POUR L'ORBE !
.oOo.
[ CHAPITRE PRÉCÉDENT ]
Le spoil, c’est moche ; n’est-ce pas ?
◈ Hibou ◈
[ 27 OCTOBRE 2045 ]
Rive du Lac Noir, à l'Extrême Sud-Ouest du Parc, Poudlard
Après les Cours
Charlie, 16 ans.
4ème Année

∞
[ CHAPITRE PRÉCÉDENT ]
Le spoil, c’est moche ; n’est-ce pas ?
◈ Hibou ◈
[ 27 OCTOBRE 2045 ]
Rive du Lac Noir, à l'Extrême Sud-Ouest du Parc, Poudlard
Après les Cours
Charlie, 16 ans.
4ème Année

∞
Les yeux plantés sur cette toile cramoisie parsemée d’une couronne d’herbe, je respire lentement.
Ma tente est totalement pliée par terre, à côté de moi, carrée, plate, ne dépassant pas le mètre.
Mon dos est tellement droit que je pourrais percuter le ciel avec le haut de mon crâne. La trajectoire de cette flèche est l’horizon de mon esprit, mais mon cou n’est pas d’accord. Il pique, il geint et gémit au milieu de sa torsion qu’il qualifie d’injuste. *Shhhtt…*. Pourtant, je finis par l’écouter.
D’un mouvement ralenti, je détourne mes yeux de la tente pour aligner mon visage à mon buste.
Assise en position du lotus à même le sol, j’ai l’impression de ne sentir ni le froid, ni mon propre corps. Dans mon esprit, je suis détachée de cet endroit ; et j’ai du mal à contenir mon excitation.
Ressentir et se détacher. C’est tellement inverse que je suis dans un entre-deux déchirant. *Silence…*. Depuis trois jours, aucun entrainement physique ni magique. Je récupérais pour cette journée.
Non. Pas pour cette journée, mais pour ce moment précis qui approche à grande vitesse. Je le ressens.
Non. Je dois me détacher. Les conseils d’Alistair sont importants. Me détacher.
Me détacher comme le fantôme d’un bouchon, laisser la pression gonfler toute seule dans la bouteille, en la regardant de très loin, puis la réintégrer brusquement au dernier moment, pour mieux exploser. Ouais.
C’est foutrement intelligent.
Non. *Silence*. C’est n’est pas foutrement.
Tais-toi, mon cœur.
C’est juste intelligent.
Pas d’émotion.
Derrière moi, l’étendue du Lac ; surmontée par la grande cape de la Forêt Interdite.
Face à moi, la grande esplanade de verdure ; brisée uniquement par la Cabane à une centaine de mètres tout là-bas. Les visages de Nejma et Alistair ne sont pas tournés vers moi, ils ont l’air de parler entre eux ; cachés au bord de la petite cabane, sur le côté gauche. *Silence*. Les cours étaient finis depuis seulement quelques minutes, alors je vais encore attendre un bon moment. Sûrement.
C’est bien. Ça me donne carrément le temps de me détacher totalement. D’aller jusqu’au bout avant… *Silence* avant la suite.
Je respire aussi lentement que profondément.
L’air glisse sur ma peau sans me faire quoi que ce soit. C’est juste une peau.
La notion de température a disparu, la notion même de mon corps me semble floue. J’ai l’impression de m’étirer ailleurs. Tout en haut, je suis allongée sur un nuage que j’arrive à toucher, qui m’accueille de sa texture sèche. Et cette sensation de sécheresse m’entoure une nouvelle fois.
Dieu… je me sens tellement concentrée aujourd’hui. J’ai réussi à atteindre le nuage sans trop forcer. L’esprit contracté.
Non.
*Silence…*.
Apaisée. Relâchée.
Dans un entre-deux pendant que j’essaye d’amputer le premier des deux.
Je prends conscience de mes doigts qui tenaillent mes genoux.
Ailleurs. J’oublie. J’éloigne.
Haute dans le ciel, le crâne planté dans cette même voûte céleste.
Mon cou ne me fait plus mal, il est bien aligné. Je ne ressens plus grand-chose.
Tout là-bas, le château a une forme brumée. Est-ce qu’il est réellement entouré de brume ou est-ce que je suis trop haute ? Aucune idée ; de savoir.
Ici, je ne veux plus savoir. Je ne veux plus ressentir. Ni être. Loin.
Je m’éloigne encore. La roche grise emplit mon regard de rien.
J’avais l’impression d’attendre, tout à l’heure.
Non. Ici, le temps se perdait dans ses corridors. Son propre labyrinthe le faisait pleurer, comme un nuage mouillé.
Merde. J’ai mouillé le nuage et sa texture est maintenant cascade.
Ce n’est rien. Là.
Haute.
Là…
*Silence*.
Dernière modification par Charlie Rengan le 20 juil. 2023, 22:21, modifié 1 fois.
POUR L'ORBE !

Aodren Bristyle
17 ans, 7ème année
27 octobre 2045
Sur la rive du lac — Poudlard
Aodren baisse les yeux sur la missive qui repose sur son lit, désagréable reflet du courrier plus ancien qu'il tient entre ses doigts et qu'il relit en biais, comme s'il avait peur des conséquences si jamais il se concentrait trop dessus. Mais les conséquences, il les connait déjà. Il y a sept mois, le courrier reçu à l'aube, celui-là même qu'il lit et relit, lui a déjà fait ressentir des émotions malvenues. La condescendance des mots écrits, leur confiance insupportable, cette impression d'être congédié comme une quantité négligeable... Aodren a profondément été atteint dans sa fierté. Alors, et cette question prend toute la place, elle l'envahit parfaitement : comment peut-il ne serait-ce qu'envisager répondre positivement à la nouvelle invitation reçue ce jour ?
« Invitation mon cul, ouais..., » grogne le Serpentard en fusillant les parchemins du regard.
Rengan n'invite pas. Elle exige. Elle pense que tout lui est acquis. Comme si elle savait qu'il allait accepter sans sourciller. Puisque de toute façon il n'est bon qu'à cela, n'est-ce pas ? Attendre comme un con d'être rappelé au bon souvenir d'une foutue Gryffondor complètement dérangée. Une envie adolescente grouille dans le cœur du jeune homme : celle de refuser, tout simplement parce qu'il en a la possibilité, pour montrer qu'il peut le faire. Il veut hurler à la fille son indépendance : je ne suis pas à ta botte, Rengan !
Il ne fera rien de tout cela.
Il musèle son envie immature, malgré sa contrariété et son ventre noué par la frustration. Ce qu'il peut détester ça ! Non... Ce qu'il déteste, c'est Rengan. Ça le prend au tripes et lui déglingue le corps. Sa haine est profondément ancrée en lui. Depuis des années, Rengan en est la personnification même. Quand il pense à elle, son esprit s'assombrit. Emporté par un courant provenant directement de son cœur, sa colère est une masse visqueuse qui se répand dans ses veines et qui réveille le moindre de ses nerfs. Aodren a parfaitement conscience de cette noirceur violente — il n'en déteste que davantage Rengan. Quelle ardeur met-il à contrôler ses émotions ! Chaque nouvelle pensée détestable est écrasée par ses bons soins. Il refuse d'être soumis à cette haine, il refuse d'en être le pantin. Charlie ne l'aura pas comme elle a eu Aelle. Il s'en fait une nouvelle fois la promesse.
Le Serpentard appuie ses paumes contre ses paupières et étouffe un soupir. Il ne pourra plus se rendormir, il le sait. Il enfile donc un jogging : le couvre-feu est levé, autant aller se changer les esprits dans la course à pied. Tout plutôt que d'angoisser pour le rendez-vous à venir. Il sait très bien qu'y aller est nécessaire. Il le sait depuis qu'il lui a dit qu'il était d'accord pour lui apprendre des trucs si tant est qu'elle fasse la même chose de son coté. Il y a plus de deux ans, quand il a pris la décision de rejoindre la Cause et que Vülk est né, quand il a commencé à suivre les enseignements de Mother : il s'est engagé à faire de son mieux pour en apprendre davantage et surtout pour se confronter à des situations inédites. Le but final étant de devenir capable de défendre ceux qui l'entourent à la prochaine catastrophe. C'est pour cela qu'il a finalement décidé de candidater pour la Grande école de l'art du duel. Hors de question de revivre l'horreur de mai 44.
Et si pour cela il doit passer par Rengan, il passera par Rengan.
*
La main verrouillée à la lanière de son sac, Aodren traverse le parc à grands pas. Il tente d'ignorer les coups de massue qu'envoie son cœur contre sa cage thoracique, mais difficile de passer outre son souffle coupé et son estomac noué. Il n'a rien avalé de la journée ; ses émotions forment une grosse boule dans son ventre, rien ne peut passer au travers : ni l'air, ni la nourriture, ni même les paroles de ses amis et des professeurs. Il a été hermétique tout du long de la journée, si bien que Jace lui a vertement reproché son mutisme. Aodren n'a pas eu la force de lui expliquer qu'il se sentait mourir à la seule idée de se confronter une nouvelle fois à ce terrible regard émeraude qui vient parfois le hanter dans ses cauchemars.
Il a honte.
Honte d'avoir peur d'elle. Peur d'une enfant, plus jeune que lui. Honte de se laisser envahir. Honte de sentir son cœur palpiter.
Honte de manquer de courage.
*Misérable*.
Alors il avance. Il avance sans faire de pause, sans réfléchir.
Mais tout de même, le sol lui semble moins solide que d'habitude, comme s'il pouvait s'ouvrir à tout moment et l'avaler.
Aujourd'hui, après les cours
Le château s'éloigne dans son dos, avec lui sa vie tant aimée, ses amis, celle dont il se pense amoureux, son quotidien, sa quiétude.
derrière la cabane
Il suit la pente douce qui est censée l'amener au bord de ce qui était, il y a longtemps, un lac comme il s'en fait tant en Écosse. Sa tête est droite mais ses yeux baissés vers le sol. Il refuse de regarder face à lui, de peur de la voir au loin — la peur risque de lui fendre le cœur en deux.
sur la rive où on peut voir la forêt interdite au loin.
L'air est plus sauvage, ici, et également plus froid. Il sent déjà l'odeur de l'humidité. Des frissons courent sur sa peau. Là, à l'orée de son regard, il aperçoit la cime des arbres de la forêt interdite.
Charlie
Puis il distingue une forme assise à même le sol. Elle ne bouge pas ni ne frémit. Il s'en approche et son cœur rue dans sa poitrine, son souffle s'écorche. Bordel, il a un peu envie de crever, là.
On pourrait croire qu'elle attend l'arrivée de ses fidèles ; sûrement se plairait-elle à en voir certains s'agenouiller devant elle.
L'émotion submerge soudain le garçon. Une émotion toute rouge et toute violente qui noue sa gorge, lui fait serrer les poings. Son regard passe brièvement sur Rengan avant de se porter sur l'horizon. Il crispe si fort les mâchoires qu'une douleur nait à l'intérieur de sa bouche. Il lutte pour ne pas vomir sa colère et son dégoût.
Il inspire.
Expire.
Il se répète en boucle ce pourquoi il est là : « Toute situation est propice à l'apprentissage » lui a un jour dit une bonne âme. Toute situation. *Toute situation*. Même si pour cela, il doit se confronter à son démon. Même si ce démon a des yeux plus profonds que l'abysse et plus beaux que les étoiles, même si sa chevelure est une cascade nocturne, même si son seul visage lui donne des envies rageuses qui le tétanisent.
« Tu as quelque chose à me dire, ou à m'apprendre ? »
Ses paroles s'expulsent de sa bouche et, espère-t-il, se fracassent sur la fille assise à ses pieds. Pendant un vague instant, il se dit qu'il la préfère ainsi, assise à ses pieds. Elle lui parait moins dangereuse.
À une éternité près, nous nous serions percutés.
POUR L'ORBE !
Là…
Juste.
Là.
Tout s’inverse.
— Tu… et il est déjà mort — le nuage de fumée, a quelque chose à me dire, ou à m'apprendre ?
Et je traverse tout le ciel.
Le goulot d’étranglement me serre la gorge une seconde, la paroi des nuages est aussi solide que la peau d’un dragon. Son écaille m’écrase, solide, elle me lacère la gorge et tout le crâne jusqu’à…
— Hhh…
J’ouvre les yeux.
Complètement libre.
Mon corps est parti, loin devant ; ou derrière ?
Ailleurs, c’est sûr. Je vois à travers mes yeux, même si je flotte au-dessus de moi-même.
Je n’aime pas cette sensation, j’ai l’impression de perdre quelque-chose de précieux. Ne pas ressentir les rebonds de mon cœur me fait…
Rien.
Et c’est ça qui est horrible.
Je n’ai pas peur, je ne suis pas dégoûtée, mais j’ai vraiment l’impression que là, juste là où je suis, c’est juste grave d’y être.
J’ai l’impression que je déteste ça, mais je n’ai jamais été aussi concentrée. C’est important. C’est tout ce qui importe.
Je suis la Concentration, et je m’entends au loin.
— J’te défie en duel.
Je ne suis pas moi, je suis bien plus.
— Maintenant.
Et je me vois me relever, dans ce loin qui se rapproche. Le goulot de nuages est loin lui aussi.
Bordel, je suis loin de tout, mais tellement proche de moi.
Mes genoux se délient, et ma silhouette s’allonge. Là, juste là, Aodren.
Je ne le vois pas, mais je le Vois.
Sa présence pue l’Aodren. Il est tellement là qu’il pourrait se mélanger au vent, il a déjà mis son odeur partout.
Depuis quand je fais attention aux odeurs des Autres ?
C’est Aodren. Aodren.
Aodren, me murmure le vent sur ma peau. Aodren, me susurre sa voix dans mon coeur.
Merde. *Merde*.
Je perds le contrôle ! *J’arrive*. Non ! Pas maintenant !
Ce n’est pas le bon mom…
Un seul clignement.
Foutu clignement.
Et juste là, le regard de son frère. Qui…
Qui est si gros.
« Je… ».
Qui prend toute la place que j’ai osé lui donner.
Qui…
Qui se fout de ma gueule !
Mon cœur éclate.
— Ao… et ma langue se pend de ma voix si calme.
Je suis enragée, mais tellement calme. S’il ose faire la moindre étincelle, je lui bouffe sa gueule.
Lui, et son regard que je ne quitte pas.
Je scrute, je décompose, je transperce.
Et aux abords de mon calme, je dégaine lentement ma baguette de son fourreau, que je pointe vers le sol, écrin de ma rage.
— On crève d’envie d’se casser la gueule, ma langue-à-la-corde-au-cou est brûlante, et j’entends l’excitation grouiller dans ma voix, tu trouves pas ?
Mon ton est si calme, pourtant. Je pourrais exploser si fort que Poudlard s’envolerait, d’autant.
Diantre.
Alors nous ferons mieux la prochaine fois, car c'est bien Ao' qui ramasse ; encore une fois.
Tu y crois ?
Juste.
Là.
Tout s’inverse.
— Tu… et il est déjà mort — le nuage de fumée, a quelque chose à me dire, ou à m'apprendre ?
Et je traverse tout le ciel.
Le goulot d’étranglement me serre la gorge une seconde, la paroi des nuages est aussi solide que la peau d’un dragon. Son écaille m’écrase, solide, elle me lacère la gorge et tout le crâne jusqu’à…
— Hhh…
J’ouvre les yeux.
Complètement libre.
Mon corps est parti, loin devant ; ou derrière ?
Ailleurs, c’est sûr. Je vois à travers mes yeux, même si je flotte au-dessus de moi-même.
Je n’aime pas cette sensation, j’ai l’impression de perdre quelque-chose de précieux. Ne pas ressentir les rebonds de mon cœur me fait…
Rien.
Et c’est ça qui est horrible.
Je n’ai pas peur, je ne suis pas dégoûtée, mais j’ai vraiment l’impression que là, juste là où je suis, c’est juste grave d’y être.
J’ai l’impression que je déteste ça, mais je n’ai jamais été aussi concentrée. C’est important. C’est tout ce qui importe.
Je suis la Concentration, et je m’entends au loin.
— J’te défie en duel.
Je ne suis pas moi, je suis bien plus.
— Maintenant.
Et je me vois me relever, dans ce loin qui se rapproche. Le goulot de nuages est loin lui aussi.
Bordel, je suis loin de tout, mais tellement proche de moi.
Mes genoux se délient, et ma silhouette s’allonge. Là, juste là, Aodren.
Je ne le vois pas, mais je le Vois.
Sa présence pue l’Aodren. Il est tellement là qu’il pourrait se mélanger au vent, il a déjà mis son odeur partout.
Depuis quand je fais attention aux odeurs des Autres ?
C’est Aodren. Aodren.
Aodren, me murmure le vent sur ma peau. Aodren, me susurre sa voix dans mon coeur.
Merde. *Merde*.
Je perds le contrôle ! *J’arrive*. Non ! Pas maintenant !
Ce n’est pas le bon mom…
Un seul clignement.
Foutu clignement.
Et juste là, le regard de son frère. Qui…
Qui est si gros.
« Je… ».
Qui prend toute la place que j’ai osé lui donner.
Qui…
Qui se fout de ma gueule !
Mon cœur éclate.
— Ao… et ma langue se pend de ma voix si calme.
Je suis enragée, mais tellement calme. S’il ose faire la moindre étincelle, je lui bouffe sa gueule.
Lui, et son regard que je ne quitte pas.
Je scrute, je décompose, je transperce.
Et aux abords de mon calme, je dégaine lentement ma baguette de son fourreau, que je pointe vers le sol, écrin de ma rage.
— On crève d’envie d’se casser la gueule, ma langue-à-la-corde-au-cou est brûlante, et j’entends l’excitation grouiller dans ma voix, tu trouves pas ?
Mon ton est si calme, pourtant. Je pourrais exploser si fort que Poudlard s’envolerait, d’autant.
Diantre.
Alors nous ferons mieux la prochaine fois, car c'est bien Ao' qui ramasse ; encore une fois.
Tu y crois ?
POUR L'ORBE !
Aodren prend sur lui pour contrôler le rythme de sa respiration. Il ne veut pas que ses remous intérieurs s'aperçoivent de l'extérieur. Il ne veut pas la laisser s'immiscer dans ses failles. Cette fille est le pire poison qu'ait jamais porté cette Terre. Elle aussi vile que le serpent qu'elle n'est pas, aussi coriace qu'un vieil Épouvantard. Ce qu'elle prend, elle l'écrabouille et l'ingère. Elle abîme tout ce sur quoi son regard se pose. C'est ce que pense Aodren tandis que la grande fille se déplie. Chacun de ses gestes semble calculé au millimètre près. Comme si elle savait de quoi était fait chaque seconde et chaque minute de cette rencontre. Il déteste ça. Déjà, il sent un malaise se répandre dans son corps : une chape de plomb lui tombe dans l'estomac, son coeur s'abat trop rapidement contre sa cage thoracique et une chaleur qui n'a rien à voir avec ses couches de vêtements lui monte à la nuque.
La chaleur s'intensifie dès les premiers mots. Il faut pourtant à Aodren de longues secondes pour les comprendre. Je te défie... Elle n'a pas le droit de faire ça ! Je te défie en... Elle n'a pas le droit de le défier, elle est censée lui offrir quelque chose, ils avaient un accord, ils avaient... Je te défie en duel. La compréhension s'abat sur Aodren avec la même force qu'une main qui claque un visage. Ses paupières papillonnent. Sur sa face tombe tout à coup un masque sévère. Et le dégoût s'infiltre comme un coup de vent capricieux. Un dégoût viscéral pour cette jeune fille qui ne jure que par la violence, que par le défi ; et aussi vite qu'il a pris Rengan pour cible, le dégoût prend un virage en épingle pour venir pilonner Aodren.
La honte, oh la honte qui l'étouffe ! Il déteste ces sentiments, ces mauvaises pensées. Ces idées crades ! Il déteste l'image d'un jeune homme plein de colère que la Gryffondor lui renvoie. Il n'a jamais été comme cela, jamais. Pas même avec Aelle dans ses pires instants. Jamais. Et face à elle... Face à elle, il devient horrible. Garde le contrôle ! s’exhorte-t-il. Tu peux partir quand tu veux ! Aodren récupère donc les lambeaux de sa confiance mise à mal. Il les récupère un à un, comme on tenterait de prendre une poignée d'eau dans une mer houleuse.
Il calme le chaos qui l'a envahit pendant quelques secondes, sans toutefois le faire disparaître. En se concentrant sur la fille qui lui fait face, il remarque que sa bouche tente d'articuler quelque chose. Aodren se braque instantanément quand elle prononce son surnom. Ao. Tentative avortée de prononcer son prénom ou envie manipulatrice d'utiliser ces deux lettres qui sont l'apanage de sa famille et de ses amis ? C'est tellement plus facile de croire à la seconde hypothèse ; beaucoup trop. C'est pour cela qu'Aodren préfère tuer dans l’œuf ses questions : il n'a pas à donner de réponses aux questions dont il ne sait rien.
« On crève d’envie d’se casser la gueule. »
Qu'est-ce que...
Et voilà, son souffle trébuche. Ses doigts se referment sur les manches de sa cape. Il détourne les yeux, troublé ; non, percuté.
« Tu trouves pas ? »
Percuté avec une grande force par la vérité qui sort de la bouche de Rengan avec une simplicité effarante. Se casser la gueule. Un duel de rage, un duel de colère. Un duel de vengeance pour faire payer les nuits d'insomnies, les nuits de grande peur. Pour faire payer la détermination qui lui tenaille le bide depuis qu'il est devenu Vülk. Pour lui faire payer le poing de sa sœur sur son nez, la rage dans son regard d'enfant. Un duel de vengeance pour se débarrasser de tout ce que lui inspire cette jeune femme. Essuyer son ton arrogant, lui arracher l'éclat sauvage du regard. Sauf que...
Aodren prend une courte inspiration. Sauf qu'il est doté d'un grand savoir, Aodren, qui lui rappelle que les coups n'ont jamais arrangé quoi ce soit. Oh, ils font du bien, n'est-ce pas ? Ils rendent forts, surpuissants ! Mais Aodren n'a jamais cherché la puissance. Non, il est en quête de courage, voilà tout. Il n'y a aucun courage dans la violence, aucun courage dans le fait de se casser la gueule. Il n'y a que les faibles qui se laissent aller à la sauvagerie de leurs envies. Aelle est faible. Rengan l'est aussi. Ce n'est pas étonnant qu'elles se soient fait un si grand mal.
Aodren ramène son regard dans celui, brillant de souvenirs chaotiques, de la Gryffondor. Il n'a pas eu conscience de le baisser. Là, il faut bien qu'il fasse face. Il faut bien qu'il se confronte. Sa gorge se noue, sa bouche s'assèche. Grand Merlin... Quelle est... Il étouffe sa pensée. Son coeur se meurt de sentiments écartelés. Il la déteste. Il la déteste, il la déteste ! Pourquoi faut-il qu'elle soit ainsi ? Pourquoi faut-il que son regard le fasse frissonner ?
« Non. »
Définitif, ce non. Dur. Un mot qui crache et qui condamne. Qui juge et qui renâcle. Aodren ne bouge pas malgré la baguette de Rengan qu'il a bien aperçue. Il est déterminé, mais ses doigts fourragent nerveusement le bout de ses manches.
« Tu défies rien du tout, Rengan. Soit tu as quelque chose à m'apprendre ou à me demander, soit j'me cas... »
La voix s'effondre. Non ! Pas de vulgarité ! Merlin, Aodren l'exècre et voilà qu'il en fait son arme ? Il n'a pas le droit, surtout pas le droit de piétiner ses valeurs pour les beaux yeux d'une enfant sauvage, qu'elle soit ou non la personnification de sa haine et de ses peurs d'homme nouveau.
« Soit je m'en vais, » achève-t-il d'une voix plus aiguë.
La chaleur s'intensifie dès les premiers mots. Il faut pourtant à Aodren de longues secondes pour les comprendre. Je te défie... Elle n'a pas le droit de faire ça ! Je te défie en... Elle n'a pas le droit de le défier, elle est censée lui offrir quelque chose, ils avaient un accord, ils avaient... Je te défie en duel. La compréhension s'abat sur Aodren avec la même force qu'une main qui claque un visage. Ses paupières papillonnent. Sur sa face tombe tout à coup un masque sévère. Et le dégoût s'infiltre comme un coup de vent capricieux. Un dégoût viscéral pour cette jeune fille qui ne jure que par la violence, que par le défi ; et aussi vite qu'il a pris Rengan pour cible, le dégoût prend un virage en épingle pour venir pilonner Aodren.
La honte, oh la honte qui l'étouffe ! Il déteste ces sentiments, ces mauvaises pensées. Ces idées crades ! Il déteste l'image d'un jeune homme plein de colère que la Gryffondor lui renvoie. Il n'a jamais été comme cela, jamais. Pas même avec Aelle dans ses pires instants. Jamais. Et face à elle... Face à elle, il devient horrible. Garde le contrôle ! s’exhorte-t-il. Tu peux partir quand tu veux ! Aodren récupère donc les lambeaux de sa confiance mise à mal. Il les récupère un à un, comme on tenterait de prendre une poignée d'eau dans une mer houleuse.
Il calme le chaos qui l'a envahit pendant quelques secondes, sans toutefois le faire disparaître. En se concentrant sur la fille qui lui fait face, il remarque que sa bouche tente d'articuler quelque chose. Aodren se braque instantanément quand elle prononce son surnom. Ao. Tentative avortée de prononcer son prénom ou envie manipulatrice d'utiliser ces deux lettres qui sont l'apanage de sa famille et de ses amis ? C'est tellement plus facile de croire à la seconde hypothèse ; beaucoup trop. C'est pour cela qu'Aodren préfère tuer dans l’œuf ses questions : il n'a pas à donner de réponses aux questions dont il ne sait rien.
« On crève d’envie d’se casser la gueule. »
Qu'est-ce que...
Et voilà, son souffle trébuche. Ses doigts se referment sur les manches de sa cape. Il détourne les yeux, troublé ; non, percuté.
« Tu trouves pas ? »
Percuté avec une grande force par la vérité qui sort de la bouche de Rengan avec une simplicité effarante. Se casser la gueule. Un duel de rage, un duel de colère. Un duel de vengeance pour faire payer les nuits d'insomnies, les nuits de grande peur. Pour faire payer la détermination qui lui tenaille le bide depuis qu'il est devenu Vülk. Pour lui faire payer le poing de sa sœur sur son nez, la rage dans son regard d'enfant. Un duel de vengeance pour se débarrasser de tout ce que lui inspire cette jeune femme. Essuyer son ton arrogant, lui arracher l'éclat sauvage du regard. Sauf que...
Aodren prend une courte inspiration. Sauf qu'il est doté d'un grand savoir, Aodren, qui lui rappelle que les coups n'ont jamais arrangé quoi ce soit. Oh, ils font du bien, n'est-ce pas ? Ils rendent forts, surpuissants ! Mais Aodren n'a jamais cherché la puissance. Non, il est en quête de courage, voilà tout. Il n'y a aucun courage dans la violence, aucun courage dans le fait de se casser la gueule. Il n'y a que les faibles qui se laissent aller à la sauvagerie de leurs envies. Aelle est faible. Rengan l'est aussi. Ce n'est pas étonnant qu'elles se soient fait un si grand mal.
Aodren ramène son regard dans celui, brillant de souvenirs chaotiques, de la Gryffondor. Il n'a pas eu conscience de le baisser. Là, il faut bien qu'il fasse face. Il faut bien qu'il se confronte. Sa gorge se noue, sa bouche s'assèche. Grand Merlin... Quelle est... Il étouffe sa pensée. Son coeur se meurt de sentiments écartelés. Il la déteste. Il la déteste, il la déteste ! Pourquoi faut-il qu'elle soit ainsi ? Pourquoi faut-il que son regard le fasse frissonner ?
« Non. »
Définitif, ce non. Dur. Un mot qui crache et qui condamne. Qui juge et qui renâcle. Aodren ne bouge pas malgré la baguette de Rengan qu'il a bien aperçue. Il est déterminé, mais ses doigts fourragent nerveusement le bout de ses manches.
« Tu défies rien du tout, Rengan. Soit tu as quelque chose à m'apprendre ou à me demander, soit j'me cas... »
La voix s'effondre. Non ! Pas de vulgarité ! Merlin, Aodren l'exècre et voilà qu'il en fait son arme ? Il n'a pas le droit, surtout pas le droit de piétiner ses valeurs pour les beaux yeux d'une enfant sauvage, qu'elle soit ou non la personnification de sa haine et de ses peurs d'homme nouveau.
« Soit je m'en vais, » achève-t-il d'une voix plus aiguë.
Certes.
Il a toujours ramassé des douleurs qui n'étaient pas les siennes, n'est-ce pas ?
Je n'y crois jamais.
Il a toujours ramassé des douleurs qui n'étaient pas les siennes, n'est-ce pas ?
Je n'y crois jamais.
POUR L'ORBE !
Pourtant, je me plais à observer les dizaines de wagons défiler dans son regard, portant des centaines de personnes, chacune fringuée d’un déguisement bizarre pour ne pas être reconnue. Dommage, je suis trop loin pour en voir toutes les nuances, trop loin de lui comme de moi, trop calme de rage, et de rien.
Mais je Vois.
Tellement de trains dans ses prunelles, qui sont peints de couleurs changeantes. Beaucoup de rouge là-dedans, mêlé à du noir cassé ; dans sa gigantesque portée cramoisie, des triples croches se plantent au hasard un peu partout, cassant toute la partition, commençant à faire dérailler les trains. *Bien…*. Enfin, il est en train de ressentir mon propre rouge, celui qui me hante, sans mon propre Noir — ça le tuerait.
Moi, ce sont des noires discordances de sonates complètes en plein milieu de deux notes, impossible de suivre ou d’y survivre. Je ne sais même pas comment j’ai moi-même fait jusqu’à maintenant.
Je cligne des yeux, retrouvant la portée d’Aodren. J’expire longuement pour laisser mon crâne libre de mes pensées, je ne dois surtout pas m’y perdre maintenant.
Maintenant, c’est la rage d’Aodren qui se mêle à la mienne.
Qui…
Tous les trains en plein encastrage s’arrachent à ma vue. Et je me remets à respirer. Je ne sais pas quand est-ce que j’ai arrêté. Mon expiration était si courte que ça ?
Alors que je le regarde, décomposant sa tête de son corps, ses bras de ses jambes, ses yeux de son âme. Je me rends compte qu’il aurait l’air d’un vulgaire pantin, plus rien d’intéressant chez ce gars-là. Pourtant, il m’intéresse de plus en plus, le rouge de ses trains ressemble au mien.
Au bout de mes doigts souples, je serre un peu plus ma baguette.
C’est un moment que j’ai tellement attendu. Je me suis tellement entrainée, et même si je sais que je n’ai aucune chance, c’est ce qui m’excite le plus. Toutes les fois où Nejma me battait, la différence était toujours tellement fine que j’avais à chaque fois l’impression de la palper, de la faire mienne, de la caresser du bout des doigts même si je finissais à l’infirmerie. Jusqu’à réussir à l’exploser, cette barrière. *’beau*. De profil, Aodren avait quelque-chose de vraiment attirant.
Silence, me détacher.
Alors que là, face à lui, la différence de niveau n’est même pas comparable. Il est en septième année bon Dieu ! C’est la dernière année ! Sa magie doit vraiment être quelque-chose. Et je trépigne, de calme ; tellement.
Mais je ne vais plus tenir très longtemps.
— Non.
Le train me fracasse si fort que ma gorge est catapultée dans ma bouche. *Quoi ?*. Alors que cette bouche, noyée, n’arrive pas à prononcer ma pensée. Quoi ?
Je vais vomir.
Quoi ?
Bordel, je vais vraiment dégueuler.
Ses yeux… ils ne sont plus un regard, encore moins un Regard. Qu’est-ce c’est que ce truc ?
Où sont passés ses trains qui faisaient tellement de bordel ? Où est passée la couleur rouge, de rouge qui se pictait de noir ? Où est passé ce foutu Aodren ?
Qui continue de parler, mais que je n’entends pas.
— Non ? comme un murmure qui s’écrase entre mes lèvres.
Ce n’est pas Aodren que j’ai devant moi, les trains de ses yeux sont moches, ternes, d’une couleur que personne ne veut connaître, de ces couleurs dont personne n’en a rien à foutre ; moi y compris.
Qui est ce gars-là ?
— T’as dit non ?
Je tremble, je crois.
Et je ne me suis même pas rendu compte que je suis Moi, là. Je ne suis plus détachée, ni cramponnée à un nuage, ni rien de tout ça. Je. suis. moi.
Moi. Et je tremble bordel.
— Toi, t’es un sorcier qui ose refuser un duel ?! Les muscles de mon visage se contractent, ils tirent toutes mes pensées en dehors de mon crâne. Ma voix déraille, alors qu’elle gonfle dans ma bouche gorgée de sang. *’qu’est-ce que…*. Je ne peux pas croire qu’il vienne de refuser. Ce n’est pas possible.
Je m’attendais à tout, à foutrement toutes les possibilités que cette Terre entière puisse porter ! Mais jamais de toute mon existence je n’aurais envisagé ça. Il a vraiment refusé ?!
Non, je ne peux pas le croire. Impossible. *C’est bordel de pas possible !*. J’en tremble encore plus, de colère, de déception. Mes paupières clignent plusieurs fois pour me réveiller de ce cauchemar, je ne peux pas m’être autant trompée !
J’ai vu son rouge ! Je l’ai vu bordel ! Alors comment est-ce qu’il peut être aussi différent d’un coup ?! Comment est-ce qu’il ose me regarder dans les yeux avec son air de bête crevée, aussi faible que tous les Autres ?
Pourquoi est-ce qu’il me ment après avoir été aussi sincère avec moi ?! *Menteur !*
— MENTEUR !
Comme un rugissement, que je ponctue en catapultant ma baguette par terre de toutes mes forces.
C’est un sale menteur. Et je déteste ça. *’l’a aucune fierté !*. Je m’avance d’un pas, mon regard enfoncé dans ses yeux-de-fouine. Et je m’arrête pour ne pas lui casser la gueule à mains nues.
Mais…
Il n’a vraiment rien à voir avec elle.
Rien du tout.
Là, ça me fait un peu mal.
Je commence à voir flou, comme un rappel, je sens mes yeux se mouiller. *Non !*. Là, il n’est pas Serpentard ! Il n’est même pas un sorcier ! Il n’est rien !
Mais j’ai vu son rouge ! Et ça me fait mal qu’il n’y est plus rien.
— POURQUOI T’ES COMME ÇA ?!
Mes poumons explosent, éruptant de lave. Mon corps est une montagne de pierre que je ne veux pas entendre. Que tout ferme sa gueule !
— POURQUOI T’ES MÊME PAS FOUTU DE DÉFENDRE TA PROPRE SŒUR ?! je crache, j’en fous partout. C'est de sa faute ! Il n’a aucun honneur ! Comment ose-t-il ?!
Et je vois Rouge.
Rouge.
Rouge, picté de Rouge.
Mais je Vois.
Tellement de trains dans ses prunelles, qui sont peints de couleurs changeantes. Beaucoup de rouge là-dedans, mêlé à du noir cassé ; dans sa gigantesque portée cramoisie, des triples croches se plantent au hasard un peu partout, cassant toute la partition, commençant à faire dérailler les trains. *Bien…*. Enfin, il est en train de ressentir mon propre rouge, celui qui me hante, sans mon propre Noir — ça le tuerait.
Moi, ce sont des noires discordances de sonates complètes en plein milieu de deux notes, impossible de suivre ou d’y survivre. Je ne sais même pas comment j’ai moi-même fait jusqu’à maintenant.
Je cligne des yeux, retrouvant la portée d’Aodren. J’expire longuement pour laisser mon crâne libre de mes pensées, je ne dois surtout pas m’y perdre maintenant.
Maintenant, c’est la rage d’Aodren qui se mêle à la mienne.
Qui…
Tous les trains en plein encastrage s’arrachent à ma vue. Et je me remets à respirer. Je ne sais pas quand est-ce que j’ai arrêté. Mon expiration était si courte que ça ?
Alors que je le regarde, décomposant sa tête de son corps, ses bras de ses jambes, ses yeux de son âme. Je me rends compte qu’il aurait l’air d’un vulgaire pantin, plus rien d’intéressant chez ce gars-là. Pourtant, il m’intéresse de plus en plus, le rouge de ses trains ressemble au mien.
Au bout de mes doigts souples, je serre un peu plus ma baguette.
C’est un moment que j’ai tellement attendu. Je me suis tellement entrainée, et même si je sais que je n’ai aucune chance, c’est ce qui m’excite le plus. Toutes les fois où Nejma me battait, la différence était toujours tellement fine que j’avais à chaque fois l’impression de la palper, de la faire mienne, de la caresser du bout des doigts même si je finissais à l’infirmerie. Jusqu’à réussir à l’exploser, cette barrière. *’beau*. De profil, Aodren avait quelque-chose de vraiment attirant.
Silence, me détacher.
Alors que là, face à lui, la différence de niveau n’est même pas comparable. Il est en septième année bon Dieu ! C’est la dernière année ! Sa magie doit vraiment être quelque-chose. Et je trépigne, de calme ; tellement.
Mais je ne vais plus tenir très longtemps.
— Non.
Le train me fracasse si fort que ma gorge est catapultée dans ma bouche. *Quoi ?*. Alors que cette bouche, noyée, n’arrive pas à prononcer ma pensée. Quoi ?
Je vais vomir.
Quoi ?
Bordel, je vais vraiment dégueuler.
Ses yeux… ils ne sont plus un regard, encore moins un Regard. Qu’est-ce c’est que ce truc ?
Où sont passés ses trains qui faisaient tellement de bordel ? Où est passée la couleur rouge, de rouge qui se pictait de noir ? Où est passé ce foutu Aodren ?
Qui continue de parler, mais que je n’entends pas.
— Non ? comme un murmure qui s’écrase entre mes lèvres.
Ce n’est pas Aodren que j’ai devant moi, les trains de ses yeux sont moches, ternes, d’une couleur que personne ne veut connaître, de ces couleurs dont personne n’en a rien à foutre ; moi y compris.
Qui est ce gars-là ?
— T’as dit non ?
Je tremble, je crois.
Et je ne me suis même pas rendu compte que je suis Moi, là. Je ne suis plus détachée, ni cramponnée à un nuage, ni rien de tout ça. Je. suis. moi.
Moi. Et je tremble bordel.
— Toi, t’es un sorcier qui ose refuser un duel ?! Les muscles de mon visage se contractent, ils tirent toutes mes pensées en dehors de mon crâne. Ma voix déraille, alors qu’elle gonfle dans ma bouche gorgée de sang. *’qu’est-ce que…*. Je ne peux pas croire qu’il vienne de refuser. Ce n’est pas possible.
Je m’attendais à tout, à foutrement toutes les possibilités que cette Terre entière puisse porter ! Mais jamais de toute mon existence je n’aurais envisagé ça. Il a vraiment refusé ?!
Non, je ne peux pas le croire. Impossible. *C’est bordel de pas possible !*. J’en tremble encore plus, de colère, de déception. Mes paupières clignent plusieurs fois pour me réveiller de ce cauchemar, je ne peux pas m’être autant trompée !
J’ai vu son rouge ! Je l’ai vu bordel ! Alors comment est-ce qu’il peut être aussi différent d’un coup ?! Comment est-ce qu’il ose me regarder dans les yeux avec son air de bête crevée, aussi faible que tous les Autres ?
Pourquoi est-ce qu’il me ment après avoir été aussi sincère avec moi ?! *Menteur !*
— MENTEUR !
Comme un rugissement, que je ponctue en catapultant ma baguette par terre de toutes mes forces.
C’est un sale menteur. Et je déteste ça. *’l’a aucune fierté !*. Je m’avance d’un pas, mon regard enfoncé dans ses yeux-de-fouine. Et je m’arrête pour ne pas lui casser la gueule à mains nues.
Mais…
Il n’a vraiment rien à voir avec elle.
Rien du tout.
Là, ça me fait un peu mal.
Je commence à voir flou, comme un rappel, je sens mes yeux se mouiller. *Non !*. Là, il n’est pas Serpentard ! Il n’est même pas un sorcier ! Il n’est rien !
Mais j’ai vu son rouge ! Et ça me fait mal qu’il n’y est plus rien.
— POURQUOI T’ES COMME ÇA ?!
Mes poumons explosent, éruptant de lave. Mon corps est une montagne de pierre que je ne veux pas entendre. Que tout ferme sa gueule !
— POURQUOI T’ES MÊME PAS FOUTU DE DÉFENDRE TA PROPRE SŒUR ?! je crache, j’en fous partout. C'est de sa faute ! Il n’a aucun honneur ! Comment ose-t-il ?!
Et je vois Rouge.
Rouge.
Rouge, picté de Rouge.
Et il continue sa collection de ramassages, mais pour une fois, il y a un peu de lui ; malheureusement.
Il me fait un peu de peine.
Il me fait un peu de peine.
POUR L'ORBE !
Oh, comme son coeur bat vite. Les oiseaux tout là-haut dans le ciel pourraient entendre ses coups furieux ; une enclume qui bat le fer, des coups irréguliers qui lui montent dans la gorge, qui frappent contre ses tempes. Aodren se sent fébrile car il sait qu'elle est dangereuse, cette fille-là, et que ses comportements ne sont pas prévisibles. Il retient son envie de plonger la main dans sa manche à la recherche de sa baguette magique — il ne sera jamais celui qui menace, jamais. Et s'il se prend un sortilège, tant pis. Mais il ne fera pas le moindre geste avant qu'elle n'agisse. Pourtant, pourtant... Pourtant son regard donne envie d'attraper toutes les baguettes du monde, de mettre tous les kilomètres possible entre lui et elle. Il n'entend pas son murmure, mais entendre est inutile. Il voit, il sent.
La respiration d'Aodren s'embraye. Ses doigts malmènent le bout de ses manches. Il avait une hypothèse et elle commence à s'affirmer : son regard ne quitte plus le visage de Rengan qui se tord et se détord, qui exprime sans doute des choses mais Aodren est incapable de les comprendre — incapable de la comprendre, cette très grande fille qui pose sur le monde un regard qui impose et qui ordonne. C'est son problème, se murmure-t-il rapidement en pensée, c'est son problème, elle croit que tout lui est dû, qu'elle a le contrôle sur tout.
« Toi, t’es un sorcier qui ose refuser un duel ?! »
S'accrocher à ses manches. S'y accrocher de toutes ses forces ; la colère dégouline de Rengan comme si elle n'était qu'un vase trop plein ; et lui, la goutte qui le fait déborder. Aodren est un jeune homme de dix-sept ans, futur étudiant de la GEAD. Pourquoi la peur s'infiltre-t-elle dans ses veines comme elle le fait ? Un poison, un courant de lave qui le tétanise et qui le renvoie des années en arrière face au regard de Lupus Malfoy. Et ce coeur qui toujours s'abat ! Aodren s'accroche à sa détermination, à sa confiance, aux lambeaux de son identité qui peine à rester complète face à une telle colère qui rameute à sa conscience des souvenirs qu'il hait plus que tout : oui, il est un sorcier qui refuse ! Voir Charlie Rengan éructer car elle n'a pas le petit jouet qu'elle est venue chercher l'aide à ne pas se noyer face à l'aura troublante qui s'échappe d'elle. Ce n'est qu'une gamine, une gamine qui fait une crise.
Le cri qui suit le fait sursauter. MENTEUR ! Impossible de retenir le pied qui va en arrière, prêt à mettre de la distance entre lui et elle. Ce cri le frappe comme un poing refermé. Et voilà que la douleur-souvenir revient : son entre-jambe le dévore d'un traumatisme oubliée depuis longtemps — il se souvient parfaitement du livre qu'elle lui a balancé entre les jambes ce jour-là et la terrible sensation d'être misérable qui a suivit. Aodren connait la violence de Charlie, il sait de quoi elle est capable, il sait qu'elle peut tout à fait avaler les mètres entre eux et... Elle balance sa baguette à terre ! Aodren écarquille les yeux. Elle la balance ! Il observe le bout de bois abandonné, un rictus perplexe sur les lèvres : quelle sorcière ferait ça ? Hein ? Voilà, il tient de quoi répliquer. Il gonfle ses poumons pour parler avant de tout expulser brutalement ; le Serpentard accueille le pas que fait la fille vers lui avec un gémissement intérieur. À cet instant, un carrefour de possibilités : bouger ou ne pas bouger. Il choisi de ne pas fuir, il bande ses muscles, bombe le torse et plante son regard dans celui de Rengan. Son souvenir invoque Mother, sa tutrice dans les salles d'entraînement de la Cause. Mother qui lui a appris à faire face, Mother qui lui a donné du courage.
Ce courage l'aide aujourd'hui à supporter les hurlements accusateurs de cette splendide fureur qui le menace de son regard brillant. Il se déteste pour cela, mais il a pitié d'elle. L'insulter, s'énerver comme elle le fait... Oh, en dirait une enfant qui chouine car elle n'a pas ce qu'elle veut !
Cela aurait été si simple que ça se termine comme ça. Aodren lui aurait envoyé en pleine face cette vérité lancinante : gamine ! et il serait partie. Sauf qu'il faut qu'elle ouvre une nouvelle fois sa grande bouche et que sa voix articule des choses qu'elle n'aurait pas dû articuler. La peur s'efface tout à fait du coeur d'Aodren quand le mot soeur ose franchir les lèvres de celle qui n'a plus le droit d'évoquer l'existence d'Aelle. Les traits du Serpentard se compriment violemment.
« Ma soeur ? éructe-t-il. Aelle n'a rien à voir avec ça ! Tu crois quoi ? Je suis pas ici pour la défendre ! »
Il avale une brusque goulée d'air par la bouche. Son regard se détourne brièvement avant de retourner affronter les deux perles d'émeraude qui le transforment en ce qu'il n'est pas. Et tout à coup, ça le frappe. Une claque de désespoir. Il vient de comprendre qu'elle n'a jamais été intéressée par ce qu'il pouvait lui apprendre, jamais. La menteuse, c'est elle. Elle voulait juste régler son histoire avec Aelle en passant par lui, même si la dernière fois elle a dit qu'elle ne voulait plus entendre parler d'elle.
Aodren se dégonfle comme un vieux ballon. Plus de torse bombé, plus de muscle bandé. Ses épaules se relâchent. Doux Merlin. Qu'il a été naïf. Il observe les traits déchirés de la Gryffondor, une petite moue dégoûtée sur les lèvres.
« C'est toi qui mens, Charlie, grince-t-il à voix basse. T'as jamais rien voulu apprendre de moi. C'est juste elle qui t'intéresse. »
Un drôle de sourire passe sur ses lèvres, suivit d'un ricanement qui, il le sait très bien au fond de lui, signifie : c'est toujours elle. Aodren se passe une main sur le visage pour tenter de lisser ses traits accablés. En vain. Désormais, son regard se fait plus dur. Plus adulte, espère-t-il. Plus mature, se persuade-t-il.
« Je ne vais pas me battre en duel pour combler ton envie de me casser la gueule. Je ne casse pas la gueule des gens, moi. Et je ne défends pas une sœur qui n'a pas besoin de l'être. Tu sais quoi ? »
Il le fait enfin ce pas en avant. Ce n'est pas une menace, ce n'est pas une envie de prendre le pouvoir sur la conversation. C'est un pas destiné à convaincre. Charlie a beau être ce qu'elle est, il n'a pas envie de l'écraser. Il a seulement besoin de s'extirper de ses horizons néfastes.
« Si tu as des choses à régler avec Aelle, règle-les avec elle. »
Il se recule aussitôt, la tête à demi-tournée vers le château. Le contre-coup est douloureux. Il était persuadée qu'il mettait de côté ses principes pour apprendre de nouvelles choses, pour devenir plus fort afin de protéger les gens qu'il aime. Et au final, quoi ? Il n'a rien, rien du tout. Seulement des pensées toute sales, de la colère qui l'incrimine et du temps perdu.
La respiration d'Aodren s'embraye. Ses doigts malmènent le bout de ses manches. Il avait une hypothèse et elle commence à s'affirmer : son regard ne quitte plus le visage de Rengan qui se tord et se détord, qui exprime sans doute des choses mais Aodren est incapable de les comprendre — incapable de la comprendre, cette très grande fille qui pose sur le monde un regard qui impose et qui ordonne. C'est son problème, se murmure-t-il rapidement en pensée, c'est son problème, elle croit que tout lui est dû, qu'elle a le contrôle sur tout.
« Toi, t’es un sorcier qui ose refuser un duel ?! »
S'accrocher à ses manches. S'y accrocher de toutes ses forces ; la colère dégouline de Rengan comme si elle n'était qu'un vase trop plein ; et lui, la goutte qui le fait déborder. Aodren est un jeune homme de dix-sept ans, futur étudiant de la GEAD. Pourquoi la peur s'infiltre-t-elle dans ses veines comme elle le fait ? Un poison, un courant de lave qui le tétanise et qui le renvoie des années en arrière face au regard de Lupus Malfoy. Et ce coeur qui toujours s'abat ! Aodren s'accroche à sa détermination, à sa confiance, aux lambeaux de son identité qui peine à rester complète face à une telle colère qui rameute à sa conscience des souvenirs qu'il hait plus que tout : oui, il est un sorcier qui refuse ! Voir Charlie Rengan éructer car elle n'a pas le petit jouet qu'elle est venue chercher l'aide à ne pas se noyer face à l'aura troublante qui s'échappe d'elle. Ce n'est qu'une gamine, une gamine qui fait une crise.
Le cri qui suit le fait sursauter. MENTEUR ! Impossible de retenir le pied qui va en arrière, prêt à mettre de la distance entre lui et elle. Ce cri le frappe comme un poing refermé. Et voilà que la douleur-souvenir revient : son entre-jambe le dévore d'un traumatisme oubliée depuis longtemps — il se souvient parfaitement du livre qu'elle lui a balancé entre les jambes ce jour-là et la terrible sensation d'être misérable qui a suivit. Aodren connait la violence de Charlie, il sait de quoi elle est capable, il sait qu'elle peut tout à fait avaler les mètres entre eux et... Elle balance sa baguette à terre ! Aodren écarquille les yeux. Elle la balance ! Il observe le bout de bois abandonné, un rictus perplexe sur les lèvres : quelle sorcière ferait ça ? Hein ? Voilà, il tient de quoi répliquer. Il gonfle ses poumons pour parler avant de tout expulser brutalement ; le Serpentard accueille le pas que fait la fille vers lui avec un gémissement intérieur. À cet instant, un carrefour de possibilités : bouger ou ne pas bouger. Il choisi de ne pas fuir, il bande ses muscles, bombe le torse et plante son regard dans celui de Rengan. Son souvenir invoque Mother, sa tutrice dans les salles d'entraînement de la Cause. Mother qui lui a appris à faire face, Mother qui lui a donné du courage.
Ce courage l'aide aujourd'hui à supporter les hurlements accusateurs de cette splendide fureur qui le menace de son regard brillant. Il se déteste pour cela, mais il a pitié d'elle. L'insulter, s'énerver comme elle le fait... Oh, en dirait une enfant qui chouine car elle n'a pas ce qu'elle veut !
Cela aurait été si simple que ça se termine comme ça. Aodren lui aurait envoyé en pleine face cette vérité lancinante : gamine ! et il serait partie. Sauf qu'il faut qu'elle ouvre une nouvelle fois sa grande bouche et que sa voix articule des choses qu'elle n'aurait pas dû articuler. La peur s'efface tout à fait du coeur d'Aodren quand le mot soeur ose franchir les lèvres de celle qui n'a plus le droit d'évoquer l'existence d'Aelle. Les traits du Serpentard se compriment violemment.
« Ma soeur ? éructe-t-il. Aelle n'a rien à voir avec ça ! Tu crois quoi ? Je suis pas ici pour la défendre ! »
Il avale une brusque goulée d'air par la bouche. Son regard se détourne brièvement avant de retourner affronter les deux perles d'émeraude qui le transforment en ce qu'il n'est pas. Et tout à coup, ça le frappe. Une claque de désespoir. Il vient de comprendre qu'elle n'a jamais été intéressée par ce qu'il pouvait lui apprendre, jamais. La menteuse, c'est elle. Elle voulait juste régler son histoire avec Aelle en passant par lui, même si la dernière fois elle a dit qu'elle ne voulait plus entendre parler d'elle.
Aodren se dégonfle comme un vieux ballon. Plus de torse bombé, plus de muscle bandé. Ses épaules se relâchent. Doux Merlin. Qu'il a été naïf. Il observe les traits déchirés de la Gryffondor, une petite moue dégoûtée sur les lèvres.
« C'est toi qui mens, Charlie, grince-t-il à voix basse. T'as jamais rien voulu apprendre de moi. C'est juste elle qui t'intéresse. »
Un drôle de sourire passe sur ses lèvres, suivit d'un ricanement qui, il le sait très bien au fond de lui, signifie : c'est toujours elle. Aodren se passe une main sur le visage pour tenter de lisser ses traits accablés. En vain. Désormais, son regard se fait plus dur. Plus adulte, espère-t-il. Plus mature, se persuade-t-il.
« Je ne vais pas me battre en duel pour combler ton envie de me casser la gueule. Je ne casse pas la gueule des gens, moi. Et je ne défends pas une sœur qui n'a pas besoin de l'être. Tu sais quoi ? »
Il le fait enfin ce pas en avant. Ce n'est pas une menace, ce n'est pas une envie de prendre le pouvoir sur la conversation. C'est un pas destiné à convaincre. Charlie a beau être ce qu'elle est, il n'a pas envie de l'écraser. Il a seulement besoin de s'extirper de ses horizons néfastes.
« Si tu as des choses à régler avec Aelle, règle-les avec elle. »
Il se recule aussitôt, la tête à demi-tournée vers le château. Le contre-coup est douloureux. Il était persuadée qu'il mettait de côté ses principes pour apprendre de nouvelles choses, pour devenir plus fort afin de protéger les gens qu'il aime. Et au final, quoi ? Il n'a rien, rien du tout. Seulement des pensées toute sales, de la colère qui l'incrimine et du temps perdu.
Diantre. Quelle belle Enfant.
Je crois qu'il n'y a jamais eu de lui dans le regard de Charlie ; ou très peu.
Je crois qu'il n'y a jamais eu de lui dans le regard de Charlie ; ou très peu.
POUR L'ORBE !
Aelle.
Et mon Rouge se tait, se fige, yeux écarquillés.
Là, à travers les deux minuscules serrures de mes yeux, je regarde Aodren. Je le regarde bien, alors qu’il vient de prononcer son prénom. Il vient de le dire comme si c’était la chose la plus normale du monde. Comme si c’était un mot aussi banal que « poulet ». Normal.
Le plus normalement du monde.
C’est tellement bizarre.
Alors, face à lui qui la prononce avec le moins de gêne de l’univers tout entier, je me tais, et je l’écoute. Je ne peux pas faire autrement, je ne peux même plus parler. Mon regard est fixé dans mes trous de serrures et je ne peux plus retirer mes yeux, ils sont soudés à ma propre porte.
Et qu’elle n’a rien à voir avec ça. Et qu’il n’est pas ici pour la défendre. Pourtant, elle a absolument *tout* à voir avec tout ça. C’est un Bristyle, pas vrai ? Alors pourquoi est-ce qu’il est si différent d’elle ? Je ne m’attendais pas à l’exacte même chose, c’est impossible, mais au moins un peu. Un tout petit peu. Juste une odeur, une brise de son sang.
Pourtant rien. Absolument rien.
Et pour la défendre ? Je veux ouvrir ma bouche, mais mon corps ne répond plus. J’ai son frère devant moi, et je ne peux pas penser à autre chose que ce prénom si naturel pour lui. Pourquoi je ne peux pas le dire, moi ?
Pourquoi je n’ai pas le droit à son naturel, moi ?
Pourquoi, moi ? C'est toi qui mens, Charlie. Et le reste de sa phrase s’amoncelle pour former un mensonge, tout en me traitant de menteuse.
*C’est faux*. Mes lèvres bougent, au fond de mon crâne, mais je ne sais pas si ma voix leur a donné forme. C’est un septième année — septième année bon Dieu ! — un frisson me déchire le dos, et j’ai plein de choses à apprendre de quelqu’un qui en est à sa dernière année. Mais, maintenant que je suis réellement face à lui, je me dis que tout ce qu’il sait, lui, je le saurais moi aussi en septième année. Par contre, tout ce que je sais, moi, lui ne le saura jamais.
Merde. Il a raison au final ?
Mon Rouge ne bouge pas.
Ça me fait chier d’être plantée là comme un poteau, mais je commence à croire au mots du Vert. C’est elle qui m’intéresse chez lui, il a raison. Je ne voulais pas le voir, je ne voulais pas le comprendre, et encore moins me le dire, là, en ce moment dégueulasse. *’t’as raison*. Merde. Il a raison, Aodren.
Je vois Rouge, mais tout est calme, tout est brûlant. Et sous ma chaleur étouffante, je n’ai plus la moindre force.
Juste une étincelle, peut-être ? combler-casser-gueule-casse-pas-moi-et-je-ne-défends-pas-une-sœur-qui-n’a-pas-besoin-de-l’être. Une étincelle qu’il réussit à enflammer.
*AELLE* n’a besoin de personne !
Mes phalanges hurlent, craquent.
Et j’ai prononcé son prénom ! Bordel ! J’ai osé prononcer son prénom à cause de ce taré ! À cause de cet abruti de merde !
Mes pensées vrillent dans tous les sens.
Ma respiration s’approfondit tellement que je la sens jusque dans mon bas-ventre.
Bien sûr qu’Aelle n’a besoin de personne ! Qu’est-ce qu’il croit m’apprendre ?! Qu’est-ce qu’il ose croire m’apprendre ?! C’est un taré, un malade, un foutu abruti celui-là ! Mais c’est son frère ! C’est le bordel de frère d’Aelle ! Alors pourquoi est-ce qu’il n’essaie même pas ?! Pourquoi il n’essaie juste pas d’être un frère ?! Ce n’est pas compliqué ! Je ne la connais pas, Aelle, pourtant je la connais foutrement mieux que lui ! Qu’est-ce qu’il croit ? Qu’Aelle va venir le supplier ? Qu’Aelle va lui dire, à lui, son grand-abruti-de-frère de l’aider ? De faire quelque-chose pour elle ? Mais ça ne fonctionne pas comme ça ! C’est à lui de faire ! Il ne comprend vraiment rien ?!
Je plaque une main sur mon cœur-de-poitrine. *’arrête ! ARRÊTE !!*. Arrête de me faire mal ‘Dieu d’foutu cœur !
Aelle, elle, aurait cassé le monde pour son lui, cet abruti d’Aodren ! Et elle ne lui aurait même pas demandé son avis !
Mes ongles s’enfoncent dans ma peau, traversant toutes les couches de tissu, essayant d’attraper mon cœur pour lui faire fermer sa gueule. *’j’dois… arrête*.
J’inspire fort, et j’expire tout aussi fort.
Mais Aodren. *Aodren ?*. Je ne sais pas si avec un frère pareil, j’aurais vraiment envie de casser quoi que ce soit, ne serait que la moindre brindille. Trop d’efforts pour rien. *’moche, qu’t’es dégueulasse*. Peut-être que j’aurais juste envie de lui casser la gueule, à lui, comme j’en ai foutrement envie là.
Ça doit être ça.
*Aelle*. J’aimerais que ça soit naturel dans mon crâne, mais ça ne l’est pas. Dans ma cervelle, ça grouille de partout, je suis perdue dans tout ce bordel. Il suffit d’un seul prénom, et tout s’emballe en petites explosions, ça, et là. *’ordel…*.
Une autre inspiration puissante, et une expiration déflagrante.
Faut vraiment être complètement aveugle pour ne pas le voir. Aelle n’a besoin de personne… *’même pas d’moi*.
Mes trous de serrure, j’ai du mal à voir à travers maintenant. J’ai le crâne brouillé, comme une vieille bouillie de sang séché.
Aelle ne m’a jamais répondu. Quand j’envoie une lettre, et que je n’ai pas de réponse, j’en envoie une deuxième, non ?
Non. Pas elle. Elle n’en a pas besoin.
Même si je ne croirais jamais un truc pareil. Jamais je ne réussirais à oublier ce qu’il y a dans son océan. Jamais.
Je casse ma pensée. Je ne dois plus la prononcer.
— Si tu as des choses à régler avec Aelle, règle-les avec elle.
Ma conscience est pétée, je ne veux plus m’écouter. *T’as raison*. Mais je ne peux pas m’en empêcher. L’enclume dans ma gorge m’empêche de le dire avec ma voix, de lui assurer que oui, c’est bon, il a *’tellement raison*. C’est fini, je ne crierais plus. Il a raison.
J’ai des trucs à régler avec elle.
Tellement de trucs que je ne sais par où commencer. *’l’seul truc où t’as raison*. Vraiment, je n’en sais rien.
Mon Rouge pétrifié cille un instant. Là, il part, le Vert. Il est totalement en train de partir. Comme un vrai Serpentard. Une espèce de vipère qui fuit en zigzaguant comme une folle après avoir lâchement mordu. *Tss…*. Son poison est faible, il me suffit de planter mes dents dedans pour le faire couiner. Mais il remet les idées en place, au moins, son petit poison.
Passer par sa famille était vraiment une idée de merde. Je n’arriverais jamais à m’entendre avec Aodren. J’y croyais pourtant, comme une folle en plus, mais je me suis menti.
Je fais volte-face.
Moi, je lui tourne complètement le dos. Je ne veux plus le voir, ce frère-qui-n’en-est-pas-un. J’ai presque honte de penser que c’est le sien.
Je dois trouver un moyen de la voir elle. De trouver son chez elle. Ce gars-là en fait partie, mais pas vraiment au final. Pour lui, c’est si naturel de la prononcer sans rien y comprendre ; alors que je n’arrive pas à la penser sans la sentir me regarder, avec son noir trop Noir.
Je ne dis rien de plus, parce que je n’ai plus rien à dire à cette vipère. Qu’elle fuit, le plus loin possible de moi, avant que j’enfonce mes dents dans sa cervelle, à le faire couiner de larmes.
Et devant moi, presque tout s’est fait bouffer par le flou mouillé. Dansant, narguant. Je ne clignerais pas des yeux.
Jamais.
Je ne chialerais pas.
Jamais.
Je ne suis plus une gamine.
Jamais.
Alors que mon cœur est océan.
Et mon Rouge se tait, se fige, yeux écarquillés.
Là, à travers les deux minuscules serrures de mes yeux, je regarde Aodren. Je le regarde bien, alors qu’il vient de prononcer son prénom. Il vient de le dire comme si c’était la chose la plus normale du monde. Comme si c’était un mot aussi banal que « poulet ». Normal.
Le plus normalement du monde.
C’est tellement bizarre.
Alors, face à lui qui la prononce avec le moins de gêne de l’univers tout entier, je me tais, et je l’écoute. Je ne peux pas faire autrement, je ne peux même plus parler. Mon regard est fixé dans mes trous de serrures et je ne peux plus retirer mes yeux, ils sont soudés à ma propre porte.
Et qu’elle n’a rien à voir avec ça. Et qu’il n’est pas ici pour la défendre. Pourtant, elle a absolument *tout* à voir avec tout ça. C’est un Bristyle, pas vrai ? Alors pourquoi est-ce qu’il est si différent d’elle ? Je ne m’attendais pas à l’exacte même chose, c’est impossible, mais au moins un peu. Un tout petit peu. Juste une odeur, une brise de son sang.
Pourtant rien. Absolument rien.
Et pour la défendre ? Je veux ouvrir ma bouche, mais mon corps ne répond plus. J’ai son frère devant moi, et je ne peux pas penser à autre chose que ce prénom si naturel pour lui. Pourquoi je ne peux pas le dire, moi ?
Pourquoi je n’ai pas le droit à son naturel, moi ?
Pourquoi, moi ? C'est toi qui mens, Charlie. Et le reste de sa phrase s’amoncelle pour former un mensonge, tout en me traitant de menteuse.
*C’est faux*. Mes lèvres bougent, au fond de mon crâne, mais je ne sais pas si ma voix leur a donné forme. C’est un septième année — septième année bon Dieu ! — un frisson me déchire le dos, et j’ai plein de choses à apprendre de quelqu’un qui en est à sa dernière année. Mais, maintenant que je suis réellement face à lui, je me dis que tout ce qu’il sait, lui, je le saurais moi aussi en septième année. Par contre, tout ce que je sais, moi, lui ne le saura jamais.
Merde. Il a raison au final ?
Mon Rouge ne bouge pas.
Ça me fait chier d’être plantée là comme un poteau, mais je commence à croire au mots du Vert. C’est elle qui m’intéresse chez lui, il a raison. Je ne voulais pas le voir, je ne voulais pas le comprendre, et encore moins me le dire, là, en ce moment dégueulasse. *’t’as raison*. Merde. Il a raison, Aodren.
Je vois Rouge, mais tout est calme, tout est brûlant. Et sous ma chaleur étouffante, je n’ai plus la moindre force.
Juste une étincelle, peut-être ? combler-casser-gueule-casse-pas-moi-et-je-ne-défends-pas-une-sœur-qui-n’a-pas-besoin-de-l’être. Une étincelle qu’il réussit à enflammer.
*AELLE* n’a besoin de personne !
Mes phalanges hurlent, craquent.
Et j’ai prononcé son prénom ! Bordel ! J’ai osé prononcer son prénom à cause de ce taré ! À cause de cet abruti de merde !
Mes pensées vrillent dans tous les sens.
Ma respiration s’approfondit tellement que je la sens jusque dans mon bas-ventre.
Bien sûr qu’Aelle n’a besoin de personne ! Qu’est-ce qu’il croit m’apprendre ?! Qu’est-ce qu’il ose croire m’apprendre ?! C’est un taré, un malade, un foutu abruti celui-là ! Mais c’est son frère ! C’est le bordel de frère d’Aelle ! Alors pourquoi est-ce qu’il n’essaie même pas ?! Pourquoi il n’essaie juste pas d’être un frère ?! Ce n’est pas compliqué ! Je ne la connais pas, Aelle, pourtant je la connais foutrement mieux que lui ! Qu’est-ce qu’il croit ? Qu’Aelle va venir le supplier ? Qu’Aelle va lui dire, à lui, son grand-abruti-de-frère de l’aider ? De faire quelque-chose pour elle ? Mais ça ne fonctionne pas comme ça ! C’est à lui de faire ! Il ne comprend vraiment rien ?!
Je plaque une main sur mon cœur-de-poitrine. *’arrête ! ARRÊTE !!*. Arrête de me faire mal ‘Dieu d’foutu cœur !
Aelle, elle, aurait cassé le monde pour son lui, cet abruti d’Aodren ! Et elle ne lui aurait même pas demandé son avis !
Mes ongles s’enfoncent dans ma peau, traversant toutes les couches de tissu, essayant d’attraper mon cœur pour lui faire fermer sa gueule. *’j’dois… arrête*.
J’inspire fort, et j’expire tout aussi fort.
Mais Aodren. *Aodren ?*. Je ne sais pas si avec un frère pareil, j’aurais vraiment envie de casser quoi que ce soit, ne serait que la moindre brindille. Trop d’efforts pour rien. *’moche, qu’t’es dégueulasse*. Peut-être que j’aurais juste envie de lui casser la gueule, à lui, comme j’en ai foutrement envie là.
Ça doit être ça.
*Aelle*. J’aimerais que ça soit naturel dans mon crâne, mais ça ne l’est pas. Dans ma cervelle, ça grouille de partout, je suis perdue dans tout ce bordel. Il suffit d’un seul prénom, et tout s’emballe en petites explosions, ça, et là. *’ordel…*.
Une autre inspiration puissante, et une expiration déflagrante.
Faut vraiment être complètement aveugle pour ne pas le voir. Aelle n’a besoin de personne… *’même pas d’moi*.
Mes trous de serrure, j’ai du mal à voir à travers maintenant. J’ai le crâne brouillé, comme une vieille bouillie de sang séché.
Aelle ne m’a jamais répondu. Quand j’envoie une lettre, et que je n’ai pas de réponse, j’en envoie une deuxième, non ?
Non. Pas elle. Elle n’en a pas besoin.
Même si je ne croirais jamais un truc pareil. Jamais je ne réussirais à oublier ce qu’il y a dans son océan. Jamais.
Je casse ma pensée. Je ne dois plus la prononcer.
— Si tu as des choses à régler avec Aelle, règle-les avec elle.
Ma conscience est pétée, je ne veux plus m’écouter. *T’as raison*. Mais je ne peux pas m’en empêcher. L’enclume dans ma gorge m’empêche de le dire avec ma voix, de lui assurer que oui, c’est bon, il a *’tellement raison*. C’est fini, je ne crierais plus. Il a raison.
J’ai des trucs à régler avec elle.
Tellement de trucs que je ne sais par où commencer. *’l’seul truc où t’as raison*. Vraiment, je n’en sais rien.
Mon Rouge pétrifié cille un instant. Là, il part, le Vert. Il est totalement en train de partir. Comme un vrai Serpentard. Une espèce de vipère qui fuit en zigzaguant comme une folle après avoir lâchement mordu. *Tss…*. Son poison est faible, il me suffit de planter mes dents dedans pour le faire couiner. Mais il remet les idées en place, au moins, son petit poison.
Passer par sa famille était vraiment une idée de merde. Je n’arriverais jamais à m’entendre avec Aodren. J’y croyais pourtant, comme une folle en plus, mais je me suis menti.
Je fais volte-face.
Moi, je lui tourne complètement le dos. Je ne veux plus le voir, ce frère-qui-n’en-est-pas-un. J’ai presque honte de penser que c’est le sien.
Je dois trouver un moyen de la voir elle. De trouver son chez elle. Ce gars-là en fait partie, mais pas vraiment au final. Pour lui, c’est si naturel de la prononcer sans rien y comprendre ; alors que je n’arrive pas à la penser sans la sentir me regarder, avec son noir trop Noir.
Je ne dis rien de plus, parce que je n’ai plus rien à dire à cette vipère. Qu’elle fuit, le plus loin possible de moi, avant que j’enfonce mes dents dans sa cervelle, à le faire couiner de larmes.
Et devant moi, presque tout s’est fait bouffer par le flou mouillé. Dansant, narguant. Je ne clignerais pas des yeux.
Jamais.
Je ne chialerais pas.
Jamais.
Je ne suis plus une gamine.
Jamais.
Alors que mon cœur est océan.
N'est-ce pas ? Quel magnifique adulte-d’Enfant.
Jamais. Et pourtant, Charlie elle-même y aura un peu cru ; qui l'eût cru ?
Jamais. Et pourtant, Charlie elle-même y aura un peu cru ; qui l'eût cru ?
POUR L'ORBE !
Tout en bas de son corps, le pied droit d'Aodren glisse contre la terre, écrase plusieurs brins d'herbe sur son chemin pour faire face au château. Un seul pied ne peut cependant pas diriger un corps tout entier. C'est pour cela que les jambes ne bougent pas et que le buste répond encore moins à l'ordre de cette chaussure si pressée de s'en aller. Il n'y a guère que la tête, pour prendre la même direction, et encore : elle ne se détourne même pas tout à fait car Aodren attend une réponse qui ne viendra jamais.
Le regard perdu sur le paysage qui se brouille sous son inattention, le jeune homme essaie de composer avec toutes les émotions qui grandissent dans son coeur. Il a toujours su que Rengan lui faisait éprouver de détestables choses. Il le sait depuis très très longtemps. Mais il ne pensait pas ressentir cette déception et cette jalousie incompréhensible. Jalousie pourquoi ? Parmi toutes les âmes de l'école, et Merlin seul sait combien Aodren peut les aimer, ces âmes, il n'y en a aucune qu'il méprise davantage qu'elle. S'il la méprise — et il s'en veut beaucoup pour cela — ce n'est pas parce qu'elle manque de talent. C'est parce qu'elle est dangereuse. C'est une personne qui est incapable du moindre contrôle. Elle explose quand elle a besoin d'exploser, elle hait quand elle a besoin de haïr et il est persuadé qu'elle aime de la même façon. Elle ne contrôle ni ses envies de violence ni les inclinations de son coeur. Et c'est très dur pour Aodren d'accepter que sa sœur est exactement comme elle. Aelle a au moins le mérite d'être sa sœur : pour cela, il ne la déteste pas d'être ce qu'elle est. Mais Charlie n'est que Charlie. Et Charlie a essayé de l'atteindre lui comme elle a essayé — et réussi — d'atteindre Aelle avant lui. C'est... C'est méprisable. Le coeur d'Aodren se serre à cette pensée. Il n'aime pas dire du mal des gens, il n'aime pas du tout cela ; ça le fait se sentir si sale. Mais il le pense pourtant de toute son âme.
Si Aodren ne se détourne pas tout de suite, c'est parce que parfois les gens très différents de nous, si différents qu'ils nous paraissent monstrueux, exercent sur nous une attraction incompréhensible. Ce n'est pas tant parce qu'elle est une beauté sauvage, songe Aodren, même s'il trouve effectivement que Charlie est orgueilleusement splendide, mais c'est parce qu'elle a du pouvoir. Sur lui. Sur Aelle. Sur sa famille. Sur le monde qui l'ento—
Son esprit déraille tout à fait : elle vient de se retourner. Voilà qu'il n'aperçoit d'elle que cet élastique de couleur bleu et cette masse de cheveux grouillante. Dans la terre, la botte d'Aodren crisse contre le sol pour revenir sur le droit chemin. Le corps suit aussitôt. Voilà que Rengan lui tourne le dos alors que lui, il lui fait franchement face. La bouche du garçon s'ouvre et sans même qu'il s'en rende compte, sa main fait un geste pour se lever. Il ressent le besoin irrépressible de la forcer à se retourner vers lui.
Cela ne dure qu'une fraction de seconde.
Quand Aodren se rend compte de ce qu'il est en train de faire, il récupère sa main, ferme la bouche et écarquille les yeux. Pendant un instant, il s'est vu suivre Charlie et lui demander de parler, de tout lui dire, de tout expliquer : pourquoi est-elle obnubilée par sa sœur ? pourquoi est-elle si étrange ? pourquoi est-elle si en colère ? Pourquoi, pourquoi ? Raconte-moi tout, explique moi, c'est forcé qu'il y ait une explication, personne n'est entièrement mauvais, personne ne peut être manipulateur sans raison, personne ! Je ne comprends pas, explique-toi !
Une fraction de seconde durant laquelle il a aperçu le pouvoir déconcertant de cette jeune femme sur lui, et sur tout le reste. Son coeur ne s'en remet pas ; il s'abat désespérément contre sa cage thoracique et le monde bourdonne dans ses oreilles. Aodren ravale son souffle, ses traits se ferment et ses doigts s'accrochent à ses manches déjà bien malmenées. La colère et la déception reviennent avec plus de force : quel con, mais quel con ! Il s'est fait avoir comme le premier des abrutis, comme toutes les autres personnes qui se font constamment avoir par elle ! Il n'est qu'une victime de plus ! Elle lui a promis des choses qu'elle ne pourra jamais lui offrir, jamais, tout simplement car elle ne les a pas en sa possession. Bordel, il a été si faible ! Jamais il n'aurait dû accepter de voir Charlie. Ni aujourd'hui ni la dernière fois. Maintenant, elle va croire qu'il est faible et si elle s'en servait ?
Impossible, songe-t-il. Impossible parce qu'il n'acceptera plus jamais de se laisser avoir par elle. Ni par Aelle, d'ailleurs. Toute cette histoire ne le concerne plus. Il ne prend même pas la peine de l'énoncer à voix haute, de le faire comprendre à la Gryffondor ; Aodren a une règle bien a lui : ne jamais chercher à discuter avec des gens qui ne l'écouteront pas. Et Rengan ne l'a jamais écouté.
Cette fois-ci, il fait entièrement demi-tour. Ses pieds, ses jambes, son buste, sa tête, tout. Il tourne le dos à Charlie et il s'éloigne dans le parc à grands pas frustrés et blessés. Il se fait la promesse de laisser toute sa colère derrière lui : quand il rentrera dans la château, il aura retrouvé son essence naturelle, sa gentillesse, sa compréhension des autres. Oui, une fois dans le château, ça ira, il oubliera, il ne pensera plus à elle.
Le regard perdu sur le paysage qui se brouille sous son inattention, le jeune homme essaie de composer avec toutes les émotions qui grandissent dans son coeur. Il a toujours su que Rengan lui faisait éprouver de détestables choses. Il le sait depuis très très longtemps. Mais il ne pensait pas ressentir cette déception et cette jalousie incompréhensible. Jalousie pourquoi ? Parmi toutes les âmes de l'école, et Merlin seul sait combien Aodren peut les aimer, ces âmes, il n'y en a aucune qu'il méprise davantage qu'elle. S'il la méprise — et il s'en veut beaucoup pour cela — ce n'est pas parce qu'elle manque de talent. C'est parce qu'elle est dangereuse. C'est une personne qui est incapable du moindre contrôle. Elle explose quand elle a besoin d'exploser, elle hait quand elle a besoin de haïr et il est persuadé qu'elle aime de la même façon. Elle ne contrôle ni ses envies de violence ni les inclinations de son coeur. Et c'est très dur pour Aodren d'accepter que sa sœur est exactement comme elle. Aelle a au moins le mérite d'être sa sœur : pour cela, il ne la déteste pas d'être ce qu'elle est. Mais Charlie n'est que Charlie. Et Charlie a essayé de l'atteindre lui comme elle a essayé — et réussi — d'atteindre Aelle avant lui. C'est... C'est méprisable. Le coeur d'Aodren se serre à cette pensée. Il n'aime pas dire du mal des gens, il n'aime pas du tout cela ; ça le fait se sentir si sale. Mais il le pense pourtant de toute son âme.
Si Aodren ne se détourne pas tout de suite, c'est parce que parfois les gens très différents de nous, si différents qu'ils nous paraissent monstrueux, exercent sur nous une attraction incompréhensible. Ce n'est pas tant parce qu'elle est une beauté sauvage, songe Aodren, même s'il trouve effectivement que Charlie est orgueilleusement splendide, mais c'est parce qu'elle a du pouvoir. Sur lui. Sur Aelle. Sur sa famille. Sur le monde qui l'ento—
Son esprit déraille tout à fait : elle vient de se retourner. Voilà qu'il n'aperçoit d'elle que cet élastique de couleur bleu et cette masse de cheveux grouillante. Dans la terre, la botte d'Aodren crisse contre le sol pour revenir sur le droit chemin. Le corps suit aussitôt. Voilà que Rengan lui tourne le dos alors que lui, il lui fait franchement face. La bouche du garçon s'ouvre et sans même qu'il s'en rende compte, sa main fait un geste pour se lever. Il ressent le besoin irrépressible de la forcer à se retourner vers lui.
Cela ne dure qu'une fraction de seconde.
Quand Aodren se rend compte de ce qu'il est en train de faire, il récupère sa main, ferme la bouche et écarquille les yeux. Pendant un instant, il s'est vu suivre Charlie et lui demander de parler, de tout lui dire, de tout expliquer : pourquoi est-elle obnubilée par sa sœur ? pourquoi est-elle si étrange ? pourquoi est-elle si en colère ? Pourquoi, pourquoi ? Raconte-moi tout, explique moi, c'est forcé qu'il y ait une explication, personne n'est entièrement mauvais, personne ne peut être manipulateur sans raison, personne ! Je ne comprends pas, explique-toi !
Une fraction de seconde durant laquelle il a aperçu le pouvoir déconcertant de cette jeune femme sur lui, et sur tout le reste. Son coeur ne s'en remet pas ; il s'abat désespérément contre sa cage thoracique et le monde bourdonne dans ses oreilles. Aodren ravale son souffle, ses traits se ferment et ses doigts s'accrochent à ses manches déjà bien malmenées. La colère et la déception reviennent avec plus de force : quel con, mais quel con ! Il s'est fait avoir comme le premier des abrutis, comme toutes les autres personnes qui se font constamment avoir par elle ! Il n'est qu'une victime de plus ! Elle lui a promis des choses qu'elle ne pourra jamais lui offrir, jamais, tout simplement car elle ne les a pas en sa possession. Bordel, il a été si faible ! Jamais il n'aurait dû accepter de voir Charlie. Ni aujourd'hui ni la dernière fois. Maintenant, elle va croire qu'il est faible et si elle s'en servait ?
Impossible, songe-t-il. Impossible parce qu'il n'acceptera plus jamais de se laisser avoir par elle. Ni par Aelle, d'ailleurs. Toute cette histoire ne le concerne plus. Il ne prend même pas la peine de l'énoncer à voix haute, de le faire comprendre à la Gryffondor ; Aodren a une règle bien a lui : ne jamais chercher à discuter avec des gens qui ne l'écouteront pas. Et Rengan ne l'a jamais écouté.
Cette fois-ci, il fait entièrement demi-tour. Ses pieds, ses jambes, son buste, sa tête, tout. Il tourne le dos à Charlie et il s'éloigne dans le parc à grands pas frustrés et blessés. Il se fait la promesse de laisser toute sa colère derrière lui : quand il rentrera dans la château, il aura retrouvé son essence naturelle, sa gentillesse, sa compréhension des autres. Oui, une fois dans le château, ça ira, il oubliera, il ne pensera plus à elle.
Et bien je... Je..
Tu vois, ils trébuchent encore.
Je.
C'est tellement logique.
Tu vois, ils trébuchent encore.
Je.
C'est tellement logique.