Madame Miller

Le 28 décembre 2046,
Devant la maison des Miller,
Le hameau dans la forêt de Cambridge

@Cinead Reid


Madame Irma est un de ses clichés qu'ont les moldus sur les sorciers. Ils imaginent que les voyants sont toutes des voyantes avec de longs cheveux bouclés et un visage pâle, des breloques autour du cou et surtout une boule de cristal entre les mains. Madame Miller connaît l'origine de ce préjugé et bien que la vérité soit toute autre, la regarder pourrait être troublant. Bien que ses cheveux soient blancs, ils sont longs et ondulés dans son dos, ses robes larges ne sont pas bourgeoises et rafistolées par endroits, le temps a rendu sa peau blanchâtre et son cou est toujours paré d'une flopée de colliers de perles. On peut facilement comprendre les moldus.

Pourtant, la maison de Madame Miller ne ressemble pas aux roulottes dans lesquelles les moldus imaginent que les voyantes vivent. Non, c'est une maison que l'on pourrait presque qualifier de manoir. Elle n'est pas très grande, mais elle se dresse au milieu d'une petite clairière qu'elle occupe seule. C'est cette impossibilité de comparer avec son environnement qui lui donne des airs de manoir. Le lierre grimpant sur la façade et habillant le porche lui donne un air de maison bourgeoise. Eh bien oui, les maisons les plus bourgeoises ne sont-elles pas les plus anciennes ? La pierre apparente en témoigne.

Si on entre, ce 28 décembre, on trouve Madame Miller assise sur un grand fauteuil, des lunettes sur le bout du nez et un petit paquet de lettres dans la main. Elle lit attentivement son courrier, comme l'image que l'on se fait d'une parfaite bourgeoise tenant sa maison et sa vie sociale d'une main de maître.

Brusquement, elle se redresse. Sur son visage, les traits de la bourgeoisie se dissipent et elle ôte ses lunettes pour finir de les faire disparaître. Un large sourire prend place alors qu'elle se tourne vers le salon. Au pied d'une cheminée si grande que l'on peut facilement faire entrer une personne adulte, sur un tapis d'une autre époque, sont dispersées de grandes feuilles et un bouquin, au milieu desquels est couchée une fille. Ses cheveux noirs contrastent avec les parchemins jaunis sur lesquels elle est penchée. Si on s'approche, on peut lire "Apprendre le Gobelbabil".

Madame Miller se penche vers la fille en jetant sur elle un œil interrogateur. Non pas qu'elle ne sache pas ce que cette dernière étudie, celle-ci en parle depuis qu'elle est revenue de Poudlard.

« Adaline, t'intéresses-tu toujours à la divination ? »

Demande la vieille femme avec un éclair de malice dans le regard. La jeune fille, Adaline de son prénom, se lève d'un bond et dans son regard s'allume une étincelle du même acabit.

L'une et l'autre savent de quoi il s'agit. Elle ne lui dira pas qui est l'auteur ou l'autrice des lettres qu'elle a reçues avant qu'elle ne le découvre par elle-même. Le temps qui s'écoule entre cet instant précis et l'arrivée des invitées du petit cabinet divinatoire de Madame Miller est occupée par un rangement dudit cabinet. Situé au grenier, le cabinet est plongé dans l'obscurité. Adaline et sa grand-mère, la maîtresse des lieux, allument des bougies pour les disposer autour d'une table ronde, basse, aux contours presque flous. De part et d'autres de cette table sont disposés des coussins qui en font le tour. Un attirail de divination repose dans une grosse malle aux bordures dorées. Un encens est allumé alors qu'en bas, on s'agite.

Toutes les deux redescendent et, un sourire confiant pour la plus vieille, un sourire hésitant pour la plus jeune, se plantent devant la grande cheminée qui crépite. Les parchemins qui étaient plus tôt étendus sur le tapis ont été rangés sur la grande table qui borde les grandes baies vitrées encore plus à droite. La cheminée se met à crépiter.

Un grand brasier vert s'allume alors que, successivement, deux personnes apparaissent. L'une est une femme à l'allure très noble et toute aussi froide, l'autre est un garçon qui doit avoir l'âge d'Adaline. Et c'est en effet le cas, alors que l'on pourrait presque entendre battre le cœur de celle-ci tant il tambourine fort dans sa poitrine.

« Madame Reid, Mister Reid, soyez les bienvenus. »

Animagus renard polaire
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Madame Miller
Revenir à Drystone Walls n'était jamais une chose facile. Seul le souvenir de la mer toute proche m'insufflait un courage nécessaire pour ne pas rebrousser cheminée. La vie entre ces murs sombres ne m'évoquait qu'un lointain vestige du passé. Le temps, les objets et les âmes, tout y semblaient prisonniers, comme pris sous la couche d'une épaisse poussière. Le domaine historique des Reid avait suivi le même destin que son flamboyant patronyme avant de s'éteindre durablement dans l'austère réalité d'une époque révolue. Pour moi, Drystone Walls, c'était l'ennui.

Comme de coutume, je fus accueilli dans le Grand hall par Père portant sa mine de dignitaire comme un cache misère. Les retrouvailles, rigides et protocolaires, se finissaient par une prise de congés commandée par des affaires importantes. Je n'avais jamais su ce qui occupait tant Lachlaan Duncan Reid mais sans faillir ses prérogatives passaient par dessus de tout, si bien que les jours suivant, je ne le vis que lors du souper quand il daignait nous honorer de sa présence.

En réalité, tout ceci ne me gênait pas. Depuis mon entrée au Collège Poudlard, Père avait délégué mon éducation aux bons soins de mes enseignants. Je ne pouvais que le féliciter de ce choix qui m'affranchissait de la surveillance d'instructeurs plus sévères. Ainsi, le plus souvent, je passais mon séjour en compagnie de Mère, dont l'éclat perdu de ses yeux se ravivait imperceptiblement. Nous parlions peu et occupions notre temps à la lecture et aux promenades. Nos rares conversations tournaient autour du passé et de l'interprétation des évènements à venir. Elle et moi n'avions qu'une seule véritable chose en commun : notre attrait pour la Divination. Pourtant là où Mère cherchait des réponses à ses superstitions et les solutions à ses tourments, je m'attachais pour ma part à un tout autre angle d'attaque : comprendre le fonctionnement de cet art subtil et capricieux. Nos échanges sur la question n'aboutissaient donc souvent qu'à une conversation à sens unique. J'écoutais, le cœur meurtri, les divagations de Mère, un sourire complaisant sur le visage.

Ce ne fut qu'après le jour de noël qu'elle me fit part de son projet. Père s'étant absenté plusieurs jours pour de nouvelles obligations à Aberdeen, j'avais le sentiment qu'elle avait attendu ce départ pour me mettre dans la confidence. D'après ses dires, elle entretenait, depuis un mois, une correspondance des plus sérieuses avec une certaine Madame Miller, établie comme Divinatrice près de Cambridge. Une prise de rendez s'en était suivie et j'avais l'obligation formelle de l'accompagner.

Peu enchanté par la perspective, j'acceptais pourtant de bon grès. Avec le temps, j'avais appris à me méfier des relations que Mère entretenait dans ce domaine et y portais en général peu de crédit. Je me trouvais donc soulagé de ne pas la laisser seule en face d'une nouvelle gorgone attirée par l'argent et sa crédulité. Le rendez-vous était fixé pour le 28 décembre.

...


Nous y étions donc. Dans l'âtre du Grand hall, Mère parée d'une impeccable toilette me tient la main comme à l'époque où, enfant, elle refusait de me laisser voyager seul dans le réseau des cheminées magiques. C'était avec ce genre de geste que je lisais l'attachement maternel qu'elle n'avait jamais cessé de me porter. Et sur le moment, je ne peux m'empêcher de la trouver belle et de l'aimer quand d'une voix ferme, elle interrompt ma rêverie tout en me confirmant notre destination :

"Le Hameau. Forêt d'Alsan."

Les flammes vertes s'élèvent pour nous encercler et après quelques secondes le décor change. Nous débouchons dans ce qui s'avère être un salon cossu baigné de lumière. Une petite dame âgée, à la longue chevelure blanche nous accueille d'une voix douce et chaleureuse alors qu'à ses côtés, à ma grande surprise, je reconnais la petite silhouette d'Adaline. Si cette présence aussi inattendue que réjouissante me déstabilise, mes bonnes manières me retiennent d'intervenir et je ne laisse rien apparaître de mon étonnement.

"Chère Madame. Je suis ravie de faire votre connaissance." Puis, semblant remarquer la présence d'Adaline. "Oh, mais quelle charmante enfant. Comment vous nommez jeune fille ? "

@Adaline Macbeth

5ème année RP en 2047/2048

Madame Miller
C'est effectivement un garçon de l'âge de la petite-fille de Madame Miller qui est apparu aux côtés de cette femme qui n'est d'autre que sa mère. Plus qu'un simple camarade, c'est quelqu'un que l'une connait bien. Quelqu'un qui fait toujours battre son cœur aussi fort, et qu'elle ne sait pas si elle est contente de voir ou embarrassée qu'il en connaisse désormais tant sur elle. Le hameau n'est pas un endroit dont Adaline parle, bien qu'elle y pense souvent, c'est une espèce de sanctuaire pour elle.

Ce n'est pas le cas de Madame Miller qui utilise le hameau à des fins moins égoïstes. Elle n'a pas le souhait de garder cet endroit caché et tente de se faire une renommée parmi les sorciers qui vivent tout près mais pas seulement : Madame Reid et son fils viennent d'Ecosse pour qu'elle leur fasse découvrir son cabinet de divination et pour recevoir les conseils magiques qu'elle peut leur prodiguer. Cela étonne toujours sa petite-fille, qui ne comprend pas bien comment elle parvient à se faire un nom dans la communauté sorcière, du moins celle qui s'attache à l'art de la divination et qui s'intéresse aux conseils d'une sorcière qui n'a pas le don de double vue. C'est la seule chose qui manque à cette femme, songe souvent sa petite-fille, mais il ne faut pas oublier que l'expérience est une chose presque aussi précieuse que les prédispositions naturelles.

Madame Miller se redresse, après avoir courbé l'échine pour saluer ses invités. C'est une habitude qu'ont les bourgeois et que la divinatrice leur a emprunté, ils ne lui en voudront pas, mais cette habitude lui donne l'impression d'être l'une des leurs. A ses côtés, la jeune fille aux cheveux ébène se redresse aussi.

On peut toujours entendre son cœur battre, et il redouble d'intensité quand Madame Reid s'adresse à elle. Loin de se douter que ce soit possible, il semblait pourtant évident que cette invitée ferait cette preuve de politesse en demandant à l'enfant qui accompagne la divinatrice de se présenter. Alors, le cœur toujours battant, Adaline Macbeth articule un sourire poli et fixe son regard dans celui de Madame Reid, évitant de le laisser aller sur son fils, qu'elle a pourtant très envie de regarder.

« Je m'appelle Adaline, Madame. Je suis ravie de vous rencontrer. »

Répondit la jeune fille, en se penchant à nouveau, un peu moins bas cette fois-ci. Une fois sa réponse donnée et la politesse respectée, elle autorise ses yeux à tomber dans ceux du garçon qui accompagne Madame Reid, Cinead. C'est un nom qu'elle connaît bien et qui lui évoque assez de souvenirs pour la faire sourire timidement.

Madame Miller, qui n'est pas sotte, se rend bien compte que les deux jeunes gens se connaissent.

« Madame Reid, Mister Reid, merci d'être venus. »

Sa seconde intervention est aussi théâtrale que la première. Pourtant, son intention n'est pas de mettre au point une espèce de pièce de théâtre où les acteurs se meuvent les uns autour des autres. Non, elle souhaite seulement exprimer sa gratitude tout en se montrant aussi courtoise que possible, sans oublier d'intégrer chacun de ses invités.

Les présentations faites, les sourires échangés, Madame Miller prend le pas de faire avancer la conversation.

« Si vous voulez bien me suivre, mon cabinet de divination se trouve à l'étage. Nous allons pouvoir commencer la séance... »

Dit la vieille femme avant de se tourner vers la sortie. Le salon est une pièce plutôt longue qui, dans le fond, comprend un grand nombre de plantes et de bibliothèques auprès desquelles est posé le fauteuil sur lequel Madame Miller lisait ses correspondances. Le milieu de la pièce est exactement là où se trouvent les protagonistes, la grande cheminée, le vaste tapis, des canapés un peu plus en arrière. Et puis la pièce se termine vers l'avant, sur de grandes fenêtres vitrées qui donne sur la clairière, côté porche. D'un côté, une grande table de salle à manger, et de l'autre l'accès à un couloir. C'est dans cette direction que vont les bras de Madame Miller avant qu'elle ne s'avance.

A sa suite, Madame Reid. Adaline et Cinead se placent derrière les deux femmes et tous les quatre avancent jusque dans l'entrée. En face, on découvre une autre pièce. Plus lumineuse que la précédente, elle semble entièrement vitrée. Si on entre un peu plus dans la pièce, on découvre une grande cuisine. Sur le côté, la porte d'entrée. De l'autre côté, un grand escalier dont les marches sont recouvertes d'une moquette d'un bordeaux un peu passé.

« C'est par ici... »

Elle indique l'escalier d'une main qui ne tremble pas. Alors que tous s'attendent à la voir monter pour indiquer le chemin à ses invités, elle se tourne plutôt vers eux.

« Madame Reid, souhaitez vous que les enfants assistent à notre séance ? Personnellement, je n'y vois pas d'inconvénient, le choix est vôtre. »

Animagus renard polaire
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Madame Miller
Les manières de Mère ne m'étonnent plus. Je sais à quoi m'en tenir. Cette attention particulière pour Adaline, bien que sincère, possède une double finalité. Sous couvert de politesse, Mère satisfait sa curiosité naturelle tout en témoignant d'une honorable ouverture aux autres. Mais elle sert également à me faire part de son jugement en me désignant Adaline comme une jeune fille digne d'intérêt.
De là où je viens, ce genre d'artifice est monnaie courante. C'est le code qui consiste à relayer les gens d'une classe à une autre : les fréquentables et les sans intérêts. Mère n'y prend même plus garde. Pour elle, c'est normal. Pour moi, c'est un usage d'un autre temps que je condamne même si pour autant, Mère ne se trompe pas. Adaline est remarquable.

Je la regarde s'incliner habilement avant de réaliser à quel point notre rencontre ici me perturbe. Pour la première fois nos chemins se croisent hors du collège de Poudlard. Sans son uniforme, elle m'apparait plus jeune et les traits libérés de son visage se laissent parcourir sans aspérité, sous un nouveau jour, plus belle. Elle me sourit. Cela me trouble et ne parviens pas à juguler une étrange émotion, en rien semblable au calme que j'éprouve d'ordinaire en sa présence. Sans réaction et silencieux, je me contente d'avancer dans l'enfilade de Madame Miller et de Mère dont je fixe la nuque alors qu'une question se met à tourner en boucle.

Tant fait d'effort pour que je t'accompagne. Est ce que tout cela n'est qu'un simple hasard ?

"Madame, mon fils se passionne pour la Divination. Je suis sûre qu'il sera ravi d'assister à notre petite séance. Quand à votre Adaline, sa présence ne saurait être une gêne."

Je lève les yeux vers l'escalier et mon appréhension monte quand je songe aux révélations qui m'attendent.

5ème année RP en 2047/2048

Madame Miller
« Qu'il en soit ainsi ! »

Répond aussitôt Madame Miller. Son visage affiche un sourire qui semble dire que Madame Reid a pris la bonne décision, la décision qu'elle aurait choisi elle aussi, ou en tout cas la décision qui lui semble la plus sage. Elle ignorait que le fils de Madame Reid se passionne pour la Divination, mais elle sent que son énergie est déjà orientée vers l'étage. D'une pierre deux coups, la jeune fille aux cheveux d'ébène qui accompagne la divinatrice récupère cette information et semble l'intégrer lentement, son regard se pose sur le garçon à ses côtés, et elle se met à sourire. Un de ses sourires qui veulent dire quelque chose, bien qu'il soit difficile de savoir quoi.

« Très bien, veuillez me suivre... »

Sa voix prend une teinte un peu différente alors que son visage se tourne vers l'escalier. Elle commence à monter alors que toute la troupe se met en marche. Madame Reid prend rapidement sa place aux côtés de la vieille femme dans l'escalier alors que les deux enfants montent l'un à côté de l'autre derrière les deux femmes, à la manière d'une marche militaire que l'on aurait répété.

Une fois les huit pieds posés sur le premier pallier, qui semble également être le dernier, puisqu'il n'y a pas d'autre escalier apparent et que l'étage se compose simplement d'un couloir qui traverse la maison, avec des portes fermées de part et d'autre. L'ambiance du couloir est sombre, bien plus sombre qu'au rez-de-chaussée. On aperçoit une petite fenêtre à chaque bout du couloir, qui laisse voir de chaque côté les arbres qui entourent la maison.

Alors qu'on s'attend à voir s'ouvrir une porte, Madame Miller sort sa baguette de sa poche et l'agite avec le poignet, sans dire un mot. De la magie informulée dont tout sorcier fini par être capable dans sa propre maison, où tout lui obéit au doigt et à l'œil et où sa magie s'est étendue naturellement. Parfois, Madame Miller a le sentiment de n'avoir même pas besoin de sa baguette pour effectuer les tâches du quotidien ou pour faire apparaître cet escalier. Car en effet, le coup de baguette magique de la divinatrice fait apparaître un escalier qui, lentement, descend du plafond à quelques mètres sur sa gauche.

C'est comme cela que la maison de Madame Miller comporte un étage de plus.

L'escalier qui est apparu a une apparence rustique, n'a pas l'air très solide, n'est même pas joli, mais il a bien une qualité : faire monter les protagonistes jusque dans le salon de divination de l'hôte. Qui est déjà en train de s'y engager et, dans l'ordre, Madame Reid, Cinead Reid et Adaline Macbeth empruntent cet escalier.

La pièce que l'on découvre, bien qu'elle soit déjà connue par les habitantes de la maison, est sous les combles. Sa forme témoigne bien que l'on se trouve exactement sous le toit et les poutres qui traversent le plafond sont en fait la charpente de ladite maison. Mais l'ambiance n'est pas pesante ou poussiéreuse, la pièce est propre et, on ne sait comment, elle semble respirer. L'air pourrait être étouffant mais, cachée, de petites fenêtres s'ouvrent et se ferment toutes seules pour changer l'air. Elles resteront fermées pour la séance, par la volonté de leur créatrice et maîtresse, Madame Miller. Qui prend place autour d'une table basse au milieu de la pièce. La pièce n'est pas grande, elle n'occupe pas tous les combles, et si on est assez attentifs, on peut voir les séparations qui rapetissent la pièce. Un mur juste à droite de l'escalier et un autre à quelques mètres.

Le salon est intimiste, plongé dans une obscurité relative, éclairé à la lumière d'une douzaine de bougies dispersée ça-et-là.

« Je vous en prie, installez-vous... »

Dit la veille femme, avec la voix emprunte de mystère. Elle semble avoir troqué la casquette de maîtresse de maison pour celle de gourou divinatrice. Déjà assise, elle regarde ses invités et sa petite-fille prendre place autour de la table basse, s'asseoir sur les coussins qui sont précisément prévus pour leurs séants. Adaline prend place à côté de sa grand-mère et leurs deux invités s'asseyent en face.

« Bien, la séance va pouvoir véritablement commencer, si vous le voulez bien. »

Elle s'arrête une seconde, pour s'assurer de l'approbation de son invitée, qu'elle rechigne à appeler cliente mais qui, en effet, est une cliente de son cabinet de divination. On trouve d'ailleurs des éléments liées à cet art tout autour de la table, dans des étagères plus ou moins hautes, plus ou moins vitrées.

« Afin de choisir le moyen le plus approprié pour répondre à vos questions, je vais vous demander de me dire trois choses : quelle est la nature de vos questions, vos questions sont-elles formulées ou est-ce un thème qui vous questionnes, et quel est le nombre des questions ou des thèmes auxquelles vous aimeriez que je réponde. »

Animagus renard polaire
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Madame Miller
Tout comme ce séjour, la demeure de Madame Miller est pleine de surprises et je me prends à redouter celles encore à venir. Mère n'a surement pas mis en œuvre tout ceci dans le simple but d'entendre de sempiternelles balivernes. Son cercle habituel d'extralucides étant déjà établi, il y a fort à parier qu'elle soit ici pour entendre d'autres réponses. Mais qui l'a mis dans la confidence ? Cambridge est bien loin d'Aberdeen et ce n'est surement pas la clique qui l'entoure d'ordinaire qui a pu lui souffler l'existence d'un tel endroit.

D'ailleurs cet endroit, un "cabinet de divination" comme désigné plus tôt, est au demeurant un simple grenier aménagé, habilement dissimulé par un escalier secret, dans lequel règne une atmosphère bien différente des autres lieux de ma connaissance. L'espace de forme pyramidale s'agence autour d'une simple table basse et baigne dans les lumières vacillantes des bougies dont la cire chaude embaume légèrement la pièce. Contrairement aux arrières boutiques saturées d'encens, l'air ici est frais et respirable. Plus proche d'un boudoir, le lieu renferme bien une collection d'objets et ouvrages divinatoires mais leur présence discrète, soigneusement ordonnée sur les étagères ne ressemble en rien à l'habituel capharnaüm des amuseurs de foire. Un point commun avec Mrs Field.

Ici, le timbre de voix de Madame Miller devient différent et mystérieux mais la sobriété de son accueil tranche au regard de la grossière théâtralité des autres praticiens. Et pourtant, malgré cette bonne impression générale, je reste sur mes gardes. Mère n'a pas toujours eu le tact de choisir d'honnêtes sorciers et ses dernières expériences se sont révélées plus que calamiteuses.

Assis sur mon coussin, j'observe la pièce. Je sens le regard de la vieille dame se poser sur moi. Celui-ci n'a rien d'inquisiteur. Il est doux, pudique et glisse sur mon visage à la manière d'un voile de soie. Cette caresse, bienveillante, me tranquillise presqu'immédiatement et une partie de ma méfiance quitte mes épaules. Reportant mon regard sur Adaline, je me surprends alors à me sentir intimement rassuré par sa présence et esquisse enfin une réponse à ses sourires.

"Madame, comme je vous l'ai conté, notre présence ici réclame vos lumières, sur le Passé et le Devenir de notre famille. Vous n'êtes pas sans savoir que les origines des Reid sont très anciennes et que des jours sombres jalonnent nos pas depuis quelques générations. Cinead étant mon seul enfant, il est le dernier descendant. Il n'y aura bientôt plus que lui pour porter le nom des Reid. Je souhaite donc que vous interrogiez les augures pour lui."

Mère ponctue sa phrase en me portant un regard de biais, avant de poursuivre :

"Mes questions sont donc les suivantes : Est ce qu'une malédiction pèse sur notre famille ? Est ce que Cinead sera le dernier des Reid ? Est ce qu'il possède le don ?"

A l'écoute de la dernière phrase, mon sang se fige. Je me tourne alors vers Mère, bouche bée et parviens juste à lui lancer un regard interrogateur.

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Madame Miller
Un silence s’en suit. L’atmosphère du petit salon de Divination est toujours le même, alors que l’on peut lire des expressions différentes sur les visages qui l’habitent pour cette séance. Madame Miller est pensive, son air est méditatif et elle se répète les mots de sa clientèle. Sa petite-fille, Adaline, affiche une face neutre, mais on peut lire un grand nombre d’interrogations dans ses yeux si on y prête attention. Quant à Madame Reid, son visage dur respire la confiance. En revanche, le visage de son fils exprime presque la stupeur.

Après une petite minute, qui peut sembler longue dans un silence un peu lourd, Madame Miller hoche la tête.

« Comme vous le savez, Madame Reid, je ne possède pas le don. Et ce n’est pas dans mes habitudes de mentir à mes invités ! »

Elle ne dit pas clients. On ne peut pas le deviner, comme ça, mais Madame Miller ne dit jamais client. Elle considère que ses tarifs ne sont pas ceux d’une divinatrice et elle a atteint l’âge de la retraite chez les moldus.

« J’utiliserais plusieurs techniques parmi celles que je maîtrise. »

Le moment flotte encore alors que Madame Miller répète la première question formulée par son invitée, Madame Reid, à voix basse. Elle ferme les yeux pendant un instant, sans faire plus de cérémonies, et agite à nouveau sa baguette. Par la force de sa magie mêlée à une volonté discrète, un placard s'ouvre derrière Madame Reid et son fils alors que, un instant plus tard, un paquet de carte passe entre eux deux en flottant pour se poser sur la table basse.

Le paquet de carte est vétuste, mais c'est un paquet d'une taille conséquente, bien plus grosse que la moyenne. Les sorciers les plus aguerris verront bien ce que sont ces cartes : un tarot divinatoire. Plus précisément, le tarot de Marseille que des générations avant elle ont utilisé pour connaître ce qui est caché, le passé, l'avenir.

« Bien, nous allons interroger les cartes. Nous ne sommes pas lundi, n'est-ce pas ? Elles ne mentiront pas... »

Dit la vieille dame en ricanant doucement. Ce n'est pas un ricanement de vieille dame effrayante, mais plutôt un éclat de rire joyeux qui sied bien au visage de Madame Miller. C'est un adage que l'on entend parfois, qui dit que les cartes mentent le lundi.

La divinatrice se saisit du paquet de cartes, des cartes qu'elle connait bien et qu'elle a tellement l'habitude de manipuler que ces dernières sont imprégnées de son énergie. Récemment rechargées à la lumière de la Lune, les cartes de Madame Miller sont en pleine forme : sa petite-fille le sait aussi, elle a assisté au rituel lunaire au début de la semaine. La vieille dame extrait les cartes du paquet et commence à les battre, avant de poser le paquet sur la petite table et de fixer son invitée.

« Madame Reid, voulez-vous bien couper le paquet ? »

Elle demande, poliment, puis elle regarde sa clientèle s'exécuter, prendre le paquet et le séparer en deux. Pour son information, Madame Miller jette un œil à la dernière carte qui se trouve sur le paquet du haut de la coupe et la première carte se trouvant en haut du paquet face cachée. Voilà une précieuse indication que la divinatrice se fait le devoir de retenir. Les cartes qu'elle voit sont La Papesse renversée et Le Pape renversé. Pour ne pas influencer sa cliente, elle ne montre pas ce qu'elle a compris de ces cartes et garde leur interprétation cachée. Mais pour vous, lecteurs, ces cartes disent de Madame Reid qu'elle est en proie au doute, mais aussi qu'elle est dans une période trouble dont elle devra sortir par un changement d'état d'esprit.

Madame Miller récupère le paquet et écarte les cartes avant de les présenter à Madame Reid.

« Nous allons procéder à un tirage en croix, pour répondre à votre première question. Je vous demande de piocher quatre cartes avec votre main gauche. Commençons par la première... »

Madame Reid pioche donc la première carte, que la divinatrice place sur le côté gauche. Puis l'opération est répétée pour les cartes suivantes. La seconde carte tirée par la demandeuse est posée à l'opposée, sur le côté droit, alors que la croix commence à apparaître sur la table basse et sous le regard des petits sorciers spectateurs. La troisième carte que Madame Reid tire ensuite, toujours de sa main gauche, qui est ensuite posée au dessus des deux autres cartes. Et la quatrième et dernière carte de ce tirage sort du paquet par le mouvement du poignet de la cliente et elle se pose en dessous des trois autres. La croix apparaît alors que Madame Miller rassemble le paquet.

En face de Madame Reid et de son fils Cinead sont désormais posées quatre cartes en forme de croix. Au centre, il manque une carte. En deux en trois calculs, Madame Miller additionne les numéros sur les cartes qui sont sorties : 51. Une méthode que l'on utilise souvent lorsque le chiffre est supérieur au nombre de cartes, elle additionne les deux chiffres et va chercher dans son paquet la carte numéro 6, qui sort renversée.

Sous les yeux de nos quatre protagonistes, et face aux deux invités, les cartes suivantes apparaissent :

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Animagus renard polaire
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Madame Miller
Un tarot de Marseille. Evidemment, je connais ces cartes et leur usage. Mère en possède elle même un exemplaire qu'elle tient de sa grand mère maternelle : Mairead Gilchrist. Je me souviens plus jeune, fouillant les tiroirs de son bonheur du jour à la recherche des petits cartons colorés. Emerveillé, j'en avais vite mémorisé les noms ainsi que chaque détail, passant des heures à trouver des ressemblances entre leurs personnages et les adultes qui m'entouraient.
Mère ne s'en servait pas vraiment et ne les sortait que pour les contempler d'un air songeur. Pour elle, ce tarot n'était autre qu'une intime passerelle vers un passé regretté. Pour moi, bien avant les séances, il était un premier rendez-vous avec la Divination.

Les lueurs mouvantes des bougies projettent sur les visages des ombres folâtres. Celui de Madame Miller, pas tant ridé, est encadré par les blanches longueurs de sa chevelure et empreint de sérénité. Ses yeux bleu profond sont le reflet de la sagesse qui accompagne l'âge quand il ne vient pas seul. A ses côtés, Adaline affiche son habituelle impassibilité derrière laquelle je sais l'intense activité. Quant à mère, son visage inaccessible, je le devine d'une neutralité la plus parfaite, tel un masque où les émotions ont appris à ne plus se parer.

L'allusion au lundi, une superstition qui m'était inconnue, m'amuse et le petit rire fantasque de Madame Miller parvient presque à la rendre plus amicale à mes yeux. Dans ses gestes et ses mots, toujours pas de grandiloquence. Le moindre de ses mouvements, sa manière de manipuler les cartes, de les regarder, de s'adresser à Mère, tout se déroule sous le sceau d'une simplicité captivant, en un rituel codifié qui se déploie dans le petit cercle que nous formons autour de la table.

Je réalise alors que pour Adaline ce n'est peut être pas la première fois. Tout comme moi, mais de l'autre côté du miroir, elle est déjà initiée et surement plus au fait des pratiques qui se jouent devant nous. Cette révélation s'installe dans mon esprit et finit par me mettre mal à l'aise. Devant celle qui est peut être mon amie, je me retrouve soudain mis à nu. Les questions de Mère, ses craintes révélées au grand jour sont autant de voile levé sur nos parts d'ombre, le grand aveu des peurs archaïques de la famille Reid. Mais plus encore, cette histoire de don, à laquelle je ne m'attendais pas, est un véritable coup de théâtre et la raison de ma présence ici aujourd'hui.

Une à une les cartes s'abattent. Je reconnais toutes les figures familières : le Chariot, le Diable, la Maison dieu, l'Arcane sans nom et enfin l'Amoureux. Certaines, la XIII et la XV, font partie de mes préférées et terrifient encore le petit garçon qui vit en moi. Je ne peux évidemment pas déterminer l'issue de ce tirage. Il ne s'agit plus ici de correspondance de personne ou d'impression. Je ne suis pas la Tempérance et Mère la Lune. Tous deux, nous sommes sur cette table la croix soumis à l'intuition de Madame Miller, au symbolisme des cartes. Le grand jeu commence.

Avide, je romps le silence :

"Madame, est-ce là un bon tirage ?"

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Madame Miller
La divinatrice observe les cartes. Elle les remet mentalement en place et réfléchi à leur signification le temps d’un instant. Il faut quelques minutes pour que Madame Miller analyse le tirage des cartes et annonce ses prédictions à Madame Reid. Bien que la question ne concerne pas juste sa personne mais toute la lignée des Reid, c’est son énergie qui a servi au tirage de ces cartes. C’est une information que la divinatrice doit considérer.

De son côté, Adaline Macbeth est toujours assise silencieusement. Si le silence de sa grand-mère est méditatif, le sien serait presque religieux. Mais, en effet, ce n'est pas la première séance à laquelle elle assiste. Il y a deux ans, elle n'a pas pu assister à la première séance qu'elle a découverte, quand sa grand-mère avait accueilli les Rengan. Depuis, elle avait deux ou trois autres séances : non, elle en avait vu trois et elle s'en rappelait très bien. Pourtant, aucune autre séance n'avait son attention comme celle qui se déroule sous ses yeux. Si elle a déjà vu un tirage de cartes, elle ne connait pas la signification de celles-ci. Alors, comme les invités de sa grand-mère, les Reid, elle attend l'analyse de l'experte avec une incommensurable attention.

Alors qu'on s'attend à ce que ce soit la voix calme de Madame Miller qui brise le silence en premier, c'est la voix du garçon que cette dernière entend d'ailleurs pour la première fois. Le ton de sa voix ressemble assez à celui d'Adaline, poli, placide, neutre.

« Et bien, il n'y a pas de bon ou de mauvais tirage mon garçon... »

Elle répond. C'est difficile à déceler, mais sa petite-fille la connaissant bien, elle sent que sa voix n'est pas tout à fait sur la même tonalité que d'habitude. C'est toujours compliqué d'annoncer de mauvaises augures, et il semble que ce soit ce avec quoi sa grand-mère se bat intérieurement.

Un nouveau silence s'ensuit alors que Madame Miller continue de scruter les cartes. Elle s'apprête à dire à voix haute ce que les cartes lui disent, peaufinant mentalement son interprétation, comparant probablement ce que Madame Reid lui a dit de sa famille, son expérience et la signification des cartes qui sont sorties pour répondre à la question. La famille Reid est-elle maudite ?

« La première carte parle du présent. Mais elle concerne la personne qui tire les cartes. Le Chariot renversé représente un blocage, Madame Reid. Elle signifie que quelque chose vous encombre ou pèse sur vos épaules. Il vous faut réfléchir sur votre situation et agir pour la débloquer. »

Elle s'arrête. La première carte pèse lourd, mais les prochaines seront plus lourdes encore. Si Madame Miller n'a jamais rencontré un sorcier venant l'interroger qui réfute violemment ses affirmations, nombreux sont ceux qui les refusent. Elle ne craint pas que Madame Reid le fasse, elle n'échange que rarement pendant autant de temps avec un client avant de l'inviter en son antre.

« La deuxième carte que vous avez tiré, Madame Reid, vous concerne encore. Elle représente votre relation au monde. Le Diable est sorti. Cela représente votre attachement aux choses, au matériel, à une situation. Je ne peux pas dire cela est positif ou négatif, c'est une carte neutre qui indique simplement que vous dépendez de quelque chose d'extérieur. »

Une nouvelle pause. Cette fois, on peut sentir que la divinatrice se retient d'en dire plus. Comme pour beaucoup de tirage, Madame Miller a envie de donner son analyse personnelle et, dans ce cas précisément, ce qu'elle imagine être cette chose dont Madame Reid dépend. Elle voit en elle beaucoup de convenances, une chaîne attaché au nom de sa famille. Mais elle se garde de le verbaliser, et se contente de passer à la carte suivante. Elle garde son interprétation cachée pour le moment, jusqu'à ce que son invitée la lui demande.

« La troisième carte, elle, dépend beaucoup du contexte. Il y a plusieurs manières d'interpréter cette carte, dans ce cas présent je vais l'analyser comme un élément de votre avenir qui donne une indication sur les moyens dont vous disposez ou disposerez. La Maison Dieu est une carte complexe. Certaines choses autour de vous ne correspondent pas à la réalité, cette carte signifie que vous avez les moyens de changer votre situation. Cette carte montre aussi la possibilité de vous reconstruire. »

Entre chaque carte, Madame Miller marque une courte pause. Ses mots sont lents, parfois lourds, d'autres fois vagues. Elle sait qu'un tirage peut être frustrant, mais elle sait aussi que les cartes ont des réponses à apporter à Madame Reid.

« La dernière carte que vous avez tiré est la réponse à la question. Bien entendu, elle ne vous dit pas oui ou non, mais vous apporte des éléments de réponses. Vous avez tiré l'Arcane sans Nom. Dans votre cas, elle représente la fin d'un cycle. Ce n'est pas une carte qui exprime le deuil, mais, par expérience, c'est ce que la fin peut vouloir dire. Mais il y a bien d'autres choses qui peuvent prendre fin autour de vous et de votre famille. »

Le silence est presque de mort. Alors Madame Miller ne le laisse pas s'étendre et elle reprend avec un entrain poli.

« Ce sont les cartes que vous avez tiré qui ont décidé de la cinquième. J'ai additionné leur numéro et déduit la carte du centre. L'Amoureux, qui est sorti renversé. Cette carte dresse un bilan et s'étend sur l'avenir. Elle signifie la délivrance et elle semble répondre à l'Arcane sans Nom... La fin de quelque chose qui vous délivrera, vous ou les Reid. »

Après avoir donné autant d'informations, la divinatrice s'arrête. Cette fois, elle ne compte pas briser le silence qu'elle laisse s'installer alors qu'elle lève la tête vers ses invités. Sans les scruter, elle pose un regard doux sur eux tout en réfléchissant aux vérités qui se cachent derrière les cartes. Bien que ces dernières parlent, disent beaucoup de chose, il faut comprendre ces choses selon une situation bien précise.

En attendant de savoir si les réponses des cartes suffisent à combler son invitée, elle prépare ses interprétations personnelles. La question a probablement eu sa réponse si les interprétations ont résonnées dans l'esprit de Madame Reid.

Animagus renard polaire
Post ASPIC

Madame Miller
C'était maladroit. J'en conviens.

Par bonheur, Madame Miller, se garde bien de me remettre en place et se contente de la réponse la plus aimable qui soit. Cette élégance dont elle se sert pour prendre soin de ses invités est louable, je lui en suis grès malgré ma gêne. Je feins donc de reporter mon attention sur la table et me rassure à la pensée qu'à nouveau tous les regards se reportent sur le paquet de carte. La première question de Mère me revient :

Est ce qu'une malédiction pèse sur notre famille ?

Comme ça, elle paraît grotesque et, plus encore, prétentieuse mais quand on sait l'influence de celle-ci sur la vie de Mère, cela me contraint à la prendre au sérieux. Père, s'il avait été averti de nos démarches, aurait surement raillé notre déplacement et nous aurait enjoins de cesser de perdre notre temps et son argent. "N'allait pas encore chercher les causes de notre situation chez vos bonimenteurs." Pour lui, les raisons de ce que Mère appelle "Malédiction" se trouve ailleurs.
Et, c'est assez rare pour le souligner, mais en cela je partage son avis, bien que nous ayons chacun notre propre cheminement, tout comme Madame Miller probablement.

Carte à après carte la Divinatrice se contente d'annoncer la fonction de chacune des lames et ne se risque pas encore à une interprétation. Elle semble plutôt attendre une réaction, ses explications cherchent à éprouver les certitudes. C'est habile car doucement, l'enjeu se déplace et au delà des réponses, la séance est devenue une sorte de confrontation.

Un silence plus long s'installe, propice à l'introspection. Je tente alors d'établir des liens entre chacunes des cartes, de premières hypothèses mais mon esprit bute sur la justification donné à la présence de L'Arcane sans nom, quand enfin Mère nous livre une réaction :

"Madame, ce que vous me dites c'est que mes craintes seraient nourrit par de fausses impressions, que moi seule peux m'en libérer ou qu'un évènement à venir, peut être la mort, pourrait amener une solution ?"

Cette fois, Mère baisse la garde et sa voix s'avère moins altière. Ses mots sont également plus sensés. Comme si son esprit cheminait enfin à l'orée des brumes qui l'empêchent depuis tant d'année. J'en suis le premier étonné et plus impatient encore d'entendre l'avis de Mme Miller.

5ème année RP en 2047/2048