I apologise if you feel something
ATTENTION SUJET SENSIBLE
Cette Danse aborde les sujets de comportements auto-destructeurs et auto-mutilants (scarification), ainsi que de pensées suicidaires. Évidemment, aucun acte n’est présent, mais il y a description de cicatrices (mention de coupures et de sang), et une discussion tourne autour de cela. Je ne crois pas avoir été trop graphique mais les pensées et réactions de Thalia, bien que parfois métaphoriques, sont claires, violentes, et peuvent choquer. Il y a également un passage rapide ressemblant à du chantage au suicide. Je suis disponible par hibou si vous avez malgré tout décidé de lire et été choqué•e, et je tiens à rappeler que des lignes d’écoute gratuites existent si vous êtes dans la même situation, et que les professionnels de santé ainsi que les urgences sont là pour vous aider. Vous êtes légitimes à demander de l’aide si vous en avez besoin. Il y aura ici des déclarations comme quoi la situation n’est pas grave simplement car elle n’a jamais conduit à des soins médicaux vitaux en urgence, ce qui est bien évidemment faux. De nombreux passages dans ce texte parlent également d’abandon.
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Cette Danse aborde les sujets de comportements auto-destructeurs et auto-mutilants (scarification), ainsi que de pensées suicidaires. Évidemment, aucun acte n’est présent, mais il y a description de cicatrices (mention de coupures et de sang), et une discussion tourne autour de cela. Je ne crois pas avoir été trop graphique mais les pensées et réactions de Thalia, bien que parfois métaphoriques, sont claires, violentes, et peuvent choquer. Il y a également un passage rapide ressemblant à du chantage au suicide. Je suis disponible par hibou si vous avez malgré tout décidé de lire et été choqué•e, et je tiens à rappeler que des lignes d’écoute gratuites existent si vous êtes dans la même situation, et que les professionnels de santé ainsi que les urgences sont là pour vous aider. Vous êtes légitimes à demander de l’aide si vous en avez besoin. Il y aura ici des déclarations comme quoi la situation n’est pas grave simplement car elle n’a jamais conduit à des soins médicaux vitaux en urgence, ce qui est bien évidemment faux. De nombreux passages dans ce texte parlent également d’abandon.
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i saw you staring out of your own abyss again [...]
don’t be afraid to wonder, don’t be afraid to be scared [...]
so i apologise, if you feel something
but love is all we have
Bring Me The Horizon
2 Février 2046, 18h
Toilettes abandonnées, Poudlard
4ème année, 14 ans
Toilettes abandonnées, Poudlard
4ème année, 14 ans
« Thalia, je sais que ça va pas. Mais c’était déjà grave, et on a remarqué que ça s’empirait. »
Nao, *ferme ta gueule*. Ces dernières semaines, l’amoureux de mon frère s’est lentement créé·e sa place dans mon quotidien, et peut-être même, si j’ose l’admettre, sa place dans mon cœur — il est doux, ael est agréable, il y a peut-être même une certaine ressemblance et une sensibilité unique qui me touche, mais cela ne l’autorisait en rien à me frapper en traître de la sorte. Je te laisse me découvrir, ce n’est pas pour que tu tentes de m’achever, je m’en sors très bien toute seule. Mon visage se ferme, je me renfrogne en lançant un regard noir à l’adolescent·e aux cheveux rouges, et un autre, trahi, à Sky qui m’observe. Leurs mains sont entremêlés, et comme toujours, la vision est pareille à un coup de poignard dans le cœur. Sky n’aime pas toucher les gens ; moi non plus. Notre dégoût du contact est très semblable. Si ressemblant, même, que nous avons les mêmes entorses à cette règle généralement immuable : un être, une Âme, autorisée à nous approcher. La sienne est si proche de lui, leurs corps se confondant presque lorsque l’un se tient à quelques millimètres de l’autre. La mienne s’est évanouie, n’est-ce pas ? Partie. *’m’a abandonnée*, et j’aurais dû le savoir, je le savais. J’en étais persuadée et plus jamais je n’ignorerai les avertissements de mon esprit. Tout le monde part. Tout le monde me laisse. Si je laisse quelqu’un m’approcher, cette personne s’en ira vers de nouveaux horizons, en prenant soin de m’arracher un morceau de Moi au passage. Je le savais, pourtant je ne m’y attendais pas de cette manière. Je songeais à quelque chose de si brutal. Aelle est brutale. Je pensais que si elle partait, elle me tuerait. De toute évidence, elle m’a laissé le soin de le faire moi-même — les Autres n’aiment pas se salir les mains. *Ah*, la désigner comme une Autre me brûle toujours autant, c’est un Incendio glacial qui ravive la plaie encore à vif qu’elle a laissé en s’éloignant de moi ainsi.
Perdue dans ma contemplation de leurs mains, sentant la dissociation devenir une possibilité proche — *non !*, je relève le regard rapidement et l’enfouit contre un morceau de miroir brisé, tombé au sol.
« Parle nous, on s’inquiète. »
On s’inquiète ?
Oh, vraiment ? J’ai envie de hurler, la rage frémit en moi. Elle se réveille. Tous les jours, elle m’accompagne, la rage de ne plus rien contrôler, la rage d’être en vie, la rage d’être seule. *Qui s’inquiète ?*. Qui s’inquiète, Sky ? Toi ? Il t’est facile de t’inquiéter, n’est-ce pas, avec Nao à tes côtés pour te changer les idées ? T’inquiéter, c’est penser à moi une fois toutes les trois semaines parce que j’existe encore ?
Aelle n’a pas à faire semblant, elle. Elle ne s’inquiète pas.
Comme toujours, j’apprivoise la colère. — C’est faux, je la retiens. Je l’emprisonne quelques instants, lui intime de se calmer encore un peu. Je lui promets de la laisser exploser dans quelques minutes, de la laisser de me détruire de l’intérieur, de l’autoriser à envahir mon esprit, mon cœur et mon corps. Je lui réserve une place sur ma peau, une place qui lui est due, en échange de quelques instants de répit, pour la dissimuler aux yeux de ceux à qui je tiens. Et je tourne les talons, prête à me ruer dans un lieu calme pour l’extirper de moi, quand Sky me retient d’une poigne ferme. Ses doigts refermés contre les plaies récentes, non bandées mais toujours ouvertes, appuient trop fort pour que je puisse réprimer ma grimace de douleur. Lui, toujours attentif, ne le manque pas. C’est sans hésitation qu’il saisit ma manche pour la remonter jusqu’au coude avant que j’ai eu le temps de m’enfuir. Révélant des dizaines de coupures, certaines cicatrisées depuis longtemps, beaucoup d’autres si récentes que quelques dernières gouttes de sang s’en échappent encore. Bien plus profondes et nombreuses qu’auparavant, également. Régulières, maîtrisées. Tout le contraire de celles sur mes cuisses et le reste de mon corps, les cicatrices ornant mes bras sont nettes. Pour autant, les yeux affolés de Nao et Sky se croisent et je laisse échapper un soupir profond. La voilà, la réprimande, je la sens arriver. *’tain*.
« Tu n’arrêtes pas. »
Que croit-il ? Je le pensais intelligent. Sky est direct, il ne pointe pas du doigt des choses évidentes. La dizaine de coupures datant d’hier soir et ce matin prouve l’évidence : je le fais toujours. Je hais les questions rhétoriques lorsque je ne suis pas celle qui les initie. Je hais plus encore celle-ci, car elle est une aberration qui ne devrait pas exister. Personne ne devrait voir cela, personne ne devrait m’interroger. Cela n’a jamais empêché Emily ou Sky de le faire, évidemment. Jamais ainsi, pourtant. Jamais en me forçant, jamais sans me demander, et la rancœur est teintée de déception. Tous, ils me trahissent. Un instant, la peur fugace qu’il me demande qu’est-ce qui a déclenché les plus récentes me traverse. Je ne saurais pas quoi lui répondre. Que puis-je lui dire ? *J’le fais, parce que j’en ai besoin*. Je n’ai pas fait de crise particulièrement violente, hier, ni ce matin. Je suis juste... en vie. Entourée d’Autres. Perdue, car je n’ai plus de Silhouette me ressemblant à laquelle me raccrocher. *Parce qu’elle est partie*. C’est faux, je n’ai pas le droit de repousser la Faute sur Aelle. Dire que je me fais du mal à cause d’elle serait un mensonge incroyable, j’ai commencé il y a plus d’un an, cela n’a rien à voir. Dire que tout s’enchaîne, plus rapidement, plus fréquemment, plus profondément, plus compulsivement, depuis qu’elle m’a laissé, en revanche, est un constat évident. La perdre a joué un rôle immense. Et j’ai peur que Sky et Nao, qui croient si bien me connaître, en arrivent à cette exacte conclusion.
« Ça a toujours été aussi grave ? » ose Nao, l’inconscient·e. Grave ? Je suis en vie, je ne me vide pas de mon sang, je n’ai jamais dû aller à l’infirmerie. Non, ce n’est pas grave, Nao. D’un mouvement de tête, l’autre Inconscient présent dans la pièce lui signale que la réponse est négative. Je les hais, en cet instant, ces Inconscients en qui je croyais avoir confiance. Je les sens, les questions et les conclusions qui approchent. Je les sens, leurs regards teintés de pitié, de terreur et d’horreur. Je sais ce que je suis, à leurs yeux ; un Monstre. Et aux miens, ils semblent être de nouveau des Autres. Un jour, ils me laisseront tous. Ce jour-là, je serai seule avec mes Fantômes et libre de partir.
« Fous moi la paix, Sky. C’est pas tes putains d’affaires, Fay. »
En toute fierté, je peux affirmer sans mentir que ma voix ne tremble que de rage. Je rabats la manche de ma chemise, évite les regards de ceux qui me font face. Comment osent-ils ?
« Si tu continues à le faire autant et aussi gravement, je vais devoir prévenir un adulte ici. »
*Pardon ?*. Merlin, il a osé. Par tous les fichus Mages, il a dit cela. Ma gorge est douloureuse et ma bouche est asséchée, les mots me manquent et mes yeux se plantent dans les siens en un réflexe hors de mon contrôle. Blessés. *Comment-* comment peut-il dire cela ? Il me connaît. Il est censé me connaître. Et Nao, immobile, qui paraît acquiescer en silence. Je sais déjà, qu’Emily en a parlé avec Shaina et Papa. Je le sais, elle m’avait prévenu auparavant, en me prenant les mains et m’expliquant jusqu’à ce que j’acquiesce. Et cela fait déjà deux adultes au courant. Ainsi qu’Emily, Sky, Nao, et Arthus. Six personnes pour me regardant avec terreur comme si j’allais m’évanouir devant eux, ou leur faire du mal — c’est faux, Emily ne m’a jamais regardé comme cela, Emily a l’air de comprendre quelque chose, Emily a l’air de saisir ce que c’est que d’avoir un vide immense à l’intérieur de sa poitrine. Mais les autres... Même Shaina, qui est pourtant restée extrêmement calme. Même elle, son regard a changé. Et maintenant, ça. C’est trop. C’est trop pour moi, trop pour la colère.
« Si t’en parles à un prof, j’me tue ! »
*Qu’est-ce que j’ai fait*
Je voulais l’insulter, je devais l’insulter.
Je pouvais penser à une quinzaine d’insultes, moldues, sorcières, ou de ma propre invention, pour désigner mon demi-frère à cet instant. Et maintenant, mon esprit est vide.
Ce n’est pas que je ne le pense pas, c’est que c’est de l’ordre de ces secrets qui doivent rester enfouis au creux de mon ventre, au milieu du vide intérieur, et me consumer sans se laisser apercevoir. La mort comme issue ne doit pas être entrevue par ceux qui font semblant de s’inquiéter. Je ne veux pas voir leurs yeux s’assombrirent un peu plus, je refuse de les voir s’échanger des regards lourds de sens parce que je confirme quelque chose qu’ils redoutaient déjà. *J’vais rien faire, arrêtez d’me regarder comme si j’étais si fragile !*. Les doigts fins de Nao se resserrent contre ceux de Sky, comme pour le rassurer, et j’ai l’impression que c’est ma cage thoracique qui est comprimée. Plus étouffée que par les bandages que j’y ai noués, inspirée par ællui. Ce n’est pas mon frère qui a besoin d’être rassuré. C’est injuste. C’est tellement putain d’injuste, j’ai envie de les frapper tous les deux, j’ai envie de les faire payer pour être ensemble ainsi alors qu’on me refuse ce droit. J’ai envie de leur faire regretter d’être heureux. Et je me hais pour cela.
« Thalia. C’est exactement pour ça que t’as besoin d’aide, » souffle Nao avec son air de tout savoir. Je ne suis même plus en colère — c’est faux — je veux simplement fondre en larmes et disparaitre ici-même.
« Et si tu nous laisses pas t’aider, faut que quelqu’un d’autre le fasse, » renchérit Sky.
*Personne peut*.
Je secoue la tête, imperceptiblement. En moi, l’envie de fuir se bat avec celle de leur gueuler dessus. Ça me fait peur quand ils agissent ainsi, ça me fait peur quand ils prétendent m’aimer. Peut-être que c’est encore plus bouleversant que ceux qui sont clairs, ceux qui dès le premier instant me montrent qu’ils ne m’accordent aucune importance ou me regardent avec dégoût ; peut-être même pire que ceux qui mentent puis explosent et me poignardent au passage, comme Aelle. Ceux qui restent me terrifient. Je me demande quand est-ce qu’ils atteindront le point de non-retour et m’abandonneront, je me demande s’ils sont déjà en train de prévoir la manière dont ils me l’annonceront, je me demande s’ils me tourneront le dos sans un mot, je me demande s’ils ne partiront pas. Et s’ils ne partent pas alors c’est pire, parce qu’ils me retiennent, parce qu’ils constituent une faible barrière de vie entre moi et le néant, une barrière d’êtres auxquels je tiens et qui croient tenir à moi. Des êtres que *j’veux pas briser*. Quand on part, on brise toujours les gens qui, rêveurs utopistes, tenaient à nous en pensant que la vie dure pour l’éternité. Mais moi, mon éternité, je veux la passer à regarder les étoiles depuis le Néant. Tant qu’ils restent, je ne peux pas partir. À quel point je dois leur faire du mal pour qu’ils m’abandonnent ? À quel point endureront-ils, pour moi ? Est-ce qu’ils abandonneront vite ? J’espère – j’en ai peur – je ne sais pas.
« Je vais très bien. Y’a pas d’problème, ok ? » Je crache, en me forçant à regarder Sky droit dans les yeux. « Et si y’en avait un, pourquoi j’te ferais confiance à toi ? » Un rire dédaigneux peine à s’échapper de mes lèvres. Le contact visuel se maintient, et je me sens coupable, juste un instant, de forcer alors qu’il hait autant que moi de se confronter aux regards des autres. Bataille de pupilles. J’ignore mon propre inconfort et vite, il abandonne, les iris luisantes — le visage blessé. Je me prends à songer que tout serait bien plus simple si j’étais en train de dépersonnaliser. Je hais cette impression d’être détachée de moi-même, de ne pas savoir qui je suis, de devoir prétendre accorder la moindre attention ou importance à ceux qui m’entourent alors que je flotte loin de mes émotions et de mon empathie, et pourtant, la culpabilité qui pulse dans mon cœur serait éradiquée par tout cela.
« J’sais pas à quel moment vous avez cru qu’vous méritiez de savoir c’qui s’passe dans ma vie. Quand est-c’que j’ai dit un truc qui pouvait être interprété comme de l’amitié ? » Tout en parlant, je recule rapidement vers la porte, mes yeux fuyants d’un corps à l’autre. « Parc’que j’en ai rien à foutre, d’accord ? C’est sympa de travailler avec vous, j’te tolère parce que ta mère s’est ramenée dans ma famille, c’est tout. » Passée maître dans l’art de manipuler mon visage, je me façonne sincère et hautaine. La provocation amère qui brûle dans mon ventre me facilite la tâche. *D’toute façon, j’aime personne*. Ils ne me méritent pas, ou je ne les mérite pas, peu importe. Des univers entiers nous séparent, des galaxies entre moi et les Autres, et je suis naïve d’avoir songé que certains pouvaient être différents. Maintenant, c’est à moi de repousser ceux qui restent.
« Foutez-moi la paix, je mérite mieux qu’votre compassion ou votre pitié. »
Me forçant à ignorer l’euphorie terrifiante qui grandit dans mon ventre alors que les premières larmes montent à mes yeux, je m’enfuis.
FIN
[Thalia existe entre les échos]
[elle persiste, bien que les Mots l’aient abandonnée]
[elle persiste, bien que les Mots l’aient abandonnée]