20 juil. 2021, 23:01
 Tinworth  La Solitaire  SOLO 
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dessin par moi-même



Je m'essaie à des OS un peu différents dont voici un premier recueil. Le tout se déroulant aux pieds ou dans la tour martello qui abrite Eustache Joyce et sa fille.


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19 juillet 2040
Le jour où Mahaud rencontra Penelope
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La première fois que Mahaud vit Penelope, elle la trouva franchement ... magique. La tour martello, solide construction de pierres massives emplies d'histoire, semblait faire partie du paysage. Sans fioritures, nue dans les herbes hautes, on ne pouvait manquer de s'extasier devant sa tranquillité, son aplomb. L'enfant, bondissant sur le chemin avait décrypté le panneau qui indiquait le nouveau domicile paternel : La Solitaire, avant de s'approcher de plus près. Le jardin, en friche, frémissait sous les assauts de la brise marine, secouant ses fleurs multicolores dans des vagues hypnotisantes. Les insectes cessaient de chanter à son approche, mais la fillette s'en fichait, elle n'avait de yeux que pour la rustique bâtisse.
Une porte rudimentaire peinte fraîchement en vert bouteille détonnait sur les pierres grises et lissées par le vent, quelques fenêtres et autres meurtrières trouaient la tour de part en part, et les lézards courraient sur la surface chaude alors que Mahaud faisait le tour, observant les marques profondes et autres interstices gravés dans les murs.



Eustache avait attendu, anxieux, la réaction de sa fille. La Solitaire ne lui appartenait que depuis quelques semaines et il avait attendu avec impatience la garde de sa pâquerette pour la lui faire découvrir. Pour elle, il avait aménagé ce bâtiment militaire austère histoire de le rendre accueillant : peinture colorée et mosaïques, puits de lumière et tentures, et surtout une adorable chambre au dernier étage. La bâtisse à l'abandon l'avait charmé, cette vieille dame rabougrie, perdue dans la campagne de Tinworth avait des airs de matrone protectrice. Depuis le toit, on voyait les vagues et quelques jolies plages, les cheminées du village et les falaises abruptes. Il l'avait acheté avec ses quelques économies, puis rénové avec Allen, son meilleur ami, pendant de longs jours. Et maintenant, il regardait Mahaud courir auprès des pierres en chantonnant, il la regardait bondir et observer de ses yeux curieux la faune et la flore, il la regardait s'extasier comme il l'avait fait alors. Il sourit, la Solitaire n'allait plus l'être bien longtemps.



Depuis le XIXème siècle, immobile et pourtant entourée par les mouvements du vent, des herbes, des vagues et des hommes, Elle attendait. On l'avait bâtie pour résister aux assauts, aux intempéries, au temps. Elle avait vu des hommes d'armes l'habiter puis la déserter ; Elle avait abrité des voyageurs, des curieux, des animaux et des hommes ; Elle avait attendu, seule, quelque chose, mais elle ignorait encore quoi. On l'avait construit a des fins utilitaires et s'était révélée inutile. Toujours Elle regardait la mer, attendant la fin ou bien le début de quelque chose, Elle qui contemplait l'éternel renouveau des marées, des saisons ; Elle qui observait la palingénésie naturelle sans en faire vraiment partie, figée dans le temps et l'espace.
Les hommes n'avaient que peu d'importance, mais Elle veillait sur eux, c'était là son unique but. Quand ils n'étaient pas là, Elle attendait qu'ils reviennent ; quand ils l'habitaient, Elle s'attendait à ce qu'ils partent. Personne ne se souciait d'Elle, Elle n'était pas vivante, Elle n'était que pierre, sel, bois, Elle n'avait pas d'âme, mais Elle attendait toujours.