Contexte La Prison où mes Barreaux sont Nuages CO-ÉCRIT

.oOo.
[ CONTEXTE ]

Co-écrit avec la
Plume de Jacob Tramontane

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[ 20 MARS 2046 ]
Grande Salle, Table des Gryffondors, Poudlard
En soirée

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Charlie, 16 ans.
4ème Année


« Chuter sur le Ciel,
y déglinguant les Barreaux,
sur la main du Golem,
dansante en sang d’Encre,
bienvenue, bienvenue,
dans Notre forêt payenne »




Jacob
« Lilly ! »

Charlie
« JACOB ! »


Brouillard Suspendu


Les volutes d’images m’embrument, et je rampe à plat ventre pour ne pas m’asphyxier.
Pourtant, bordel, j’ai le cul bien vissé sur ce banc des Rouges aux fragrances de sang, m’enveloppant dans cette brume que j’évite en toussotant. *Lève-toi*. Je sais que je dois arrêter de ramper dans mes pensées, et accepter de vriller mes yeux autre part que vers ce haut, là où ma nuque est tordue ; mais je ne peux pas. Je sais tellement, mais je ne peux pas.
Je suis là, mais je suis surtout ailleurs. Je sais que je dois me lever, mais mes yeux sont tout ce que je suis en cet instant ; et personne n’a jamais vu d'yeux marcher, ou même se lever.
Et dans ce que je suis, là, face à moi, le visage tordu de Jacob dans ma brume. *Je… Jacob*. Il est juste en face de moi — tout là-bas — bien debout au milieu des Autres, la *jolie* rousse et les autres Autres sans intérêt.
Les volutes sont partout autour de nous, et elles nous empêchent de nous voir…
L’image de silhouettes aussi grosses que des troncs.
Des cachots à l’odeur terriblement vive dans mon être.
Des hurlements à s’en déchirer l’âme, s’effritant en quelques miettes d’eau sur les visages.
Des grimaces figées, aux allures d’absence sans retour, d’un aller sans présence.
Des armures aux orifices qui se toisent, en silence au milieu de la sépulture de l’espoir.
Les explosions de volonté et de puissance, balayant les espoirs des faibles comme de vieilles mouches à merde.
Et la pierre, des mots à la voix féminine, masculine, parfois les deux, parfois de pierre.

Couronnant le tout, le dernier regard-entendu que j’avais échangé avec Jacob est encore plaqué sur ma rétine, loin d’être un fantôme, sa consistance est bien plus réelle que tous les spectres du château. Un regard gorgé de confiance, presque d’insolence, un regard qui s’en allait cogner sur des murs s’il le fallait, à s’en fracasser les dents. Un regard qui fonce, un regard de Gryffon.
Mais, dans les prunelles de ce regard, il y avait autre-chose qui m’inquiétait, qui insistait à se plaquer contre moi. *L’mur*.
Je suis en recherche de cette autre-chose qui est pourtant collée à moi ; c’est comme chercher à voir ses propres yeux, il me faudrait un miroir ou peut-être un autre regard. Alors que défilent en furie les images de la brume mélangée entre nous. *Lève-toi*.
Je ne sais pas si je parle à lui, ou à moi.

L’espèce de mélange de silence aux rares aboiements de voix cassées est bizarre. Tout est en train de redescendre, tout est d’un coup un peu plus mou que la pierre figée. Les statues disparaissent un tout petit peu, occultées par ma rétine marquée. *Hhhhaa !*. Maintenant.
La faille est juste là.

Je m’arrache aux volutes brumeuses, envolées.

Et les paupières de Jacob disparaissent de ma vision cassée.

Je réintègre mon corps et mes sens.
Une toux m’arrache la gorge. Merde, ma respiration est juste une toux mal cadencée. *Nejma*. Mon crâne hurle de douleur, à cause de mon niveau de concentration terrible. J’attrape chaque détail, je le tords, le déconstruit et le morcèle jusqu’à en aspirer toute la moelle.
Et je tombe sur les cheveux mal lissés de Nejma, juste sur ma droite, avec sa nuque invisible, derrière son rideau de blondeur.

Debout, là, plantée sur la pierre du château, je pourrais avaler tout ce que mes yeux attrapent. Dont Nejma.

Je sens son regard à travers son crâne, ses orbites montées sur pistons, à la vivacité presque mécanique. Bordel, je sais que son regard n’a de mécanique que son apparence huilée et ses mouvements désaccordés, parce que ses yeux-tout-noirs sont bien plus que ce qu’ils renvoient. Les très rares fois où j’arrive à enfin le croiser sont comme des hurlements de secrets, parfois que j’envoie moi-même, sur sa fine pellicule aux reflets mouillés. Un regard enfoncé, de rongeur à taille humaine, de grandes billes sombres fuyantes, aussi scrutatrices qu’elles paraissent absentes.
Un mirage ; c’est ce que j’ai pensé d’elle la première fois. Mais un mirage ne peut pas cacher un monde entier, non ? Derrière ses palmiers illusoires et ses cocotiers, sous cette surface d’eau qui n’existe même pas, j’ai vu un monde dans l’entrebâillement de sa pupille engloutie de noir, un monde qui se cache de moi et d’elle-même. Ce monde, elle le vit, mais quand je l’ai vu, moi, j’ai eu l’impression de le vivre un peu, moi aussi.
*Qu’est-c’que j’regarde…*. Je regarde, donc je sais. Je la vois, donc elle me sait.
Le temps n’est plus.
Et dans ce moment d’intense concentration, j’ai l’impression de découvrir Nejma pour la première fois.
Mon regard crisse de son crâne blond jusqu’à la commissure de ses tout petits doigts qui s’agitent si vite sur son parchemin, si vite que j’en arrive à voir trois bouches sans lèvres, trois bouches de serpents formées par de fins espaces entre ses phalanges, qui s’agitent en chœur désarçonné. *Dé… *. Le temps se mord la queue.
Et je ne peux pas regarder ailleurs que ses commissures qui s’étirent encore, comme du chewing-gum qui a été mâché durant des années, à l’élasticité aussi courbée que l’horizon, et encore. Je n’avais jamais remarqué la souplesse de ses doigts, presque pianistique, tout comme je ne comprenais pas pourquoi ils gigotaient autant pour tenir une simple plume ; presque autant que je n’avais jamais su sa main être si spéciale, surtout en cet instant. *Bouge !*. Ksssss. Sa tête s’envole.
Ksssss.
Cette seconde est décapitée ; pour ne pas me laisser accrocher par celle-d’après.

Le temps m’éclabousse la gueule.

*Vite*. Mon regard s’envole, et je me retrouve face à la trainée de brume, tout là-bas : Jacob arraché par le fond de la salle — tout mon corps s’agite pour faire un unique pas en arrière, et d’un geste presque habitué, je tapote l’épaule de Nejma sans la regarder, lui signifiant que je ne suis pas loin — et elle le sait — mais qu’il faut surtout partir, vite, s’en aller avant que tous les Autres se mettent à aboyer plus fort en bouchant les boyaux du château.



oOo

Quelques minutes plus tard, dans la Nuit, sur la face d’un toit presque droit




Silence.
Juste, silence.
Assises ici, moi et Nejma, sur les paumes d’une nuit ressemblante à tant d’autres que l’on avait passée, je pourrais presque croire que tout est normal. Que la brume aux volutes arc-en-ciel — mais surtout de Rouge, rouge — n’existe pas.
Face à nous, c’est la même clarté banale de la nuit, mi-éclairée par les rares lumières du château, mi-phosphorescente par l’effort d’une lune timide. Et mes fesses écrasent le même toit presque plat du couloir qui relie les deux tours de l’école ; un toit recouvert d’une grande esplanade de tuiles, à croire qu’elles sont infinies par ici… Ouais, je me croirais invincible juste ici. *’l’dos d’une luciole*. Et la même pensée qui revient à chaque fois.
Le château me donne l’impression d’être assise sur une énorme luciole comme monture ; une luciole timide, à la lueur faible, et aussi lente qu’une tortue paresseuse. Même le grattage frénétique de la plume de Nejma sur son parchemin est identique. Presque rassurant.
Ça ne devrait pas pourtant, son grattage donne l’impression qu’elle a une haine meurtrière envers le pauvre support qui n’a rien demandé. *Bon Dieu…*. Presque rassurant, ouais, presque.
Mon cou transporte mon regard vers la Serdaigle. *J…*
Tout a l’air tellement normal…

*J’ai pas envie…*. Mais c’est un énorme mensonge. Sous mes yeux, plein de faits me prouvent le contraire.
Cette nuit est tout sauf banale.
Nejma appuie beaucoup trop fort sur son parchemin, si bien qu’elle y a fait plusieurs trous. Et elle déteste les trous.
Aussi, elle tremble un peu trop fort pour que ça soit uniquement à cause du froid. *’fais pas si froid qu’ça en vrai…*. Elle a toujours été beaucoup plus frileuse que moi, mais le fossé qui sépare nos ressentis en ce moment est trop grand ; il est aussi énorme que la distance entre nos corps est faible.
Je sais qu’elle déteste être près de moi, elle prend toujours soin de s’éloigner d’au moins un mètre.
Pas cette nuit-ci.
Elle est tellement proche que je pourrais presque entendre son cœur battre, si sa plume ne faisait pas autant de bordel. *Vingt centimètres ?*. Il n’y a aucun vent cette nuit. *Quinze centimètres ?*.
D’un coup, le grattage s’arrête.

Son bras se lève brusquement très haut, avant de descendre tout aussi vite, fracassant sa plume contre les tuiles.
Bon Dieu.
Pourtant, je ne réagis même pas ; que ça soit face à cette brusquerie, ou face à la mort ridicule de sa plume.
Son autre bras en profite pour jeter le parchemin plein de ratures et de trous, qui s’écroule avec encore plus de ridicule que sa plume.

Là, je me vois me jeter en avant pour rattraper son brouillon inutilisable, juste avant qu’il ne se casse la gueule en contrebas ; pourtant, je ne bouge pas d’un seul pouce. Je ne fais rien à part observer.
L’observer elle et sa colère ; avec son regard qui ne vient jamais vers le mien, mais qui m’offre souvent de ses trainées.
Comme ces petites scintillances qui s’écrasent contre la gravité, là, face à mon propre regard. Je n’ai pas accès à ses prunelles, mais je reçois souvent ses larmes en cadeau. C’est le pire cadeau. C’est du poison en briques. Bordel.
Moi, je n’ai pas envie de pleurer ; mais c’est quand je vois ses larmes couler que ça me donne presque envie de chialer. Pourtant, je n’en fais rien, parce que je ne pleure pas, moi.
Jamais.
Jamais.
Ja-mais.

Alors je la fixe en silence, sans détourner les yeux, pendant qu’elle pleure dans le mutisme de la nuit, dans la couverture glacée qui nous entoure. Les animaux aussi ont fermé leurs gueules, pas d’oiseaux ni de criquets aujourd’hui. J’ai juste droit à une mélodie de sanglots désaccordée, voilà, je sais que c’est tout ce que j’aurais aujourd’hui. Rien de moins, mais peut-être un peu plus ; la nuit est encore longue, tout peut très vite arriver.
Bordel, Nejma a raison au final, il caille un peu cette nuit. *’foutue cape…*.
Et les scintillances pleines de reflets continuent de tomber de son visage baissé, absorbées par ses habits.

Je reste quelques secondes comme ça, sans rien faire. Je la regarde comme si je n’étais pas là, comme un spectre qui constate des choses qui se déroulent devant ses yeux, sans vouloir intervenir au risque de gâcher quelque-chose.
Mais moi je sais, alors que les spectres ne savent pas. Je sais très bien que quand Nejma commence à pleurer, elle en a pour un bon moment. Bordel. Même mes pensées sont éteintes. Je n’ai pas envie de réfléchir. Pas envie de penser. Pas envie de ressentir. Pas envie d’être tout court.
Cette nuit, je Suis la nuit, et puis c’est tout. Rien d’autre… Sinon…

Bordel…

Jacob… *Rrhhhhrr*. Comme une machine — non. Non. C’est pire. Comme un orchestre de fumée qui explose d’un coup, et qui grandit dans mon crâne, avec sa brume et ses volutes aux notes d’images ! Foutes images de merde ! Et les pierres qui amènent un souvenir bizarre ! Là-bas, mon père qui me répète que tout ce qui est moins dur que la pierre, on le bouffe ! Bordel ! Jacob s’est fait bouffer la gueule !
Mon poing se serre, je le sens grincer dans ma paume.
Stop.
*Casse-toi*.

D’un coup, je lève mon bras droit pour l’enrouler autour du corps de Nejma, avalant les derniers petits centimètres qui nous séparaient. Son petit buste se pose durement contre le mien, et j’en profite pour arranger ma cape pour la couvrir elle aussi.
Plic. Le poids presque insignifiant de sa larme tombe comme un paquebot sur ma robe, son écho résonne sur toute ma peau. *’horrible*. Plic. Une autre. Ploc. Encore ! *’merde !*.
Ses larmes qui tombent sur moi me mettent foutrement mal à l’aise.
Je ne l’avais jamais prise contre moi pendant qu’elle pleurait. Elle déteste que je la touche, et c’est bien pire avec les Autres. *Bordel !*. Je sens ses bras se poser très maladroitement autour de ma taille, me bloquant encore plus dans sa prison de larmes.
‘Dieu.
Je ne me sens pas bien.
C’est horrible.
J’ai envie de sauter derrière le parchemin qu’elle avait balancé, pour enfin sentir de l’air frapper contre mon visage.
Mon Friselune est juste à côté de moi, je pourrais le faire…
Ma poitrine est contractée.

Pourtant…
Pourtant, je ne fais rien de plus que la tenir contre moi ; détournant les yeux vers l’horizon, tout là-bas, avec ses nuages mouillés. Je ne dois pas agir.
Ni réfléchir.
Ni penser.
Ni…
Rien du tout.
Même si je me sens mal, même si j’ai envie de casser des gueules. *Non*. Non.

C’est la merde…

Non. Je dois me taire. Surtout ne pas parler.

Enfin pas tellement… mais… c’est un peu la merde, ouais...

Ça doit sortir, sinon je vais exploser ?
Et si j’explose, est-ce que Nejma va arrêter de chialer comme une FOUTUE TRAÎNÉE DE M *ARRÊTE !*.

Silence.
Mais la nuit babille.
Silence ; mais si la nuit babille, j’ai le droit de gueuler, non ?
Ouais, j’ai le droit de rouler à travers les dédales de la montagne en babillant !
Je vais montrer à cette foutue nuit que je peux être bien pi…

J… je… en… en fait…

Sa voix mouillée. Elle glisse — non ! Elle surfe sur la montagne avec ses foutues larmes ! « Désolée… ». *Et tu t’excuses en plus ?!*. Ça veut dire que je dois pardonner quelque-chose ou quoi ?! *Non, juste faut qu’tu fermes ta gueule Nejma*.

T’inquiètes, ça va s’faire.

Notre plan ne s’arrêtera pas, comme une composition, il faut continuer à faire danser mes doigts pour que la partition soit ; même si je ne connais plus la suite, même si j’ai oublié comment articuler mes yeux sur la grande fresque magique, même si mon improvis…

C’est ton « t’inquiètes » qui m’inquiète.

*De ?*. Sa voix est beaucoup moins mouillée, mais je sais qu’elle n’a pas fini de chialer, elle a besoin de temps.

Ta gueule.

Et si on la fermait pour aujourd’hui ?

Hein ?

Tu veux bien, Nejma ?

Ta gueule un peu.

Une seconde.
Deux secondes.
Et le silence qui s’ensuit, qui s’enfile comme des perles de larmes, avec les siennes qui sont en train de mouiller ma robe depuis beaucoup trop longtemps.
Bordel, je suis tellement fatiguée, mais je sais que je ne pourrais pas dormir.

Tu casses les couilles.

*Bien*. Je vais lui laisser le dernier mot, puisqu’elle le veut tant, puisqu’elle est décidée à me faire chier tout me chialant dessus.

J’sais princesse.

Arrête ça.

*Voilà*. C’est bon.
Et contre toute attente, elle me serre encore plus fort avec ses petits bras maladroits. *Mais…*. Elle me serre si fort que j’ai l’impression que c’est elle qui me tient contre elle, et plus l’inverse. *Tss…*.
Et là-bas, la nuit nous regarde en silence.
Bon Dieu, berce-nous sale nuit ! Berce ! Sale égoïste !
Berce, pour qu’on s’endorme sur ce toit jusqu’à ce que ton amoureuse-pleine-de-lumière nous réveille…



[font=Trebuchet MS]F I N[/font]

𝄞

« Bienvenue chez Toi »