Solo Eclats de vie

14 mars 2045, 6h54
4e année
Dortoir des filles, Poufsouffle


24 heures. 86400 secondes.
Le temps est passé plus lentement qu'hier matin.
Assise en tailleur, appuyée sur le rebord de la fenêtre du dortoir, je pense. Je repense. Je me remémore. Avec mon pinceau dans la main. Le soleil n'est pas encore levé mais la luminosité extérieure me permet de voir mes esquisses. Le papier n'est plus blanc mais chargé de couleurs. Rouge. Jaune. Orange. Rosé. Bleu, foncé, presque noir.
Je repense à hier matin. Même si c'était il n'y a pas longtemps, je ressens le changement. Je ne sais pas. Plus de douceur. Plus d'apaisement. Comment un si p'tit être peut chambouler comme ça ma tête, mon existence ?
Je crois que la colère vis-à-vis des semis-nouvelles de Mima et des non-dits, certes n'est pas partie, mais s'est atténuée. Du moins, pour le moment. Et qu'est'c'que ça fait du bien. De se libérer l'esprit pendant 86 400 secondes. D'être presque apaisée. Alors, je laisse les couleurs claires remplacer le sombre de mes derniers croquis. Seul le bleu du fond de l'eau persiste. Menaçant et sombre, pour rappeler ces secondes de panique. De remord de vouloir voler.

Mon pinceau est à quelques centimètres de la toile. Il flotte. Il hésite. Enfin, j'hésite.
Puis, je le fait délicatement toucher la surface colorée. Je dessine ses cheveux ors. Brillants, encore plus que le soleil, dans mon esprit, sur ma toile. Je dessine ce visage, en essayant de me souvenir des moindres détails. Cela est compliqué. C'était il y a si peu de temps mais c'est comme si une éternité me sépare de ce moment. Alors, j'esquisse ses traits. Dans le flou. Mais ses yeux, je ne les oublie pas. Bleus. Je m'amuse à y dessiner notre saut. Enfin, j'essaye. Bulles d'eau. Air. Vole de deux drôles d'oiseaux. Et puis, quel vol !

Je m'arrête quelques instants et regarde de nouveau par la fenêtre. Un léger sifflement est présent, dans mes oreilles, depuis que nous nous sommes séparées. J'en ai déduit qu'il était de retour de part la pression de l'eau. Le coup de froid, aussi, peut-être. Comme il est déjà moins fort qu'hier -qu'un départ de train de la gare vague, dans le lointain si je puis dire-, je ne m'inquiète pas trop. Plus trop. C'est un vestige de cette soirée qui revient de temps en temps me taper sur l'épaule. Doucement. Je m'y fait.

Des bruits. Le dortoir s'éveille. Je replis en vitesse mes affaires. Je pars les ranger sous mon lit. Le dessin bien dessus, pour le laisser sécher. Faut pas qu'ça bave. Parce que je compte bien le lui offrir. Quand on se reverra.

Un endroit où, normalement, l'année 2045 de Maggy, en vitesse accélérée, va se passer.
Les grands moments marquants, ici ou ailleurs. Pas forcément dans l'ordre.
Son évolution.

Pourquoi passes-tu autant de temps dans ma tête ? Parce qu'il y fait toujours beau.

Solo Eclats de vie
24 avril 2045, 19h34
4e année
Terrain d'entraînement


Les mois vont être longs. Jusqu'aux vacances d'été. Je soupire. D'un côté, je les attends avec impatience. Je ne peux pas mentir : mes entrailles se tordent d'impatience de revoir Mima. De serrer ses mains douces et de voir ses yeux pétiller. Cependant … incompréhension et colère persistent. Et je sais que ce ne sont pas les examens qui vont apaiser tout ça, malgré l'arrivée des beaux jours. La présence brulante du soleil un peu plus longue chaque jour. Le monde qui se colorie.

Une journée de cours banale vient de se terminer. Fin de journée. Pour enfin se relâcher. Il fait chaud, comme une fin de journée d'été. Mes cheveux ont bien repoussé, depuis la dernière fois que je me les suis coupés. Ça doit remonter à octobre. Je prends plaisir à, de nouveau, pouvoir doucement me tresser les cheveux quand je sens l'angoisse monter. Et simplement à pouvoir me coiffer quand il y a du vent. Pouvoir voir le monde et non simplement mes mèches qui volent devant mes yeux. Et puis, ça me fait changer de tête. Et j'aime bien. Comme ça, je ne m'habitue pas.

Ce week-end, il y a un match de Quidditch. D'habitude, je reste un peu en dehors de tout ça. Ça me rappelle ma première année. Je ne remonte plus trop sur un balai, depuis. Je suis passée à autre chose. Mais je me souviens de ces sensations de bonheur, du vent qui caresse le visage. L'impression d'être invincible. Et d'entendre tout le château parler de ce match avec impatience, cela a fait resurgir ces vieilles sensations, pour une fois. J'ai ressorti mon balai de sous mon lit. Depuis trois ans, je continue de le prendre alors que son utilité est moindre. À chaque retour de vacances je râle de l'avoir pris. Je râle de devoir porter ça en plus, alors que je ne l'ai pas utilisé en dehors des cours.

Aujourd'hui, je ne suis que reconnaissante de l'avoir pris. Assise sur les gradins, il est à côté de moi. Un fidèle destrier, un peu poussiéreux, qui n'attend que de voler. Moi aussi. Mais j'ai peur d'être rouillée. De ne plus savoir faire. Pensées inutilement bêtes. *Ça s'oublie pas !* Je touche du bout des doigts le bois. A cette heure, tout le monde mange. Je suis passée en vitesse dans la Grande Salle, au bout de la table des Jaunes, pour piocher quelques petits trucs à grignoter en rentrant. Et mon estomac gargouillant me fait penser que ce fut une bonne idée. Le bois est lisse. J'arrête le pianotement des mes doigts. Je referme ma main autour du balai et me lève.

Cette grande étendue verte m'appelle. Je choisis d'aller en son centre. Mais, pendant que j'aligne un pied après l'autre, j'ai l'impression d'être vulnérable, nue, épiée. Je referme les épaules, me replie sur moi-même et continue mon chemin, non sans jeter des petits regards à gauche, à droite, derrière. Anxiété non-fondée. Puis, mes pieds s'arrêtent. Je suis au milieu. Il est temps. J'enfourche le balai. Je souffle doucement, repositionne mes mains moites deux fois sur le manche.
Et c'est parti, volons.

Le sourire augmente sur mon visage au fur que je monte dans les aires. Marionnettes liées par les mêmes fils. Je ferme quelques instants les yeux pour profiter de cette sensation. Puis, je me concentre. Je tourne, je vire. J'accélère et je ralenti, d'un coup. Je profite et je m'amuse. Un rire monte dans ma gorge, doucement puis se mélange au vent. Le rire de Bonheur.
De là-haut, je regarde le monde. Autour. Trouver la beauté dans chaque instant. Le soleil est derrière les montagnes, la luminosité baisse peu à peu. Mais le ciel, lui, ne se couche pas. Il se meut. Il danse. Les nuages moutonneux s'accumulent au-dessus de ma tête. Peut-être qu'il va pleuvoir, cette nuit.

Pourquoi passes-tu autant de temps dans ma tête ? Parce qu'il y fait toujours beau.