Dismantle + PV F.L.

Samedi 3 septembre aux aurores,
Avec @Felicia Luke



Parfois, le silence et la solitude apaisent le flot continu de pensées dans ma tête. Mais ce matin ils ne font qu’accroitre mon cafard. Les ballerines blanches se balançant au rythme de mes pas telles des extensions de moi-même, je marche. J'avais oublié à quel point s'endormir et se réveiller entourée d'inconnues était inconfortable. J'évite donc les filles du dortoir depuis mon arrivée et elles me le retournent bien. Alors pourquoi demeurer Ella la muette ne m'a jamais autant paru pesant ? *Une étiquette clouée au front*

Cet été a modifié, réparé certaines choses en moi. Il en est la cause principale. Et plus que jamais, je prends conscience d'étouffer dans cette bulle dans laquelle j'évolue depuis si longtemps. J'aimerais crier au monde que j'existe, que j'ai des choses à dire. Mais on ne modifie pas sa nature profonde du jour au lendemain ; sourire parait inapproprié sur mon visage, trop voyant, étrange, et j'ai du mal à respirer à la simple pensée d'attirer l'attention sur moi. Cette peur ridicule, sinon justifiée. Le rejet.

Désillusions
A
L'infini
Et au-delà.


Le caractère désert des couloirs contraste avec la forte luminosité ambiante. Alors que je pousse les portes de la salle de répétition, mon regard s'attarde sur les instruments poussés dans un coin, comme endormis – je me suis fait la promesse d'apprendre un jour. En attendant, je m’avance jusqu’au centre de cette pièce immense qui m’est tant familière. Les yeux fermés, assise en tailleur, mes doigts s'appliquent à nouer les ballerines à mes pieds. Elles sont moins jolies que celles de ma grand-mère, mais parfaitement à ma taille.

Sans même songer à m'échauffer, j’arque un premier bras au-dessus de ma tête avec une douceur peu habituelle, triste et lasse ; des petites paillettes de lumière viennent se loger au creux de mon pouce. Je fouille dans ma mémoire à la recherche d'une mélodie. Simple et douce, telle une étoffe faite de rêves s’étirant à l’infini. Des pas réguliers. Ils effleurent le sol mais progressivement, se dirigent vers le ciel sans que personne ne cherche à les retenir. J'imagine si bien cet escalier invisible pour les pas égarés... il m'invite à aller chercher toujours plus loin et haut, à étirer mon corps dans l’espace.

Se laisser
Porter,
Emporter ?


J’enchaine les sauts, tournoie, roule au sol. Je ne serai jamais faite pour la danse, je n'aimerai jamais m'entraîner ni reproduire chaque jour les mêmes mouvements. *Troisième position, quatrième* J'aime ce sport, c'est tout. Je vis pour lui et pour chaque moment passé à me dépasser sans but précis. Néanmoins... la passion n'empêche pas d'exécuter un demi-tour de trop, pas plus que de perdre l'équilibre ou de s'effondrer lamentablement sur le sol.

« AHEURGHAAÏA ! »

Ma cheville me fait l'effet de se casser en deux. Très élégamment.

Et voici, j'espère que ce début te convient :cute:

Avatar réalisé par ~ en commun avec ~ l'incroyable Eugène Harlow. "Laissez passer les queen !"

Dismantle + PV F.L.
Felicia
Treize ans — âge maudit entre tous
Aux aurores de septembre 45


Sur une jolie Danse


Septembre noie mes idées dans la brume, vaste grisaille dans laquelle je m'écoule sans un mot. La torpeur de l'été quitte l'azur dans les remous de l’École, mais dans les lointaines sphères de ma conscience se perd une étrange lenteur, douce monotonie devançant l'équinoxe. Le jour cédera bientôt sa place à l'obscurité victorieuse, sans ambages ; l'Obscurité implacable que je retrouve partout, derrière toute chose et surtout sous le feu de la lumière, l'Obscurité mère regagnera bientôt ses pénates, ici. L'équilibre entre les deux puissances contraires se perçoit dans l'air, quelque part dans un entre-deux de l'atmosphère, un léger quelque chose qui m'enveloppe d'une tiède certitude, une promesse de l'Automne apportée par sa mélancolie. Bientôt le monde se plongera tout entier dans ces contrées reculées de la Nuit, là où Silence et Immobilité règnent seuls, en maîtres.
Ce sont eux, ces deux virtuoses de l'hiver, qui m'ont réveillée en cette aurore rouge de vie. Ils agitaient mes cauchemars, et c'est l'envie de fuir cet état statufié, toujours, qui m'a arrachée à mes draps à l'aube — me guider dans les couloirs encore déserts du château.

Mon cœur s'ouvre sous la pression du désir, presque un besoin irrépressible que mes pas tentent d'assouvir en allant, de plus en plus vite. La musique me tend la main, de l'autre côté d'un précipice. Mes pas, ma danse seront mon pont ; ma passerelle de transition. Le rythme dérange mes pensées, les secoue pour y laisser le désordre, et la sublimation. Une aubade à ce Jour, une jolie mélopée entraine mes songes dans sa valse ; je m'y abandonne, mes pieds foulent le sol de pierre au travers des étages, mes bottines frappent le sol en cadence. Je suis attirée par la salle des Répétitions, dont le nom fut bien mal choisi — à mon avis. Jamais la vraie Musique ne connait de réitérations ; chaque note diffère encore de toutes celles qui ont précédées, chaque timbre possède sa propre sonorité, inégalée ; chaque portée possède sa propre Hymne. La Musique ne peut être renouvelée, car elle n'agit que dans l'instant.
J'aime lorsque les notes parcourent l'instrument, s'en échappent pour s'en aller consteller l'air d'une toile invisible et multicolore d'émotions, pour percuter les corps et bousculer les sensations. Le pouvoir du Son est infini.
Inestimable.

Ces réflexions atteignent mon élan, accélèrent mon allure. Je contourne le dernier angle de mon chemin, tournoyant sur mes empreintes, le cœur frémissant de la hâte de poser les mains sur mon instrument et d'y faire courir les doigts, d'y poser mes lèvres pour produire mon Chant ; la hâte de vivre un peu plus fort.
Les nuages de mon esprit s'écartent sur un adagio venteux de Haydn, qui résonne au fond de mes oreilles, transperçant toute barrière de peau pour retentir jusque loin dans mon âme.
Si loin que
je pourrais

m'envoler ?


La partition que j'ai si souvent parcourue du regard — elle qui m'accompagne encore aujourd'hui, au coin de ma tête, et soigneusement pliée dans le sac que je porte à mon épaule —, j'aime la réentendre, l'écouter sans un bruit, la murmurer dans mon esprit. Chacune de ses notes est mon amie, et je me remémore chacune d'elle comme l'une des traces d'un passé à moitié effacé ; elles qui m'ont suivies depuis un si long tempo ; elles qui ont voyagé, entre les vieux vinyles remisés dans la poussière par ma mère, dans le grenier de Glasgow, jusqu'aux feuillets de mes cahiers de solfège, froissés, cornés et abîmés par mes doigts, pour les premiers sons de ma flûte traversière. Elles m'ont suivies comme un ancrage à la terre, sans jamais me lâcher.
Alors ces notes, je me les repasse sans cesse, souvent sans y penser ; je les connais par cœur, maintenant, je les arpente comme un chemin toujours emprunté, depuis la nuit des temps.

Et pourtant mélodie se transforme en écho, bientôt — j'ai perdu le fil, oublié la clé de la partition. Vide. Panique.
Je recourbe mes doigts vers le plafond, tentant désespérément de rattraper la mesure suivante avant qu'elle ne s'évapore. Je l'ai sur le bout de la conscience, je le sais, et ce retardement, cette Pause imprévue m'enfonce dans un soupir délétère. Je cherche, attendant que la portée m'atteigne, et je fin—

Chut[e]

Un cri.

« AHEURGHAAÏA ! »

Mes oreilles saignent. Sans prévision, l'orchestre a déraillé ; *adieu* à mes songes harmoniques. Ô douce assasymphonie, dis moi qui est l'Artisan.e de ton odieuse existence ?
Je m'approche du cri, en boitant. Le rythme est cassé — mes envies aussi. La fausse note a gâché l'ensemble ; je m'en vais invectiver l'instigatrice du désastre. Car, oui, c'est une fille.
Une fille Rouge.
Rouge de par son uniforme, et par ses cheveux, flamboyantes boucles rousses. Je la connais ?
Qu'importe. Son nom ne me viendra qu'après, lorsque j'aurais parlé, délivré mon opinion captive sur elle, pour que, peut-être, elle comprenne. Pour qu'elle sache que faire exploser le silence, ce n'est pas un délit. C'est un crime.
Ayant atteint sa basse hauteur — qui sait quelle incongrue idée l'a poussée à s'y laisser tomber ? —, je me penche vers elle pour lui parler, les yeux dans les siens — qu'elle a fort beaux, par ailleurs.

Ça va pas d'empêcher les gens de penser, à cette heure ?

Les autres mènent d'étranges raisonnements, parfois.


Je suis confuse, sincèrement, pour cet immense retard, @Ella Davis <3
J'ose espérer que ce Pas saura me faire pardonner :cute:
L'extravagance de cette enfant ne cessera pas de sitôt de m'étonner, en passant !

évanaissance