Laisse mon Silence te Taire
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[ FIN FÉVRIER 2046 ]
Alentour du Château, Parc, Poudlard
Dimanche matin, très tôt ; une heure après l’aube
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Charlie, 16 ans.
4ème Année
∞
[ FIN FÉVRIER 2046 ]
Alentour du Château, Parc, Poudlard
Dimanche matin, très tôt ; une heure après l’aube
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Charlie, 16 ans.
4ème Année
∞
*Un*. Pas. *Deux*. Pas. « Hhhh-ha ! ». Mon expiration siffle pendant un instant que je suspends, puis je fais exploser la bulle d’air qui s’est accumulée dans ma bouche ; laissant toute la place vide à l’inspiration qui gonfle mes poumons d’un air nouveau. *Un*. Qui boursouffle toutes les terminaisons de mon souffle. *Deux*. Jusqu’à la saturation, pour laisser le tour de l’expiration. La boucle est bouclée.
Dix foulées.
Et je recommence.
*Un*. Mon souffle est contrôlé, même si mon cœur bat beaucoup trop vite. *Deux*. Je lance mes jambes l’une après l’autre, me battant contre mon corps qui se ramollit de fatigue. « Hhhhh-ha ! ». Les grandes serres de botanique sur ma gauche, j’arrive à leur extrémité pour enfin tourner à l’angle, et commencer la longue aile droite du château, jusqu’au lapacho. *Un*.
Nejma est au milieu de cette route, assise — étalée — sur l’herbe au milieu de son bordel de parchemins. *Deux*. Elle a l’air encore plus minuscule, d’ici. Je ne peux pas m’empêcher d’un penser à chaque fois que j’arrive à cet angle. « Hhhh— ». Un hoquet déchire mon rythme, en plein milieu de mon expiration, comme un poing en plein milieu de ma poitrine. Mon souffle se coupe, mais je ne m’arrête pas de courir. *’pas fini !*. J’avais fait que huit tours autour du château ! « ‘ordel ! ». C’était loin d’être fini !
Poussant contre la valve de ma gorge, je fais exploser l’air qui est resté bloqué à l’intérieur de mon corps. Je l’attrape par son cou et le malmène à travers mes lèvres, le sifflant comme une trainée. « Sssshhh ». *UN*. Mes jambes ne s’arrêtent pas. Elles ne vont pas s’arrêter aujourd’hui ; pas avant que je crève de fatigue. *DEUX*. Mon cœur est fou dans mon corps, il cogne jusqu’au plafond de mon crâne.
D’un coup, je jette un regard inquiet aux alentours. *Personne*. Il n’y a personne et il n’y aura personne. Personne, de personne. *Juste Nejma*. De toute façon, je vais bientôt sortir ma tente. Juste… le temps… de respirer l’air extérieur. L’atmosphère brûlante de la tente m’étouffait de plus en plus.
Le rythme de mon souffle était perdu.
— ‘Dieu !
Je me reconcentre. *Un… Non !*. La Serdaigle me fait déjà face avec sa tronche blasée, ses yeux sur ma poitrine désaccordée. *Vite !*. J’écrase ma jambe gauche contre l’herbe tout en dégainant ma baguette de son fourreau. Mon corps arrête sa course et mon bras fait claquer l’air.
Toute trace d’émotion disparait sur le visage de Nejma.
— Stupéfix.
L’orbe écarlate me fonce dessus. Pas le temps d’esquiver.
— Protego Duo !
Je ne peux pas m’empêcher de gueuler, ma respiration est défoncée par la course.
Son sort s’écrase contre mon bleu, encaissant la magie de Nejma comme un matelas. *Bordel*. Mon arme en l’air et mon autre main en soutien, je fais exploser une bulle d’air à travers mes lèvres : « Acuo ! ». À l’instant même où la lueur jaune fuse de ma baguette, je comprends que mon sortilège est à moitié raté. Ma gestuelle et ma visualisation étaient aussi floues que mon regard fatigué.
Face à moi, Nejma fait une simple roulade sur le côté. Mon sortilège passe très loin d’elle, et continue sa route ; perdant de son intensité à mesure qu’il s’éloignait.
Mon bras retombe contre mon corps. *Tss…*. La blonde baisse aussi son arme en posant ses mains sur son bassin. *J’commence à vraiment…*. La fatigue m’étrangle, mais la fraicheur de l’air me fait tellement de bien. Je dois continuer. *Allez*. C’est tellement dur de reprendre ma lancée après m’être arrêtée.
*Encore un tour*. Le dernier. *Non*. Le tout dernier. *Non !*. Je n’en peux plus. *C’est pas fini !*. J’ai besoin de repos. *Encore un milliard de tours !*. Je vais tomber. *Et si ça m’suffit pas, j’ajoute un autre milliard !*.
Brusquement, la grande machine qui me sert de corps démarre.
Je vais volte-face, et je me lance pour un nouveau tour.
— Ralenti un peu !
La voix de Nejma n’est qu’un fantôme, je dois continuer.
À quoi ça servait de s’entraîner si je fatiguais au bout de seulement huit tours ? C’était tout pourri, huit tours. Il fallait au moins que j’atteigne mon dernier record qui était à treize tours. C’était le minimum. Même si l’entièreté de mon corps hurlait à l’agonie, je m’en foutais. Cet entrainement qui mélangeait course physique et duel magique était parfait, il me poussait à foutre tout mon Être beaucoup plus loin que ses limites ; tout était tellement plus simple à maîtriser après ça. Quand j’étais calme et en forme, mon corps m’écoutait et ma magie se pliait. Pousser la complexité le plus loin possible pour que la simplicité soit encore plus simple, presque naturelle, comme de l’eau.
Là, l’étendue du Lac, sur ma gauche. *Déjà ?*. Mon souffle ! *Bon Dieu !*. Je l’ai encore oublié !
*UN*. J’ai dépassé la grande ligne de serre, derrière le château, et j’attaqu
Ma cheville se vide. « Que… ». Plus de tonus, plus le moindre muscle. Au moment où elle touche le sol, une douleur aigue explose dans mon pied. « Aah ! ». Je perds l’équilibre. « Bordel ! ». Mon autre pied tape contre l’herbe, m’empêchant de m’étaler par terre ; mais quand c’est à nouveau au tour de ma cheville vidée, la douleur explose dans tout mon corps.
Je m’écroule d’un seul bloc, les mains en avant.
Reducio

Dernière modification par Charlie Rengan le 6 févr. 2022, 16:53, modifié 1 fois.
Laisse mon Silence te Taire

— diamants diaprés —
FIN FEVRIER 2046, MATIN,
PARC, POUDLARD
Alyona, 16 ans
PARC, POUDLARD
Alyona, 16 ans
Savez-vous que, quand la rosée délicatement posée sur l'herbe est entremêlée aux rayons envoûtants de l'Astre du Jour, les gouttes incolores se mettent à iriser si fort que la couverture verte de la Terre devient alors multicolore ? Les rayons flamboyants de l'Astre-éclatant-de-lumière sont fascinants. À eux seuls, ils peuvent transformer la plus terne des couleurs en un tout lumineux et vif, faire rougir la peau la plus pâle et froide, aveugler et rendre aveuglant de beauté les pupilles si envoûtantes, attirer les regards tout en les rejetant fortement, et tant d'autres choses encore ! Je pourrais passer des heures à observer le trajet long et tranquille des rayons du soleil, parfois dérangé par les nuages terrifiants qui répandent leur ombre sur la terre comme un voile funèbre. Les rayons de l'Astre du Jour sont si fascinants et terribles ! Quand ils se décident à embrasser ma peau, le contact de leurs lèvres flamboyantes sur mes bras nus est surprenant et douloureux, surtout lorsqu'il s'étire dans le temps. Pourtant, il y a dans ce contact une certaine ivresse malsaine ; les rayons du soleil sont si réconfortants et séduisants que leur permettre de se balader sur ma peau pour la rougir sauvagement m'est difficile à empêcher, comme si les laisser me brûler était plus fort que moi.
La chaleur se propage avec douceur dans ma main droite tandis que mon corps reste dans l'ombre du château. Je referme mon poing et rabats ma main contre moi. J'ai tant envie de laisser le soleil réchauffer mon corps transi par la fraîcheur de la matinée ! Pourtant, cela m'est impossible. L'Astre laisserait la trace douloureuse de son baiser imprimé sur ma peau blanche pendant bien trop de temps. Il faut savoir renoncer à ses envies des fois, même si cela semble compliqué.
Installée en tailleur à la lisière du voile noir créé par le château et le soleil, je contemple ma main, profitant de la chaleur qui règne encore sur ma peau. Sur mes genoux repose mon manuel de potions que je voulais étudier. Cependant, je n'ai pas réussi à lire tout en restant concentrée sur la recette de la potion Tue-loup. C'est comme si mon esprit flottait parmi les nuages. Il m'est impossible de laisser mes pensées se fixer sur une phrase tant le reste des événements autour de moi me tire de cette fixation-qui-n'en-est-pas-une. Le mouvement du ventre d'Ecco couché près de moi se soulevant doucement au rythme régulier de sa respiration, les pas rapides ébranlants la terre de l'autre qui court sans arrêt depuis mon arrivée, le murmure de la brise hivernale comme une douce mélodie sifflée dans mes oreilles, la Magie qui pulse tout autour de moi, encore, Toujours ; tout cela m'empêche de me concentrer. J'ai l'impression d'être une fleur éclose sur le Monde et que celui-ci retenti plus intensément autour de moi. J'ai l'impression de ressentir fortement tout ce qu'il se passe dans le parc, du murmure du vent aux éclats de voix. Dans cet état un peu second, rester occupée par une seule activité revient à marcher sur une surface verglacée : le chemin est bien là, face à moi, mais je ne peux m'empêcher de glisser ailleurs quand j'essaye de l'emprunter, *glisser vers l'Imprévu*. Alors, je me laisse emporter vers cet Ailleurs vers lequel mon esprit veut m'entraîner. Et mes pensées glissent elles aussi dans le but de m'emmener avec elles.
La brise fraîche caresse ma peau. J'aime me lever tôt, un silence agréable s'installe quand les autres ne sont pas là. Pourtant, ce matin, je ne suis pas seule, mais *peu importe*, ceux qui sont là sont lointains et silencieux. Le haut de mon corps vient s'écraser contre l'herbe encore humide. Je glisse mes bras et les croise sous ma tête, *si confortable*. Un soupir s'échappe entre mes lèvres pour s'envoler vers l'Azur. Tout est d'une douceur infinie ce matin. Je pourrais...
« Aah ! »
Les paumes de mes mains viennent frapper brusquement la terre. Je me redresse, la bouche légèrement ouverte sous l'effet de la surprise. Mes yeux viennent se poser immédiatement sur Elle. *Oh... Merlin*, celle qui courait vient de s'écrouler contre le sol.
Je me lève rapidement, inquiète. Mon état un peu second est disparu d'un seul coup, comme une bulle de savon explosant dans les airs. Pourquoi tout semble si fragile face à la puissance des événements ? Il n'a suffi que d'une seconde pour que je sorte de l'état dans lequel j'étais plongée. Pourquoi tout a été si rapide et soudain ? Pourquoi le temps passe-t-il si rapidement quelques fois ? Mes sourcils se froncent tandis que je commence à parcourir les mètres qui me séparent de la coureuse étendue sur le sol, franchissant en même temps la frontière entre l'ombre du château et les rayons du soleil. Un ouragan de questionnements bouleverse mes pensées auparavant si calmes. Pourquoi s'est-elle écroulée ainsi, si soudainement ? Vient-elle de tomber dans les pommes ? *J'espère pas* Est-ce dû à la fatigue ? S'est-elle fait mal ? J'entends les battements de mon cœur pulser rapidement dans mes oreilles, comme si ces gestes brusques venaient de réveiller mon organe endormi. Je sors ma baguette tout en m'approchant de la grande coureuse. Si elle a besoin de soins, je dois pouvoir l'aider. Réfléchissant aux possibilités qui s'offrent à moi, je plonge mon autre main dans mon sac, à la recherche de ma gourde.
Je franchis en quelques pas les derniers mètres qui me séparaient de la fille avant de m'accroupir calmement à un mètre d'elle. Mes sourcils sont légèrement froncés, trahissant mon inquiétude au sujet de cette chute si soudaine et de l'Autre. Depuis combien de temps la fille courait-elle ? Et si elle s'était fait mal et que je ne pouvais pas l'aider ? *Incapable.*
« Ça va ? »
Je pose ma gourde à côté de moi au cas où la fille-qui-est-tombée en aurait besoin. Instinctivement, mon regard vient chercher le sien pour y trouver des réponses à mes questions.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
baisse de présence jusque fin juillet
Laisse mon Silence te Taire
Les doigts durs, protégés d’une trop fine croûte de gel ; et juste en-dessous, mon sang qui bouillonne dans ma peau, qui sursaute au travers de mes phalanges engourdies.
Je n'ai pas le temps de penser, rien, pas la moindre bribe de mot ou de son, mais je sais que l’atterrissage va me défoncer les mains, et tout le corps. La couche de protection glacée va planter ses crocs dans mes os.
Merde.
Le choc contre le sol est si fort que mes épaules craquent, et mon propre poids rebondit sur mes mains trop faibles, mon menton s’écrase dans la terre.
Plus de traces d’herbes pour amortir, parce que je viens juste de tout casser avec ma gueule. Ma nuque tordue a essayé de protéger mon visage, mais je ne lui ai rien demandé ; l’éclair de douleur dans ma colonne vertébrale me donne envie de sourire, de me foutre de sa gueule. Alors p’tite nuque ? T’as décidé ça toute seule ? T’es vraiment bonne, bravo. Sauf que j’ai tellement mal au dos que la chaleur de mon sang ne te couvre plus. T’es grillée. Alors, juste, essaye de pas m’casser en deux la prochaine fois ? Mon sourire n’est que grimace.
Et toute la glace qui me protégeait se retourne contre moi. La fine pellicule a disparue en laissant là ses dents invisibles, sabrées, le froid s’enfonce si fort à travers ma peau que je le ressens jusqu’aux tréfonds de mes os.
— Bordel…
*’péter la ch’ville*. Et ma respiration qui s’emballe, encore, rugissant dans le concert de ma bouche. Sûrement la pire prestation instrumentale qui puisse exister sur Terre ; grésillée par ma salive qui s’amasse sur ma langue. J’ai l’impression que même mon propre souffle s’est fait déposséder de sa chaleur.
Qui m’a volée ?
*’ordel…*. Je dégage mes mains écrasées sous ma poitrine, faisant crisser mes ongles contre la terre trop durcie par le temps. Et j’essaye de poser mes pau…
— Ça va ?
*Que !*. Mes yeux s’ouvrent à la vitesse de l’éclair.
Je ne me suis même pas rendue compte qu’ils s’étaient fermés, tellement ma peau-de-glace avait bouffé mes sens.
Et je retombe, encore. *Mais…*. Pas sur le sol, sur du bleu. Un très grand regard tout bleu. *Oh*.
Entouré d’une peau tellement blanche que je ne peux pas m’empêcher de penser à Solwen, comme une évidence ; mais celle-ci n’a absolument rien à voir avec elle.
Rien.
— J…
Je n’arrive pas à parler. Je crois même que je bave, mais je n’en sais rien du tout, ma peau est trop froide pour sentir quoi que ce soit sur mon foutu visage.
Ma salive m’étouffe. *Bordel…*. J’ai la bouche totalement noyée par mon propre corps, alors je détourne mon regard de son bleu, beaucoup trop fatiguée pour essayer de comprendre. Et parce que ce n’est vraiment pas le bon moment pour me présenter à un bleu, je ne suis pas du tout présentable, là.
Et ma respiration reprend d’un coup, déchainée, affolée ; depuis quand s’est-elle arrêtée ? Totalement mélangée. Je n’ai pas la force de réfléchir, mais je sais que j’ai froid, que j’ai mal, et que je suis foutrement fatiguée.
Maintenant que j’ai les yeux ailleurs, c’est comme si j’étais suis seule, quelque-part. *Ouais*.
— Ou…
Bordel de bouche !
Je crache tellement fort par terre que ma gorge s’embrase d’un feu, perçant comme un pic à glace. Et sous mes yeux, j’ai l’impression qu’un filet de salive trop gluant, malmené par mon sport, s’accroche encore à mes lèvres.
Alors je soulève l’espèce de bloc de glace qui me sert de main droite, et j’essuie ma bouche avec, avant de souffler.
— Ouais… j’vais… ma respiration découpe, bien…
J’ai tellement froid, pendant que ma cheville est en feu. C’est un grand brasier de joie ! Que tout le monde danse dessus, j’en ai rien à foutre ! *Nejma…*. Je dois juste me reposer un tout petit peu, puis je retournerais la voir.
Alors je pose ma joue droite à même la terre pour observer les reflets du Lac. Ma respiration ratant plein de battements.
Je n'ai pas le temps de penser, rien, pas la moindre bribe de mot ou de son, mais je sais que l’atterrissage va me défoncer les mains, et tout le corps. La couche de protection glacée va planter ses crocs dans mes os.
Merde.
Le choc contre le sol est si fort que mes épaules craquent, et mon propre poids rebondit sur mes mains trop faibles, mon menton s’écrase dans la terre.
Plus de traces d’herbes pour amortir, parce que je viens juste de tout casser avec ma gueule. Ma nuque tordue a essayé de protéger mon visage, mais je ne lui ai rien demandé ; l’éclair de douleur dans ma colonne vertébrale me donne envie de sourire, de me foutre de sa gueule. Alors p’tite nuque ? T’as décidé ça toute seule ? T’es vraiment bonne, bravo. Sauf que j’ai tellement mal au dos que la chaleur de mon sang ne te couvre plus. T’es grillée. Alors, juste, essaye de pas m’casser en deux la prochaine fois ? Mon sourire n’est que grimace.
Et toute la glace qui me protégeait se retourne contre moi. La fine pellicule a disparue en laissant là ses dents invisibles, sabrées, le froid s’enfonce si fort à travers ma peau que je le ressens jusqu’aux tréfonds de mes os.
— Bordel…
*’péter la ch’ville*. Et ma respiration qui s’emballe, encore, rugissant dans le concert de ma bouche. Sûrement la pire prestation instrumentale qui puisse exister sur Terre ; grésillée par ma salive qui s’amasse sur ma langue. J’ai l’impression que même mon propre souffle s’est fait déposséder de sa chaleur.
Qui m’a volée ?
*’ordel…*. Je dégage mes mains écrasées sous ma poitrine, faisant crisser mes ongles contre la terre trop durcie par le temps. Et j’essaye de poser mes pau…
— Ça va ?
*Que !*. Mes yeux s’ouvrent à la vitesse de l’éclair.
Je ne me suis même pas rendue compte qu’ils s’étaient fermés, tellement ma peau-de-glace avait bouffé mes sens.
Et je retombe, encore. *Mais…*. Pas sur le sol, sur du bleu. Un très grand regard tout bleu. *Oh*.
Entouré d’une peau tellement blanche que je ne peux pas m’empêcher de penser à Solwen, comme une évidence ; mais celle-ci n’a absolument rien à voir avec elle.
Rien.
— J…
Je n’arrive pas à parler. Je crois même que je bave, mais je n’en sais rien du tout, ma peau est trop froide pour sentir quoi que ce soit sur mon foutu visage.
Ma salive m’étouffe. *Bordel…*. J’ai la bouche totalement noyée par mon propre corps, alors je détourne mon regard de son bleu, beaucoup trop fatiguée pour essayer de comprendre. Et parce que ce n’est vraiment pas le bon moment pour me présenter à un bleu, je ne suis pas du tout présentable, là.
Et ma respiration reprend d’un coup, déchainée, affolée ; depuis quand s’est-elle arrêtée ? Totalement mélangée. Je n’ai pas la force de réfléchir, mais je sais que j’ai froid, que j’ai mal, et que je suis foutrement fatiguée.
Maintenant que j’ai les yeux ailleurs, c’est comme si j’étais suis seule, quelque-part. *Ouais*.
— Ou…
Bordel de bouche !
Je crache tellement fort par terre que ma gorge s’embrase d’un feu, perçant comme un pic à glace. Et sous mes yeux, j’ai l’impression qu’un filet de salive trop gluant, malmené par mon sport, s’accroche encore à mes lèvres.
Alors je soulève l’espèce de bloc de glace qui me sert de main droite, et j’essuie ma bouche avec, avant de souffler.
— Ouais… j’vais… ma respiration découpe, bien…
J’ai tellement froid, pendant que ma cheville est en feu. C’est un grand brasier de joie ! Que tout le monde danse dessus, j’en ai rien à foutre ! *Nejma…*. Je dois juste me reposer un tout petit peu, puis je retournerais la voir.
Alors je pose ma joue droite à même la terre pour observer les reflets du Lac. Ma respiration ratant plein de battements.
Laisse mon Silence te Taire
Mon regard fait quelques pas sur la grève de ses yeux, échoué sur ses paupières fermées, avant de dégringoler et de se noyer dans ses deux orbes émeraude qui me fixent soudainement. *Merlin !* Cela me surprend tant que mon visage se recule et qu'un éclair d'étonnement illumine mes yeux un instant. Cependant, je réagis vite, et je suis à peine tombée dans le gouffre de son regard que je cligne déjà des paupières pour m'y échapper. Les regards comme celui-ci sont bien trop envoûtants, il faut s'en détacher avant qu'ils ne vous happent entièrement. Je laisse donc mes yeux s'écraser, après leur envol brutal, sur les cheveux noir corbeau de l'inconnue.
Cette brusque bousculade visuelle laisse mon cœur déboussolé pendant quelques instants. Il bat vite un court moment avant de cogner de nouveau à son rythme habituel. Cependant, je n'y prête pas attention car mes pensées se sont déjà fixées ailleurs. *J'l'a connais.* Ce visage ne m'est pas totalement inconnu. Un nom se cache dans les ombres de ses traits fins, mais j'essaye tant d'éviter le regard de cette grande coureuse que je ne parviens pas à plonger correctement dans mes souvenirs. Les syllabes qui se glissaient dans mon crâne deviennent floues avant de s'effacer totalement, et le nom que j'étais partie chercher dans ma mémoire s'évanouit avant que je ne le saisisse. J'échoue alors même que je n'ai pas tenté entièrement. Je cligne une autre fois des yeux tandis que ma bouche reste légèrement ouverte, comme si elle s'était apprêtée à laisser quelques mots sortir.
Le visage qui me fait face me rend presque muette. Autour de ses deux lumières vertes, tous les autres traits de cette fille aux yeux d'émeraude traduisent son étonnement et sa fatigue. Il y a un contraste saisissant entre ce visage fin et surpris et cette bave qui semble tellement peu à sa place entre ces lèvres. Je me sens si mal à l'aise à surprendre cette fille ainsi qu'aucun son ne vient s'échapper d'entre mes lèvres, pourtant décidées à prononcer une excuse absurde.
Douce Circé, mais qu'est-ce que je fais ici ?
L'inconnue bute sur ses mots, et moi je ne réagis pas. J'ai du mal à comprendre ce qu'il se passe. Pourtant, c'est très simple. Elle courait, elle est tombée, et la voici par terre. Et maintenant ? Nous avons toutes les deux trébuché dans les iris de l'autre avant de s'en échapper brusquement. Mais j'ai l'impression de tanguer encore, quelque part, je ne sais où. Alors je dois me relever définitivement, reprendre mes esprits et considérer la situation dans sa globalité au lieu d'être happée par ce visage et ces cheveux de jais.
Je cligne une nouvelle fois des paupières pour m'extraire définitivement de ce regard qui m'attirait sans que je ne m'en rende compte. Alors, la chaleur du soleil frappe brusquement mes sens endormis. Pourquoi ne fais-je rien ? Je reste immobile quand l'autre s'essouffle à mes côtés, ses mots s'échappant par petites syllabes. Même si elle me dit qu'elle va bien, je discerne parfaitement la fatigue qui lui dévore le corps. Elle devrait se reposer, et je devrai lui dire. Mais, ce ne serait pas un peu malvenu de la part d'une inconnue, de lui dire ce qu'elle doit faire et ce qu'elle ne doit pas faire ? Elle sait certainement mieux que moi ce que son corps ressent, et nul doute qu'elle s'arrêtera un instant si elle l'estime nécessaire. Et si elle continue ? Je lui dirais peut-être mon avis pour ne pas qu'elle s'épuise complètement. *’Faudrait pas qu'elle fasse un malaise devant moi.* Me repousserait-elle si je l'emmenais à l'ombre pour qu'elle puisse s'asseoir tranquillement ? Certainem—
Elle a laissé tomber sa tête contre le sol, vers le Lac. Ainsi, elle semble décidée à se reposer un peu. Et moi, je pense et je réfléchis tellement que je ne suis concentrée plus que sur cela, ce qui est idiot puisque je ne remarque plus le reste. À quoi bon réfléchir si, quand mes idées sont claires, il est déjà trop tard ? Je me sens lente et idiote, je suis incapable de trouver le juste milieu entre parler sans réfléchir et réfléchir trop.
« J'ai de l'eau si tu veux. » Boire, c'est important quand on fait du sport, non ? Merlin, je n'en sais rien ! J'aimerais l'aider mais je ne sais même pas comment m'y prendre ! Faut-il que je lui pose d'autres questions pour savoir si elle a mal quelque part ? Elle est tombée si brusquement ! Mais, elle m'a assuré qu'elle se sentait bien. Et, si je lui propose de se relever pour se reposer un peu à l'ombre ? C'est inutile, elle peut très bien se reposer ici, ce sera d'ailleurs plus simple pour elle. Alors, devrai-je attendre pour l'aider ensuite si elle en a besoin ? Qu'est-ce qu'un médicomage ferait ? Chercherait-il à savoir si elle a mal quelque part ? L'accompagnerait-il ailleurs ? La ferait-il s'installer plus confortablement ? Ah ! Par Circé, je n'en sais rien ! Je patauge dans mes pensées sans avancer. Peut-être que l'eau est une bonne idée après tout ; c'est généralement ce dont les sportifs ont besoin quand ils font une pause.
J'aimerais tant avoir de meilleures idées, savoir comment m'y prendre dans des cas comme celui-ci, connaître les questions à poser et avoir une idée de la manière dont je dois agir. Mais, au lieu de cela, je tourne en rond dans mes réflexions sans progresser.
« Ton pied a buté sur quelque chose ? »
Quand j'étais petite et que je courrais dans les champs, c'est souvent à cause d'un caillou ou d'une butte de terre que je tombais. Cela m'arrivait régulièrement à l'époque, mais j'étais du genre à courir partout dès que j'apercevais un oiseau. Maintenant, j'ai changé, mais ces souvenirs me font toujours autant sourire. J'aimerais replonger dans mon enfance de temps en temps, pour que mon esprit soit caressé par un doux voile de bonheur. Tout était plus simple avant, je n'avais pas autant de pensées.
Toujours accroupie, j'observe la presqu'inconnue de dos, plongeant dans mes souvenirs pour essayer d'en ressortir ceux qui la concernent. Tout est profond et embrumé, mais je suis concentrée et j'ai la sensation de m'approcher d'un nom petit à petit. C'est comme si je remontais le fil d'Ariane pour retrouver mon chemin dans mon crâne.
Des cheveux de jais, des yeux d'émeraude, et cette voix un peu aiguë...
Soudain, un souvenir me frappe brusquement, comme une gifle sur mes réflexions. Ma première année, les épreuves lors de ma deuxième année, les trois élèves de Zhuangyán ; et cette grande gamine aux cheveux noirs au milieu de tout ça.
*Rengan !* Son nom s'écrase dans mon crâne, mais je ne grimace même pas. Seul un sourire éclate sur mon visage, comme une brusque flamme éveillée par des étincelles rouge et or.
Cette brusque bousculade visuelle laisse mon cœur déboussolé pendant quelques instants. Il bat vite un court moment avant de cogner de nouveau à son rythme habituel. Cependant, je n'y prête pas attention car mes pensées se sont déjà fixées ailleurs. *J'l'a connais.* Ce visage ne m'est pas totalement inconnu. Un nom se cache dans les ombres de ses traits fins, mais j'essaye tant d'éviter le regard de cette grande coureuse que je ne parviens pas à plonger correctement dans mes souvenirs. Les syllabes qui se glissaient dans mon crâne deviennent floues avant de s'effacer totalement, et le nom que j'étais partie chercher dans ma mémoire s'évanouit avant que je ne le saisisse. J'échoue alors même que je n'ai pas tenté entièrement. Je cligne une autre fois des yeux tandis que ma bouche reste légèrement ouverte, comme si elle s'était apprêtée à laisser quelques mots sortir.
Le visage qui me fait face me rend presque muette. Autour de ses deux lumières vertes, tous les autres traits de cette fille aux yeux d'émeraude traduisent son étonnement et sa fatigue. Il y a un contraste saisissant entre ce visage fin et surpris et cette bave qui semble tellement peu à sa place entre ces lèvres. Je me sens si mal à l'aise à surprendre cette fille ainsi qu'aucun son ne vient s'échapper d'entre mes lèvres, pourtant décidées à prononcer une excuse absurde.
Douce Circé, mais qu'est-ce que je fais ici ?
L'inconnue bute sur ses mots, et moi je ne réagis pas. J'ai du mal à comprendre ce qu'il se passe. Pourtant, c'est très simple. Elle courait, elle est tombée, et la voici par terre. Et maintenant ? Nous avons toutes les deux trébuché dans les iris de l'autre avant de s'en échapper brusquement. Mais j'ai l'impression de tanguer encore, quelque part, je ne sais où. Alors je dois me relever définitivement, reprendre mes esprits et considérer la situation dans sa globalité au lieu d'être happée par ce visage et ces cheveux de jais.
Je cligne une nouvelle fois des paupières pour m'extraire définitivement de ce regard qui m'attirait sans que je ne m'en rende compte. Alors, la chaleur du soleil frappe brusquement mes sens endormis. Pourquoi ne fais-je rien ? Je reste immobile quand l'autre s'essouffle à mes côtés, ses mots s'échappant par petites syllabes. Même si elle me dit qu'elle va bien, je discerne parfaitement la fatigue qui lui dévore le corps. Elle devrait se reposer, et je devrai lui dire. Mais, ce ne serait pas un peu malvenu de la part d'une inconnue, de lui dire ce qu'elle doit faire et ce qu'elle ne doit pas faire ? Elle sait certainement mieux que moi ce que son corps ressent, et nul doute qu'elle s'arrêtera un instant si elle l'estime nécessaire. Et si elle continue ? Je lui dirais peut-être mon avis pour ne pas qu'elle s'épuise complètement. *’Faudrait pas qu'elle fasse un malaise devant moi.* Me repousserait-elle si je l'emmenais à l'ombre pour qu'elle puisse s'asseoir tranquillement ? Certainem—
Elle a laissé tomber sa tête contre le sol, vers le Lac. Ainsi, elle semble décidée à se reposer un peu. Et moi, je pense et je réfléchis tellement que je ne suis concentrée plus que sur cela, ce qui est idiot puisque je ne remarque plus le reste. À quoi bon réfléchir si, quand mes idées sont claires, il est déjà trop tard ? Je me sens lente et idiote, je suis incapable de trouver le juste milieu entre parler sans réfléchir et réfléchir trop.
« J'ai de l'eau si tu veux. » Boire, c'est important quand on fait du sport, non ? Merlin, je n'en sais rien ! J'aimerais l'aider mais je ne sais même pas comment m'y prendre ! Faut-il que je lui pose d'autres questions pour savoir si elle a mal quelque part ? Elle est tombée si brusquement ! Mais, elle m'a assuré qu'elle se sentait bien. Et, si je lui propose de se relever pour se reposer un peu à l'ombre ? C'est inutile, elle peut très bien se reposer ici, ce sera d'ailleurs plus simple pour elle. Alors, devrai-je attendre pour l'aider ensuite si elle en a besoin ? Qu'est-ce qu'un médicomage ferait ? Chercherait-il à savoir si elle a mal quelque part ? L'accompagnerait-il ailleurs ? La ferait-il s'installer plus confortablement ? Ah ! Par Circé, je n'en sais rien ! Je patauge dans mes pensées sans avancer. Peut-être que l'eau est une bonne idée après tout ; c'est généralement ce dont les sportifs ont besoin quand ils font une pause.
J'aimerais tant avoir de meilleures idées, savoir comment m'y prendre dans des cas comme celui-ci, connaître les questions à poser et avoir une idée de la manière dont je dois agir. Mais, au lieu de cela, je tourne en rond dans mes réflexions sans progresser.
« Ton pied a buté sur quelque chose ? »
Quand j'étais petite et que je courrais dans les champs, c'est souvent à cause d'un caillou ou d'une butte de terre que je tombais. Cela m'arrivait régulièrement à l'époque, mais j'étais du genre à courir partout dès que j'apercevais un oiseau. Maintenant, j'ai changé, mais ces souvenirs me font toujours autant sourire. J'aimerais replonger dans mon enfance de temps en temps, pour que mon esprit soit caressé par un doux voile de bonheur. Tout était plus simple avant, je n'avais pas autant de pensées.
Toujours accroupie, j'observe la presqu'inconnue de dos, plongeant dans mes souvenirs pour essayer d'en ressortir ceux qui la concernent. Tout est profond et embrumé, mais je suis concentrée et j'ai la sensation de m'approcher d'un nom petit à petit. C'est comme si je remontais le fil d'Ariane pour retrouver mon chemin dans mon crâne.
Des cheveux de jais, des yeux d'émeraude, et cette voix un peu aiguë...
Soudain, un souvenir me frappe brusquement, comme une gifle sur mes réflexions. Ma première année, les épreuves lors de ma deuxième année, les trois élèves de Zhuangyán ; et cette grande gamine aux cheveux noirs au milieu de tout ça.
*Rengan !* Son nom s'écrase dans mon crâne, mais je ne grimace même pas. Seul un sourire éclate sur mon visage, comme une brusque flamme éveillée par des étincelles rouge et or.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
baisse de présence jusque fin juillet
Laisse mon Silence te Taire
Et mon souffle qui se met à esquiver le tempo juste pour se foutre de ma gueule.
*Bon Dieu…*. Il faut aller beaucoup plus vite ! *’chier…*. Beaucoup, beaucoup plus vite !
Mon crâne et mes pensées sont aussi désaccordés qu’un contraste qui semble réel mais qui sonne faux, qui fait grincer des dents jusqu’à les casser. Rien ne tombe juste dans les cliquetis de mon cœur, j’inspire en même temps que trois allers-retours de mon palpitant, et j’expire en même temps qu’un seul battement. *’juste dormir…*. Mais bordel ! Qui m’a collé un batteur complètement taré dans le crâne ?!
Il est foutrement mauvais ! Je n’ai jamais entendu un batteur aussi merdique ! *’lui couper les deux bras…*. Raté sur raté ! Tout lui couper, c’est tout ce qu’il méritait !
Et pourquoi j’ai si froid et chaud en même temps ? Je suis en train de me transformer en un gros volcan de glace ? *’ouais*.
Qui va exploser en balançant ses icebergs dans la gueule du ciel.
Et je les regarderais redescendre, au ralenti, avec une force à en déchirer la robe du son. Jusqu’à ce qu’ils s’écrasent dans le Lac en déflagrant l’eau, une fois, deux fois et autant de fois que possible, rugissant d’un raz-de-marée à en faire valdinguer le Château. *s’rait joli*.
Les volutes de fumée construites par ma bouche me feraient presque croire que c’est en train d’arriver, juste là, derrière ce rideau de fumée. Un ravage que je découvrirais plus tard, quand j’arrêterais d’exploser sans… *’p’t’être*. Avec cette petite fumée qui m’enveloppe comme une couette.
Je…
C’est un cadran de temps, ce truc ? Ces espèces de volutes ? *’c’est…*.
Un enfoncement. Depuis quand la terre est aussi moelleuse ?
Je… dispa — « J'ai de l'eau si tu veux ». De l’eau qui disparaît ?
Quoi ?
Je tombe.
*HHaa !*. Mes yeux s’écarquillent. *Bordel !*. Mes orbites me font mal !
J’ai sursauté ?!
Et tout me revient comme un camion dans la gueule.
Ma cheville de feu. Ma sueur de glace. Et son regard-tout-bleu.
Elle dit encore une phrase, mais il y a trop de bordel dans mon crâne pour que je l’entende vraiment. Ses mots font juste partie de toute cette lave aux couleurs mêlées, qui dégouline dans mon dos, qui ressort par ma bouche et qui se durcit dans mes yeux.
D’un mouvement rapide, je pose mon pied sur le so— « Aaah ! », en cri, en explosion de ma fusion. La douleur est tellement aiguë, tellement perçante que je n’ai rien contrôlé. Ma bouche a gueulé que je me mords déjà les lèvres à m’en déchirer la peau. « Bordel ! ». Ma cheville m’attaque de toute sa haine, m’envoyant des relents de sa bave cramée.
J’ai chaud. *’tellement mal !*. Je vais m’enflammer.
D’une torsion de la poitrine, ma paume atterrit par terre pour pousser. Juste un peu me redresser. Au moins mon buste, que je puisse ramper jusqu’au congélateur le plus proche pour crever toute cette chaleur, toute cette foutue douleur. *’allez faut que j’bouge !*.
En plein effort, je revois la silhouette de la toute-bleue. *’pas besoin d’ton eau !*. Mon expiration se vautre sur mon menton comme un vieux cadavre, bloquant l’arrivée de sa sœur jumelle : l’inspiration qui bute contre mes dents, et mes muscles qui sont à bout de force. « ‘chier ! ». Rien ne tient en place, tout tremble de fatigue, en gueule de craquage.
*’merde*.
Je lâche tout.
Mon dos cogne brusquement sur la neige, que j’ai déjà bien amochée — laissant mes bras valdinguer par terre.
L’inspiration est d’autant plus bloquée par ma respiration pétée. Il va falloir attendre un peu, il va falloir même toquer.
Alors j’attends. Une fraction de seconde.
Là, les yeux plantés dans la tronche du ciel, je vois un peu les contours de ce tout-bleu sur ma gauche. Très différent du ciel. *’maigre*. Et je l’imagine en train d’essayer de me porter avec son corps trop petit. Je lui casserais le dos, c’est sûr.
*’faut pas que j’m’évanouisse*. J’en crèverais vraiment, elle n’arriverait même pas à me tirer jusqu’à l’infirmerie.
De nervosité, un ricanement m’échappe, expirant. L’inspiration étant toujours bannie de mon souffle.
Je vais finir par me tuer toute seule. Pourtant, cette image d’elle qui me porte ne veut pas s’évanouir de mon crâne. J’ai envie d’en rire encore plus fort, mais je ne peux rien faire.
Je m’étouffe, juste.
Enfin, un fin filin se libère dans mes poumons, et je sens l’inspiration y foutre tout son corps, à m’en faire vomir ! L’envie de dégueuler passe en un clignement de temps, et je revis enfin.
Mon souffle déflagre l’espace.
Je respire en quelques bouffées, toujours autant désaccordées, et l’image de la toute-bleue ne veut pas me quitter. Alors, j’essaie de lui souffler : « Tu… », coupée, saccadée, « …me porte… », étendue, renouvelée, « …jusqu’au… », élaborée, cicatrisée, « …Lac ? ».
Parce que là, j’ai foutrement besoin de glace.
*Bon Dieu…*. Il faut aller beaucoup plus vite ! *’chier…*. Beaucoup, beaucoup plus vite !
Mon crâne et mes pensées sont aussi désaccordés qu’un contraste qui semble réel mais qui sonne faux, qui fait grincer des dents jusqu’à les casser. Rien ne tombe juste dans les cliquetis de mon cœur, j’inspire en même temps que trois allers-retours de mon palpitant, et j’expire en même temps qu’un seul battement. *’juste dormir…*. Mais bordel ! Qui m’a collé un batteur complètement taré dans le crâne ?!
Il est foutrement mauvais ! Je n’ai jamais entendu un batteur aussi merdique ! *’lui couper les deux bras…*. Raté sur raté ! Tout lui couper, c’est tout ce qu’il méritait !
Et pourquoi j’ai si froid et chaud en même temps ? Je suis en train de me transformer en un gros volcan de glace ? *’ouais*.
Qui va exploser en balançant ses icebergs dans la gueule du ciel.
Et je les regarderais redescendre, au ralenti, avec une force à en déchirer la robe du son. Jusqu’à ce qu’ils s’écrasent dans le Lac en déflagrant l’eau, une fois, deux fois et autant de fois que possible, rugissant d’un raz-de-marée à en faire valdinguer le Château. *s’rait joli*.
Les volutes de fumée construites par ma bouche me feraient presque croire que c’est en train d’arriver, juste là, derrière ce rideau de fumée. Un ravage que je découvrirais plus tard, quand j’arrêterais d’exploser sans… *’p’t’être*. Avec cette petite fumée qui m’enveloppe comme une couette.
Je…
C’est un cadran de temps, ce truc ? Ces espèces de volutes ? *’c’est…*.
Un enfoncement. Depuis quand la terre est aussi moelleuse ?
Je… dispa — « J'ai de l'eau si tu veux ». De l’eau qui disparaît ?
Quoi ?
Je tombe.
*HHaa !*. Mes yeux s’écarquillent. *Bordel !*. Mes orbites me font mal !
J’ai sursauté ?!
Et tout me revient comme un camion dans la gueule.
Ma cheville de feu. Ma sueur de glace. Et son regard-tout-bleu.
Elle dit encore une phrase, mais il y a trop de bordel dans mon crâne pour que je l’entende vraiment. Ses mots font juste partie de toute cette lave aux couleurs mêlées, qui dégouline dans mon dos, qui ressort par ma bouche et qui se durcit dans mes yeux.
D’un mouvement rapide, je pose mon pied sur le so— « Aaah ! », en cri, en explosion de ma fusion. La douleur est tellement aiguë, tellement perçante que je n’ai rien contrôlé. Ma bouche a gueulé que je me mords déjà les lèvres à m’en déchirer la peau. « Bordel ! ». Ma cheville m’attaque de toute sa haine, m’envoyant des relents de sa bave cramée.
J’ai chaud. *’tellement mal !*. Je vais m’enflammer.
D’une torsion de la poitrine, ma paume atterrit par terre pour pousser. Juste un peu me redresser. Au moins mon buste, que je puisse ramper jusqu’au congélateur le plus proche pour crever toute cette chaleur, toute cette foutue douleur. *’allez faut que j’bouge !*.
En plein effort, je revois la silhouette de la toute-bleue. *’pas besoin d’ton eau !*. Mon expiration se vautre sur mon menton comme un vieux cadavre, bloquant l’arrivée de sa sœur jumelle : l’inspiration qui bute contre mes dents, et mes muscles qui sont à bout de force. « ‘chier ! ». Rien ne tient en place, tout tremble de fatigue, en gueule de craquage.
*’merde*.
Je lâche tout.
Mon dos cogne brusquement sur la neige, que j’ai déjà bien amochée — laissant mes bras valdinguer par terre.
L’inspiration est d’autant plus bloquée par ma respiration pétée. Il va falloir attendre un peu, il va falloir même toquer.
Alors j’attends. Une fraction de seconde.
Là, les yeux plantés dans la tronche du ciel, je vois un peu les contours de ce tout-bleu sur ma gauche. Très différent du ciel. *’maigre*. Et je l’imagine en train d’essayer de me porter avec son corps trop petit. Je lui casserais le dos, c’est sûr.
*’faut pas que j’m’évanouisse*. J’en crèverais vraiment, elle n’arriverait même pas à me tirer jusqu’à l’infirmerie.
De nervosité, un ricanement m’échappe, expirant. L’inspiration étant toujours bannie de mon souffle.
Je vais finir par me tuer toute seule. Pourtant, cette image d’elle qui me porte ne veut pas s’évanouir de mon crâne. J’ai envie d’en rire encore plus fort, mais je ne peux rien faire.
Je m’étouffe, juste.
Enfin, un fin filin se libère dans mes poumons, et je sens l’inspiration y foutre tout son corps, à m’en faire vomir ! L’envie de dégueuler passe en un clignement de temps, et je revis enfin.
Mon souffle déflagre l’espace.
Je respire en quelques bouffées, toujours autant désaccordées, et l’image de la toute-bleue ne veut pas me quitter. Alors, j’essaie de lui souffler : « Tu… », coupée, saccadée, « …me porte… », étendue, renouvelée, « …jusqu’au… », élaborée, cicatrisée, « …Lac ? ».
Parce que là, j’ai foutrement besoin de glace.
Laisse mon Silence te Taire
Mon cou me brûle. Le soleil le caresse avec violence. Va-t-il prendre feu, devenir rouge, cramé par cet astre sans pitié ? Peut-être est-il déjà écarlate. Comment puis-je en être sûre ? J'imagine que mon visage l'est un peu, lui aussi. Entre le soleil et ses cheveux sombres, il y a de quoi. À croire que mon corps m'a trahi pour s'associer à ses yeux verts. J'ai des flammes de rubis sur la peau et elle, elle a des éclats d'émeraude dans les iris. À quel point étincelons-nous sous toute cette lumière aussi brûlante que brillante ?
Pourtant, malgré ces perceptions embrasées, je me sens plus trempée de trahison qu'autre chose. Trahie par mon corps, par mon instinct, par mes pensées qui, au lieu de se montrer réfléchies, ne sont que bruyantes. On a besoin de moi et je suis incapable de faire quoi que ce soit d'utile. Bloquée. Immobile. Inefficace. J'ai le crâne rempli d'eau. Les mots font de jolies écumes, et mes sentiments de grandes vagues. Je pense, je pense, je pense, mais je ne fais rien. Je patauge. Des petits pas dans un océan. Et où cela me mènera ? Sûrement pas à une solution. Depuis le début d'année, je ne parviens pas à agir correctement face aux situations surprenantes et désarmantes auxquelles je fais face. Je suis sans arrêt confrontée à mes propres limites, celles que je m'impose inconsciemment ou celles que l'on m'impose, je ne sais pas. Quand j'ai l'occasion de me montrer forte, de faire résonner mes idées et d'aider les autres à sortir d'une situation complexe, je me heurte à mon immobilité. Mes réflexions me dépassent. Je les sens grandir, m'écraser, m'inonder. Elles débordent sur mes muscles, mes organes, mes nerfs, les noyant. Et tout mon corps patauge pour sortir de ce déluge soudain : sans succès. Je suis trop imbibée, trop lourde, devenue trop maladroite pour faire quoi que ce soit de correct. Et, oh Merlin, que cela m'est insupportable ! Bloquée parce que je me pose davantage de questions que je ne le devrai. Dans ma tête il y a de l'érosion.
Je me redresse, prends du recul, observe la Rouge se battre au corps-à-corps avec ses sensations. Mon regard a des nuances inquiètes. Rengan paraît complètement dépassée par la situation. Je le vois bien qu'elle a mal, qu'elle est essoufflée, mais qu'elle est aussi trop impatiente pour prendre en compte toutes les données que son corps lui envoie. Quand elle pose son pied sur le sol, je comprends bien que je dois faire quelque chose, que c'est à moi de lui mettre des limites, de la prendre en charge. Mais comment ? Je n'ai pas de charisme, pas d'autorité, pas de confiance. Et pourtant, dans cette situation, je dois m'affirmer un minimum. Charlie est mal en point, qu'est-ce qu'elle pourrait faire pour refuser mes recommandations ? Elle n'est pas en position de dire non, n'est-ce pas ? Quelle situation étrange, dérangeante, désagréable. Mon visage est tout crispé, mes sourcils froncés comme s'ils s'apprêtaient à tomber sur mes yeux. Et la Rouge qui jure, qui ne cède pas, qui veut reprendre le dessus sur ce corps qui l'abandonne.
« Tu devrais... » ...arrêter. Son corps retombe brusquement contre la terre. Elle plante ses yeux dans les miens, et le souffle qu'elle ne trouve pas, moi je le perds. Son regard est un grappin duquel on ne peut pas se détacher, et je n'ai aucune idée d'où il veut m'emmener.
Suis-je vraiment capable de lui imposer mes préférences, de lui ordonner de rester ici, de ne pas bouger, d'attendre que la douleur se calme ? Rengan, même dans sa situation, en impose. C'est moi qui dois obéir, pas l'inverse, n'est-ce pas ? Et je suis trop faible pour trouver de la force dans ce naufrage — mais qui de nous deux est tombée ?
Elle rit ; je frissonne. L'inquiétude est un voile sombre sur mon visage. Qu'est-ce qui, dans cette situation, peut la faire ricaner ainsi ?
Sa bouche s'ouvre pour laisser sortir des filets de paroles. Ses mots entrecoupés sont comme des ronds de fumée qu'elle me cracherait au visage. Je me surprends à ne pas toussoter. Est-ce qu'ils ne viennent pas plutôt m'enfermer, ses mots ? Comme un devoir. Je dois faire ce qu'elle demande parce qu'elle ne peut pas le faire elle-même, parce qu'elle a besoin de moi, parce que je veux l'aider. Alors, je dois la porter jusqu'au lac.
*La porter jusqu'au lac ?* Mon immobilité se déchire. Mes pensées se réveillent. Je ne patauge plus, je la regarde droit dans les yeux, sans trembler.
« Non. » Cela vient du cœur ; c'est net, tranchant, direct. Peut-être trop. « Pas dans ton état. »
Enfin, je me sens prendre de l'assurance. Mais c'est quelque chose d'étrange, comme une petite révolte. Je me gonfle de confiance. Cette fois-ci, je sais que je fais le bon choix. J'y vois clair désormais.
Qu'est-ce que Charlie a bien pu penser ? Que je la porterai jusqu'au lac ? Sur mes épaules peut-être ? Alors que sa cheville est clairement mal en point ? Sait-elle seulement qu'un tel déplacement n'est pas bien prudent ? Et si en la bougeant elle se faisait davantage mal, si cela s'aggravait ? Oh Merlin, je ne prendrai pas ce risque.
Et puis, une idée qui glisse comme une lueur.
« Sauf si... » Je secoue la tête, baisse les yeux.
Est-ce une forme de faiblesse ? Suis-je en train de me résoudre à accepter, à lui accorder sa demande ? Mais, et si elle en avait vraiment besoin, de ce lac ? Peut-être que c'est pour elle nécessaire d'y aller et qu'en lui refusant cette possibilité, je ne l'aide pas. Ah, par Circé, elle a réussi à me mettre le doute ! Rengan et ses yeux d'émeraude... Mais je dois m'y résoudre, une solution existe bien pour la transporter sans la blesser.
« Sauf si tu me promets de ne pas bouger. »
J'inspire et retiens mon souffle. Je ne sais pas si je suis sûre de moi, je ne sais pas si c'est une bonne idée, mais je suis déjà engagée, je ne peux plus faire demi-tour.
Je soutiens le regard de la Rouge, non sans une forme de crainte nichée dans le creux de mon ventre.
« Tu dois me le promettre Rengan. Il ne faut pas que tu bouges, il faut que tu me fasses confiance, sinon je n'y arriverai pas et je ne le tenterai pas. »
Ma baguette est serrée dans ma main droite. Si elle me fait confiance de son côté, moi, aurai-je seulement confiance en mes capacités ? Je prends une grande inspiration, comme pour remplir mes poumons de force — il m'en faudra.
Pourtant, malgré ces perceptions embrasées, je me sens plus trempée de trahison qu'autre chose. Trahie par mon corps, par mon instinct, par mes pensées qui, au lieu de se montrer réfléchies, ne sont que bruyantes. On a besoin de moi et je suis incapable de faire quoi que ce soit d'utile. Bloquée. Immobile. Inefficace. J'ai le crâne rempli d'eau. Les mots font de jolies écumes, et mes sentiments de grandes vagues. Je pense, je pense, je pense, mais je ne fais rien. Je patauge. Des petits pas dans un océan. Et où cela me mènera ? Sûrement pas à une solution. Depuis le début d'année, je ne parviens pas à agir correctement face aux situations surprenantes et désarmantes auxquelles je fais face. Je suis sans arrêt confrontée à mes propres limites, celles que je m'impose inconsciemment ou celles que l'on m'impose, je ne sais pas. Quand j'ai l'occasion de me montrer forte, de faire résonner mes idées et d'aider les autres à sortir d'une situation complexe, je me heurte à mon immobilité. Mes réflexions me dépassent. Je les sens grandir, m'écraser, m'inonder. Elles débordent sur mes muscles, mes organes, mes nerfs, les noyant. Et tout mon corps patauge pour sortir de ce déluge soudain : sans succès. Je suis trop imbibée, trop lourde, devenue trop maladroite pour faire quoi que ce soit de correct. Et, oh Merlin, que cela m'est insupportable ! Bloquée parce que je me pose davantage de questions que je ne le devrai. Dans ma tête il y a de l'érosion.
Je me redresse, prends du recul, observe la Rouge se battre au corps-à-corps avec ses sensations. Mon regard a des nuances inquiètes. Rengan paraît complètement dépassée par la situation. Je le vois bien qu'elle a mal, qu'elle est essoufflée, mais qu'elle est aussi trop impatiente pour prendre en compte toutes les données que son corps lui envoie. Quand elle pose son pied sur le sol, je comprends bien que je dois faire quelque chose, que c'est à moi de lui mettre des limites, de la prendre en charge. Mais comment ? Je n'ai pas de charisme, pas d'autorité, pas de confiance. Et pourtant, dans cette situation, je dois m'affirmer un minimum. Charlie est mal en point, qu'est-ce qu'elle pourrait faire pour refuser mes recommandations ? Elle n'est pas en position de dire non, n'est-ce pas ? Quelle situation étrange, dérangeante, désagréable. Mon visage est tout crispé, mes sourcils froncés comme s'ils s'apprêtaient à tomber sur mes yeux. Et la Rouge qui jure, qui ne cède pas, qui veut reprendre le dessus sur ce corps qui l'abandonne.
« Tu devrais... » ...arrêter. Son corps retombe brusquement contre la terre. Elle plante ses yeux dans les miens, et le souffle qu'elle ne trouve pas, moi je le perds. Son regard est un grappin duquel on ne peut pas se détacher, et je n'ai aucune idée d'où il veut m'emmener.
Suis-je vraiment capable de lui imposer mes préférences, de lui ordonner de rester ici, de ne pas bouger, d'attendre que la douleur se calme ? Rengan, même dans sa situation, en impose. C'est moi qui dois obéir, pas l'inverse, n'est-ce pas ? Et je suis trop faible pour trouver de la force dans ce naufrage — mais qui de nous deux est tombée ?
Elle rit ; je frissonne. L'inquiétude est un voile sombre sur mon visage. Qu'est-ce qui, dans cette situation, peut la faire ricaner ainsi ?
Sa bouche s'ouvre pour laisser sortir des filets de paroles. Ses mots entrecoupés sont comme des ronds de fumée qu'elle me cracherait au visage. Je me surprends à ne pas toussoter. Est-ce qu'ils ne viennent pas plutôt m'enfermer, ses mots ? Comme un devoir. Je dois faire ce qu'elle demande parce qu'elle ne peut pas le faire elle-même, parce qu'elle a besoin de moi, parce que je veux l'aider. Alors, je dois la porter jusqu'au lac.
*La porter jusqu'au lac ?* Mon immobilité se déchire. Mes pensées se réveillent. Je ne patauge plus, je la regarde droit dans les yeux, sans trembler.
« Non. » Cela vient du cœur ; c'est net, tranchant, direct. Peut-être trop. « Pas dans ton état. »
Enfin, je me sens prendre de l'assurance. Mais c'est quelque chose d'étrange, comme une petite révolte. Je me gonfle de confiance. Cette fois-ci, je sais que je fais le bon choix. J'y vois clair désormais.
Qu'est-ce que Charlie a bien pu penser ? Que je la porterai jusqu'au lac ? Sur mes épaules peut-être ? Alors que sa cheville est clairement mal en point ? Sait-elle seulement qu'un tel déplacement n'est pas bien prudent ? Et si en la bougeant elle se faisait davantage mal, si cela s'aggravait ? Oh Merlin, je ne prendrai pas ce risque.
Et puis, une idée qui glisse comme une lueur.
« Sauf si... » Je secoue la tête, baisse les yeux.
Est-ce une forme de faiblesse ? Suis-je en train de me résoudre à accepter, à lui accorder sa demande ? Mais, et si elle en avait vraiment besoin, de ce lac ? Peut-être que c'est pour elle nécessaire d'y aller et qu'en lui refusant cette possibilité, je ne l'aide pas. Ah, par Circé, elle a réussi à me mettre le doute ! Rengan et ses yeux d'émeraude... Mais je dois m'y résoudre, une solution existe bien pour la transporter sans la blesser.
« Sauf si tu me promets de ne pas bouger. »
J'inspire et retiens mon souffle. Je ne sais pas si je suis sûre de moi, je ne sais pas si c'est une bonne idée, mais je suis déjà engagée, je ne peux plus faire demi-tour.
Je soutiens le regard de la Rouge, non sans une forme de crainte nichée dans le creux de mon ventre.
« Tu dois me le promettre Rengan. Il ne faut pas que tu bouges, il faut que tu me fasses confiance, sinon je n'y arriverai pas et je ne le tenterai pas. »
Ma baguette est serrée dans ma main droite. Si elle me fait confiance de son côté, moi, aurai-je seulement confiance en mes capacités ? Je prends une grande inspiration, comme pour remplir mes poumons de force — il m'en faudra.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
baisse de présence jusque fin juillet
Laisse mon Silence te Taire
Le ciel me fixe, avec son énorme œil bleu sans paupières.
J’ai même l’impression qu’il me souffle des choses avec ses lèvres nuageuses boursoufflées. *Un*. De quoi ? Mais qu’est-ce qu’il raconte ? *Deux*. Ah, d’accord, il se fout juste de ma gueule.
L’écho de ma course siffle encore dans le parterre de mon crâne, comme pour me rappeler à quel point je me suis ramassée et que ce n’est pas normal. *Un*. Ça devrait continuer, pas vrai ? *Deeeeeux —* et le feu ressuscite encore plus fort dans ma cheville.
*‘d’merde !*. Tout en bas de mon corps, un concert enflammé gueule à s’en péter la gorge. Mais tout résonne d’une façon tellement sourde dans ma tête que j’ai l’impression qu’il y a une porte fermée entre moi et ma propre cheville. J’entends tout à travers, mais je ne peux pas débarquer en plein concert.
Je les imagine comme des sales gnomes à l’intérieur, en train de lécher tous les murs de leurs langues pleines de lave ; comme ces petites créatures dans les cuisines de l’École quand j’allais leur voler de la bouffe, elles étaient plantées dans cette énorme pièce pleine d’ustensiles en action, en train de préparer leurs sales petites cachoteries. Et je n’avais pas le droit d’y assister.
*Rrrah !*. Tout comme ce concert désaccordé d’un silence denté, en moi, fourmillant de lave, et qui me frappe de ses vibrations dans la gueule. Encore.
Tempo brisé.
Et encore.
Plus aucune harmonique, que de la violence acoustique. De lave.
Et encore !
*’ai chaud…*.
Vite, j’ai foutrement besoin de glac— « Non ». *Non ?*. « Hha… », bordel, il est là ! Le coup de mon souffle. *Qu’est-ce…*. « Hha… », et un deuxième coup, ça fait longtemps que je ne l’ai plus entendu ? « Hha… », mais c’est mes paupières qui clignent, d’un coup.
J’emmerde le ciel une dernière fois, et j’appelle mon regard à se plonger ailleurs. « Pas dans ton état », dans son état à elle, pour attraper son tout-bleu par la gorge.
*Mon état ?*. Qu’est-ce qu’elle raconte, celle-là ? Qu’est-ce qu’elle en sait, du concert aux langues brûlantes qui se déchaine derrière les gonds de mon corps ? *’t’sais rien*. Et si je lui crame la gueule pour qu’elle sente à quel point ce sera urgent que je lui décalque la mâchoire avec de la glace ? *Ouais…*. Comme ça elle me suppliera de le faire.
Ma langue se plaque contre mon palais, étouffant mon souffle.
*Hé, tout-bleu*. Elle me suppliera…
Ma bouche est cousue.
*’bordel de merde qu’j’ai envie d’le faire !*.
Ma main glisse dans ma robe pour chercher ma bague— « Sauf si... » je te force. Et ce n’est même pas une pensée qui me traverse l’esprit. Mon crâne est tellement gavé de feu qu’il n’y a plus rien dedans. Mon corps s’exprime, lui. Il a besoin de gueuler.
La lave, c’est moi.
J’attrape enfin ma baguette.
— Sauf si tu me promets de ne pas bouger.
Mon arme serrée dans mon poing, tout au fond du gouffre qu’est cette foutue poche de ma robe *’bordel, des kilomètres de long c’te merde !* je cligne des yeux encore une fois. « Hhhaaaaaa… », le coup de mon souffle me frappe. C’est la première fois ou la millième fois ? Aucune foutue idée.
*Tu…*.
Quelque-chose a changé dans son reg— et sa bouche s’agite de mots, dans tous les sens. *Qu’est-c’que c’est qu'ça ?*. Ce n’est plus ses yeux qui remplissent ma vision, mais ses lèvres. Toutes roses. Avec un énorme collier d’astéroïdes figés qui trainent tout autour. *Plein d’rousseurs*. C’est foutrement beau, ça.
Le tout-bleu revient aussi vite qu’il est parti, et il reprend toute la place dans la galaxie. Je ne comprends pas. *Pourquoi c’te changement ?*. Est-ce que j’ai rêvé ? Où est passé le truc mauvais dans le joli-bleu qui me fait face ? *Rien d’mauvais*. Bordel, j’ai vraiment rêvé ? Réellement ?
Mes poumons sont eux aussi en feu ?
*’pourquoi m’regardes comme ça ?*. Crevée de fatigue, ayant l’impression d’halluciner, j’arrive quand même à comprendre un truc qui pointe dans ma conscience comme un phare au milieu de l’océan : je n’aime vraiment pas qu’elle me voie comme ça, aussi peu présentable.
Je suis à deux doigts de l’envoyer chier, qu’elle se catapulte sur une autre planète, le plus loin possible de moi ! Au moins le temps que j’aille me soign—
Mais je n’en fais rien du tout. Au fond de moi, j’ai l’impression que ce serait une erreur de… *’j’suis morte*. Juste une erreur. Mes pensées se mélangent, j’ai encore l’horrible sensation que je vais m’évanouir. *NON*.
Krrr. Krrr.
Je cligne des yeux. *J’suis là*. Mais cette fois-ci, je n’ai pas l’impression que je crèverais si je me laissais partir. Peut-être qu’elle arriverait vraiment à prendre soin de moi, elle ?
Mon feu me grignote de l’intérieur.
Sur la pulpe de mes doigts, tout au fond de ma poche, à des kilomètres à l’intérieur de moi, ma baguette ronronne de magie. Mais je n’en ai pas besoin, pour l’instant ; alors je lui souffle simplement, à ce joli-tout-bleu : « Je… », saccadée, désarticulée, « j’te… », portée, lancée, « …promets », protégée, lovée.
J’ai même l’impression qu’il me souffle des choses avec ses lèvres nuageuses boursoufflées. *Un*. De quoi ? Mais qu’est-ce qu’il raconte ? *Deux*. Ah, d’accord, il se fout juste de ma gueule.
L’écho de ma course siffle encore dans le parterre de mon crâne, comme pour me rappeler à quel point je me suis ramassée et que ce n’est pas normal. *Un*. Ça devrait continuer, pas vrai ? *Deeeeeux —* et le feu ressuscite encore plus fort dans ma cheville.
*‘d’merde !*. Tout en bas de mon corps, un concert enflammé gueule à s’en péter la gorge. Mais tout résonne d’une façon tellement sourde dans ma tête que j’ai l’impression qu’il y a une porte fermée entre moi et ma propre cheville. J’entends tout à travers, mais je ne peux pas débarquer en plein concert.
Je les imagine comme des sales gnomes à l’intérieur, en train de lécher tous les murs de leurs langues pleines de lave ; comme ces petites créatures dans les cuisines de l’École quand j’allais leur voler de la bouffe, elles étaient plantées dans cette énorme pièce pleine d’ustensiles en action, en train de préparer leurs sales petites cachoteries. Et je n’avais pas le droit d’y assister.
*Rrrah !*. Tout comme ce concert désaccordé d’un silence denté, en moi, fourmillant de lave, et qui me frappe de ses vibrations dans la gueule. Encore.
Tempo brisé.
Et encore.
Plus aucune harmonique, que de la violence acoustique. De lave.
Et encore !
*’ai chaud…*.
Vite, j’ai foutrement besoin de glac— « Non ». *Non ?*. « Hha… », bordel, il est là ! Le coup de mon souffle. *Qu’est-ce…*. « Hha… », et un deuxième coup, ça fait longtemps que je ne l’ai plus entendu ? « Hha… », mais c’est mes paupières qui clignent, d’un coup.
J’emmerde le ciel une dernière fois, et j’appelle mon regard à se plonger ailleurs. « Pas dans ton état », dans son état à elle, pour attraper son tout-bleu par la gorge.
*Mon état ?*. Qu’est-ce qu’elle raconte, celle-là ? Qu’est-ce qu’elle en sait, du concert aux langues brûlantes qui se déchaine derrière les gonds de mon corps ? *’t’sais rien*. Et si je lui crame la gueule pour qu’elle sente à quel point ce sera urgent que je lui décalque la mâchoire avec de la glace ? *Ouais…*. Comme ça elle me suppliera de le faire.
Ma langue se plaque contre mon palais, étouffant mon souffle.
*Hé, tout-bleu*. Elle me suppliera…
Ma bouche est cousue.
*’bordel de merde qu’j’ai envie d’le faire !*.
Ma main glisse dans ma robe pour chercher ma bague— « Sauf si... » je te force. Et ce n’est même pas une pensée qui me traverse l’esprit. Mon crâne est tellement gavé de feu qu’il n’y a plus rien dedans. Mon corps s’exprime, lui. Il a besoin de gueuler.
La lave, c’est moi.
J’attrape enfin ma baguette.
— Sauf si tu me promets de ne pas bouger.
Mon arme serrée dans mon poing, tout au fond du gouffre qu’est cette foutue poche de ma robe *’bordel, des kilomètres de long c’te merde !* je cligne des yeux encore une fois. « Hhhaaaaaa… », le coup de mon souffle me frappe. C’est la première fois ou la millième fois ? Aucune foutue idée.
*Tu…*.
Quelque-chose a changé dans son reg— et sa bouche s’agite de mots, dans tous les sens. *Qu’est-c’que c’est qu'ça ?*. Ce n’est plus ses yeux qui remplissent ma vision, mais ses lèvres. Toutes roses. Avec un énorme collier d’astéroïdes figés qui trainent tout autour. *Plein d’rousseurs*. C’est foutrement beau, ça.
Le tout-bleu revient aussi vite qu’il est parti, et il reprend toute la place dans la galaxie. Je ne comprends pas. *Pourquoi c’te changement ?*. Est-ce que j’ai rêvé ? Où est passé le truc mauvais dans le joli-bleu qui me fait face ? *Rien d’mauvais*. Bordel, j’ai vraiment rêvé ? Réellement ?
Mes poumons sont eux aussi en feu ?
*’pourquoi m’regardes comme ça ?*. Crevée de fatigue, ayant l’impression d’halluciner, j’arrive quand même à comprendre un truc qui pointe dans ma conscience comme un phare au milieu de l’océan : je n’aime vraiment pas qu’elle me voie comme ça, aussi peu présentable.
Je suis à deux doigts de l’envoyer chier, qu’elle se catapulte sur une autre planète, le plus loin possible de moi ! Au moins le temps que j’aille me soign—
Mais je n’en fais rien du tout. Au fond de moi, j’ai l’impression que ce serait une erreur de… *’j’suis morte*. Juste une erreur. Mes pensées se mélangent, j’ai encore l’horrible sensation que je vais m’évanouir. *NON*.
Krrr. Krrr.
Je cligne des yeux. *J’suis là*. Mais cette fois-ci, je n’ai pas l’impression que je crèverais si je me laissais partir. Peut-être qu’elle arriverait vraiment à prendre soin de moi, elle ?
Mon feu me grignote de l’intérieur.
Sur la pulpe de mes doigts, tout au fond de ma poche, à des kilomètres à l’intérieur de moi, ma baguette ronronne de magie. Mais je n’en ai pas besoin, pour l’instant ; alors je lui souffle simplement, à ce joli-tout-bleu : « Je… », saccadée, désarticulée, « j’te… », portée, lancée, « …promets », protégée, lovée.
Laisse mon Silence te Taire
L'air s'épaissit et s'alourdit, comme si un troupeau de nuages plein d'orages venait de s'y réveiller. Ils m'encerclent de leurs regards. La tension naissante me paralyse, je suis frappée avant l'heure par l'éclair que j'ai forgé. Le souffle arraché, les yeux figés, incapables de papillonner, et le cœur tonnant contre sa cage d'os, j'attends ma sentence. Il n'est jamais trop bon d'offrir un « non » tranchant à ceux qui espéraient un « oui ». Il coupe généralement plus que le possible. Qui ose s'opposer au souffrant ? Refuser catégoriquement ses besoins, ses envies ? Est-ce le fou ou le praticien ? Je ne peux même pas me défendre avec cette phrase type qui moisit dans les excuses des parents, ce « c'est pour ton bien » dépassé qui perd son sens dans ma bouche. Je suis laissée sans défense dans une plaine immense, entourée de ces regards qui me frappent et m'accusent : je ne suis pas médicomage, je ne suis pas parent, je ne suis même pas amie. Alors pourquoi ? Suis-je juste folle ? Ou téméraire. Ma conviction s'acharne, droite comme un i. Surtout, ne pas perdre davantage de terrain. J'ai posé ma condition. Je dois m'y tenir. Ne pas reculer face à ces yeux et cette main qui...
Merlin ! Cette main qui glisse pour attraper une baguette.
Cette fois, je suis tout à fait figée, en équilibre sur le fil tranchant du temps. J'aurais pu être tentée par la peur si la surprise ne me paralysait pas. Charlie Rengan a attrapé sa baguette. Sa magie coule à flots à portée de ses doigts. Que va-t-elle en faire ? La saisir ? Dans son état ? Il fait si froid dans mes veines que la glace pourrait s'y installer. Que ferait la Rouge de cette puissance ? La dirigerait-elle contre moi ? S'en servirait-elle pour accéder seule au Lac ? Dans tous les cas, c'est insensé. D'autant plus que mon catalyseur prolonge aussi mon bras. Et de nous deux, je crois pouvoir être la plus rapide pour agir. Même figée, tendue et inquiète, mon flux est plus proche que le sien, plus facilement atteignable. Rengan devrait traverser tout un brouillard pour se saisir de la magie. Elle n'a presque aucune chance. Pourtant, je ne peux ni ne dois la sous-estimer. Rien n'est couru d'avance et tout est incertain.
Cependant, je n'arrive même pas à y penser calmement. Qu'elle m'attaque ? Que je me défende ? Que nous usions de la magie l'une contre l'autre ?! C'est impossible. Non pas que je l'en pense incapable dans ces conditions. Mais je m'en pense incapable, c'est certain. Je ne suis pas de ces serpents qui se jettent vers l'avant, les crochets pleins de venin prêts à faire plier la proie. Je suis la proie. Je l'ai toujours été. Mais mieux vaut être proie que lâche. Je ne reculerai jamais.
C'est peut-être cela qui explique pourquoi je reste là, droite et défiante, presque grande à côté de la silhouette au sol de Rengan. J'aurais pu trembler. J'aurais pu renoncer. J'aurais pu céder face à son regard de vipère. Je n'en fais rien. C'est sûrement la folie. Ou la jeunesse ? Je n'ai pas peur, je n'ai plus peur. Je me resterai fidèle.
Et son souffle qui continue à courir dans sa gorge, comme s'il ne s'était jamais arrêté, comme s'il ne savait pas ralentir. Qu'est-ce que tu vas faire Charlie ? Qu'est-ce que tu attends ? Qu'est-ce que tu veux ? Je n'ai pas peur de toi, je te le dis. Je n'ai pas peur de toi.
Et je n'ai pas à avoir peur, car la tension s'essouffle aussi vite qu'elle s'est élevée.
Malgré tout ce qui a pu être pensé ou senti, les mots que je n'attendais plus se dessinent au bord de ses lèvres. Charlie promet et je m'empresse, fidèle comme un chien à mon devoir de réparation. Je recule d'un pas, reprends mon souffle (il était parti sans que je ne le remarque, ce lâche) et réfléchis. Une étape à la fois.
D'abord, prévenir.
« Je vais te lancer un sort pour te déplacer. C'est pour cela qu'il ne faut pas que tu bouges. »
Puis, agir.
C'est la partie que je crains le plus. Maintenant que j'ai la promesse de la Rouge, je sais que tout repose sur moi. Ma magie jette ses yeux malicieux dans les miens. Arriverai-je à la dompter dans ces conditions ? Je crains de ne pas être assez délicate, ou d'échouer parce que Charlie est consciente. Ou pire, de mal la reposer et d'amplifier sa douleur. Merlin, comme je m'en voudrai ! Pourtant, je n'ai pas le droit de penser à tout cela, car elle attend de moi que je réussisse, et maintenant. Je confonds mon exigence avec la sienne, et foudroyée de détermination, j'attrape mon courage et ma magie d'une seule main.
Ma baguette est serrée entre mes doigts tandis que je la pointe sur Charlie Rengan. Mes sourcils se froncent, mes yeux bleus sont emplis du froid de la résolution. Je pourrai trembler de concentration, tant je me sens assiégée par le besoin de réussir. Pourtant, l'hiver ne rentre pas sous ma peau. Il y a tellement de force sous tout ce givre.
« Mobilicorpus. » murmuré-je.
C'est la magie, cette vipère, qui se jette et se lance et bondit hors de mon corps pour frapper le sien avec douceur.
L'enveloppe de Charlie s'éloigne du sol. Je l'emmène sur mes pas jusqu'au lac. Cette fois c'est promis, on s'en va rejoindre ce liquide noir et vivant.
Merlin ! Cette main qui glisse pour attraper une baguette.
Cette fois, je suis tout à fait figée, en équilibre sur le fil tranchant du temps. J'aurais pu être tentée par la peur si la surprise ne me paralysait pas. Charlie Rengan a attrapé sa baguette. Sa magie coule à flots à portée de ses doigts. Que va-t-elle en faire ? La saisir ? Dans son état ? Il fait si froid dans mes veines que la glace pourrait s'y installer. Que ferait la Rouge de cette puissance ? La dirigerait-elle contre moi ? S'en servirait-elle pour accéder seule au Lac ? Dans tous les cas, c'est insensé. D'autant plus que mon catalyseur prolonge aussi mon bras. Et de nous deux, je crois pouvoir être la plus rapide pour agir. Même figée, tendue et inquiète, mon flux est plus proche que le sien, plus facilement atteignable. Rengan devrait traverser tout un brouillard pour se saisir de la magie. Elle n'a presque aucune chance. Pourtant, je ne peux ni ne dois la sous-estimer. Rien n'est couru d'avance et tout est incertain.
Cependant, je n'arrive même pas à y penser calmement. Qu'elle m'attaque ? Que je me défende ? Que nous usions de la magie l'une contre l'autre ?! C'est impossible. Non pas que je l'en pense incapable dans ces conditions. Mais je m'en pense incapable, c'est certain. Je ne suis pas de ces serpents qui se jettent vers l'avant, les crochets pleins de venin prêts à faire plier la proie. Je suis la proie. Je l'ai toujours été. Mais mieux vaut être proie que lâche. Je ne reculerai jamais.
C'est peut-être cela qui explique pourquoi je reste là, droite et défiante, presque grande à côté de la silhouette au sol de Rengan. J'aurais pu trembler. J'aurais pu renoncer. J'aurais pu céder face à son regard de vipère. Je n'en fais rien. C'est sûrement la folie. Ou la jeunesse ? Je n'ai pas peur, je n'ai plus peur. Je me resterai fidèle.
Et son souffle qui continue à courir dans sa gorge, comme s'il ne s'était jamais arrêté, comme s'il ne savait pas ralentir. Qu'est-ce que tu vas faire Charlie ? Qu'est-ce que tu attends ? Qu'est-ce que tu veux ? Je n'ai pas peur de toi, je te le dis. Je n'ai pas peur de toi.
Et je n'ai pas à avoir peur, car la tension s'essouffle aussi vite qu'elle s'est élevée.
Malgré tout ce qui a pu être pensé ou senti, les mots que je n'attendais plus se dessinent au bord de ses lèvres. Charlie promet et je m'empresse, fidèle comme un chien à mon devoir de réparation. Je recule d'un pas, reprends mon souffle (il était parti sans que je ne le remarque, ce lâche) et réfléchis. Une étape à la fois.
D'abord, prévenir.
« Je vais te lancer un sort pour te déplacer. C'est pour cela qu'il ne faut pas que tu bouges. »
Puis, agir.
C'est la partie que je crains le plus. Maintenant que j'ai la promesse de la Rouge, je sais que tout repose sur moi. Ma magie jette ses yeux malicieux dans les miens. Arriverai-je à la dompter dans ces conditions ? Je crains de ne pas être assez délicate, ou d'échouer parce que Charlie est consciente. Ou pire, de mal la reposer et d'amplifier sa douleur. Merlin, comme je m'en voudrai ! Pourtant, je n'ai pas le droit de penser à tout cela, car elle attend de moi que je réussisse, et maintenant. Je confonds mon exigence avec la sienne, et foudroyée de détermination, j'attrape mon courage et ma magie d'une seule main.
Ma baguette est serrée entre mes doigts tandis que je la pointe sur Charlie Rengan. Mes sourcils se froncent, mes yeux bleus sont emplis du froid de la résolution. Je pourrai trembler de concentration, tant je me sens assiégée par le besoin de réussir. Pourtant, l'hiver ne rentre pas sous ma peau. Il y a tellement de force sous tout ce givre.
« Mobilicorpus. » murmuré-je.
C'est la magie, cette vipère, qui se jette et se lance et bondit hors de mon corps pour frapper le sien avec douceur.
L'enveloppe de Charlie s'éloigne du sol. Je l'emmène sur mes pas jusqu'au lac. Cette fois c'est promis, on s'en va rejoindre ce liquide noir et vivant.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
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