Contexte Rouge SOLO

[ CONTEXTE ]


[ 31 OCTOBRE 2044 ]
Couloirs, Poudlard

Charlie, 15 ans.
3ème Année Double


Image postée par le membre




Repulso.

En cette soirée de Bal d’Hallowen, il existait un contraste flagrant entre les élèves qui y assistaient et ceux qui ne voulaient même pas en entendre parler. Contraste de pensées, d’abord, puis contraste de lieu, d’animation et d’agglutinement — en somme, un remarquable contraste de bruit.

Accio balle.

Dans les différentes ramifications du quatrième étage, siège du Bal, beaucoup d’élèves semblaient épris d’émotions diverses, affrontant ou embrassant ce qu’ils ressentaient dans leurs corps changeants. Ils étaient des aventuriers intérieurs qui s’ouvraient aux autres. Des sentiments complexes à appréhender pour certains et tellement évidents pour d’autres. Des cris retentissaient par ici et des hurlements fantasmaient par là. En cette soirée, les rivages qu’étaient tous ces élèves s’entrechoquaient d’émulsion. Ils étaient tous différents, mais partageaient une expérience commune, les rapprochant inconsciemment.

Repulso.

Du moins, jusqu’à ce que certains rivages ne supportent pas la couleur si différente des autres eaux. Comment peut-elle être si différente de moi, alors qu’on est censés se ressembler, s’assembler ? Des implosions qui débouchent en des explosions. Des cris. Des sortilèges. Puis un silence étrange, dramatique. L’émulsion se tasse, mais tous sont là, présents. Dans les retranchements du quatrième étage, les aventuriers — malgré leurs différences insurmontables — pouvaient se targuer d’avoir tous partagé la même chose : la Douleur de l’Autre.

Accio balle.

Loin d’ici, perchée dans les hauteurs du septième étage, une Gryffondor flânait dans les couloirs ; elle n’avait rien perçu de toute cette Douleur. Sagement assise sur le rebord d’une alcôve donnant sur une large fenêtre, une jambe se balançant dans le vide et l’autre repliée contre sa poitrine, Charlie observait le Parc d’un regard encombré. Un vacarme se déroulait dans son émeraude, aussi silencieux qu’intense, aussi fugace que permanent.

Son regard s’extirpe de la nuit pour se poser sur sa main gauche, ses doigts renfermait une balle en caoutchouc mou, similaire à un Cognard.
D’un geste détaché, la Rouge et Or jette celle-ci sur le sol contre lequel elle s’écrase mollement, sans rebondir, adoptant rapidement les aspérités de la pierre. De sa main droite, baguette serrée, elle pointe la balle tout en faisant taire le vacarme de son regard ; c’est fugace, mais éclatant. Et ses lèvres libèrent sa magie pleine de volonté.

Repulso.

Une gerbe de blancheur percute la balle, qui se fait propulser loin de Charlie, pour finir sa course écrasée contre le mur adjacent et dégringoler jusqu’au sol avec la même mollesse. Parfait. Réussi.
Pourtant, la consistance de la balle rendait ce sortilège très peu impressionnant, elle ne produisait aucun son lorsque celle-ci se faisait percuter. Et pour ne rien arranger, le simple plotch qui résonnait timidement lors de son atterrissage contre le mur finissait de rendre ce spectacle bien ennuyeux. Cela n’empêchait pas à la gryffonne d’en ressentir une fierté certaine, c’est grâce à ses entrevues — et les astuces — de la Sous-Directrice qu’elle avait maîtrisé ce sortilège en un temps record. Il faut avouer que cette balle était diablement efficace, cela faisait plusieurs soirs que Charlie passait son temps à alterner entre ses réflexions intérieures et sa pratique de la magie.

Accio balle.

L’objet visé décolla du sol pour foncer dans la paume ouverte qui l’attendait. Poc. La main réceptionneuse a dû descendre bien bas pour rattraper l’objet en perte de force. Ce sortilège-ci était bien plus compliqué à maîtriser. Néanmoins, cela ne décourageait la volonté de la gryffonne, bien au contraire. Quoique son attitude semblait plus détachée ce soir.

Un soupir traverse ses lèvres lorsqu’elle pivote son visage vers la fenêtre. Dehors, l’obscurité de la nuit était comme les autres nuits ; mais quelque-chose était différent en cette soirée. Certainement était-ce les formes chaotiques que prenaient son émeraude en pensant à ce mot qui tambourinait dans son esprit.
Bal.
La nuit ressemblait tellement aux autres, pourtant.
Bal.
Mais tout était différent, les ombres semblaient plus grandes que leurs hôtes ; elles régnaient, maîtresses de cette soirée.

Tss… siffla la gryffonne en accompagnant cela d’un profond soupir. Sa jambe ne se balance plus dans le vide. Sa main est contractée sur la balle-trop-molle.
Charlie n’avait aucune envie de retourner dans ses dortoirs, toutes les filles avaient l’air d’être tellement contentes de se faire belles. *’n’importe-quoi*. C’était dégoûtant. *Vraiment que d’la merde.

Quelle belle bande d’abruties !



*Mais ’doit plus y avoir personne maint’nant*. Je n’en suis pas sûre.
Je ne sais même plus depuis combien de temps j’ai les fesses plantées sur cette fenêtre.

Bon Dieu ! ma voix rebondit contre les murs. Pas grave, personne ne m’entend ici. « Tout ’fait chier ce soir ! ». D’un coup, je catapulte la balle si fort contre la vitre que j’ai l’impression de m’en décoller l’épaule. « Hha ». La douleur se réveille d’abord dans mon bras, puis fonce dans mon dos comme une traitresse. Déchirant ma colonne vertébrale.
*’fait c’que tu veux*. De toute façon, rien ne va ce soir. Les Autres et leurs gueules de merde, la nuit et ses ombres menteuses, moi et ma magie qui n’avance pas, et ce truc de bal. Bordel, ce foutu bal. Je ne savais même pas pourquoi il me faisait aussi mal. « Mal ? », m’entends-je en double, comme un fantôme réverbérant.

Je cligne des yeux.
La nuit s’étend comme une folle sur l’herbe du Parc, et encore plus loin sur la peau luisante du Lac. *’j’réfléchis trop*. Ce n’est pas bon. Je devrais me concentrer sur mon entrainement.
Mon regard se pose sur la petite balle que j’ai ramassée.
Ça faisait combien d’heures que je m’entrainais ? Des années ? *’pas ce soir*. Je me sentais fatiguée de tellement de choses. Mais il y avait pire que ça, le truc qui me donnait envie de toute fracasser : je n’arrivais vraiment pas à savoir ce qui clochait. « ‘chier ». Je n’en avais rien à foutre des filles dans les dortoirs. Rien à foutre du silence des couloirs. Rien à foutre que les Autres soient tous souriants. Mais par contre, ce bal…

Ce foutu bal…

En serrant la balle et mon arme de toutes mes forces, je jette mes pieds par terre. *’marre d’rester là*. Le besoin de marcher me labourait la gueule.
Juste marcher, peu importe où. Marcher pour écraser mes pensées, les laisser couler sur toute la pierre du château. *Pas l’quatrième*. Après ça, j’irais me foutre dans mon lit ; quand je serais bien morte de fatigue.
Je fourre la balle dans une grande poche de mon uniforme, et j’arrange la petite cape sur mon dos. *Bien*.
Mes jambes se jettent en avant ; un peu au hasard dans les couloirs.



oOo
Plus tard



Je ne peux pas m’empêcher de penser. L’énorme bordel de pensées qui se cache dans ma tête s’est décidé à me faire chier sans s’arrêter. Dès que j’essaye de penser à autre chose, une composition aux notes compliquées ou juste la beauté du point noir de croche, quelques secondes après, je me sentais emportée. Encore une fois. Je me fais kidnapper par moi-même. Quelle connerie.

Tss…

Mon souffle commence à fatiguer, mais je continue. Ce soir, j’ai décidé de ne pas m’arrêter jusqu’à tomber de fatigue. *Comme ça j’pourr…*.
Au détour d’un angle du sixième étage, un bruit me frappe la conscience, l’éjectant tellement loin qu'elle s’écroule dans l’horizon ; disparue. Mes pas se figent.

*’qu’c’est qu’ça ?*. Je connais ce bruit. « Hhha… ». Ma respiration. Pourquoi elle me frappe ? *Bordel*. D’un coup, mon cœur s’enraille. *Je…*. Ce bruit ! Cette respiration ! JE LA CONNAIS !
Un volcan se révei…
Non.
Je Suis le volcan.
*SAINTE-MANGOUSTE !*. Tout tombe en moi. Et mes jambes se propulsent en avant, sans m’écouter. *BORDEL !*. Je sais que je ne dois pas aller par là ! Mais je ne peux pas m’arrêter ! Je dois courir ! Je COURS ! *NON !*.
Toutes mes forces se jettent vers le Bruit.
Je ne vois plus, seules mes oreilles me tirent vers l’avant. Mes poumons brûlent ma peau. Je brûle ? *PAS ICI !*. Je n’y crois pas. Ça ne peut pas être cette respiration ! Je ne suis pas à l’hôpital ! *NON !*.

C’est proche.

Là-bas, à l’angle. Je l’entends. J’arrive.
J’arrive ! Même si je ne veux pas venir.
Je ne suis plus dans mon corps, mon crâne est à des kilomètres d’ici, dans les faubourgs Londoniens, entre quelques grandes enseignes, là, l’entrée ridicule du plus grand hôpital pour Sorciers. J’ai envie de fuir. Plus jamais ça. Pour personne. *BORDEL !*.

L’angle disparait. Et j’apparais. Je suis là.

Là, en face, le Bruit. Allongé sur le matelas marron de pierre, par terre. Je ne respire pas. Alors il me frappe la gueule. Expulsée. Jetée à côté. Là.
Un grand gars, les fesses par terre lui aussi. Ses yeux sont vides, mais pleins de larmes. Il est là sans être Là.
Et le Bruit qui m’appelle, m’attire. Il m’attrape les cheveux si fort qu’il me décolle le crâne.
Je la vois, là. Cette bouche qui n’arrive pas à respirer. Comme moi. Qui hurle de ses poumons silencieux. Pas comme moi.
Cette bouche qui s’étouffe purement, et durement. Et…
Et ses mains écrasées, folles, contre sa gorge bleuie.

‘on ‘Dieu d’bordel.
Dernière modification par Charlie Rengan le 7 nov. 2021, 10:51, modifié 1 fois.

« Bienvenue chez Toi »

Contexte Rouge SOLO
En un seul bond, je me jette par terre.
La peau de mes genoux s’arrache à travers mon pantalon. Je l’entends se décoller. « Bouge pas ! ». Mais je ne ressens plus aucune douleur dans mon corps, mon crâne gueule beaucoup trop fort.
Je suis collée au Bruit, ma peau contre la sienne. Ses mains sont déchainées, ses mouvements complètement saccadés. J’entends l’air se faire fouetter par ses doigts. *’dieu…*. Je ne sais même pas pourquoi ce genre de détail me perfore la tête.
Je m’approche, alors que ma bouche ne veut plus s’ouvrir.
Là, ses yeux, à elle, cette fille-de-Bruit, révulsée. Son regard en lunule, d’un noir tellement noir qu’il rayonnait. Hurlait. « Bordel d’bordel ! ». C’est lui qui crie dans ma tête ! « Respire ! ». Je ne contrôle plus mes mains qui se collent aux siennes. C’est moi. Non, non. Non. J’ai l’impression que c’est moi qui l’étrangle.
Et sa bouche.
Là, son énorme langue dans sa toute petite bouche, à elle, convulsée. Mes doigts dérapent, je perds prise. Je glisse sur elle. Tout son corps fouette l’air comme un fou. « Hha… ». Il faut être totalement fou pour se contracter comme ça. Comme un démon. « Arrête-de ! Bouge-pas-j't'ai-dit ! ». Et ses yeux me trouvent. M’attrapent. Me trouent.
Elle me regarde, comme un démon.
Mes mains se plaquent sur elle, sur sa poitrine, je crois. Mais elle me regarde toujours.
J’appuie sur elle. Et ça me donne envie de chialer. *’doit t’frapper ?!*. Son noir est visé en moi. Ça me donne envie de disparaître, là, pour tout là-bas. *‘doit t’soulever ?!*. Elle ne bouge plus beaucoup.
Depuis quand ?
Elle me regarde tellement, que je ne sais plus quoi regarder d’autre. *RÉPONDS-MOI AU LIEU D’ME TUER !*. Je me demande pourquoi ça gueule, encore.
Je ne respire plus.
Son corps n’est plus crispé. Je sens à travers mes doigts le ballon de son estomac et la mollesse de sa poitrine. Ma bouche remue, mais rien ne sort.
Elle était impossible à toucher, là, à l’instant. Pourquoi elle ne sursaute pas en boucle, comme là, à l’instant ?
Pourquoi je suis là, avec cette fille collée entre mes mains ?

Je regarde ma paume.
Elle est en kaléïdoscope. J’ai autant de doigts que ça ? Je n’entends plus ma respiration. Mes doigts dansent sans moi. Je vois le plat de ma main. Il faut que je frappe son cou ?
Je vais frapper son cou.
Et mon regard écorche son chemisier, sa peau trop blanche, jusqu’à lui balafrer son regard renversé. « Non… ». Une lueur me fixe. Elle s’enfonce dans ma tête. Sa bouche siffle un souffle écrasé, aussi fin qu’un filin. « Non… ». Elle ne se bat plus comme un démon.

Elle meurt. Cette fille est en train de me crever entre les doigts.




Le temps est pris en photo, il n’ose plus bouger au risque de rater sa pose, de flouter les couleurs et de tout gâcher.

Le visage atrocement tordu, les yeux de Charlie sont mouillés sans larmes ; écarquillés, paraissant totalement fous tant leur éclat est altéré. Une nuance aussi terne que puissante, aussi intérieure qu’extérieure. Dans son regard se malaxait un ouragan entre le Noir et le Vert. Entre la Serdaigle et la Gryffonne. « Bordel… ». Les notions de taille n’existaient plus dans cet état, à même le sol. Il n’existait plus de grande ni de petite. Sur la roche du château, seules deux corps se percutaient de leurs regards de mort.
Le Noir était un miroir qui se prenait son reflet. Un reflet aux mille souvenirs et douleurs. Un déferlement de passé qui entravait toute capacité de réflexion de la Rouge, de Vert.

Un hurlement s’entend au loin, plusieurs étages plus bas.
Le temps cliquète ; et se déchaine.
Violemment, les réflexes de Charlie se réveillent. Enfin.
Ils sont euphoriques et brûlants à l’idée d’être libérés sans la moindre limite d’esprit. La réflexion n’existait plus en cet instant. Seul le Déferlement manœuvrait la gryffonne.
D’un seul geste, Charlie dégaine sa baguette, et pointe l’extrémité sur la bouche de la Serdaigle, mais sa main se fige. Ses réflexes s’écrasent. Fracassés contre un mur.

La magie commençait à bien s’ancrer dans son être, mais cette magie n’avait pas encore acquis le statut de réflexe. « ‘sert à rien ! ». Son arme est jetée au sol sans la moindre précaution ; elle tinte pitoyablement, comme le ferait un simple bout de bois.
Le regard-au-vortex se plante sur cette bouche grande ouverte « Hhaa… », un gémissement lui échappe. Cette bouche qui abrite une langue aux teintes d’abysses, aux nervures mortelles. Ce qui déclenche la décharge d’un puissant réflexe dans son corps. *VITE !*.
La main de Charlie s’enfonce brutalement dans ce trou béant ; la langue s’écrase au fond, intimidée. Ses longs doigts se rétractent difficilement dans le petit espace, raclant les parois avec ses ongles, lacérant la langue, les gencives et cognant les dents. « Bouge pas ! ». Tous les doigts sont rétractés — formant un poing compressé à l’intérieur de la bouche — sauf le majeur, qui s’enfonce profondément dans la trachée. « Aah ! ». Les dents de la Serdaigle écrasent soudainement la main intruse ; un puissant réflexe pour elle aussi, irrésistible. Exaltant.
Mais les nerfs de Charlie sont éteints, la douleur n’arrive pas à percer le cyclone de son esprit.
Son majeur s’enfonce encore plus, laissant derrière lui des doigts distordus et une peau qui se décharne sous la dure pression des dents.
Là.
Dur. Juste là.
À l’extrémité de la pulpe de son majeur, une peau très dure, qui n’a rien à voir avec le reste de la gorge molle. Un violent hoquet secoue la Serdaigle, toute sa trachée se contracte pour régurgiter cette intruse. Elle vomit sans vomir, cette peau bloque tout. « ‘dieu ! ».
La fulgurance du réflexe.
Charlie gonfle les muscles de son épaule, contracte l’entièreté de son avant-bras, puis — d’une force monstrueuse et d’un coup sec — elle enfonce son index le plus profondément possible.
Ses autres doigts frappent contre le fond de la bouche, son fin poignet est engouffré au niveau des dents, et la peau trop dure a disparu. L’obstacle est tombé, dévalant la falaise de la trachée.
Une contraction si dure et si brusque de la gorge écrase toute la main de Charlie. Puis un mur mouillé s’écrase contre son majeur, l’entourant de sa chaleur. « Aaah ! ».
D’un coup, toute la réalité de son regard transperce son esprit. Charlie sent la morsure sur sa peau, ses doigts hurlant de douleur, et la tenaille barbare de cette bouche.
D’une seule impulsion, elle extirpe toute sa main.
Si fort qu’elle bascule en arrière. Son autre bras amortit sa chute. Ses yeux sont à la limite de sortir de leurs orbites.

Un court silence s’abat, qui dure une éternité.
La bouche de la Serdaigle hoquète une seule fois. Et une gerbe de vomit explose de celle-ci.
Son corps roule difficilement sur le côté, celui-ci était d’une lourdeur infinie. Puis une autre gerbe — plus violente — explose. Elle s’écrase au sol, marquant la roche d’une étoile fumante. « Hhhaa ! » Une respiration s’enclenche, en même temps que la gryffonne se met à nouveau à respirer. « Ha… ». Les deux corps tremblent, l’un de terreur, l’autre d’incrédulité. « Ha… ».
Le temps se remet à cavaler.

Et un autre corps, là, juste à droite. Un garçon aux couleurs Vert et Argent, qui est resté figé, le regard vidé, semble trembler d’une manière très différente. Aussi rapidement que la cavale du temps.

« Bienvenue chez Toi »

Contexte Rouge SOLO
Irrémédiablement attiré par ce danger, le regard-redevenu-émeraude se décoche aussi rapidement qu’une flèche vers le Serpentard. « Hha… ». *N…*. La poitrine du garçon se soulevait à un rythme frénétique. « Hha… » Mais son souffle était si faible et si court qu’il ne parvenait pas aux oreilles de la gryffonne.
*Non… ça r’commence…*. Toute son attention se mets à envelopper ce grand corps, l’entourant de son intensité, baignant chaque parcelle de son organisme dans les stries de son Vert.
Vert Brut, débarrassé de tout Noir. Contraction. Un agacement qui s’amoncelle en colère. *Pas ça !*. Et un feu qui incendie les montagnes de son regard. « Bordel ! ».

Charlie se jette en avant ; droit sur le garçon figé. La douleur qui éclate dans ses genoux à vif tord son visage, mais elle n’y prête pas plus attention. « Hé ! ». D’une main qu’elle tente d’adoucir malgré la colère, elle attrape le menton du Serpentard et le tourne vers son visage.
Tel un pantin cassé, les pupilles du garçon ne suivent pas le mouvement de son visage ; celles-ci ne changent pas leur axe, figées aux coins de ses orbites, plantés sur la Serdaigle qui continue à émettre des râles de régurgitation. Son regard est écarquillé, tétanisé, complètement possédé. Son visage est raide et son expression terrorisée. Là, à quelques centimètres de la Rouge. *Oh bon Dieu*. C’est étrangement cette image précise qui resta gravé dans la mémoire de Charlie plusieurs jours plus tard ; malgré toute la violence qu’elle avait ressenti face à la Serdaigle.

Regarde-moi ! crie-t-elle en plaquant son autre main sur le visage figé, le forçant à se détourner de sa fixation.

Le souffle de Charlie frappe contre le visage du garçon, comme une vague se fracassant contre une falaise. Et enfin, les yeux d’un bleu glacial, terrifié, grincent vers le Vert. Puis tombent dedans.
Les sourcils de la gryffonne se froncent, et ses doigts se serrent contre cette figure. *Oh*.
Un flottement de l’air, une accalmie soudaine. Qui pourrait penser que ce couloir était empli d’une tempête ? Un cyclone qui ouvrait son œil, d’un calme plat, presque dérangeant. Toute l’attention semblait converger vers un seul point : l’illusion du silence.

Et tout se déchaina.

La respiration du Serpentard s’emballe si brusquement que Charlie sursaute. « Hé ! ». Le regard-d’un-bleu-de-ciel s’échappe, il s’étire entre les mains sombres qui le tenaillent ; il veut uniquement retourner vers l’autre-fille, là-bas, celle qui ne va pas bien. Il faut faire quelque-chose pour elle ! Il faut vite agir pour l’aider !
Et son souffle s’enraille, une crise d’angoisse comprime ses poumons si fort qu’il se met à respirer en râles.

Regarde-moi, bordel !

Mais la tenaille Rouge ne le lâche pas, elle l’empêche de retourner sur l’autre-lande, là-bas.
Alors, le regard-du-ciel s’abat et se débat contre l’émeraude, tempêtant de ses poumons d’enfant, de bambin, et d’encore moins. Serrés, tenaillés. L’impression que le ciel lui était tombé sur le buste.
Mais l’émeraude est Dur, il ne le relâche pas. « Voilà ! Reste sur moi ! Y’a rien ! ». La prédominance des réflexes gronde, et les lèvres de Charlie percutent le visage du Serpentard. Un baiser sur la joue, puis sur son œil droit, puis sur son front. Frénétiquement, aussi rapidement que la cavale du souffle.
Une bouffée de chaleur si terrible s’engage dans le corps du garçon qu’elle manque d’arrêter la course de son cœur. C’est insoutenable, il est agressé de tous côtés : l’autre-fille qui meurt ; et celle-ci qui l’étouffe.
Il est en train de mourir, lui aussi ? « Regarde-moi ». Et son regard est attiré par cette voix, réellement cette fois-ci.

Ses yeux bleutés s’accrochent à ces lèvres qui bougent. « Y’a plus rien, juste r'garde-moi ». Un mouvement lent de ces morceaux de chair rosée, mais qui ne l’étouffe plus au final.
Puis le Vert, là, juste au-dessus. Il ne veut pas me faire du mal, celui-là. Pas vrai ?
Il a fait disparaître l’autre, ce Vert. Il a réussi ce que je voulais faire. Je lui ai dit, c’est moi.
Je l’ai sauvée.

Le souffle du Serpentard s’allonge, ses poumons se desserrent. « Hha… ».
Aussitôt, Charlie relâche son étreinte et se laisse retomber sur les fesses, sans chercher à amortir le choc. Une douleur éclate dans sa colonne vertébrale. « Hhaa… ». Ce n’était pas si important, elle était trop concentrée à surveiller les yeux-de-ciel qui la fixaient. *’bordel… r’part pas… *. La douleur de sa main décharnée, ensanglantée, ne s’était toujours pas frayé un chemin jusqu’à son esprit.
Charlie détourne les yeux pour aller jusqu’à l’autre fille, étrangement silencieuse.

Là, à demi-allongée, les épaules tremblantes, la Serdaigle fixe la Rouge de son puissant regard de jais. « Hha… ». Une Gryffondor qui respire difficilement.
Étrangement, la fille-au-regard-noir semble avoir récupéré toutes ses capacités ; si l’ont ne prenait pas en compte la sueur qui dégoulinait sur son visage et la pâleur inquiétante de sa peau. Quelques secondes arrachées au temps s’écoulent.
Le Noir ne quitte pas le Vert. Il y est même terrible plongé.
Un regard intense, aux émotions bousculées, qui s’entrechoquent à pleine vitesse, à grande dureté. « Hha… ». Un regard Noir qui est tout sauf noir. Malgré son encombrement, il brillait de fascination.

L’odeur aussi âcre qu’agressive du vomi envahit les narines de Charlie, qui abandonna le Noir pour le Bleu ; de ciel. Baissé vers le sol. « Hha… ». Calmé. *’dieu d’bordel…*.

Dans les boyaux du couloir, s’entendait trois respirations désarçonnées, décomposées. Qui formaient pourtant une belle composition, un orchestre à trois voix.

La Serdaigle s’appelle Nejma Hoster ; sœur de Louna Hoster.

Le Serpentard s’appelle Alistair Trilke ; demi-frère de Louna Hoster.

Et, enfin, entre les deux autres, se tenait Charlie la Rouge ; à la nuance d’Émeraude.



[font=Trebuchet MS]F I N[/font]

𝄞

« Bienvenue chez Toi »