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6 oct. 2021, 18:47
 Ailes  En–Roue{t}
L’eau a cédé au sable ; c’est arrivé si lentement pour une transition si soudaine. Elle érode la roche, la réduit en poussière ; mais voilà que de rivage le désert s’est étalé. De débit coulant son cours est devenu l’abrasive chute des grains. La cassante sécheresse a tout envahi. Aride. Aride d’esprit. Aride d’émotions. Où est passé l’eau chantante d’hier ? Échappée, les contractions de la déshydratation accablent. Pour une terrible soif. Le fruit desséché n’attend que le retour de ses eaux.

Retour. Nous voulons la même, celle d’avant. Pourquoi ; nous n’en connaissons pas d’autre. Nous voulions si fort oublier, sauter ces écluses qui nous ont volé par cubes entiers notre essence, revenir là où le débit était vivace. Nous refusons le changement qui s’impose à nous. Cette nouvelle version qui s’immisce ne nous ressemble pas, elle aurait été impossible. Si nous effacions ces affreuses roches qui nous ont tari, nous retrouverions le chemin avant qu’il ne s’escarpe. Un vœu si absurde ne pouvait être cristallisé impulsivement, alors nous avions demandé conseil. Redeviendrons-nous nous-même en suivant la division ? Et si l’attraction était inévitable, ce à quoi nous étions destiné à tendre, peu importent les détours ? Lorsque nous lui avons dit ce à quoi nous aspirions, elle a répondu que les seuls souvenirs n’étaient pas l’identité. Que si nous avions été asséché, alors en oublier l’origine ne fera pas disparaître cette soif insatiable. Nous nous sentirions incomplet, serions frappé du même malaise ; mais inexplicable. Ce serait nous arracher une partie qui nous appartient. Nos oreilles ont écouté, nos pensées se bousculaient. Comment ne pas devenir ce en quoi la vie nous transforme ? Comment dire ‘non’ à ces nouveaux nous qui s’imposent ? Que faire si nous ne devrions pas faire marche arrière, si l’enfance nous est bannie ? N’y a-t-il que l’avant ? Les pas en avant, non l’avant du passé. Que nous reste-t-il, si ce n’est les sources inconnues ? Absorber un flux qui n’est nôtre, n’est-ce pas ce que nous redoutons ? Une imprégnation indélébile, mais notre eau s’est entièrement évaporée. Quelque part parmi les nuages chargés qui nous bordent ? Voilà qui nous rassure… à peine. Attendons-nous la Pluie ?

Renaissance. Tel est le Cycle de l’eau qui revient après sa fuite. Non ! Point de retour ; qui renaît ainsi notre Astre. Ne serait-ce qu’une nouvelle Lune ; l’espoir dès lors permis ? Les phases se traversent toutes sans se sauter. Quelle mémoire est gravée au plus profond lorsque nous décidons de refaire surface comme une page vierge ? Cela en vaut-il la peine si les stades se répètent inlassablement… Nous ne comptons pas mener une existence de disque rayé ; au contraire. À nous le pouvoir de le graver, de contrôler le tracé de chacune de ses rainures. Ôtons l’empire des hantises qui distordent un esprit percé, assassinons les rémanences entravantes. Goûtons désormais le Monde comme si nous en découvrions seulement chacune de ses saveurs ; dissipons le rêche qui mit nos Sens à l’agonie. Nous ne pouvons nier les siphons car ils sont les Charybde et Scylla du prochain portail. Les occulter serait renoncer à le franchir alors que nous en brûlons. Elle avait raison, fragmenté nous aurions erré sans but dans le désert, toujours plus cassant. Le combat de Rê prend tout son sens ; pour reparaître, terrassons le démon qui œuvre à notre disparition. Si nous souhaitons naître à nouveau, intact des échos antérieurs ; cherchons le passage vers Hjúki Anastase, den Mond aspirant à la légèreté et à l’envol papillonnant. Où es-tu ? Où s’est perdu notre Νοῦς ? Le poison de l’inertie l’a entravé. S’il n’est d’antidote ; qu’il devienne par la métamorphose qui sommeille notre élixir.

L’aridité nous pousse à vaguer sur les lits sablonneux trop peu portants en traînant une soif insatisfaite. Porté néanmoins jusqu’au port battu de bourrasques marines, où la pierre ne cédera pas de sitôt aux flammèches aqueuses. Là, l’eau attend-elle ? À la jetée, nous patientions.

*...de sa Souffrance nacquit sa Haine...*