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15 janv. 2022, 13:52
 Worcestershire  Arrêt sur image  recueil d'OS 
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Natanaël Bristyle
24 ans
(grand-frère d'Aelle)


Juillet 2046 — Troisième semaine
Domaine Bristyle — Worcestershire



Il était encore dans les escaliers lorsqu’il entendit leur voix. Aelle et Aodren étaient dans le salon et semblaient discuter de Poudlard. Le second était rentré il y a quelques heures à peine de ses vacances chez son ami Jace et au lieu de s’enfermer dans sa chambre, il avait décidé de tenir compagnie à leur jeune soeur. C’était étonnant que celle-ci ait accepté sa présence sans se plaindre alors qu’elle était censé travailler — comme toujours. Natanaël fit une pause dans les escaliers, juste avant d’atteindre le rez-de-chaussée, pour se réjouir de ce qui allait suivre. S’il ne pensait pas trouver ces deux-là sur son chemin, il était cependant ravit que les événements se déroulent de cette façon : il n’était pas malheureux à l’idée d’annoncer à son frère et à sa sœur l’endroit dans lequel il se rendait, endroit présumé interdit pour tous les autres membres de la famille.

Un sourire aux lèvres, le jeune homme fit interruption dans la salle à manger. Attablés l’un face à l’autre, des grimoires et des parchemins de toute sorte disposés devant la plus jeune, Aodren et Aelle se tournèrent vers lui en le voyant arriver. Si Aodren le salua, Aelle resta silencieuse. Il lui sourit mais elle n’exprima aucun plaisir à le voir là — Naël ne s’en formalisa pas, il était habitué à ce qu’Aelle ne soit se réjouisse de rien.

« Tu viens avec nous, Naël ? demanda Aodren d’une voix joyeuse. Aelle était en train de m’expliquer en quoi consistait son devoir de Métamorphose. J’ai déjà étudié ça l’an dernier, bien sûr, mais jamais de ce point de vue-là…
C’est parce que tu te contentais de suivre les consignes des professeurs, » énonça Aelle en retournant à son parchemin comme si elle était toute seule.

Natanaël se tendit, prêt à voir Aodren s’énerver comme il le faisait toujours, et à raison. Il fallait dire qu’Aelle était insupportable avec son ton condescendant et ses paroles intelligentes. Mais Aodren ne s’énerva ni ne releva le ton employé par leur sœur ; il acquiesça, commenta, sourit et Natanaël se fit la réflexion, pour la dixième fois depuis le début de l’été, que son frère était bel et bien devenu un homme, qu’il avait mûri et qu’il méritait amplement d’être considéré comme un adulte. Depuis qu’il était majeur et qu’il avait été diplômé de Poudlard, Aodren s’était transformé, était bien plus calme et moins prompt à se disputer pour un rien. Il faisait la fierté de la famille. Mais Natanaël n’avait aucunement envie de parler d’Aodren aujourd’hui. Il souhaitait, au fond de son petit coeur, que la conversation se dirige sur lui et seulement sur lui.

« Merci Ao, dit-il enfin, mais je peux pas venir, j’ai à faire… »

Il désigna du menton le chaudron plein de livres qu’il tenait à la main et au lieu d’énoncer clairement et simplement ce qu’il avait prévu de faire, il laissa sa phrase en suspend. Il ne lui fallut attendre que quelques secondes pour que la question tant attendue lui soit posée.

« Qu’est-ce que tu vas faire avec ça ? s’enquit son jeune frère, l’air curieux.
Si tu veux aller dans le laboratoire de maman, laisse tomber, intervient Aelle en lui jetant un regard en coin. Elle y est enfermée depuis ce matin et elle nous a dit qu’elle voulait pas être dérangée, qu’elle ne voulait pas nous voir. Comme d’hab’, quoi. »

Intérieurement, Natanaël remercia son frère et sa sœur d’avoir mené la conversation exactement là où il voulait qu’elle aille.

Il se grima un air gêné sur le visage, baissa les yeux, déposa son chaudron sur la table pour faire comme s’il avait le temps de passer un moment avec les deux plus jeunes et enfin avoua du bout des lèvres :

« C’est elle qui m’a demandé de la rejoindre… Elle veut qu’on bosse sur un truc, elle et moi. »

S’il avait l’air d’avouer, intérieurement il trépignait sur place. Il se sentait si grand, si important, si aimé ! Parmi tous ses frères et sœurs, malgré l’intelligence arrogante de Zakary, le calme et la tolérance de Narym, la vivacité d’Aodren et le génie d’Aelle, leur mère s’était tourné vers lui, c’est à lui qu’elle avait demandé son aide, c’est lui qu’elle avait autorisé à utiliser son laboratoire. Et surtout… Surtout, c’est lui qu’elle voulait voir aujourd’hui alors qu’elle avait dit à ses autres rejetons qu’elle n’avait pas envie de les voir traîner dans ses pattes. Le coeur de Natanaël se gonfla tellement d’amour et de fierté qu’il aurait pu en exploser.

Cerise sur le gâteau : la tronche que tira Aelle. Si Aodren était neutre, habitué à ne pas être compté dans les petits projets obscurs de sa mère qui ne l’intéressaient de toute manière pas, Aelle était clairement jalouse. Ses sourcils froncés et ses lèvres incurvées vers le bas voulaient tout dire. Natanaël retint à grande peine le sourire qui voulut lui étirer les lèvres. Oh, Merlin, qu’il était bon de faire ravaler sa fierté à sa sœur ! Elle se vantait à longueur de temps, mettait en avant sa fabuleuse intelligence, elle passait des heures à discuter avec leur mère de sujets trop complexes pour que quiconque comprenne. Elle prenait toute la place à inquiéter le monde avec son comportement d’enfant à problèmes, on ne parlait toujours que d’elle. C’était jouissif de la voir réduite à éprouver cette jalousie dévorante.

Et oui, aurait aimé dire Natanaël, maman a envie de passer du temps avec moi, parce que c’est moi qui serai médicomage, c’est moi qui partage sa passion, pas toi. C’est avec moi qu’elle veut partager ses connaissances et passer du temps, ça t’en bouche un coin, pas vrai ? Il aurait aimé mais il se retint. Natanaël était peut-être vantard et jaloux mais il n’en était pas arrogant pour autant.

Aelle se dandina sur sa chaise, hocha la tête, haussa un peu les épaules pour faire croire que cela lui passait par-dessus la tête, ce que ne crut personne, et demanda enfin du bout des lèvres :

« Vous allez bosser sur quoi ?
Oh, je ne peux rien dire, se désola Natanaël qui n’était absolument pas désolé. C’est à propos d’un dossier de l’hôpital, tu sais…
Ah, oui, je vois. »

Aodren regardait l’un, puis l’autre, peut-être se demandait-il s’il avait bien compris ce qui était en train de se passer devant lui ; Natanaël était-il réellement en train de rendre Aelle jalouse et Aelle était-elle véritablement en train de lutter contre sa curiosité maladive ? Peut-être avait-il compris mais il garda le silence, prouvant encore une fois qu’il avait grandit et mûri. Natanaël échangea un regard avec lui, lui sourit avant d’en revenir à sa sœur qui avait de nouveau baissé les yeux sur sa plume qui griffonnait maladroitement sur son parchemin.

« On doit travailler sur une potion mais je ne sais pas trop exactement. Tu connais maman, elle fait des recherches diverses et variées, elle doit toujours approfondir le sujet à fond.
Oui, je sais bien, se contenta de dire Aelle.
Comme on fait le même métier, c’est normal qu’elle me demande à moi... » parce qu’elle me préfère « … parce qu’on a les même connaissance et… » elle préfère travailler avec moi qu’avec toi, elle me l’a même sous-entendu un jour « … ça lui donne une autre vision des problèmes qu’elle peut rencontrer. »

Natanaël n’était pas idiot. Il avait compris depuis toujours comment atteindre le coeur d’Arya Bristyle. Si Aelle pouvait la conquérir assez aisément, toute intelligente et passionnée qu’elle était — et puis elles se ressemblaient tant, ces deux-là ! — c’était plus difficile pour ses fils. Chacun à leur façon, ils avaient cherché à se rapprocher de cette femme qui ne se laissait pas atteindre, pas même par ses propres enfants. Pour Natanaël, c’était évident. Il devait partager ses passions. Il croyait si fort à cette idée qu’un jour tout s’était mélangé dans sa tête et il avait finit par croire que la médicomagie était sa passion, sa passion à lui, choisit tout seul, comme un grand, parce qu’il aimait ça et surtout pas parce que cela le rapprochait de sa maman. Et si, maintenant adulte, il avait décidé de postuler pour intégrer le même service que sa mère à l’hôpital, c’était pour lui, par pour elle. N’est-ce pas ?

Aelle leva la tête et Natanaël plongea dans son regard. Ils s’affrontèrent ainsi en silence, la jalousie et la rancœur palpable chez elle et la fierté et la vantardise cachés au fond de son coeur à lui.

« Tu devrais y aller, répondit enfin Aelle sans cacher sa colère (ou en essayant très mal), elle doit t’attendre.
Tu nous rejoins en fin de journée ? lui demanda un Aodren souriant, sans doute désireux d’apaiser l’ambiance. On voulait faire une partie de cartes explosives, hein Aelle ? T’es toujours ok ? »

Ladite Aelle pinça des lèvres. Natanaël crut qu’elle ne répondrait jamais mais elle finit par hocher la tête, un petit « oui » glacial au bord des lèvres. Puis Aodren leva un regard remplit d’espoir sur lui et Natanaël sourit, heureux que son frère souhaite passer du temps avec lui.

« Avec plaisir, oui ! À tout à l’heure ! »

Il emporta son chaudron et, du pas de celui qui se savait important, il traversa la pièce pour se rendre au sous-sol où se trouvait le laboratoire de sa mère. Il s’en voulut un peu, le temps d’une fraction de seconde, de se sentir si important à l’idée de passer du temps avec elle, de se réjouir que la femme agisse différemment avec lui qu’avec ses autres enfants, mais cela lui passa bien vite. De toute façon, ce qui se cachait dans son coeur ne pouvait pas le rendre honteux, non ?

*Observe le manteau de neige, songeuse*

16 janv. 2022, 13:51
 Worcestershire  Arrêt sur image  recueil d'OS 
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Arya Bristyle
54 ans
Mère d'Aelle


Fin juillet 2046
Domaine Bristyle — Worcestershire



La femme posait un regard perplexe sur les trois hommes qui s’amusaient à s’envoyer plus ou moins violemment un ballon à l’aide de leur baguette magique. Ils gloussaient comme des enfants à chaque Repulso ou Accio, leur hilarité sans doute davantage impulsée par les verres de Whisky Pur Feu qu’ils avaient vidé que par un réel amusement. C’est du moins ce que se disait Arya qui ne comprenait pas comment Lounis, Narym et Zaraky, respectivement âgés de quarante-et-un, trente-deux et trente ans, pouvaient s’amuser de la sorte.

La femme avala une gorgée brûlante d’alcool. Elle ne savait pas exactement ce qu’il y avait dans son verre mais n’y accordait guère d’importance. Elle buvait autant pour se désaltérer que pour oublier où elle était.

Autour d’elle, des discussions de toutes sortes. Près de la table recouverte de victuailles, Aodren et ses deux amis braillaient en se goinfrant. Installé sur des chaises parsemé dans le jardin, le reste des invités discutait en faisant des allers-retours vers la nourriture, un sourire aux lèvres.

Comme chaque année, Arya fêtait son anniversaire en même temps que celui de ses deux fils, Narym et Zakary. Tous les membres de la famille invitaient des amis et c’était l’occasion pour tout le monde de se retrouver et de passer un bon moment ensemble — c'était en tout cas le but de l'affaire, mais Arya détestait ces civilités et ces retrouvailles dans les effusions et les cris. Elle avait l’impression de perdre son temps et le perdait effectivement. Elle tourna les yeux vers Gontag, en pleine discussion avec Zile ; l’homme croisa son regard et Arya lui signifia son ennui en levant les yeux au ciel. Sur la demande expresse de son mari qui avait insisté pour qu’elle aussi invite ses amis, la femme avait convié son collègue de travail à la petite sauterie. Résultat : ni Gontag ni elle n’était vraiment à l’aise aujourd’hui, le premier parce qu’il était évidemment gênée de se trouver en présence du mari de la femme dont il était amoureux et la seconde parce qu’elle détestait les repas de famille et que son travail lui manquait déjà.

Qu’elle tourne la tête à droite ou à gauche, Arya était entourée par des invités. Et ci et là, des membres de sa propre famille. Il y avait quelques visages inconnus dans cette foule, ce qui était assez étrange vu que n’avaient été invités que les plus proches amis ou collèges des Bristyle. Cet homme qui lui souriait était-il un collègue de Zile ou de Narym ? Il lui semblait l’avoir déjà vu mais elle était incapable de se souvenir où et quand. Il fallait dire qu’Arya ne portait pas assez d’intérêt aux autres pour retenir leur faciès ou pire encore, leur prénom. Des inconnus, donc, qui lui pesaient sur le système. Les doigts serrés autour de son verre, elle résistait à l’envie de transplaner, de disparaître très loin d’ici pour ne plus sentir sur elle le poids de tous ces regards. Non pas qu'Arya n’appréciait pas être au centre de l’attention, mais elle avait besoin, désespéramment besoin d’être seule, de souffler, de laisser tomber le masque mi-ravi mi-béat qu’elle affichait depuis le début de la journée.

Elle était fatiguée de devoir échanger des banalités et se montrer intéressée par ces gens qui ne l’intéressaient pas. Elle aimerait bien pouvoir réfléchir sur le cas complexe qui l’avait retenue à l’hôpital jusque tard hier soir et qui la verrait revenir très tôt demain matin… Mais non, elle ne pouvait pas parce qu’à chaque fois qu’elle faisait un pas, un abruti venait la dérang…

« Ma chérie, tu ne veux pas te joindre à nous ? » lui demanda justement Zile, dressé sur sa chaise pour attirer son attention.

Arya tomba dans le joli regard de son mari. Sa bouche se fendit en un sourire attendrit même si à l’intérieur elle songeait : *laisse-moi tranquille*. Pour une fois, elle se retint d’avouer cela tout haut. S’ils organisaient cette mascarade tous les ans, c’était pour lui. C’est lui qui avait désespéramment besoin de se sentir entouré, certainement pour combler l’immense vide laissé par les moins que rien qui lui servaient de géniteurs qu’il n’avait pas revu depuis des décennies — et que dire de sa sœur, tout juste bonne à faire la pochtronne et à s’amuser du moindre événement… Inviter tous ces gens une fois l’année donnait l’impression à Zile Bristyle d’être entouré et comblé — Arya ne pouvait guère lui en vouloir, c’est donc pour cela qu’elle tint sa langue et se contenta d’indiquer la maison du menton :

« Merci, mais non. Je vais… » *qu’inventer pour disparaître quelques secondes sans que quiconque ne se sente le devoir de venir me chercher ?*. « … Je reviens, je dois passer à l’étage. »

Passer à l’étage, c’était la façon qu’avaient trouvé les Bristyle de dire qu’ils allaient aux toilettes sans le dire puisqu’apparemment, et Arya se demandait encore pourquoi, il était malvenu d’annoncer à voix haute que l’on avait envie de se soulager lorsque l’on accueillait des invités. Zile compris et lui adressa un regard en coin. « D’accord, à tout de suite » semblaient dire ses yeux. À ses côtés, Gontag la regardait silencieusement mais Arya le connaissait suffisamment pour savoir qu’il avait hâte qu’elle le sauve de cette discussion dont il n’arrivait pas à se dépêtrer. Ce que ne comptait évidemment pas faire Arya.

La femme déposa son verre sur la table, grimaça un sourire à Natanaël quand il passa près d’elle pour aller rejoindre ses grands-frères et se glissa dans la maison, retrouvant avec soulagement la quiétude du silence et la fraîcheur de l’intérieur.

En arrivant dans la cuisine, Arya abandonna définitivement son immonde masque et laissa s’exprimer sa lassitude en poussant un immense soupir. Elle se massa les yeux du bout des doigts et alla s’adosser au plan de travail.

En rouvrant les yeux après quelques secondes, la femme sursauta en tombant dans le regard sombre et quelque peu amusé de sa fille. Aelle était assise à côté de l’évier, les jambes pendant dans le vide, et la regardait avec curiosité — Arya se demanda comment elle avait pu la manquer en arrivant. Elles se jugèrent silencieusement avant que la plus âgée ne se décide à prendre la parole :

« Toi aussi tu cherchais un peu de calme ?
Ouais, avoua Aelle du bout des lèvres. Y’en a de partout. »

Elle faisait évidemment référence aux invités qu’elle ne semblait pas plus que sa mère porter dans son coeur. Avant que le grand jour n’arrive, Arya était allée voir sa fille sur demande de son mari et lui avait demandé si elle voulait inviter ses amis pour passer la journée ou même le week-end si elle en éprouvait l’envie. Aelle avait semblé réfléchir sérieusement à la question, c'était une première, mais avait finalement donné une réponse négative, sous-entendant qu’elle n’avait personne à inviter, ce qu’avait accepté sans un commentaire sa mère. Quand elle l’avait dit à Zile, il avait évidemment voulu en savoir davantage.

« Mais elle doit bien avoir des amis, non ? Et Thalia, alors ? Et cette fille dont nous a parlé Aodren ? Ewen… Ewilen...
Elowen ? avait proposé Arya qui se souvenait, Merlin savait comment, du prénom de la supposée amie de sa fille.
Oui, Elowen ! Elle ne veut pas l’inviter ? Et il nous a aussi dit qu’elle traînait avec un garçon…
Elle a dit qu’elle ne voulait inviter personne, avait conclu Arya, alors elle n’invitera personne. »

Son mari avait tiré la tronche, ce qui avait laissé Arya de marbre qui avait rapidement oublié toute cette histoire. Elle s’en rappelait maintenant qu’elle faisait face à sa petite fille, plus si petite que ça, qui détestait comme elle tout ce qui ressemblait à une fête.

Elle songea un instant à disparaître à l’étage, puisqu’elle ce qu’elle recherchait en venant ici était la solitude, mais elle ne put s’y résoudre. Pas alors qu’elle pouvait passer un petit moment privilégié avec Aelle. C’était si rare. La femme s’installa donc plus confortablement et se hissa, sous le regard étonné de la plus jeune, sur le plan de travail en face d’elle. Elle observa Aelle, un sourire au coin des lèvres.

« On est mieux ici, dit-elle enfin. Je ne sais pas pourquoi nous continuons d’inviter autant de personnes chaque année.
Parce que les autres aiment ça ? proposa Aelle.
Certainement, acquiesça sa mère. À mon plus grand désarroi.
Et au mien…, » renchérit l’enfant après un instant de silence.

La mère et la fille échangèrent un sourire avant que le silence ne reprenne son droit.

Les yeux dans le vague, Arya ne songeait à rien du tout. Elle se ressourçait, et essayait de le faire rapidement, avant de devoir retourner avec ses invités. N’était-elle pas, après tout, la reine de la journée ou quelque chose dans ce goût-là ? Mais en attendant elle était ici, avec Aelle, et profitait du silence qu'elles aimaient toutes les deux.

Les deux discutaient de temps en temps, toujours à propos de sujets complexes et profonds, le genre qui ennuyait le reste de la famille. Elles parlaient de magie, d'histoire et des difficultés qu'elles pouvaient rencontrer dans leurs recherches personnelles. Elles avaient toutes les deux cet esprit et cette analyse chirurgicale de la connaissance et du savoir, et pouvaient passer des heures à approfondir un sujet, s'apportant mutuellement des réponses et des pistes de recherche supplémentaires. Aelle était une excellente élève, intelligente et futée, une parfaite partenaire de discussion mais pour le reste elle était un peu une mauvaise enfant. Arya n'arrivait pas à la considérer comme ses fils, à comprendre comment elle fonctionnait. Ses garçons étaient des êtres simples, soumis à leurs émotions et aux aléas de leur petite vie. Mais Aelle lui ressemblait bien trop pour qu'Arya soit parfaitement à l'aise avec elle : froide, distante, repoussant ses émotions pour se concentrer sur les faits. Plus sa fille grandissait, plus Arya se reconnaissait en elle, dans son attitude. Et elle crèverait plutôt que de l'avouer mais cela lui faisait peur. Elle avait conscience d'être particulièrement détestable la plupart du temps. Si Aelle n'avait pas la chance de trouver son Zile, elle finirait seule — Arya avait beau être insupportable et désespéramment fière et bornée, elle savait néanmoins que sans son mari, sans une maison chaude et agréable à retrouver tous les soirs, son esprit sombrerait dans des gouffres peu reluisants. Elle ne souhaitait pas cela pour sa fille. Mais que pouvait-elle faire ? C'était à Zile de gérer ce genre de choses, à Zile de faire en sorte que leur fille s'ouvre. Elle, elle ne savait pas faire et ne saurait jamais faire — surtout, elle n'avait pas envie de faire alors elle ne faisait pas. Mais tout de même, parfois elle était inquiète en regardant Aelle qui lui ressemblait tant. Puis elle retournait au travail et elle oubliait cette inquiétude — après tout, n'était-ce pas le but ?

« Je vais y retourner, » annonça Arya à contre coeur au bout de quelques minutes à discuter de choses et d'autre.

Pourtant, elle ne bougea pas, pas plus qu'Aelle qui ne répondit pas.

« Tu m'accompagnes ? proposa enfin la plus âgée. Nous pourrions peut-être continuer notre discussion de la dernière fois, qu'en dis-tu ?
Mais j'suis sûre qu'Zak va insister pour que je joue avec lui... T'sais il m'a déjà demandé une fois, grimaça Aelle en refusant à demi-mot sa proposition. C'est pour ça que je me suis réfugiée ici.
Je lui dirai d'aller s'occuper tout seul si tu le désires. Je serai ta protectrice et toi la mienne, d'accord ? » Un fin sourire amusé étira les lèvres d'Arya. « Ainsi, nous pourrons traverser cette foule d'invités sans encombre. »

Réticente, Aelle finit tout de même par accepter et la suivit à l'extérieur, au plus grand bonheur d'Arya qui n'avait aucune envie d'affronter cette agitation toute seule. Si tout allait bien, le reste de la journée passera rapidement et elle pourra retrouver le train-train familier et intense de sa vie quotidienne.

*Observe le manteau de neige, songeuse*

23 janv. 2022, 20:44
 Worcestershire  Arrêt sur image  recueil d'OS 
Zile Bristyle
54 ans
Père d'Aelle


Début août 2046
Domaine Bristyle — Worcestershire



Ce n’était pas essentiel qu’Aelle participe au déjeuner. Après tout, aucun de ses frères n’était présent aujourd’hui ; ils se retrouvaient à trois. Le repas serait rapidement, expéditif même puisqu’Arya était fort occupée dans son laboratoire et qu’Aelle avait toujours une quantité incroyable de projets en court qui ne pouvaient, semble-t-il, survivre une heure ou deux sans sa présence. Il n’était donc pas essentiel qu’elle se réveille pour venir à table avec eux. Pourtant, Zile grimpa les trois étages qui le séparaient de sa fille, bien décidé à la sortir du lit pour qu’elle les rejoigne. Si ce n’était certes pas essentiel, c’était important pour lui. Après tout, Aelle n’avait que seize ans, elle avait besoin d’un cadre, de limites et se lever à treize heures, vacances ou non, n’était pas une raison suffisante pour manquer un repas, n’est-ce pas ? Oui, Zile se confortait dans ces idées-là en grimpant les marches d’un air déterminé, persuadé d’agir au mieux, au plus juste, d’être un bon père, un père juste et raisonnable.

Arrivé au second étage, il grimpa l’échelle menant à l’ancien grenier, chambre de sa fille depuis seize ans, et poussa la trappe. La pièce était plongée dans l’obscurité. Calme, silencieuse, le seul bruit provenait du lit dont l’homme s’approcha doucement. Quand il aperçut sa petite fille roulée en boule entre les draps, la bouche ouverte et les cheveux formant un halo autour de sa tête, un sourire ému lui étira les lèvres. C’est à ce moment précis qu’il accepta la vérité telle qu’elle était : il n’en avait absolument rien à faire qu’Aelle se lève pour déjeuner ou non. La seule chose qu’il souhaitait c’était passer un moment avec son enfant et il n’avait aucune envie d’attendre une heure de plus que sa fille daigne se lever. Bon sang, n’était-il pas debout depuis l’aube ? Cela faisait des heures qu’il tournait dans la maison, tantôt dans son bureau à s’occuper de quelques commandes de livres tantôt dans le salon pour ranger la pièce laissée en bazar la veille au soir. C’est à peine s’il avait aperçu sa femme qui était partie s’enfermer dans son laboratoire dès qu’elle avait mis un pied hors du lit. Ce n’est pas tant qu’il se sentait seul, non, pas tellement. Seulement qu’il avait envie de voir sa famille, de passer un moment avec elle. Narym et Zak étaient chez eux, c’est normal qu’ils soient absents ; Natanaël était parti tôt ce matin et ne reviendrait que tard ce soir ; quant à Aodren, il avait passé la nuit chez un ami. Ne restait qu’Aelle. C’était tout à fait normal qu’il souhaite profiter de sa fille.

Fort de ces pensées, Zile repoussa ses remords et se pencha sur sa fille pour la réveiller. Merlin, ce qu’elle était attendrissante ! Il se rappelait d’elle, toute petite. Quand il venait la réveiller de la sorte, elle souriait avec toutes ses dents et se jetait dans ses bras.

« Aelle ? chuchota l’homme. Il faut se réveiller. »

Il se retint à grande peine de l’appeler ma puce, comme avant. Il savait qu’il y avait des limites et appeler sa fille de seize ans ma puce en était une à ne pas dépasser. Même si parfois, il ne se gênait pas pour le faire, juste pour voir son petit air agacé qu’il avait appris à aimer avec les années.

« Aelle ? »

Elle remua, un peu. Grogna, beaucoup. Et enfin se retourna vers lui, ouvrant ses yeux gonflés sur le monde. Zile lui offrit un doux sourire. Il avait beau être père depuis plus de trente ans, il ne pouvait s’empêcher d’être émue à chaque fois qu’il posait ses yeux sur l’un de ses enfants. Quelle réussite ! quelle fierté ! Le coeur de l’homme gonflait dans sa poitrine, comme seul pouvait se gonfler le coeur d’un père.

« Putain, p’pa…, grommela Aelle en enfouissant la tête sous la couverture. T’es sérieux, là ? »

Zile cligna des yeux, arraché à ses rêveries par l’impolitesse de l’enfant *l’ado*. Il pensa la rappeler à l’ordre mais se retint. C’était le matin *treize heures, tout de même*, elle était fatiguée *elle n’avait qu’à se coucher plus tôt* et surtout, surtout il n’avait pas envie de se disputer avec sa fille. Non, c’était une belle journée, il rêvait d’un moment entre père et fille, comme avant, quand ils passaient des heures à discuter dans la bibliothèque.

Rassuré, le père se contenta de sourire et s’accroupit près du lit d’Aelle. Il aperçut près de l’oreiller une boule de poils bleus qui dressait le museau vers lui. Zile sourit à Zikomo qui, bien plus poli que sa compagne humaine, le salua dans un long et bruyant bâillement.

« On t’attend pour déjeuner, ma… Aelle, » insista Zile en posant une main sur l’épaule de la jeune fille.

Brutalement, cette dernière s’arracha de l’étreinte de son père. Père qui avait fort bien perçut le grognement agacé de sa fille et qui se prit, tout à coup, la réalité en pleine tête — elle était aussi désagréable qu’une claque : Aelle allait sur ses dix-sept ans et n’avait absolument aucune envie de passer du temps avec lui, et surtout pas au réveil, s’il-vous-plait.

Zile se redressa, une boule dans la gorge, articula quelques mots en direction de sa fille qui avait tout intérêt à être levée dans le quart d’heure qui suivait si elle ne voulait pas être privé de… Bah, il trouverait bien. Il la laissa à son lit non sans avoir ouvert les rideaux d’un coup de baguette magique avant de quitter la pièce.

Il redescendit lourdement les escaliers. Une vilaine chose grimpait dans son coeur. Un sentiment tout à fait détestable. Une émotion qui l’empêchait de respirer convenablement et qui lui faisait mal au poumon. C’était violent et douloureux. Cela faisait très longtemps que Zile ne s’était pas senti aussi seul.

Évidemment, ce n’était pas la première fois qu’il ressentait cela. Il y a des années, quand Narym l’avait repoussé de la sorte pour la première fois, l’homme avait cru mourir. Son garçon, son premier garçon, celui qui était si doux, si câlin, le repoussait comme s’il n’était qu’un inconnu. Le rejet de son enfant, tout aussi motivé par l’adolescence soit-il, donnait à Zile l’impression qu’on lui arrachait le coeur, qu’on le lui labourait à coups de couteau, qu’on le piétinait avec violence. À chaque fois, avec chacun de ses enfants, il avait cru que sa vie s’arrêtait. Qu’était-il, désormais, si son enfant n’avait plus besoin de lui comme lui en avait besoin ? Qu’allait-il devenir s’il n’avait plus à s’occuper de ses fils, de sa fille ? Zile se sentait démuni, perdu, totalement à la ramasse et persistait dans son coeur cette impression qu’il perdait un enfant à chaque fois qu’il en voyait un grandir. Avec Aelle, c’était différent encore. C’était sa fille, son unique fille. La petite dernière. Après Aelle, il n’y avait plus d’enfant. Plus de câlin, plus de rire, plus de petites jambes qui couraient à toute allure vers lui pour se jeter dans ses bras. Après Aelle, il n’y avait plus personne qui avait besoin de lui. Et ça, ça fichait un coup à Zile.

Arrivé dans le salon, l’homme se laissa tomber dans un fauteuil, abattu par la douloureuse prise de conscience que sa petite fille n’était plus une petite fille.

« Qu’est-ce que tu as ? »

La voix lui fit relever la tête. Tiens, Arya était remontée de son laboratoire. Installée à table, il lui était passé devant sans même l’apercevoir. Une dizaine de feuilles étaient étalées devant elle. Elle avait la tête tournée vers lui mais Zile voyait bien que son attention ne lui était pas totalement accordée.

« Rien, fit-il d’une voix douce.
Ne perds pas ton temps à me mentir, Zile, insista la femme d’une voix agacée. Je sais reconnaître quand quelque chose ne va pas. »

Ledit Zile grimaça au ton de sa femme, pourtant habitué à ce qu’elle ne prenne pas de pincettes, que ce soit avec lui ou n’importe qui d’autre. Il souleva les épaules, incertain, avant d’avouer du bout des lèvres.

« Aelle n’était pas contente que je vienne la réveiller.
Elle a vu l’heure qu’il était ? Peu importe qu’elle soit contente ou non.
Non mais je veux dire… Elle était mécontente de me voir. Peu importe l’heure. »

Son regard croisa celui circonspect de son épouse. Et alors ? se disait-elle. Zile n’avait pas le courage de lui expliquer ce qui rendait son coeur aussi lourd, ce matin. Il savait bien qu’elle n’était pas du genre à s’émouvoir de ce genre de choses, elle. De toute façon, elle n’avait jamais apprécié autant que lui serrer ses enfants dans ses bras — c’était quelque chose qui l’avait dérangé au tout début, avant qu’il comprenne qu’elle était faite ainsi et que cela n’enlevait rien à l’amour qu’elle avait pour sa progéniture.

« J’ai juste posé une main sur son épaule, une seule main ! Et elle s’est décalée comme si ce contact l’avait brûlé. Merlin, je suis son père ! se révolta tout à coup Zile. Parce qu’elle a seize ans, je devrais accepter qu’elle ne veuille plus de moi ? De toute façon, elle ne me dit plus rien. Elle ne nous dit plus rien. Tu as remarqué ? On ne sait même pas ce qu’il se passe à Poudlard pour elle, on ne sait rien, je ne sais même pas où elle en est avec Thalia. Ma propre fille ! Je ne sais même pas si elle est encore amoureuse ou non ! Et là, au début de l'été, elle se pointe avec une inconnue et l'embrasse ! L'embrasse, Arya ! Une fille dont on ne connait même pas le prénom !
Elowen, indiqua Arya du bout des lèvres.
Oui, Elowen, grinça Zile que la colère rendait boudeur. Tu avais déjà entendu son prénom avant, toi ? Parce que moi non, je ne savais pas que ma petite fille était... Qu'elle était en couple... »

Sa fille, son sang, sa chair ! Il l’avait vu grandir, il lui avait appris à marcher, à se tenir debout toute seule, à devenir indépendante, à parler, à regarder le monde avec bienveillance, il lui avait inculqué des valeurs, il la connaissait par coeur, connaissait le moindre de ses goûts, pouvait deviner d’un regard ce qu’il se passait dans sa tête, était capable de savoir avec précision ce qui lui ferait plaisir ou non. Et maintenant ? Maintenant quand il la regardait, il avait l’impression de voir une inconnue. Quel cadeau lui plairait plus que tout ? avec qui passait-elle tout son temps à Poudlard ? Quel était son plat préféré ? Et au déjeuner, que prenait-elle ? Buvait-elle encore du thé comme elle aimait tant le faire avant ? Et sa couleur préférée, hein ? Et le livre qui était tous les soir à son chevet ? Et son écriture, son écriture avait-elle changée ? Écoutait-elle la musique ? Si oui, quel groupe ? Quel genre ? Combien de temps par jour ?

Zile avait besoin de tout savoir, d’être au courant de tout. C’était un besoin viscéral. Il voulait avoir une réponse quand il demandait : « Dis-moi à quoi tu penses ». Dis-moi à quoi tu penses, je veux savoir ce qu’il se passe dans ta tête, je veux comprendre. « Ça ne te regarde pas », voilà ce que lui avait répondu Aelle la dernière fois qu'il le lui avait demandé. Cela ne le regardait pas, vraiment ? Mais il était son père ! Il était compréhensif et gentil, il ne portait aucun jugement, jamais, à propos de rien. Ses enfants pouvaient lui parler de tout, absolument tout. Zakary lui partageait sa vie intime sans aucune honte ; Narym étalait ses sentiments devant lui, ses larmes même, sans en rougir ; Natanaël parlait de sa peur de l’échec et de ses craintes concernant l’avenir avec une sincérité touchante ; Aodren, lui, parlait de tout, tout le temps, avec tout le monde, et d’ailleurs aucun mystère n’avait jamais été fait à propos de son histoire amoureuse avec Quétrilla. Zile demandait, posait des questions, insistait et la plupart du temps, ses fils lui parlaient, disaient la vérité, lui dévoilait la couleur de leurs pensées et de leurs émotions. Mais Aelle ? Aelle ne laissait rien paraître. Elle ne lâchait jamais une seule information. Elle était comme sa mère. Sa mère avait rendu fou Zile, au début de leur relation. « Parle-moi », « dis-moi ce que tu ressens », « à quoi tu penses ? » et plus il posait des questions, plus elle s’éloignait, Arya. Elle ne disait jamais rien. Cela n’avait pas changé, Zile avait seulement appris à lire sa femme, à la comprendre sans qu’elle ne parle, à deviner ses états-d’âme en analysant ses comportements.

Parviendrait-il à un tel résultat avec sa fille ? Ou resterait-elle toujours une inconnue pour lui ? Merlin, il ne le supporterait pas. Il avait l’impression de perdre une partie entière de lui.

« Tu ne vas pas pleurer, quand même ? »

Zile se prit la question de sa femme en pleine face. Il cligna des yeux et tourna la tête vers elle, essouflé, ayant déjà oublié tous les mots qui venaient pourtant de sortir de sa bouche. Arya posait sur lui un regard sévère.

« Elle a seize ans, Zile. Tu m’as fait le coup avec tous les enfants. Ça va aller, laisse-la grandir. Ce n’est pas parce qu’elle te repousse au réveil alors qu’elle a certainement dormi moins de quatre heures cette nuit que ça signifie qu’elle ne t’aime pas, affirma la femme, les sourcils froncés et le ton dur. Tu m’as fait la même scène avec les garçons, je pensais qu’avec Aelle tu te souviendrais qu’il ne faut pas s’inquiéter. C’est une adolescente, Zile. »

Tant de moquerie concentrée en un seul mot. Comme si cela résolvait tout. C’est une adolescente alors on peut accepter qu’elle soit impolie, méchante et insensible. C’est une adolescente, alors c’est normal qu’elle ne veuille plus voir ses parents. C’est une adolescente alors c’est compréhensible qu’elle reste enfermée dans sa chambre toute la journée et qu’elle ne fasse pas entendre le son de sa voix. C’est une adolescente alors c’est normal qu’elle ne se jette plus dans tes bras, Zile, c’est normal qu’elle ne te partage plus la moindre de ses pensées, qu’elle ne te confie pas ses sentiments, qu’elle ne te parle pas.
C’est une adolescente, Zile.

« De toute façon, Aelle n’a jamais été du genre à être caline avec toi ou à tout te confier. Et elle ne le sera jamais, conclut Arya comme si ça lui plaisait particulièrement d’enfoncer un petit peu plus le poignard qui faisait déjà saigner le coeur de son mari. L’âge n’arrangera pas ça. »

Alors voilà donc où il en était. L’homme était bien obligé d’accepter que sa fille ne veuille plus de lui mais que ce n’était pas si grave que cela. Il devait l’accepter. Ne pas s’en offusquer. Ne point en souffrir. Et ne pas oublier, surtout, que l’adolescence n’était pas un état permanent — Aelle finirait par en sortir et alors elle cesserait de le repousser, n’est-ce pas ?

*Observe le manteau de neige, songeuse*