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12 juin 2021, 20:51
 –enthée  Entoilés
Hiver 2045


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Déployé ; replié. Le petit papillon de papier qui n’occupait ouvert qu’à peine la surface de sa paume subissait des manipulations acharnées depuis déjà sa genèse dans le compartiment roulant jusqu’à fendre l’air londonien au terme d’une trop longue traversée des terres britanniques. Tellement absorbé par la mécanique en laquelle il était entraîné, l’agitation environnante lui échappait majoritairement ; comptant sur l’expertise des citadins à contourner les trop nombreuses Silhouettes dépourvues d’identité. Un vertige à la descente du train lui avait temporairement bouché l’ouïe, son nez était froncé et resserré comme pour en amoindrir la réceptivité, et sa concentration visuelle était entièrement reportée sur les membranes quasiment symétriques. Ayant veillé à ne pas trop s’encombrer d’effets superflus, la libre mobilité de ses bras était ainsi assurée pour dessiner les battements et volètements qu’il tentait de synchroniser aux siens. Son manteau était seulement posé sur ses épaules, les manches n’ayant précisément pas été enfilées pour éviter l’entrave provoquée par l’épaisseur du vêtement.

Le vent hivernal qui s’infiltra alors au plus près de ses contours aussitôt sorti de la gare apparut comme une intervention bienvenue, apportant une fraîche incision contrastant avec la lourdeur et l’écrasement que l’interminable trajet instaurait. La voie sorcière ayant suffisamment été le théâtre de sauvageries depuis que la situation avait connu des balancements nouveaux ; son aîné l’attendait à l’extérieur, auprès des fontaines qu’il ne se savait pas vraiment apprécier ou non, les ayant si peu fréquentées. L’atmosphère nocturne était colorée des éclairages moldus qui teintaient les petits jets d’eau en rangs serrés ; et un immense sapin de Noël chargé de loupiotes ornait évidemment le square.

Même assise et de dos ; le jeune étudiant n’éprouva nulle peine à reconnaître la Silhouette familière. Il aurait presque pu rentrer immédiatement chez leurs hôtes pour l’y rejoindre ; mais il avait sûrement besoin de ce moment de transition offrant un bref repos pour ne pas se présenter envahi du seul épuisement généré par l’express. Quelques minutes ou bien quelque durée indéterminée pour doucement refroidir. Il avait atteint sa seconde majorité deux jours plus tôt, loin de sa patrie et des siens. S’il s’était efforcé de l’oublier et de faire comme si de rien n’était en ce jour à la fois ordinaire et puissant de Solstice, il était évident que Opa avait estimé que sa présence au retour était importante. Il se reposa alors juste à côté, silencieux. Le long éloignement des proches ne génère pas toujours le besoin de parole dans l’urgence. La tempérance est intégrée ; si cela a pu attendre plusieurs mois, nul besoin de faire jaillir en saccades tout ce qui lui serait passé dans la tête lors de l’intervalle. La paume gauche ouverte à plat recueillait désormais son papillon inerte alors que ses Perles-de-Nótt s’étaient dirigées en direction du ballet des eaux qui lui rappelait les fontaines contrôlées du Soleil versaillais. Jonction singulière considérant que pour ce qui était du jardin, la version à la française de Le Nôtre offrait une vision opposées de celle à l’anglaise.

Soudainement traversé d’une envie de navigation à cette vue ; l’adolescent tira de sa poche extensible un coffret qui détenait des flacons en nombre. Du fait de sa majorité acquise depuis plus d’un an, il lui aurait été tout à fait permis de pratiquer l’opération à laquelle il songeait via le branchage magique ; mais bien qu’il approchât de la réconciliation avec son instrument grâce à ses entraînements partagés, ce n’était absolument pas au point d’en faire son vecteur principal, instinctif. Les mélanges restaient sa langue première. Il avait perçu du coin de l’œil son aîné confier une sorte de souffle à la créature de papier, mais souhaitait à présent la doter d’une protection supplémentaire. Souriant du phénomène ambivalent des gouttes qui au contact de la matière friable l’imperméabiliseraient ; Hjúki en fit couler quelques-unes pour que son papillon soit capable d’affronter non seulement les vents, mais aussi les marées ; aussi humbles soient-elles si sorties d’une fontaine mécanique. Les bras tendus, il le présenta au sein des courbes dansantes et liquides bravant la rigueur saisonnière ; le changement de milieu le transmutant presque en raie.

*...de sa Souffrance nacquit sa Haine...*

13 juin 2021, 12:17
 –enthée  Entoilés
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Londres, hiver 2045
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f o r a s

Parmi une masse de sorciers qui s'affairent sur les quais du grand rouge, se tient une silhouette vieille. Bien qu'elle le soit, du blanc de ses cheveux, de sa démarche lente et des rides sur son front, son air est vif. Cette silhouette patiente sur le quai avec un sourire serein, que l'on peut sentir. Autour d'elle, on peut lire d'autres sortes d'émotions et toutes négatives. C'est l'ombre des manteaux noirs, qui si on ne les voit pas, plane encore au-dessus de toutes les têtes. Mais celle de cette vieille dame aux cheveux blancs, aux habits pourpre et au sourire grand ne semble pas ressentir la pression. Elle est décrite par beaucoup de ses enfants et petits-enfants comme une force tranquille.


i n t e r i u s

Je regarde le nez du train passer dans son fracas habituel, j'y suis habituée - pensé-je en songeant à toutes ses années que j'ai vu défiler. Les derniers wagons ralentissent finalement dans la vapeur du grand monstre de fer et la sonnerie retentit désagréablement. Pourtant, cela ne suffit pas à froncer mes sourcils ou à défaire le sourire que je sens peser sur mon visage. Dans mon dos, mes mains sont liées. La vague de petites têtes blondes qui se rue hors du train ne me déconcerte pas non plus, et je l'observe avec le plus paisible détachement en laissant la vague me traverser. Sans sourciller, sans même tanguer sous les coups de coudes de petits sorciers aux chapeaux pointus. Je jette parfois un œil sur la droite pour suivre la mine d'un enfant et, quelque part, m'assurer qu'il trouve son parent. Il n'y a que les grands qui ne m'intéressent pas. Ceux qui, je l'imagine, n'ont même pas de parents sur le quai.

Finalement, et je souris en constatant qu'elle a attendu que les autres descendent d'abord, je vois Adaline. Elle descend du train calmement - pas comme une enfant - en même temps que ceux qui sont justement grands. Son calme peut paraître effrayant, il n'est pas celui d'une enfant, penseraient nombreux de mes amis moldus. Je chasse cette pensée avec un sourire plus large en avançant, les mains toujours liées dans le dos, vers ma petite-fille. Ses bras sont chargés, une valise dans l'un et la boîte de transport de son chat dans l'autre. La voir m'emplit toujours de la même bouffée : une joie sage mêlée à une touche de malice. Comme il peut être dur de déceler cette touche dans le visage d'Adaline, mais je sais la voir dans son demi-sourire et dans ses yeux brillants.

Elle m'adresse d'ailleurs ce demi-sourire sans émettre un seul mot. Cela me convient, je sais qu'elle n'aime pas les lieux bruyants - et celui-là l'est tout particulièrement. Pour moi, et mes oreilles usées, le brouhaha des voix, des pas, du train, se fond en un brouillard auditif. Il nous entoure en formant une sorte de bulle. Adaline et ses jeunes oreilles souffrent du bruit, j'en suis certaine quand elle me montre la voie avec un signe de la tête et les sourcils froncés.


f o r a s

Dehors, les lumières moldues de la ville donnent une ambiance particulière au moment. La silhouette vieille et la plus jeune sortent de la gare pour trouver la fraîcheur de cet hiver. Celui de cette année s'annonce particulièrement froid. On peut entendre le vent s'engouffrer dans la gare en sifflant, sous les manteaux des moldus en grinçant, au-dessus des toits en soufflant. Devant la gare se dresse une fontaine mécanique, elle reflète les lumières des fenêtres des immeubles qui l'entourent et des lampadaires qui bordent les rues adjacentes. Sur son bord, une silhouette assise et une autre debout.


i n t e r i u s

En sortant, le vent frappe mon visage. Je baisse immédiatement les yeux vers Adaline pour m'assurer qu'elle porte son écharpe, et je réalise, avec un sourire faiblard, que je lui porte autant d'attention que j'en ai porté à mes enfants. Et puis, en tombant sur le minois d'Adaline, couvert de son écharpe aux couleurs de sa maison, je réalise aussi qu'il a grandit. Elle aura bientôt quatorze ans, pensé-je dans un vertige.

Ce vertige me fait détourner les yeux, et je suis Adaline qui s'avance toujours silencieuse. Je connais ces silences, je sais ce qu'ils sont : un aveux de fatigue. Pourtant, quand mes yeux tombent sur la fontaine et les deux silhouettes, c'est vers elles trois que je me dirige. Je sens le regard d'Adaline sur mon dos alors qu'elle m'emboîte le pas. Ses mains prises l'empêchent d'attraper ma robe pour me faire reculer. C'est ce qu'elle ferait si elle le pouvait.

Mais finalement, nous approchons toutes les deux d'un vieil homme et d'un bien plus jeune. Mais aussi de la fontaine et de sa surface dérangée par l'eau qui ne cesse d'y tomber. Elle grimpe le long de la colonne de pierre, en son intérieur, pour jaillir de son sommet en détruisant le calme de la surface. En regardant cette surface, je trouve un papillon fraichement déposé - je devine en ayant remarqué les mouvements du garçon - et je fais signe à Adaline de s'approcher. Je sais qu'elle n'aime pas les gens, c'est ce qu'elle dit bêtement, et je tente encore et toujours de lui prouver à quel point on peut apprendre des autres.

« Quelle belle embarcation ! »

Dis-je, les mains toujours liées dans le dos. J'imagine les joues rougies d'Adaline, alors que j'entends son visage s'enfouir dans son écharpe.
Dernière modification par Adaline Macbeth le 6 oct. 2021, 18:38, modifié 1 fois.

Magic Always Has a Price
Pardonnez mon retard

13 juin 2021, 21:12
 –enthée  Entoilés
Depuis aussi longtemps qu’il s’en souvenait, les fontaines avaient toujours exercé une puissance fascination sur son Enkel qui s’extasiait d’en découvrir de nouvelles formes et variantes ; d’en contempler les filets éjectés à des pressions variables, dessinant des mouvements de toutes sortes. Sans doute parce que l’eau alliait à elle seule les notions d’infini et de saisissable ; et que les états à la tangente lui étaient irrésistibles. L’eau sous tous ses états épouse à sa manière les contours qui lui sont présentés. Ses limites sont à la fois tangibles lorsque figée et imperceptibles lorsque évaporée elle avale tout l’espace à disposition. Le corps humain absorbe et rejette cet élément, carburant étroitement lié au souffle. En le suivant et en le regardant grandir, il s’était parfois demandé ce que pouvait ressentir cet extraordinaire enfant ; capable de passer du déchirement explosif de ses émotions à la contemplation entière et exaltée de quelque phénomène s’offrant à lui.

Dans ses premières années, le vieil homme avait déjà frôlé ses plus complexes sensations au travers d’une transmission silencieuse et magique qui sortait incontrôlable du jeune garçon ne trouvant comment les exprimer. Bien qu’il sût que ces manifestations avaient causé un certain dégoût de l’enfant vis-à-vis de sa propre magie, son aîné au contraire les avait estimées importantes pour prendre mesure de ce qu’il vivait d’inexprimable, pour comprendre des parcelles qu’il n’aurait su partager autrement. Si ce phénomène s’était atténué, sûrement en partie en raison d’une maîtrise croissante de son énergie magique, il était pourtant tout à fait conscient que cela ne signifiait pas la fin des tiraillements internes. Parfois il les lui écrivait, parfois il s’en taisait et c’était à son Opa de les déceler. Ce qui n’avait pas changé était l’absence de communication orale autour de ces ressentis. Ils avaient développé entre eux une langue gestuelle par laquelle son Enkel signalait sa détresse plus intensément que par les mots ; que ce soit muet ne l’empêchait donc d’apaiser. Il devait toutefois reconnaître que l’arrivée de l’adolescente aux origines françaises dans son paysage lui avait été fort bénéfique ; il pouvait compter sur une autre personne à laquelle se confier, surtout à Poudlard.

Curieux des transports que cette fontaine aux multiples jets lui éveillerait ; il mit ses sens en éveil pour guetter son arrivée imminente. Si l’empreinte de Opa était une part intégrante de l’environnement de Hjúki depuis toujours au point qu’il ne la considérât comme telle, indépendante ; son Beschützer savait identifier celle de ce dernier et les intrusions internes de sa magie l’avaient amené à en reconnaître sa saveur idoine. C’est pourquoi il put pressentir sans se retourner son approche ; le laissant s’appuyer légèrement sur son côté. Il avait construit un papillon.

Souhaitant si fort se comprendre et se connaître mieux ; son Enkel s’était entraîné avec un peu d’avance au sortilège du Patronus, répétant ses essais jusqu’à ce qu’enfin se manifeste la forme corporelle. C’était l’un des rares usages de la baguette en lesquels il avait fait preuve d’autant de persistance. En temps de guerre, des étudiants étaient parvenus à le maîtriser très tôt ; en jeune adulte il n’était pas aussi avancé mais avait fini par avoir accès à ce dévoilement de soi, même s’il n’était pas certain de son déploiement en réelles conditions. Désormais, il s’était tourné vers les messages ; avançant à pas de fourmis en commençant par très peu de syllabes, comptant allonger progressivement. Il n’avait pas détaillé ses progrès, attendant sûrement d’avoir des résultats certains avant d’en faire part. Depuis qu’il se savait en partie Papillon, son parent l’avait vu en décortiquer bien des sens, cherchant de nouvelles vérités sur son être. Ce pliage était une extension de ses recherches, une façon de se regarder depuis l’extérieur.

Bientôt l’insecte fut écarté de son milieu aérien pour rejoindre les eaux agités de la fontaine ; devenant une créature aquatique. Ainsi lui transmettait-il ses hybridités ; son appartenance possible à plus d’un milieu et ses capacités de métamorphose et renouvèlement. Il s’en montrait à la fois communicatif et taiseux ; certaines paroles transparentes se refusant à compréhension de certaines gens. S’il sortait une déclaration aussi directe que ‘Ich bin ein Schmetterling’, tout le monde ne détecterait pas si aisément le niveau exact correspondant à sa pensée.

L’adolescent sentant à peine peser sur lui l’observation attentive de son Opa regardait son compagnon se faire cahoter sur la route désormais en rails d’eau plutôt que de fer ; balloté par des sursauts de directions variées, ses ailes semblant tout de même s’adapter à ce cadre. D’un fluide à l’autre, le transition était somme toute plutôt fonctionnelle. Sa forme, ses contours correspondaient. Que ce soient des vents soufflants ou des jets ; des forces externes toujours appuyaient sur les êtres, chacun armé à sa façon pour les affronter, les intégrer, les détourner ou les comprendre. Tel le barrage transformant l’écrasant débit en source d’énergie. Telles les voiles tirant profit des vents. Tels…

Une tessiture inconnue s’est superposée au chant de l’eau. Se retournant il ne décèle pas d’inquiétude dans la posture de Opa. Disons plutôt, pas de marque de souci autre que la garde discrète qu’il présente à proximité de son Enkel. Le sachant plus habile à détecter les menaces, il fait donc confiance à son apparente tranquillité et consacre une partie de son attention à l’adulte qui s’est immiscée, non loin d’une enfant dont il n’a pas encore entendu la voix qui aurait autant pu muer que non, d’une signature qui lui est pour l’heure scellée.


« Oui… car elle est aussi le navigateur-même. »

Tel Protée qui se fond dans les flots sans Argos.

*...de sa Souffrance nacquit sa Haine...*

6 oct. 2021, 19:24
 –enthée  Entoilés
f o r a s

Le moment est aérien, à l'image de l'élément qui en est le cœur. S'il ne se trouve pas tout à fait sous cette forme à cet instant précis, le papillon qui vogue sur les flots de la fontaine, le clapotis de l'eau qui en coule pour comptine, sa surface imperméabilisée et ses ailes intactes qu'on verrait presque papillonner, rendent le moment tout à fait aérien. C'est comme si la créature de papier volait sur l'eau. De plus loin, tout ce que l'on voit de cet instant n'est qu'ombres sur ombres, silhouettes entremêlées et clair obscur.


i n t e r i u s

J'adresse un sourire poli au vieil homme qui est assis là. Contrairement aux autres femmes de ma condition - j'entends l'âge parce que la magie importe peu dans ce versant de la vie - je supporte bien de la voir chez les autres. Quand il m'était encore possible de visiter mes amies moldues dans ce café au cœur de la ville de Cambridge, combien de fois les ai-je entendues me dire ô combien il leur était déprimant de côtoyer d'aussi vieilles personnes qu'elles, sans manquer d'ajouter que la compagnie de leurs petits-enfants était mille fois plus rafraîchissante. J'ai toujours préféré la compagnie des hommes, je pense, avant de me reprendre : j'ai toujours préféré la compagnie les gens simples. Et je ne ressens que de la simplicité depuis que je suis entrée de cette bulle.

Cette bulle qui, à mon grand plaisir, ne s'éclate pas quand nous y entrons - quand Adaline y entre presque sous ma contrainte - mais au contraire s'étend pour nous laisser de la place. C'est ce que l'air tranquille et inchangé que le vieil homme a sur le visage me dit. Je ne sais pas s'il me rendra mon sourire, mais je décide de laisser mon regard couler jusqu'au plus jeune garçon pour saisir l'ampleur de sa réponse.

Un autre genre de sourire prend place sur mon visage. Un jeune homme avec un air sérieux qui irait mieux sur son aîné. C'est tout à fait Adaline.

« Plus que le navigateur, elle pourrait être le pilote. »

Je réponds. Puis tout doucement, mes yeux glissent sur Adaline : je lis sur ses sourcils froncés et son nez plissé qu'elle ne comprend pas de quoi nous parlons. Il faut dire qu'elle est petite, il faut dire qu'elle est en retrait, il faut dire que l'embarcation n'est pas des plus grandes.

Puisque je connais Adaline plus que ma propre fille - je rattrape cette pensée, mais elle est déjà formulée alors je tente seulement de la chasser - je sais exactement ce qu'il se passe dans sa tête à cet instant précis. Ce n'est pas vrai à tout moment, plus cette sorcière grandit et moins je peux lire en elle, mais je saisis très bien les enjeux qui tirent ses sourcils et froissent son visage. Alors je vais poser ma main avec une pression douce dans son dos pour la faire avancer plus en avant. Bientôt, elle est devant moi. Elle fait deux autres pas et la voilà au bord de la fontaine, les mains prises, les joues rouges, mais la tête penchée vers le bassin. Adaline est comme ça : je sais qu'elle est curieuse mais qu'elle ne se met pas dans des situations qui la mette mal à l'aise, aussi intéressante puisse être la découverte. Suis-je mauvaise langue ? Il se peut que cette habitude tende à s'effacer chez elle, pour je l'espère s'annihiler complètement un jour. Mais ces situations sont toujours sociales et je m'arrache les cheveux pour comprendre comment ma fibre sociale ne lui a pas été transmise. Je souris largement en la voyant lever la tête vers le garçon.

« Vous avez utilisé une potion ? »

Elle demande. Dans le ton de sa voix mais surtout dans l'éclat de ses yeux je vois l'enfant curieuse qu'elle est au fond d'elle. Bien que les bonnes manières qu'elle se donne - en utilisant le vouvoiement mais de plus en plus un ton guindé - fonctionnent à merveille, il n'est pas moins plaisant de voir la malice s'allumer sur son visage encore rond de l'enfance.

Magic Always Has a Price
Pardonnez mon retard

7 oct. 2021, 18:16
 –enthée  Entoilés
L’économie caractérise les mouvements du vieil homme, tout à l’inverse de Hjúki qui n’hésite point à se montrer parfois très expansif et à manger l’espace. Son regard ne déambule pas au hasard mais se pose incisif sur des éléments bien précis pour en reconstituer la fresque ; ainsi une scène élaborée d’un conte de Noël dans l’atmosphère londonienne. Il ne s’en rend probablement pas compte, dans cette inconscience de soi qui lui colle à la peau et l’empêche de prendre pleinement mesure de sa personne ; mais en donnant libre cours à des envies aussi simples et spontanées que de faire naviguer un frêle papillon de papier, son Enkel s’offre des respirations d’une telle légèreté qui lui manque cruellement. Il lui apparaît détendu, sans les plis crispés du souci qu’il présente trop souvent depuis… depuis qu’il se considère comme la proie, ne se voyant aucune convergence avec le lion qui prédate. Si seulement il savait à quel point ses canines étaient affutées, et l’usage autre que la chasse qu’il pourrait en faire… L’adulte n’est pas dupe, en ce monde immensément vaste au-delà de leur duo, son protégé a besoin de bien plus que sa seule perspective pour s’ouvrir. C’est pourquoi il n’avait rien signalé en apercevant de nouvelles arrivantes à proximité, ne doutant pas que des interactions inédites seraient enrichissantes. À l’âge qu’avait atteint le jeune homme, il n’avait guère besoin que son Opa s’immisce à la moindre ondée. Un lent acquiescement de la tête répond au sourire qui lui avait été adressé, comme pour lui souhaiter la bienvenue dans le cercle élargi, avant de prêter attention aux mots.

La discrète brillance dont se pare le regard bleu sombre de Hjúki laisse entrevoir un soupçon de ce qu’il en pense : l’image d’une proue vivante en papillon ou même d’un vaisseau aux ailes diaprées lui est à coup sûr des plus séduisantes. Pourquoi pas un vaisseau comme fusion du dirigeable et du sous-marin évoluant aussi bien dans les éléments voisins. Se sent-il une âme aventureuse digne de l’aéronaute Scoresby dont il avait lu les péripéties ? Que ce soient ou non des extrapolations, son aïeul suppose sans risque qu’il développe de cette idée des tableaux animés et visuels ; il suffit de l’écouter assez pour saisir cette composante de son esprit. Peut-être que dans ses cheminements, il commence à comprendre que ce ne sont pas les flots que le dirigent, qu’il peut toujours barrer contre le vent. Les jets n’ont pas encore éprouvé la résistance de la créature qui poursuit son vol d’eau au gré des clapotis de la fontaine.


« Exactement ; elle forme en somme une unité autonome, presque… consciente. »

En la protégeant de l’alourdissement qui l’aurait noyée, le jeune Andersen avait après tout déchargé en elle une once de son énergie, porteuse de la marque unique de son identité magique. En ses créations s’infiltraient probablement d’infimes fragments de soi. L’imaginer contenir et préserver son don de quelques gouttes enchantés l’aurait amené à déceler jusqu’à une présence en son pliage. La plus jeune observatrice – aussi une Enkelin ? – s’est mise à portée du jeune Andersen qui ne doit pas avoir l’habitude d’attirer l’attention avec ses machinations. Enfin, qu’en sait-il ? Ses expérimentations ne sont pas nécessairement toujours tenues au secret ; seulement à la discrétion. Pas de séisme, en vibrations soignées. Elle s’avère du moins particulièrement perspicace en devinant avec justesse le moyen sollicité. Ses lèvres s’étirent en songeant à cette affinité dont il est témoin notamment lors de ses congés depuis des années ; sourire qui survient en écho à celui de sa paire, comme d’une fierté commune envers les enfants. Oui, *elle compte parmi ses langues préférées*, songe-t-il. L’adolescent en revanche a besoin de jauger l’interrogation, d’examiner les signes qui auraient trahi le détail. Sûrement ravi que le bouclier liquide dégage ainsi une signature distincte, n’ayant nullement le souci d’entendre parler potion dans ce qu’il nomme la Coupole.

« L’antidote est dans le poison. J’appréciais l’idée d’offrir une défense du même matériau que l’arme. »

*...de sa Souffrance nacquit sa Haine...*