{ Le Voyage Immobile } ++

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« La littérature, comme toute forme d'art, est l'aveu que la vie ne suffit pas. »
Fernando Pessoa, Fragments d'un voyage immobile

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Hannah, 13 ans
19 Septembre 2046 [Après-midi]
Couloirs, Poudlard


La lecture me transporte ; loin, très loin. Vers des rivages inexploités, dénués de personnes autres que les acteurs de l'histoire. Quel prodige ! Là, je vole aux gré des Vents de Fernando Pessoa et de ses hétéronymes. Je me sens légère comme une colombe, je vole peut-être avec le poète, loin de la banalité de la routine. Les autres élèves, autour de moi n'existent pas ; existé-je à leurs yeux ? Je ne pense pas. Et je m'en moque allègrement. Je suis bientôt plus livre que l'ouvrage entre mes mains. C'est cela, être transportée. C'est comme si, fantôme à la silhouette humaine, j'avais traversé les vieilles pages de la Fenêtre, pour rejoindre le Monde poétique que peint Pessoa.

Je me reconnais en cet homme. Hermétique et chaleureux. Heureux et triste. Symboliste. Ambivalent. Spirituel. Je me reconnais en lui, et je me demande si le Temps de met pas en liaison certaines Âmes. Suis-je un Fragment de l'Âme de Pessoa ? J'aurais aimé, doux Merlin, posséder en moi un Fragment baudelairien, j'espère que c'est le cas ; si ma théorie est juste. Mais au fond, sa véracité m'importe assez peu. Ce qui compte, c'est le vide que j'arrive — parfois — à combler à l'aide de mes lectures. Elles guident, elles sont le prisme par lequel mes pensées observent le Monde. Ainsi, cela m'évite les réflexions pénibles qui viennent facilement lorsque j'attends quelque part sans rien faire.

Je suis assise dans le couloir du quatrième étage. C'est celui que je préfère ; des fois, j'entends les instruments de la salle de répétition. Et quand mes oreilles captent ces sons harmonieux, cela me rappelle cette nuit sublime passée avec une inconnue. Ma mémoire accueille ce souvenir les bras ouverts ; je me souviens de chaque instant. Je me dis que j'ai eu raison d'enfreindre le couvre-feu ce soir là. Le Bonheur était à mon côté. Ce moment restera parmi mes souvenirs pendant très longtemps, j'en suis persuadée.

Je pose quelques instants mon livre sur le sol — un marque page au creux de ses entrailles — pour jeter mon regard vers les quelques élèves qui arpentent le couloir. Je m'amuse à les comparer, à cerner quelles sont leurs infimes différences — car ce sont des Semblables, après tout. Les uns sont pressés ; les autres parlent entre eux, rient, s'ouvrent au monde. Les uns sont plongés dans une lecture que je devine passionnante — ceux-ci sont relativement rares, j'en compte un de temps à autre — ; les autres gesticulent dans tous les sens pour faire rire leurs acolytes. Il en est des pathétiques, il en est des potentiellement intéressants. Ils vont et viennent sans cesse ; Poudlard comporte des flux important de déchets.

Non, finalement, cette activité ne me convient pas du tout. Je vais plutôt reprendre ma lecture. Je me saisis du livre — un cadeau de mes parents — et je me replonge dans ses mots délicieux. Là, c'est à nouveau l'extase. J'attrape au fond de ma poche gibecière une Plume et une feuille. Je pose cette dernière, délicatement, sur mes jambes à moitié dépliées. Et je notes toutes les citations que je trouve dans l'ouvrage ; il y en a beaucoup. Énormément, même. Celle-ci me plais beaucoup : « Je ne me soucie pas de rimes. Il est rare que deux arbres l'un à côté de l'autre soient égaux ». Je suis entièrement d'accord avec lui. D'ailleurs, quand j'écris des poèmes, il est très rare que j'utilise des rimes. Des poèmes.

L'envie me prend soudain d'en écrire ; je n'attends pas, j'y vais. Je sais ce que je vais écrire. Il est rare que je sois optimiste, ma Plume est sombre. Cependant, il arrive qu'elle s'éclaire à la lueur d'une autre Plume ; c'est le cas aujourd'hui. Je me sens pleine de Lumière. J'étais monstre, me voilà Phare ; belle métamorphose ! Je glisse ma Plume au creux de ma paume, le contact est agréable. Et j'écris.

Face à l'Immensité de la Masse
Je tombe...


Non. Trop sombre, encore.

Je vois par la vitre de mes pensées, le soleil de sa plume, la Lune de son Cœur.

Voilà qui est mieux.

Plume de @James Crowley

Résurgence

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Il était 16h et la journée se termina au sein de l'établissement. Ce fut une journée riche en rebondissement intellectuellement parlant mais aussi extrêmement exténuante. Ce genre de journée très fatigante me mettent le cœur en joie. Toute la fatigue sommeillant en moi me fit beaucoup de bien. En effet, cela me permettait de me dire que j'avais très bien travaillé et que je méritait un bon repos. Je sortis donc de la salle de cours joyeux qu'une si belle journée prit fin.

En sortant de la salle de cours, j'arriva dans le couloir. Ce lieu était empli de monde à chaque moment de la journée. C'était un lieu assez charismatique de l'école empli de joie, de peine, de doutes et de colère. Dans les murs de cette partie de l'établissement, il y avait toute sorte d'élèves tous très différent. C'était l'endroit où la diversité de Poudlard se faisait le plus ressentir. Cet après-midi là, je vis une ravissante jeune demoiselle qui était assise dans le couloir. Dans sa main, elle tenait un livre. Je ne cerna pas distinctement le titre du livre mais je n'avais pas besoin de celui-ci. Pour tout dire, j'observa longuement la charmante jeune femme avec une grande attention. L'expression de son visage me permis de me dire qu'elle était heureuse. La jeune demoiselle était subjugué et obnubilé par sa lecture. Je me dis alors que cette lecture devait être passionnante et envoutante en regardant simplement l'expression du visage de la belle fille. Je la contempla et elle prit une plume et commença à écrire.


La curiosité ainsi que la l'admiration envers la lectrice m'obligèrent d'aller à sa rencontre. Je ressentais alors quelque chose de Toolkien et indescriptible pour la jolie lectrice. Ce n'était pas de l'amour, pas du tout mais de la sympathie pour une personne que je connaissait pas mais qui m'époustoufla par l'expression de son visage. Je décida alors de m'approcher de l'élégante jeune fille afin de m'intéresser à sa lecture. Je lui parla alors d'une voix déterminée et emplie de joie.



( James ) "-Bonjour. Je doute que l'on se connaisse alors je me présente James Crowley et je suis un élève de Gryffondor. Je viens à te rencontre car tu me paraît être une resplendissante demoiselle prise dans une lecture passionnante. Peux tu partager cette lecture en ma compagnie ? Accepte tu ma proposition ?


J'attendis alors patiemment la réponse de la divine jeune femme.


Reducio
@Hannah Hardhoke J'ai répondu au RPG. En espérant que ma réponse te plaise.

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S'il y a bien une chose que je déteste, c'est d'être coupée dans un moment où je suis seule, en tête-à-tête avec des Mots. J'ai horreur de ces perturbateurs qui troublent l'harmonie, l'ordre établi dans mon cerveau — et même lorsqu'il est en désordre, je n'aime pas être en compagnie des Semblables — lorsque j'ai besoin de faire le vide dans mon esprit. Je ne comprends pas pourquoi les gens ont cette intuition d'aller vers moi ; qui suis-je ? que puis-je leur apporter ? n'ai-je pas le droit à la tranquillité ? Ou alors c'est peut-être moi qui suis susceptible *non*, trop susceptible pour comprendre ceux que je nomme par un terme particulièrement représentatif de ce que je pense d'eux.

En tout cas, le garçon qui m'aborde connait l'Art de Déranger à merveille. Il en respecte toutes les conditions. Je suis tout de suite prise de mire face à cette arrivée brutale, et à ce flot de paroles que je hais tant. J'étais en train de démarrer une autre phrase poétique, sur ma lancée, et lui il a détruit mon semblant d'équilibre ; il a détruit mon château de cartes. Zeus. Il faut que je reste calme. Je ne dois pas m'énerver de trop, je ne dois pas lui cracher à la figure ce que je pense de son intrusion dans mon moment de calme — moment si rare que je me dois d'en profiter. Je ne dois pas lui balancer une injure que je vais regretter. Je ne dois pas laisser déborder mon mépris. Je soupire.

Je laisse donc quelques secondes pour ravaler ma rancœur et réfléchir à ce qu'il m'a dit — ce que je n'ai pas encore pris le temps de faire, trop prise au dépourvu pour songer à ce qu'il racontait. Et c'est étrange. J'ai l'impression que ce garçon n'est pas totalement comme les autres. Attention cependant : je n'irais pas jusqu'à dire qu'il est sympathique, qu'il ne me dérange pas tant que cela, etc. Mais sa manière de parler me surprend ; je ne sais pas si cela me plait ou non. Il semble venir tout droit du XVIème siècle et je crois que cette impression m'amuse un peu. Elle me fait oublier ma grimace née à cause du mot ravissante censé me qualifier. Je tiens en horreur ces Don Juan qui se croient gentilshommes avec leurs grandes tirades ; ils m'exaspèrent. Mais son côté *en décalage avec son temps* transforme ma grimace en sourire amusé.

« Bonjour... » dis-je d'une voix mi-gênée, mi-flottante.

Je ne sais pas vraiment quoi ajouter pour le moment car je ne sais pas du tout si je suis d'accord pour lui montrer ce que j'ai écrit. Après tout, je ne le connais pas. Qui eût cru que je me poserait un jour la question de savoir si je montrerais à un Semblable ce que j'écris ! Je suis vraiment partagée. Je glisse un rapide coup d’œil à mes quelques mots couchés sur papier. Ma foi ! Ceci ne me concerne pas vraiment. C'est un simple vers, une phrase jetée comme ça. En pensant cela, j'ai l'impression d'insulté la grande Poésie. Mais je crois que les balbutiements de ma Plume ne peuvent pas être associés à celle-ci. Ce ne sont aujourd'hui que des Mots quelconques. Je me décide finalement. Je vais lui montrer.

« Mh, d'accord. Ce n'est qu'une phrase pour le moment. »

Je le regarde droit dans les yeux pour lui faire comprendre qu'il bénéficie d'un privilège et non d'un droit et qu'il a bien de la chance d'avoir accédé à ce qui est malgré moi un fragment de mon — *c'est des conneries, ça*. Ah, je ne sais vraiment pas comment définir ce que j'écris. Quelle importance ? Mes Mots sont minuscules, l'Art n'est que Majuscules. Je me demande un instant si Baudelaire a un jour douté de son génie — et même s'il s'en est rendu compte un jour. Je ne connais pas sa biographie et je n'ai aucune envie de la connaître. Je préfère le découvrir par ses Mots, qui eux, sont Majuscules.

Je sors du carcan de mes pensées, je me lève et je tends ma feuille au garçon. Il a intérêt à filer droit, c'est moi qui le dis ; à ne pas tenter de m'appeler jeune fille par exemple.

Elle me surprend ; elle me plaît.

Résurgence