Et Tout redeviendra Poussière
Alison, 2ème année
Samedi 2 Décembre 2045, Vers 19h
Suite de cet épisode, Tour d'Astronomie.
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Samedi 2 Décembre 2045, Vers 19h
Suite de cet épisode, Tour d'Astronomie.
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Distorsion d'Espace-Temps.
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Noël était une vaste blague, chaque année. Morgane devait bien s'amuser à lui pourrir ce jour à chaque fois, et la regarder s'enfuir loin de tous.
Les visages, les pierres, tout défilait autour d'elle en une énorme valse qui menaçait de la faire trébucher.
Ses pieds se décollèrent du sol, ses talons se mirent à claquer le sol.
Elle courait, à bout de souffle avant même d'avoir commencé, perdue dans l'abîme sans fond de la rancœur et des regrets.
Le sang battait à ses tempes avec une force qui la faisait chanceler.
Elle dérapait à chaque virage, se rattrapant laborieusement aux murs, une nausée persistante lui serrant la gorge.
Ses côtes, ses jambes, ses bras, ses mains écorchées aux pierres, tout lui faisait mal. Elle aurait voulu tomber ainsi, inerte sur le sol, brisée, les yeux rivés à la voûte de pierre, les poumons déchirés par la course.
Au lieu de quoi, son corps la forçait à continuer, encore et toujours, à s'enfuir, à monter les escaliers quatre à quatre, tomber lorsqu'elle sautait trop de marches à la fois, à la recherche du tout et du rien.
Elle aurait voulu une présence, ou le néant, elle aurait préféré du bruit derrière elle mais chérissait ce silence et sa quiétude uniquement troublée par sa respiration saccadée et les heurts de ses chutes.
Incapable de tout, même de tenir debout.
Elle bifurquait sans savoir où aller.
Elle se précipitait sur chaque porte, les trouvait fermées, s'enfuyait dans les couloirs aussi loin que possible, déboussolée et ne sachant même plus à quel étage elle se trouvait.
*De l'air. De-l'air-bor-del!*
Mais les murs étaient froids et stoïques, muets à sa complainte.
Elle courait encore, toujours, à en tomber de fatigue et de douleur et à rester prostrée avec ses larmes qui maintenant dégoulinaient *dégueulasses* sur ses joues.
Les tableaux la regardaient passer, en protestant quelques fois quand elle manquait écraser ses paumes sur eux.
Un défaut dans la pierre la fit s'étaler pour de bon par terre.
Le choc se répercuta dans tout son corps, jusque dans sa tête. Elle crut un instant qu'elle n'allait pas pouvoir se relever, qu'elle allait vraiment rester ici crever dans l'endroit le plus improbable et vide du château *quelle putain d'ironie*.
S'appuyant sur un coude, n'attendant même pas que son cœur valide son départ, elle se remettait à courir, claudicante, les poumons en feu. La douleur comme anesthésiant, elle avait envie de rire tellement c'était absurde et révoltant.
Un filet d'air caressa pourtant sa nuque.
Se retournant brutalement, les yeux hagards, semblable à un spectre tout droit sorti des limbes, elle se remit à cavaler, ses yeux se fermant pour ne pas voir le monde qui lui donnait le vertige.
Une porte apparut dans son champ de vision, et elle se rua dessus, sentant la promesse de l'Air derrière.
Suffoquant, ses ongles grattèrent pitoyablement le bois comme un croup abandonné.
Elle devait offrir un piètre spectacle, le visage détrempé de larmes, les mains plaquées contre le bois, reniflante, les cheveux encore en bataille *merde...'Falloir les démêler...*.
Cognant encore pitoyablement contre la porte, elle se laissa tomber devant, tentant de capter les bribes d'air frais qui s'échappaient des interstices.
Tâtonnant dans la pénombre, elle saisit fébrilement sa baguette, manquant la laisser tomber à deux fois tellement son corps refusait de répondre tant qu'elle n'aurait pas repris son souffle. *Mais merde, m'abandonne pas toi non plus!*
Grimaçant, ce fut tremblante qu'elle chercha la serrure, la trouva, tenta deux Alohomora dessus avant de se rendre compte qu'en abaissant la poignée, elle pouvait entrer.
Ouvrant violemment le battant, se fichant pas mal du bruit, elle se rua sur la volée de marches qui s'offrit à elle, la montant en se rattrapant fréquemment avec ses paumes décimées déjà par ses ongles, puis par les trop nombreux chocs avec les pierres.
Une, deux, trois, quatre...
Les nombres défilaient devant ses yeux, au même rythme infernal que celui des marches, lorsqu'enfin, elle déboucha à l'Air Pur.
Une voûte glacée s'étendait au-dessus de ses yeux.
*Étoiles. Merlin!!!*
Se laissant retomber sur les dalles, elle bascula son dos en arrière, incapable d'aligner deux pensées cohérentes.
Combien de temps s'écoula ainsi? Une heure? Une seconde? Une nuit entière, alors qu'elle se figeait dans le froid et sentait les larmes cristalliser sur ses joues tandis qu'à chaque instant, de nouvelles venaient ourdir ses yeux?
Son souffle formant un panache de buée dans l'atmosphère, elle observa la colonne blanche s'élever, brouiller sa vue *larmes?* et noyer les étoiles dedans.
Pourquoi tout devait commencer ici? Ainsi, cela avait été écrit à l'avance?
Elles se rencontreraient avec les étoiles, avec la Lune qui leur faisait des risettes, avec un air froid d'hiver, et c'est ainsi que tout reviendrait à Néant?
Ici, qu'elle se décomposerait enfin en poussière d'étoile, qu'elle rejoindrait les Lumineuses dans le ciel?
*Plus de Daï? Plus de larmes? Plus d'Urne? Plus de château? Plus d' O'Kieran? C'est vrai, c'est vrai ce que vous me montrez? Ou vous aussi vous mentez, comme les Adultes, comme les Autres? Ils savent si bien faire, mentir. C'est un art, un putain d'art nébuleux qu'ils savent tous maîtriser. Et là-haut, on fait quoi? On brille, on écoute, muettes?*
Elle avait l'impression de délirer, reposant sur ces pierres froides, laissant la pluie de son corps dégouliner sur tout son visage en un masque imparfait.
*Qui pleure?*
*Qui pleure?*
*Qui pleur...?*
*Qui pleut ?*
*Qui pleure?*
*Qui pleur...?*
*Qui pleut ?*
Sa poitrine s'abaissa avec un rythme plus lent, plus apaisé.
Se lever, à présent.
On était tous poussières, tout redeviendrait poussière un jour, même les étoiles. Mais il semblait qu'aujourd'hui, Morgane ne voulait pas d'Elle. *Personne ne veut d'moi.*
Elle devrait se fondre parmi les poussières du ciel, un jour, elle le pressentait si fort qu'elle en avait mal. Ou alors, était-ce le froid? C'étaient les cambrures des larmes gelées sur ses joues qui devaient se transformer d'abord en poussières? Puis, elle ensuite? Fusionner enfin avec l'Hiver.
Et pourquoi tout ne pouvait-il pas se finir aujourd'hui? La boucle était bouclée, elle était ici, sous la Lune, quémandant la Fin de Tout, la fin de ses ailes, de ses peurs *pleurs*, de ses tourments, de ses cauchemars, de Morphée qui ne venait pas assez, de Daï qui revenait trop. Elle était ainsi, à supplier de ne plus jamais être la Lune ou la Lueur de quelqu'un, à la laisser être Elle, froide et distante comme une comète qu'on regarde brûler de loin : belle mais inaccessible. Ne plus chercher à rencontrer les Autres, à se mêler à eux, à faire comme Si, comme Si on pouvait leur ressembler pendant une fraction d'espace-temps. Être déchue de son statut de Lune, et redevenir Poussière *j'suis bonne qu'à ça*, une microscopique poussière qu'on peut fouler du pied. Invisible.
Tendant son visage aux rayons stellaires, elle ferma les yeux, nimbée de rêves en copeaux.
Puisque aujourd'hui, Nyx lui disait de continuer, elle Allait.
Reprendre les masques, oublier ce qu'elle avait eu la Prétention de croire d'être : les Hommes ne peuvent pas devenir des Astres. Les Hommes doivent rester sur Terre et s'oublier dans leurs fusions nocturnes avec les Astéroïdes.
Sortant l'ange de sa poche, elle aurait voulu se lever, le prendre, le laisser s'envoler une dernière fois. L'Oublier, à son tour. Lui rappeler que lui non plus ne devait pas se prétendre ange.
Déposant les deux moitiés déchiquetées devant elle, les jambes croisées en tailleur, elle leva sa baguette avec un calme empli de tristesse.
Visualisant les deux parties se rejoindre, le papier se défroisser, elle se concentra sur cette amère douleur qui pulsait dans chacune de ses veines
"Reparo."
Le seul mot qu'elle dédiait à la Nuit.
L'Ange se recomposa sous ses yeux aussi vides que des galaxies.
Habitué à présent à sentir une trace de magie souffler dans son petit corps de papier, il se mit à nouveau à voleter autour d'elle, insistant, faisant quelques cabrioles pour tenter d'attirer son attention.
Secouant doucement la tête, elle lui fit signe de se poser sur sa main avant de le contempler, les yeux brillants d'étoiles.
*Allez, vole. Vole, parce que moi, je sais plus voler. Vole, parce qu'aujourd'hui, j'veux t'oublier. Vole parce que les Rêves, c'est pas fait pour durer. Vole, parce qu'une vie, ça s'passe désenchantée.*
Elle eut l'impression de voir l'origami pencher sa petite tête vers le sol, comme pour faire le deuil de ce qu'il avait représenté. Elle vit les étoiles hocher leurs têtes blanches, la Lune lui faire un petit sourire encourageant.
Elle s'approcha du rebord, l'Ange frémissant à cause du vent sur sa paume.
Ses ailes de papier effleurèrent la pulpe de ses doigts lorsqu'il commença son Ascension vers le ciel, et sa Chute dans sa Mémoire.
Reculant de quelques pas, elle le regarda lutter contre le vent, puis s'évanouir, comme un reflet fugace dans une eau trop trouble.
Le calme était parti, et laissait place à toute la peine de la douleur qui courait dans son corps et brûlait ses yeux.
Refoulant les larmes, elle se laissa retomber contre le mur de la Porte où elle était.
La Nuit était claire, le ciel dégagé.
C'était une belle Nuit, une Nuit parfaite pour observer les étoiles.
Une Nuit parfaite pour devenir poussière.
Mais ce n'était pas La Nuit où cela devrait arriver.
Se laissant glisser le long du mur, elle recroquevilla ses jambes contre sa poitrine, entourant le tout de ses bras, frigorifiée.
En haut, la Lune. En bas, le Vide. A droite, à gauche, sur les côtés, partout, innombrables, les spectres argentés des étoiles.
Et Ici, juste là, sur ces dalles, Elle. Poussière de Vie, particule d’Éveil, Songe d’Éphémère.
Alison.
Ange déchue du ciel.
@Eryne O'Kieran et @Lena Smith, voilà où atterrit une Alison déboussolée...
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.