de fond, les claquements de leurs pieds sur le sol ce qui rythme tes pensées.
L’idée que l’un d’eux s’arrête et te libère de ce maléfice qui te fige n’effleure même pas ton esprit. Seule compte Aelle Bristyle, cette Autre qui te hait, et les feuilles qu’elle a emportées.
Ainsi que ce petit pincement que tu sens palpiter avec ton cœur, cette honte qui te taraude.
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Chères Plumes de @Lili Cooper et @Elowenn Isildür, je m'excuse encore
mille fois pour cet ignoble retard. J'espère que ce post vous aura plu.
Chères Plumes de @Lili Cooper et @Elowenn Isildür, je m'excuse encore
mille fois pour cet ignoble retard. J'espère que ce post vous aura plu.
• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée