Diaphane
Début d’année 2047
Domaine Sangblanc, Saint Gervais les Bains, France
Les murs du domaine étaient fleuris d’azalées rose pâle et de camélia blancs. Les fleurs semblaient s’épanouir sous les doux rayons de ce soleil de fin d’hiver. Alice prit une grande inspiration en observant avec délectation ce paysage de rêve. Une bien belle journée pour débuter ces vacances.
« Alice… douce enfant, quel bonheur de vous revoir parmi nous. »
La jeune fille prit enfin conscience de la présence de tante Elise et de ses amies, occupées à prendre le thé sous la pergola de fer forgé, à laquelle s’enroulaient lierre et roses blanches. Alice reposa doucement sa valise dans les petits cailloux blancs qui faisaient le chemin, et s’approcha des belles dames de soies vêtues.
« Bonjour, ma tante. Bonjour, mes dames. »
L’adolescente plia poliment le genou pour saluer les amies de tante Elise en une courbette délicate. L’attention fit sourire l’une d’entre elle, qui se tourna vers tante Elise.
« — Ce qu’elle peut vous ressembler, très chère. On peine à croire que l’éducation qui lui a été donné puisse être celui de nos voisins britanniques.
— Ne vous y trompez pas, corrigea tante Elise. Irlandaise de naissance, certes, mais l’éducation qu’à reçu ma nièce est bien de nos terres. »
Alice assistait silencieusement à l’échange, ses mains jointes devant elle. Elle était habituée à ce qu’on parle d’elle comme si elle n’était pas là. Elle n’avait pas apprit à aimer ça, mais c’était ainsi. Elle était une enfant, et cela même du haut de ses prochains quinze ans. Aux yeux de sa famille et de leurs proches, Alice était toujours la petite chose fragile.
« — Comment s’est passé votre semestre ? lui demanda tante Elise.
— Fort bien. Les cours étaient très enrichissants.
— Vous m’en voyez ravie. »
Élise étira un de ses sourires de parure avant de porter sa tasse de thé à la rose à ses lèvres, son petit doigt levé. C’était le moment de disposer.
« — Alice ? , l’interpella une amie de sa tante, celle au chignon blond caramel et aux grands cils blancs. Une question me brûle les lèvres. Me permettez-vous de vous la poser ?
— Oui, bien sûr. »
La femme lança un regard mutin à sa voisine, une grande et fine sorcière à la robe aux couleurs pâles. Tante Élise délaissa son thé pour observer ses amies, attentive.
« — Vous avez la chance d’avoir les enseignements de deux grandes écoles de magie. Laquelle préférez vous ?
— Juste ciel, très chère ! s’emporta théâtralement sa voisine. Beauxbâtons, bien sûr. C’est évident. N’est-ce pas, jeune fille ?
Alice n’était nullement étonnée par cette question. On lui posait sans cesse. Et je chaque fois, Alice répondait de la même manière.
« — Poudlard et Beauxbâtons sont très différentes l’une de l’autre. Il m’est évident que Beauxbâtons surpasse sa consœur de bien des manières… et c’est pourquoi je la préfère, sur le plan éducatif tout du moins. »
Le tout brodé d’un sourire pour parfaire toute cette mièvrerie. En général, cette réponse convenait à ceux qui avaient besoin d’entendre que l’enseignement qu’ils avaient reçus étaient mieux que les autres. Et ce fut le cas aujourd’hui.
Les amies de tante Elise s’échangèrent des regards satisfaits. Aussi, Alice n’eu aucunement besoin d’ajouter quelque remarques supplémentaires. Et cela lui convenait très bien. Ces remarques supplémentaires, elle les gardait pour ceux qui cherchaient plus loin que le bout de leur nez. Ce n’était pas le cas de ces femmes aux dentelles soyeuses. Si elles avaient été plus malines, et donc plus dignes du temps et des efforts d’Alice, l’irlandaise aurait pu leur parler de ce qu’elle n’avait pas pu emporter dans ses bagages, et qui noircissait la joie qu’elle se faisait de vivre en France.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Domaine Sangblanc, Saint Gervais les Bains, France
Les murs du domaine étaient fleuris d’azalées rose pâle et de camélia blancs. Les fleurs semblaient s’épanouir sous les doux rayons de ce soleil de fin d’hiver. Alice prit une grande inspiration en observant avec délectation ce paysage de rêve. Une bien belle journée pour débuter ces vacances.
« Alice… douce enfant, quel bonheur de vous revoir parmi nous. »
La jeune fille prit enfin conscience de la présence de tante Elise et de ses amies, occupées à prendre le thé sous la pergola de fer forgé, à laquelle s’enroulaient lierre et roses blanches. Alice reposa doucement sa valise dans les petits cailloux blancs qui faisaient le chemin, et s’approcha des belles dames de soies vêtues.
« Bonjour, ma tante. Bonjour, mes dames. »
L’adolescente plia poliment le genou pour saluer les amies de tante Elise en une courbette délicate. L’attention fit sourire l’une d’entre elle, qui se tourna vers tante Elise.
« — Ce qu’elle peut vous ressembler, très chère. On peine à croire que l’éducation qui lui a été donné puisse être celui de nos voisins britanniques.
— Ne vous y trompez pas, corrigea tante Elise. Irlandaise de naissance, certes, mais l’éducation qu’à reçu ma nièce est bien de nos terres. »
Alice assistait silencieusement à l’échange, ses mains jointes devant elle. Elle était habituée à ce qu’on parle d’elle comme si elle n’était pas là. Elle n’avait pas apprit à aimer ça, mais c’était ainsi. Elle était une enfant, et cela même du haut de ses prochains quinze ans. Aux yeux de sa famille et de leurs proches, Alice était toujours la petite chose fragile.
« — Comment s’est passé votre semestre ? lui demanda tante Elise.
— Fort bien. Les cours étaient très enrichissants.
— Vous m’en voyez ravie. »
Élise étira un de ses sourires de parure avant de porter sa tasse de thé à la rose à ses lèvres, son petit doigt levé. C’était le moment de disposer.
« — Alice ? , l’interpella une amie de sa tante, celle au chignon blond caramel et aux grands cils blancs. Une question me brûle les lèvres. Me permettez-vous de vous la poser ?
— Oui, bien sûr. »
La femme lança un regard mutin à sa voisine, une grande et fine sorcière à la robe aux couleurs pâles. Tante Élise délaissa son thé pour observer ses amies, attentive.
« — Vous avez la chance d’avoir les enseignements de deux grandes écoles de magie. Laquelle préférez vous ?
— Juste ciel, très chère ! s’emporta théâtralement sa voisine. Beauxbâtons, bien sûr. C’est évident. N’est-ce pas, jeune fille ?
Alice n’était nullement étonnée par cette question. On lui posait sans cesse. Et je chaque fois, Alice répondait de la même manière.
« — Poudlard et Beauxbâtons sont très différentes l’une de l’autre. Il m’est évident que Beauxbâtons surpasse sa consœur de bien des manières… et c’est pourquoi je la préfère, sur le plan éducatif tout du moins. »
Le tout brodé d’un sourire pour parfaire toute cette mièvrerie. En général, cette réponse convenait à ceux qui avaient besoin d’entendre que l’enseignement qu’ils avaient reçus étaient mieux que les autres. Et ce fut le cas aujourd’hui.
Les amies de tante Elise s’échangèrent des regards satisfaits. Aussi, Alice n’eu aucunement besoin d’ajouter quelque remarques supplémentaires. Et cela lui convenait très bien. Ces remarques supplémentaires, elle les gardait pour ceux qui cherchaient plus loin que le bout de leur nez. Ce n’était pas le cas de ces femmes aux dentelles soyeuses. Si elles avaient été plus malines, et donc plus dignes du temps et des efforts d’Alice, l’irlandaise aurait pu leur parler de ce qu’elle n’avait pas pu emporter dans ses bagages, et qui noircissait la joie qu’elle se faisait de vivre en France.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Diaphane
Le domaine était silencieux. Grand-Père devait être dans la forêt, à s’occuper des hippogriffes. Alice laissa sa malle dans l’entrée, et grimpa aussitôt les escaliers pour gagner l’étage supérieur. Elle ne se préoccupait pas des tableaux qui s’animait à son passage, et se concentrait sur sa montée, son regard droit. Petit à petit, l’enchantement qui cachait la cicatrice à sa joue disparaissait, à mesure que ses pensées se ternissait.
Il n’était pas venu l’accueillir. Il n’était même pas venu la chercher à l’école. Alice ne s’était pas attendu à ce qu’il vienne, bien sûr. Elle n’attendait plus, de toutes façons. C’était trop tôt. Mais combien de temps est-ce que cette excuse durerait, au juste ?
A l’étage des chambres, Alice ne s’arrêta pas à la sienne pour se débarbouiller ou pour se changer. Elle continua sa marche dans le couloir. Elle s’arrêta enfin devant la porte, à laquelle elle frappa doucement. Et comme elle s’y était attendu, il était encore là.
« C’est ouvert. »
Alice tourna la poignée et pénétra dans la chambre. Comme à son habitude, Père était assis devant la baie vitrée de sa chambre, occupé à observer la forêt. Alice resta un moment dans l’entrée de la chambre, à se contenter d’observer tristement le dos de son père. Azkaban l’avait affaibli. Et même une année plus tard, Père n’en était pas encore totalement remis. Ce n’était plus physique. C’était mental. Il avait été éprouvé de tant de manières que jamais Alice ne pourrait comprendre. Père n’en parlait pas, et préférait tout garder pour lui. Du moins, il n’en parlait pas à sa fille. A tante Élise, peut-être, ou bien à Grand-Père.
« C’est moi » finit-il elle par annoncé dans un petit sourire. « Je suis rentrée. »
Dorian se tourna un peu pour regarder sa fille. Il sourit tendrement, et se releva.
« Alice. »
Il écarta doucement les bras. L’adolescente accepta l’invitation et vint se nicher contre son père qui l’enserra aussitôt. Ses yeux d’argent se refermèrent alors que les doigts de Dorian caressaient la longue tresse qui pendait dans son dos.
« Comme tu m’as manqué » souffla t-il. « Ma grande fille. »
Alice s’écarta de lui pour pouvoir le regarder et lui offrir un sourire. Il y répondit du sien, avant d’embrasser son crâne avec douceur. Alice aurait pu profiter de cet instant encore un long moment, des heures peut-être. Pendant longtemps, Alice avait bien cru ne plus jamais pouvoir le tenir dans ses bras. Elle avait imaginé Azkaban lui arracher, elle en avait même fait de nombreux cauchemars. Mais depuis un an, elle l’avait retrouvé, et jamais plus elle ne le laisserait la quitter.
Alice finit par se détacher de son père, et le contourna pour ouvrir en grand les fenêtres.
« Le temps est clément. Et l’odeur des fleurs enchanteresse. Vous devriez en profiter pour sortir et prendre l’air. »
Elle s’écarta pour rejoindre l’armoire, qui s’ouvrît à son approche.
« Tante Élise reçoit des amies » poursuivit-elle en fouillant les vêtements de son père, à la recherche d’un gilet qui pourrait le protéger de la brise. « Elles ont toutes l’air dans ses âges. Pourquoi n’iriez-vous pas vous joindre à elles ? Je suis certaine que vous pourriez vous amuser. »
Alice en trouva un à son goût. Le bleu roi allait bien au teint de son père. Elle le rejoint, et lui jeta sur les épaules. Dorian la regardait nouer les manches à son cou, un doux sourire aux lèvres.
« Elles ne respirent pas l’intelligence, aussi ne vous attendez pas à échanger avec elle sur des sujets qui vous passionnent, à moins que vous n’ayez développé quelques affections pour la haute couture et les potins en mon absence. »
Alice ajusta le col de la chemise de Dorian, agacée par la longueur de ses cheveux qu’il ne daignait pas couper. Ils rendaient le port de sa chemise bien moins élégant.
« Comment se porte Aliosus ? »
Entendre le nom de son cousin lui fit frémir l’échine. Alice coiffa un peu son père du bout de ses doigts blancs.
« Je ne peux que présumer qu’il va bien. Nos échanges sont trop irréguliers pour que je puisse en avoir le cœur net. Et nous parlons… peu de lui. De ce qu’il vit en ce moment. Enfin… il m’a tout de même annoncé qu’ils sont emménagés à Godric’s Hollow. Il m’a même envoyé des macarons qui en préviennent. C’est curieux, n’est-ce pas ? De mémoire, ce n’est pas une ville sorcière. »
Dorian resta silencieux un moment, avant de reprendre.
« La vie des sorciers britanniques ne s’est pas arrêté en notre absence. Godric’s Hollow n’est plus ce qu’il était. Il est aujourd’hui à l’image du nouveau gouvernement : puissant, et fier. »
L’amertume transparaissait dans ses mots. Il se reprit bien vite, et adopta une expression plus neutre. Trop tard pour qu’Alice n’y prête pas attention. Ses sourcils se froncèrent. Son père était encore meurtri par ce qui s’était passé des années auparavant. Il se refusait à l’avouer, mais Alice le voyait bien. Elle connaissait son père. Elle aussi voulait retrouver leur vie d’avant, c’est pour cela qu’elle s’était battue, lorsqu’elle était à Poudlard. En vain, il fallait le reconnaître. Comme un poisson dans un désert, elle s’était débattu. On ne lui avait pas laissé la possibilité de réussir. Et les dieux en sont témoins, elle avait essayé, oh ça, elle avait essayé.
Aujourd’hui encore, elle voulait essayé. Pour son père.
« Allez » dit Alice en s’écartant de lui. « Sortez, ne serait-ce que pour vous aérer. Vous allez finir par prendre racine. »
Le visage de Dorian s’éclaira d’un rire rauque. Voilà. Le voir rire, ça c’était une victoire. Une petite victoire, mais une victoire tout de même.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Il n’était pas venu l’accueillir. Il n’était même pas venu la chercher à l’école. Alice ne s’était pas attendu à ce qu’il vienne, bien sûr. Elle n’attendait plus, de toutes façons. C’était trop tôt. Mais combien de temps est-ce que cette excuse durerait, au juste ?
A l’étage des chambres, Alice ne s’arrêta pas à la sienne pour se débarbouiller ou pour se changer. Elle continua sa marche dans le couloir. Elle s’arrêta enfin devant la porte, à laquelle elle frappa doucement. Et comme elle s’y était attendu, il était encore là.
« C’est ouvert. »
Alice tourna la poignée et pénétra dans la chambre. Comme à son habitude, Père était assis devant la baie vitrée de sa chambre, occupé à observer la forêt. Alice resta un moment dans l’entrée de la chambre, à se contenter d’observer tristement le dos de son père. Azkaban l’avait affaibli. Et même une année plus tard, Père n’en était pas encore totalement remis. Ce n’était plus physique. C’était mental. Il avait été éprouvé de tant de manières que jamais Alice ne pourrait comprendre. Père n’en parlait pas, et préférait tout garder pour lui. Du moins, il n’en parlait pas à sa fille. A tante Élise, peut-être, ou bien à Grand-Père.
« C’est moi » finit-il elle par annoncé dans un petit sourire. « Je suis rentrée. »
Dorian se tourna un peu pour regarder sa fille. Il sourit tendrement, et se releva.
« Alice. »
Il écarta doucement les bras. L’adolescente accepta l’invitation et vint se nicher contre son père qui l’enserra aussitôt. Ses yeux d’argent se refermèrent alors que les doigts de Dorian caressaient la longue tresse qui pendait dans son dos.
« Comme tu m’as manqué » souffla t-il. « Ma grande fille. »
Alice s’écarta de lui pour pouvoir le regarder et lui offrir un sourire. Il y répondit du sien, avant d’embrasser son crâne avec douceur. Alice aurait pu profiter de cet instant encore un long moment, des heures peut-être. Pendant longtemps, Alice avait bien cru ne plus jamais pouvoir le tenir dans ses bras. Elle avait imaginé Azkaban lui arracher, elle en avait même fait de nombreux cauchemars. Mais depuis un an, elle l’avait retrouvé, et jamais plus elle ne le laisserait la quitter.
Alice finit par se détacher de son père, et le contourna pour ouvrir en grand les fenêtres.
« Le temps est clément. Et l’odeur des fleurs enchanteresse. Vous devriez en profiter pour sortir et prendre l’air. »
Elle s’écarta pour rejoindre l’armoire, qui s’ouvrît à son approche.
« Tante Élise reçoit des amies » poursuivit-elle en fouillant les vêtements de son père, à la recherche d’un gilet qui pourrait le protéger de la brise. « Elles ont toutes l’air dans ses âges. Pourquoi n’iriez-vous pas vous joindre à elles ? Je suis certaine que vous pourriez vous amuser. »
Alice en trouva un à son goût. Le bleu roi allait bien au teint de son père. Elle le rejoint, et lui jeta sur les épaules. Dorian la regardait nouer les manches à son cou, un doux sourire aux lèvres.
« Elles ne respirent pas l’intelligence, aussi ne vous attendez pas à échanger avec elle sur des sujets qui vous passionnent, à moins que vous n’ayez développé quelques affections pour la haute couture et les potins en mon absence. »
Alice ajusta le col de la chemise de Dorian, agacée par la longueur de ses cheveux qu’il ne daignait pas couper. Ils rendaient le port de sa chemise bien moins élégant.
« Comment se porte Aliosus ? »
Entendre le nom de son cousin lui fit frémir l’échine. Alice coiffa un peu son père du bout de ses doigts blancs.
« Je ne peux que présumer qu’il va bien. Nos échanges sont trop irréguliers pour que je puisse en avoir le cœur net. Et nous parlons… peu de lui. De ce qu’il vit en ce moment. Enfin… il m’a tout de même annoncé qu’ils sont emménagés à Godric’s Hollow. Il m’a même envoyé des macarons qui en préviennent. C’est curieux, n’est-ce pas ? De mémoire, ce n’est pas une ville sorcière. »
Dorian resta silencieux un moment, avant de reprendre.
« La vie des sorciers britanniques ne s’est pas arrêté en notre absence. Godric’s Hollow n’est plus ce qu’il était. Il est aujourd’hui à l’image du nouveau gouvernement : puissant, et fier. »
L’amertume transparaissait dans ses mots. Il se reprit bien vite, et adopta une expression plus neutre. Trop tard pour qu’Alice n’y prête pas attention. Ses sourcils se froncèrent. Son père était encore meurtri par ce qui s’était passé des années auparavant. Il se refusait à l’avouer, mais Alice le voyait bien. Elle connaissait son père. Elle aussi voulait retrouver leur vie d’avant, c’est pour cela qu’elle s’était battue, lorsqu’elle était à Poudlard. En vain, il fallait le reconnaître. Comme un poisson dans un désert, elle s’était débattu. On ne lui avait pas laissé la possibilité de réussir. Et les dieux en sont témoins, elle avait essayé, oh ça, elle avait essayé.
Aujourd’hui encore, elle voulait essayé. Pour son père.
« Allez » dit Alice en s’écartant de lui. « Sortez, ne serait-ce que pour vous aérer. Vous allez finir par prendre racine. »
Le visage de Dorian s’éclaira d’un rire rauque. Voilà. Le voir rire, ça c’était une victoire. Une petite victoire, mais une victoire tout de même.
Dernière modification par Alice Sangblanc le 18 mars 2022, 13:43, modifié 1 fois.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Diaphane
En quelques coups de baguette, les vêtements de sa malle furent tous ranger dans son dressing. Alice resta un moment debout face à son miroir à pied. Elle s’observa en silence. Sa grande tresse blanche retombait sur sa poitrine qui s’arrondissait. Elle l’a replaça dans son dos, et se détourna de son reflet. Son corps était en train de changer, et le fait qu’Alice puisse le constater par elle même voulait dire que les autres pouvaient le voir. Et ça, c’était encore nouveau, et difficile, à ses yeux. Elle avait par plusieurs fois capté le regard de ses camarades, s’attardant trop à son goût sur ses nouvelles formes. Elle ne les rabrouait pas, parce que cela rendrait réel ces… désagréments physiques.
Alice regagna son espace de vie. Elle s’installa à son bureau. Assise là, elle faisait face à la grande fenêtre qui lui permettait de voir les grandes montagnes blanches. Elles dominaient la vallée où vivaient les moldus par milliers : Saint-Gervais-les-Bains. Du peu qu’elle en avait vu, c’était un très bel endroit. De quelques manière, le village lui rappelait celui de Pré-au-Lard.
Le regard d’Alice se posa sur le cadre photo qui trônait sur son bureau. Elle s’en saisit délicatement, comme si un faux mouvement risquerait de le blesser.
Sur cette photo, Jacob avait l’air serein. Tout ne s’était pas encore effondré, et la vie était encore douce et facile. C’était le Jacob d’une autre époque. Celui d’aujourd’hui, eh bien… Alice ne savait pas de quoi il avait l’air. Même si Père s’était évadé d’Azkaban, Jacob était toujours introuvable, et devait vraisemblablement toujours faire partie de la résistance. Il n’était pas en sécurité, c’était la seule certitude qu’Alice avait. Et quelle effroyable certitude…
Alice reposa le cadre dans un soupir tremblant. Jacob n’avait pas abandonné son pays, ni leur vie d’avant. Il était bien le seul. Cette pensée fustigeait son coeur. Alice aurait continué à se battre, si on ne l’avait pas forcé à déposer les armes. Du bout de ses doigts, elle caressa la vilaine cicatrice qui barrait sa joue. Elle déglutit. Sa famille lui avait demandé de la cacher. Non, pas demandé. Obligé. Eux voulaient tirer un trait sur la vie d’avant, sur les douleurs du passé. Pas elle. Alice ne serait plus jamais la même, elle en avait bien conscience. Alors il était inutile de faire l’autruche, n’est-ce pas ? Tout ce qui s’était passé existait, et tous leurs efforts pour entêter le passé étaient vains.
Alice jeta un regard à ce coffre de bois décoré d’or, qu’elle gardait précieusement sous son lit. Elle quitta le bureau pour le rejoindre. Elle savait qu’on avait déjà essayé de fouiller à l’intérieur, malgré le sortilège de verrouillage qui y était apposé. C’est pourquoi elle écrivait un faux journal intime qu’elle cachait faussement sous des bonbons, des photos et des souvenirs. Mais si on retirait le tout, et si on trouvait le double fond… alors on mettait le doigt sur les combats qu’Alice n’avaient jamais pu se résoudre à abandonner, malgré toutes les tentatives des Sangblanc.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Alice regagna son espace de vie. Elle s’installa à son bureau. Assise là, elle faisait face à la grande fenêtre qui lui permettait de voir les grandes montagnes blanches. Elles dominaient la vallée où vivaient les moldus par milliers : Saint-Gervais-les-Bains. Du peu qu’elle en avait vu, c’était un très bel endroit. De quelques manière, le village lui rappelait celui de Pré-au-Lard.
Le regard d’Alice se posa sur le cadre photo qui trônait sur son bureau. Elle s’en saisit délicatement, comme si un faux mouvement risquerait de le blesser.
Sur cette photo, Jacob avait l’air serein. Tout ne s’était pas encore effondré, et la vie était encore douce et facile. C’était le Jacob d’une autre époque. Celui d’aujourd’hui, eh bien… Alice ne savait pas de quoi il avait l’air. Même si Père s’était évadé d’Azkaban, Jacob était toujours introuvable, et devait vraisemblablement toujours faire partie de la résistance. Il n’était pas en sécurité, c’était la seule certitude qu’Alice avait. Et quelle effroyable certitude…
Alice reposa le cadre dans un soupir tremblant. Jacob n’avait pas abandonné son pays, ni leur vie d’avant. Il était bien le seul. Cette pensée fustigeait son coeur. Alice aurait continué à se battre, si on ne l’avait pas forcé à déposer les armes. Du bout de ses doigts, elle caressa la vilaine cicatrice qui barrait sa joue. Elle déglutit. Sa famille lui avait demandé de la cacher. Non, pas demandé. Obligé. Eux voulaient tirer un trait sur la vie d’avant, sur les douleurs du passé. Pas elle. Alice ne serait plus jamais la même, elle en avait bien conscience. Alors il était inutile de faire l’autruche, n’est-ce pas ? Tout ce qui s’était passé existait, et tous leurs efforts pour entêter le passé étaient vains.
Alice jeta un regard à ce coffre de bois décoré d’or, qu’elle gardait précieusement sous son lit. Elle quitta le bureau pour le rejoindre. Elle savait qu’on avait déjà essayé de fouiller à l’intérieur, malgré le sortilège de verrouillage qui y était apposé. C’est pourquoi elle écrivait un faux journal intime qu’elle cachait faussement sous des bonbons, des photos et des souvenirs. Mais si on retirait le tout, et si on trouvait le double fond… alors on mettait le doigt sur les combats qu’Alice n’avaient jamais pu se résoudre à abandonner, malgré toutes les tentatives des Sangblanc.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Diaphane
Alice restait agenouillée face au coffre ouvert et dépouillé de ses mensonges, silencieuse. Des lettres par centaine, scellées à la cire, le nom de chaque destinataire écrit avec soin. Aliosus, Irisia, Orphéa, Aelle, Célia, Alexei, Emelyn, monsieur Lynch, Nora, monsieur Saunders, monsieur Penwyn, miss Taylor, oncle Magnus, tante Willow, oncles Hans et Uwe, Jacob et même Christopher et Irene, Rufus, Mère, Loewy, Lily, Carry … elle leur avait écrit, à tous, même aux détestés et repoussés, même aux inconnus dont elle ne connaissait que le nom. Elle avait couché sur papiers les questions qu’elle voulait leur poser, ses inquiétudes, ses rires et ses joies, ses regrets et ses rancœurs, sans jamais pouvoir les envoyer. Alice les gardait pour elle. Ces lettres, c’était cela, son véritable journal intime. A les regarder, Alice se sentait idiote, ou bien à moitié folle.
Elle lâcha un sourire affecté en ce saisissant de l’une d’entre elle, destinée au Merlin, dans son intégralité. Son combat le plus cher, et le plus ridicule de tous. « Qu’est-ce que je croyais parvenir à faire ? » murmura t-elle en caressant le logo qu’elle avait imaginé pour son mouvement. Enfin, un des logos. Des bois de cerf, encadrant la feuille de chêne qui symbolisait le grand sorcier qu’était Merlin. Un symbole pompeux, qui ne représentait pas ce que ces membres avaient fait de lui. Alice se demandait souvent, toujours, ce qu’il était devenu, à présent qu’elle n’était plus là. Poursuivaient-ils le combat ? Enfin… le rendait-il vivant ? Utile ?
Alice reposa la lettre parmi les autres. Son regard fut attiré par le nom de Carry Harrison. Elle s’en saisit, avec lenteur, et hésitations. Alice ne se souvenait plus de ce qu’elle avait écrit, à l’intérieur de celle ci. Lorsqu’elle l’avait rédigé, Alice avait mêlé à l’encre toute sa haine et ses rancœurs, ses envies de vengeance et de violence, toutes les promesses de souffrance qu’elle voulait lui infliger par cent fois. Elle se souvient que certains mots avaient été gâché par ses larmes de colère. Et la voilà, au milieu de toutes les autres. Peut-être aurait-il mieux valu la jeter aux feux, comme les premières qu’elle avait adressées à miss Loewy. Finalement, toutes ses correspondances épistolaires avortées avaient été un parfait exercice de retenue et de réserve. Elle avait finalement réussi à écrire à miss Loewy tous les ressentiments qu’elle avait pour elle et sa lâcheté, de façon plus édulcorée. Père avait donné son avis, quant à l’inaction de miss Loewy face à la chute du Ministère. Il avait prit sa défense, et tante Élise l’avait rejoint. Alice avait soutenu qu’une sorcière de son importance aurait poussé les autres à se soulever… ce à quoi tante Élise avait répondu par quelque chose comme « tous les plus grands combats ne se déroulent pas toujours sous nos yeux » ou quelque chose comme cela. Des mots, rien que des mots. Rien qui n’avait changé l’avis d’Alice sur la lâcheté des directeurs de chaque grandes écoles de magie. Ils avaient laissé son monde s’écrouler.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Elle lâcha un sourire affecté en ce saisissant de l’une d’entre elle, destinée au Merlin, dans son intégralité. Son combat le plus cher, et le plus ridicule de tous. « Qu’est-ce que je croyais parvenir à faire ? » murmura t-elle en caressant le logo qu’elle avait imaginé pour son mouvement. Enfin, un des logos. Des bois de cerf, encadrant la feuille de chêne qui symbolisait le grand sorcier qu’était Merlin. Un symbole pompeux, qui ne représentait pas ce que ces membres avaient fait de lui. Alice se demandait souvent, toujours, ce qu’il était devenu, à présent qu’elle n’était plus là. Poursuivaient-ils le combat ? Enfin… le rendait-il vivant ? Utile ?
Alice reposa la lettre parmi les autres. Son regard fut attiré par le nom de Carry Harrison. Elle s’en saisit, avec lenteur, et hésitations. Alice ne se souvenait plus de ce qu’elle avait écrit, à l’intérieur de celle ci. Lorsqu’elle l’avait rédigé, Alice avait mêlé à l’encre toute sa haine et ses rancœurs, ses envies de vengeance et de violence, toutes les promesses de souffrance qu’elle voulait lui infliger par cent fois. Elle se souvient que certains mots avaient été gâché par ses larmes de colère. Et la voilà, au milieu de toutes les autres. Peut-être aurait-il mieux valu la jeter aux feux, comme les premières qu’elle avait adressées à miss Loewy. Finalement, toutes ses correspondances épistolaires avortées avaient été un parfait exercice de retenue et de réserve. Elle avait finalement réussi à écrire à miss Loewy tous les ressentiments qu’elle avait pour elle et sa lâcheté, de façon plus édulcorée. Père avait donné son avis, quant à l’inaction de miss Loewy face à la chute du Ministère. Il avait prit sa défense, et tante Élise l’avait rejoint. Alice avait soutenu qu’une sorcière de son importance aurait poussé les autres à se soulever… ce à quoi tante Élise avait répondu par quelque chose comme « tous les plus grands combats ne se déroulent pas toujours sous nos yeux » ou quelque chose comme cela. Des mots, rien que des mots. Rien qui n’avait changé l’avis d’Alice sur la lâcheté des directeurs de chaque grandes écoles de magie. Ils avaient laissé son monde s’écrouler.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Diaphane
Après s’être délassée dans un bon bain au lait d’ânesse, Alice rejoignit le petit salon, dans lequel elle y retrouva Thomas. La surprise fut de taille pour la jeune fille, qui resta bouche bée un moment, son regard passant des boucles blanches de son frère dépassant du divan de velour, à ses pieds nus jetés de manière désinvolte sur l’accoudoir où le fléreur de tante Élise avait l’habitude de se reposer.
Prenant enfin conscience de la présence de sa jeune sœur dans le petit salon, Thomas se redressa pour la regarder. Il étira un sourire provocateur en captant le regard d’Alice sur ses pieds nus, avant de les redescendre.
« — Surprise ? demanda t-il dans un sourire goguenard.
— Par ce nouveau genre malpropre que tu te donnes ? On peut dire cela, en effet.
— Oh, pas même par ma présence en ces lieux ?
— Également. Ne devais-tu pas être en voyage, dans je ne sais plus quel pays ? Par Merlin, tu es si souvent en déplacement que je suis perdue. »
Le sourire de Thomas se fit plus doux. L’ancien Manteau Noir quitta le canapé, et étira son dos. Le rictus douloureux qui glissa sur les lèvres pâles de l’ainé des enfants Sangblanc indiqua à Alice que le retour en balais avait certainement été éprouvant.
« Je suis rentré hier soir » dit-il en contournant le canapé. « Je n’allais tout de même pas raté le retour de ma petite sœur préférée, hm ?
— J’espère que tu as conscience que ce n’est pas réciproque.»
Thomas feignit la douleur, une main sur son coeur. Elle passa à côté de lui pour aller s’asseoir dans un de ses fauteuils préférés, faisant face à la cheminée éteinte, et au grand tableau de Grand-Mère Elisabeth. Elle contempla un moment son visage constellés de tâche de rousseur, comme souvent lorsqu’elle s’asseyait ici. Grand-Mère était absorbée par la lecture d’un livre, trop pour prêter attention à son unique petite fille.
Thomas s’approcha d’elle, jusqu’à s’asseoir sur l’accoudoir. Il resta silencieux, et ce malgré le regard pesant de sa sœur sur lui. Il tendit une enveloppe à Alice, qui s’empressa de la récupérer.
« — Qu’est-ce que c’est ? demanda t-elle en la tournant entre ses doigts.
— Des souvenirs de mon dernier voyage. »
Une coupure nette se fit au dessus de l’enveloppe pour l’ouvrir. Alice gratifia Thomas et son sortilège informulé d’un « merci » et faufila ses doigts délicats dans l’enveloppe.
Elle en retira une photographie animée qu’elle prit un temps à observer. Un sourire éclaira son visage. Un kelpy et son petit marchaient paisiblement au bord d’une grande étendue d’eau. Thomas avait prit la photo de suffisamment loin pour ne pas être en danger.
Cependant, la vue de ces Kelpy, ces animaux de Grande-Bretagne, provoqua en Alice un électrochoc. Elle releva lentement les yeux sur son frère, qui avait perdu son sourire malicieux. Voilà donc où était Thomas : sur les terres qu’ils avaient dû quitter.
« Voilà » dit-il. « Il s’agit du souvenir le plus agréable que j’ai pu te ramener. Tu voulais que je te tienne au courant des avancées en Grande-Bretagne ? Les voici. »
Alice reposa les kelpy à côté d’elle, et retira une seconde photo de son enveloppe. Sa gorge se noua, alors que s’agitait sous ses yeux une foule de sorciers, présidé par un vieil homme fier, galvanisé par une foule qui l’acclamait. Autour de lui se tenait des personnes différentes, qu’Alice reconnu comme étant des importants. L’adolescente reconnu alors oncle Magnus. Du bout de son doigt, elle caressa le visage de son oncle.
« — Drago Malfoy, annonça Thomas. Prononçant un discours lors de l’inauguration de Godric’s Hollow. Magnus est placé là…
— Parce qu’il est directeur du bureau de la FEPS. Je sais. »
Alice n’en voulait pas aux Nerrah de se tenir là, parmi les vainqueurs. Elle préférait les savoir ici qu’ailleurs, car cela signifiait qu’ils étaient en sécurité, et mieux lotis que ceux qui avaient fait le choix de se battre pour l’égalité du sang.
Alice resta silencieuse, ses yeux occupés à décortiquer la scène qui se déroulait sous ses yeux. Elle se saisit d’une autre photo, s’attardant sur la foule. Alice imprégnait dans sa mémoire chaque visage jovial qu’elle voyait, comme ci cela pouvait lui servir. Comment pouvaient-ils avoir l’air si heureux, alors qu’ils acclamaient une bande de dangereux sang-pur extrémistes ? Alice ne fit aucun commentaire. Son frère avait été l’un de ces extrémistes. Alice ignorait ce qui avait pu le rendre moins virulent envers l’existence même des Moldus. Un ennemi commun, peut-être ? Ne dit-on pas que les ennemis de nos ennemis sont nos amis ?
Ses yeux se plissèrent sur certains visages. Alice reconnaissait quelques uns de ses camarades. Aurait-elle été parmi eux, si tante Elise et Thomas n’étaient pas venu l’emmener pour la France, il y a à présent plus d’un an ? Oh oui, elle l’aurait été. Avec le Merlin, elle y serait allé. Elle aurait profité du rassemblement pour collé des affiches anti-Conseil dans les rues de Godric’s Hollow. Elle aurait cherché qui étaient les éléments anti-Moldus dans les rangs. Elle aurait fait tant de choses, si seulement on lui en avait laissé l’occasion. Alice jeta un bref regard à son poignet gauche, celui qu’un Manteau Noir lui avait cassé, il y a de cela quelques temps à présent. Sa première blessure de guerre, celle dont aujourd’hui, Alice était fière, puisqu’elle représentait sa volonté de se battre pour obtenir le monde qu’elle désirait. Aujourd’hui, assise sur ce confortable divan, à observer les photos de la victoire de la haine, tout cela sonnait creux.
Alice attrapa une nouvelle photographie, et cette fois, son coeur rata un battement. Mère. C’était bien elle. A la fenêtre d’un grand bâtiment qui dominait la place où se déroulait le discours de Drago Malfoy, une coupe de vin à la main qu’elle brandissait pour célébrer l’inauguration. Alice sentit ses dents grincer.
« — J’ignore pourquoi elle n’a pas profité de l’occasion pour se tenir auprès du vieux Malfoy, commenta Thomas.
— Peut-être parce que cela fait mauvais genre de se tenir auprès de tous ces hommes qu’elle a séduit, lors de son ascension au pouvoir.
— C’est une possibilité, en effet. »
Dans une autre époque, Thomas aurait prit la défense de sa mère. Mais dans cette même autre époque, jamais Alice n’aurait adressé la parole à Thomas.
Renesmée n’avait pas changé, que ce soit dans sa posture ou son regard. Il y avait toujours de la dureté, celle qu’Alice avait toujours considéré comme étant celle de la méchanceté. Mais c’était autre chose. C’était quelque chose qu’elle avait déjà vu dans les yeux d’Aliosus, et cela lui crevait le coeur de l’admettre.
« Elle a vendu notre domaine pour s’offrir la demeure où tu la vois perché » dit Thomas, douloureux. « La volière a été démolie, et une piscine a été construite à la place. »
Le domaine où elle avait vu le jour, où elle avait grandit… n’était plus le sien. Alice déglutit, et prit une grande inspiration en se dressant. La nouvelle était certes douloureuse, mais pas moins attendue. Il était à prévoir que Mère détruirait tout ce qui pourrait la rattacher à cette vie d’avant, celle où elle n’était pas Renesmée Nerrah, Secrétaire d’Etat à l’Education Magique.
« Qu’ils se noient dans leur maudite piscine » cracha t-elle, avant de reposer la photographie avec les autres. Thomas souffla un rire. « Allez » dit-il. « Il n’en reste plus qu’une. » Alice attrapa la dernière. Et à peine en vit-elle la scène que la photographie prit feu entre ses doigts. Thomas s’écarta d’un bond, ses yeux ronds comme ceux d’un fléreur face à une menace. Alice froissa ses doigts en se relevant, pour se débarrasser des restes de la photographies. Elle secoua sa chemise de cachemire, en vain, la cendre peinait à s’en retirer.
« Désolée » dit-elle à l’attention de son frère, que le feu avait tendance à agiter plus que de raison. « Je ne l’ai pas fait exprès. »
Tout bien réfléchi, c’était à lui de s’excuser. Que croyait-il accomplir, en mettant entre les doigts de sa sœur une photographie de Carry Harrison ? Bien évidemment que la colère qui bouillonnait en elle éclaterait. D’une bien jolie manière, il fallait bien le reconnaître. Une manière que condamnerait qui que ce soit ici. « Force et dignité » lui répéterait-on. Chaque illustre membre de la famille Sangblanc se devait de ne jamais montrer ne serait-ce qu’un soupçon de ses émotions et sentiments, que ce soit en public ou en privé. Alice y arrivait, et très bien à vrai dire, elle n’avait pas à en rougir. Mais lorsqu’il s’agissait de Harrison… elle n’y arrivait pas. Rien qu’à l’évocation de son nom en songe, elle sentait son sang bouillonner, et sa joue la chauffer.
Mais ici, on ne voulait pas le comprendre. On préférait cacher le cadavre dans le placard, plutôt que de le faire flamber.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Prenant enfin conscience de la présence de sa jeune sœur dans le petit salon, Thomas se redressa pour la regarder. Il étira un sourire provocateur en captant le regard d’Alice sur ses pieds nus, avant de les redescendre.
« — Surprise ? demanda t-il dans un sourire goguenard.
— Par ce nouveau genre malpropre que tu te donnes ? On peut dire cela, en effet.
— Oh, pas même par ma présence en ces lieux ?
— Également. Ne devais-tu pas être en voyage, dans je ne sais plus quel pays ? Par Merlin, tu es si souvent en déplacement que je suis perdue. »
Le sourire de Thomas se fit plus doux. L’ancien Manteau Noir quitta le canapé, et étira son dos. Le rictus douloureux qui glissa sur les lèvres pâles de l’ainé des enfants Sangblanc indiqua à Alice que le retour en balais avait certainement été éprouvant.
« Je suis rentré hier soir » dit-il en contournant le canapé. « Je n’allais tout de même pas raté le retour de ma petite sœur préférée, hm ?
— J’espère que tu as conscience que ce n’est pas réciproque.»
Thomas feignit la douleur, une main sur son coeur. Elle passa à côté de lui pour aller s’asseoir dans un de ses fauteuils préférés, faisant face à la cheminée éteinte, et au grand tableau de Grand-Mère Elisabeth. Elle contempla un moment son visage constellés de tâche de rousseur, comme souvent lorsqu’elle s’asseyait ici. Grand-Mère était absorbée par la lecture d’un livre, trop pour prêter attention à son unique petite fille.
Thomas s’approcha d’elle, jusqu’à s’asseoir sur l’accoudoir. Il resta silencieux, et ce malgré le regard pesant de sa sœur sur lui. Il tendit une enveloppe à Alice, qui s’empressa de la récupérer.
« — Qu’est-ce que c’est ? demanda t-elle en la tournant entre ses doigts.
— Des souvenirs de mon dernier voyage. »
Une coupure nette se fit au dessus de l’enveloppe pour l’ouvrir. Alice gratifia Thomas et son sortilège informulé d’un « merci » et faufila ses doigts délicats dans l’enveloppe.
Elle en retira une photographie animée qu’elle prit un temps à observer. Un sourire éclaira son visage. Un kelpy et son petit marchaient paisiblement au bord d’une grande étendue d’eau. Thomas avait prit la photo de suffisamment loin pour ne pas être en danger.
Cependant, la vue de ces Kelpy, ces animaux de Grande-Bretagne, provoqua en Alice un électrochoc. Elle releva lentement les yeux sur son frère, qui avait perdu son sourire malicieux. Voilà donc où était Thomas : sur les terres qu’ils avaient dû quitter.
« Voilà » dit-il. « Il s’agit du souvenir le plus agréable que j’ai pu te ramener. Tu voulais que je te tienne au courant des avancées en Grande-Bretagne ? Les voici. »
Alice reposa les kelpy à côté d’elle, et retira une seconde photo de son enveloppe. Sa gorge se noua, alors que s’agitait sous ses yeux une foule de sorciers, présidé par un vieil homme fier, galvanisé par une foule qui l’acclamait. Autour de lui se tenait des personnes différentes, qu’Alice reconnu comme étant des importants. L’adolescente reconnu alors oncle Magnus. Du bout de son doigt, elle caressa le visage de son oncle.
« — Drago Malfoy, annonça Thomas. Prononçant un discours lors de l’inauguration de Godric’s Hollow. Magnus est placé là…
— Parce qu’il est directeur du bureau de la FEPS. Je sais. »
Alice n’en voulait pas aux Nerrah de se tenir là, parmi les vainqueurs. Elle préférait les savoir ici qu’ailleurs, car cela signifiait qu’ils étaient en sécurité, et mieux lotis que ceux qui avaient fait le choix de se battre pour l’égalité du sang.
Alice resta silencieuse, ses yeux occupés à décortiquer la scène qui se déroulait sous ses yeux. Elle se saisit d’une autre photo, s’attardant sur la foule. Alice imprégnait dans sa mémoire chaque visage jovial qu’elle voyait, comme ci cela pouvait lui servir. Comment pouvaient-ils avoir l’air si heureux, alors qu’ils acclamaient une bande de dangereux sang-pur extrémistes ? Alice ne fit aucun commentaire. Son frère avait été l’un de ces extrémistes. Alice ignorait ce qui avait pu le rendre moins virulent envers l’existence même des Moldus. Un ennemi commun, peut-être ? Ne dit-on pas que les ennemis de nos ennemis sont nos amis ?
Ses yeux se plissèrent sur certains visages. Alice reconnaissait quelques uns de ses camarades. Aurait-elle été parmi eux, si tante Elise et Thomas n’étaient pas venu l’emmener pour la France, il y a à présent plus d’un an ? Oh oui, elle l’aurait été. Avec le Merlin, elle y serait allé. Elle aurait profité du rassemblement pour collé des affiches anti-Conseil dans les rues de Godric’s Hollow. Elle aurait cherché qui étaient les éléments anti-Moldus dans les rangs. Elle aurait fait tant de choses, si seulement on lui en avait laissé l’occasion. Alice jeta un bref regard à son poignet gauche, celui qu’un Manteau Noir lui avait cassé, il y a de cela quelques temps à présent. Sa première blessure de guerre, celle dont aujourd’hui, Alice était fière, puisqu’elle représentait sa volonté de se battre pour obtenir le monde qu’elle désirait. Aujourd’hui, assise sur ce confortable divan, à observer les photos de la victoire de la haine, tout cela sonnait creux.
Alice attrapa une nouvelle photographie, et cette fois, son coeur rata un battement. Mère. C’était bien elle. A la fenêtre d’un grand bâtiment qui dominait la place où se déroulait le discours de Drago Malfoy, une coupe de vin à la main qu’elle brandissait pour célébrer l’inauguration. Alice sentit ses dents grincer.
« — J’ignore pourquoi elle n’a pas profité de l’occasion pour se tenir auprès du vieux Malfoy, commenta Thomas.
— Peut-être parce que cela fait mauvais genre de se tenir auprès de tous ces hommes qu’elle a séduit, lors de son ascension au pouvoir.
— C’est une possibilité, en effet. »
Dans une autre époque, Thomas aurait prit la défense de sa mère. Mais dans cette même autre époque, jamais Alice n’aurait adressé la parole à Thomas.
Renesmée n’avait pas changé, que ce soit dans sa posture ou son regard. Il y avait toujours de la dureté, celle qu’Alice avait toujours considéré comme étant celle de la méchanceté. Mais c’était autre chose. C’était quelque chose qu’elle avait déjà vu dans les yeux d’Aliosus, et cela lui crevait le coeur de l’admettre.
« Elle a vendu notre domaine pour s’offrir la demeure où tu la vois perché » dit Thomas, douloureux. « La volière a été démolie, et une piscine a été construite à la place. »
Le domaine où elle avait vu le jour, où elle avait grandit… n’était plus le sien. Alice déglutit, et prit une grande inspiration en se dressant. La nouvelle était certes douloureuse, mais pas moins attendue. Il était à prévoir que Mère détruirait tout ce qui pourrait la rattacher à cette vie d’avant, celle où elle n’était pas Renesmée Nerrah, Secrétaire d’Etat à l’Education Magique.
« Qu’ils se noient dans leur maudite piscine » cracha t-elle, avant de reposer la photographie avec les autres. Thomas souffla un rire. « Allez » dit-il. « Il n’en reste plus qu’une. » Alice attrapa la dernière. Et à peine en vit-elle la scène que la photographie prit feu entre ses doigts. Thomas s’écarta d’un bond, ses yeux ronds comme ceux d’un fléreur face à une menace. Alice froissa ses doigts en se relevant, pour se débarrasser des restes de la photographies. Elle secoua sa chemise de cachemire, en vain, la cendre peinait à s’en retirer.
« Désolée » dit-elle à l’attention de son frère, que le feu avait tendance à agiter plus que de raison. « Je ne l’ai pas fait exprès. »
Tout bien réfléchi, c’était à lui de s’excuser. Que croyait-il accomplir, en mettant entre les doigts de sa sœur une photographie de Carry Harrison ? Bien évidemment que la colère qui bouillonnait en elle éclaterait. D’une bien jolie manière, il fallait bien le reconnaître. Une manière que condamnerait qui que ce soit ici. « Force et dignité » lui répéterait-on. Chaque illustre membre de la famille Sangblanc se devait de ne jamais montrer ne serait-ce qu’un soupçon de ses émotions et sentiments, que ce soit en public ou en privé. Alice y arrivait, et très bien à vrai dire, elle n’avait pas à en rougir. Mais lorsqu’il s’agissait de Harrison… elle n’y arrivait pas. Rien qu’à l’évocation de son nom en songe, elle sentait son sang bouillonner, et sa joue la chauffer.
Mais ici, on ne voulait pas le comprendre. On préférait cacher le cadavre dans le placard, plutôt que de le faire flamber.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Diaphane
Comme souvent lors des repas au domaine Sangblanc, le silence prédominait. L’argenterie ne crissait pas contre la porcelaine. Les dents de déchiraient pas bruyamment la viande juteuse, ni ne broyait les légumes dans une cacophonie qu’Alice avait connu, il y a un peu plus d’un an. Un sourire nostalgique glissa sur ses lèvres le temps d’une pensée.
Père faisait face à Grand-Père, chacun en bout de table. Le chef de famille, et le patriarche. Thomas se tenait en face de tante Élise, et Alice au côté de son frère. Devant elle, comme d’habitude lorsqu’on ne recevait personne, la place était vide, mais préparée. C’était ainsi. Dans l’éventualité où quelqu’un viendrait. Quelqu’un comme Jacob, un ami ou encore Mère. Cette dernière n’était pas la bienvenue ici, et risquait de s’attirer la colère de Grand-Père Henri si elle osait poser ne serait-ce qu’un orteil sur ses terres. Mais Père, lui, l’accueillerait volontiers, Alice le savait. Ils avaient plusieurs fois eu des discussions au sujet des sentiments que Père éprouvait toujours pour Mère. Alice ne connaissait pas un amour plus fort que celui qu’il avait pour sa femme, et cela dépassait la compréhension d’Alice. Qui pouvait donc aimer une gorgone pareille, si ce n’est un sot ou un fou ? Alice refusait de croire que son père était l’un ou l’autre.
Alice glissa un regard à Père, qui mangeait à sa faim. Elle s’assurait qu’il mange de tout. Depuis qu’il avait quitté Azkaban, Dorian semblait réapprendre à manger. De toutes évidences, il n’avait pas eu à manger tous les jours. Il n’en parlait pas à Alice. Elle ne pouvait que supposer, et s’inquiéter.
Le repas terminé, Alice quitta la table, de cœur avec le reste de sa famille. Mais avant qu’elle ne quitte la salle à manger, tante Élise l’attrapa délicatement son poignet.
« — Alice, très chère.
— Oui, ma tante ?
— Accompagnez-moi, cet après-midi. J’ai quelqu’un à vous présenter. »
Alice soupira intérieurement. « Encore ? » se retint-elle de dire. Elle se contenta d’esquisser un sourire, et d’opiner du chef. Satisfaite, tante Élise sourit à son tour.
« Fort bien » dit-elle en s’éloignant déjà. « Tachez d’être prête lorsque je vous appellerai. »
Alice resta un moment dans la salle à manger. A peine était-elle rentrée qu’on la sollicitait déjà de bien des manières. Était-ce cela, que d’être considéré comme une adulte ?
Grand-Griffe, l’hippogriffe de tante Élise, était harnaché. Elle même était prête, enfilée dans sa tenue de vol, où cuir de dragon et de plastron de metal se mariaient. Élégance, et puissance. Voilà ce qu’Alice voyait lorsqu’elle observait sa tante ajuster ses lunettes de vol sur ses yeux. Elle se tourna vers sa nièce et l’observa avec satisfaction. Alice, en apprenant que le voyage se ferait en hippogriffe, avait dû s’apprêter comme sa tante. A la différence que sa tenue à elle ne comportait pas cette belle traine de soie qui coulait le long des jambes de tante Élise.
« — Et qui allons-nous rencontrer, au juste ? demanda Alice, rabattant sur sa tête sa capuche.
— Avez-vous vu votre frère ? Ah, le voici. »
Alice se tourna vers la forêt et vit Thomas en ressortir, sur le dos de Féal, un grand hippogriffe au plumage presque noir que Grand-Père montait autrefois. Lui aussi portait une tenue de vol, et semblait prêt à décoller.
« — Vous ne m’aviez pas dit que Thomas venait avec nous.
— Cela m’était sorti de l’esprit. Venez, ma douce. Nous sommes déjà en retard. »
Alice obéit. Elle releva ses lunettes de vol sur son nez. Après avoir salué Grand-Griffe, elle se hissa sans mal sur son dos. Tante Élise l’a rejoint à son tour. Elle se saisit des rênes, ses bras encadrant Alice.
Thomas et tante Élise échangèrent un regard, et aussitôt, elle lança Grand-Griffe au galop. Alice sentait le fracas des sabots contre le sol, ils résonnaient merveilleusement en elle. Son cœur battait à tout rompre. Ce qu’elle pouvait aimer cela. Un jour, elle aussi aurait son hippogriffe, et elle aussi pourrait le chevaucher avec autant d’aisance que tante Élise.
Mais ce jour n’arrivera pas tant qu’elle continuera à fermer les yeux pour ne pas voir le sol se dérober sous les sabots de l’hippogriffe.
Après une heure de vol - qui lui paru une éternité - les Sangblanc se posèrent enfin. Lorsque Alice ouvrit les yeux, elle croisa celui de son frère, qui l’observait avec amusement. Elle décida d’ignorer ses moqueries. Lui avait peur du feu, ce n’était guerre mieux que la crainte de tomber dans le vide.
Devant eux se tenaient une chaumière, visiblement la seule habituation a des kilomètres à la ronde. Elle se tenait modestement au milieu des plaines, et aux pieds des grandes montagnes, où quelques percés-neige avaient poussés.
Tante Élise mit pied à terre, son regard vadrouillant sur les alentours. Elle semblait prendre connaissance des environs, peut-être pour s’assurer qu’ils ne craignaient rien.
« — C’est ici qu’elle habite ? Demanda Thomas en retirant lunettes et capuche.
— C’est ici.
— De qui parlez-vous ? »
Les aînés se tournèrent vers Alice, mais aucun ne daigna lui répondre. Les damnés.
Tante Élise s’approcha néanmoins de sa nièce. Elle lui abaissa sa capuche, puis ses lunettes. Ses doigts pâles se saisirent du menton d’Alice. L’adolescente capta le regard de sa tante sur sa cicatrice, sans aucun doute visible de part son manque de concentration. Aussitôt, Alice se força à poser son esprit sur son enchantement pour le rendre plus fort. Tante Élise caressa doucement la peau d’Alice. « Force et dignité. » lui susurra t-elle dans un sourire.
Force et dignité, force et dignité… Si Alice devait être digne, comme on lui répétait inlassablement, elle exposerait fièrement sa cicatrice. Ils étaient les seuls à en éprouver de la honte, si bien qu’ils lui avaient apposé cet enchantement ô combien handicapant, et qui lui demandait une concentration perpétuelle pour qu’il ne s’effrite pas.
Tante Elise s’éloigna d’Alice pour rejoindre la porte. Thomas en profita pour s’approcher dans le dos d’Alice. Il lui glissa à l’oreille sur un ton grave :
« — Tu feras un parfait sacrifice pour notre seigneur noir.
— Arrête, grand dadais. Cela ne m’amuse pas du tout. »
Contrairement à Thomas, qui souffla un rire devant l’air agacé d’Alice. Elle observait la chaumière, la tête pleine d’interrogation et, il fallait bien le reconnaître, d’inquiétude. Alice ne parvenait pas à savoir qui ils allaient rencontrés. Il y avait tout de même peu de chance pour que qui que ce soit de l’entourage de tante Elise habite ici, au beau milieu de nul part et qui plus est, dans une petite chaumière sans prétention.
« — Qui habite ici ? demanda Alice à Thomas.
— Je ne connais pas son nom. »
Tout ce mystère n’était pas pour plaire à Alice. Elle aurait volontiers cuisiner Thomas pour en savoir plus, mais voilà que la porte de la chaumière s’ouvrît devant tante Elise. Une vieille femme se tenait sur le pas de la porte, son dos courbé par le poids des années.
La femme considéra un moment tante Élise.
« Vous êtes en retard » dit-elle à l’attention d Élise. « Vous croyez que je n’ai que ça à faire ? »
Le ton qu’utilisait la vieille femme pour parler à Élise surpris Alice, qui sentit sa respiration se couper. Une envie furibonde de lui demander de présenter ses excuses à sa tante lui sauta à la gorge, la même qui sembla frapper Thomas. Il avait froncé ses sourcils comme on arme un canon.
« Veuillez acceptez nos plus plates excuses » dit tante Élise dans un joli geste de la main. « Vous savez comment sont les adolescentes. »
Tante Élise s’écarta d’un pas, et immédiatement, la vieille femme darda ses deux yeux brunâtre sur Alice. Elle l’observa des pieds à la tête, comme on considère un morceau de viande sur l’étal d’un boucher. Elle opina vivement du chef, et rentra dans sa chaumière, laissant derrière elle la porte ouverte. Tante Élise se tourna vers son neveu et sa nièce, et leur fit signe de venir d’approcher.
«— Ne pouvons nous pas consulter quelqu’un d’autre ? demanda Thomas à voix basse. Je n’apprécie pas ses manières.
— Madame Darmin a les meilleurs résultats du pays.
— Et de toutes évidences, elle le sait. Écoutez, ma tante… nous pouvons également repousser, jusqu’à ce que cette vieille chouette trépasse et laisse sa place à la seconde aux meilleurs résultats, non ? Ce n’est pas comme si nous étions pressés par le temps.
— Allons, ne faites pas l’enfant. Arrangez moi ces jolies boucles, et suivez moi. Alice, effacez donc ces sourcils froncés.
— Peut-être, lorsque l’un de vous daignera m’expliquer qui est cette femme, et ce que nous faisons ici. »
D’une oscillation de ses doigts pâles, tante Élise défit le chignon d’Alice. Ses longues boucles blanches retombèrent en cascade tout autour d’elle. Elle plaça une partie d’entre elles derrière son oreille, ajusta certaines sur son front, et l’admira avec un œil critique. Un sourire naquit à ses lèvres rosées.
« Apprenez à taire impatience et curiosité, ma chère nièce. Vous êtes presque une adulte, désormais. Comportez vous comme tel.»
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Père faisait face à Grand-Père, chacun en bout de table. Le chef de famille, et le patriarche. Thomas se tenait en face de tante Élise, et Alice au côté de son frère. Devant elle, comme d’habitude lorsqu’on ne recevait personne, la place était vide, mais préparée. C’était ainsi. Dans l’éventualité où quelqu’un viendrait. Quelqu’un comme Jacob, un ami ou encore Mère. Cette dernière n’était pas la bienvenue ici, et risquait de s’attirer la colère de Grand-Père Henri si elle osait poser ne serait-ce qu’un orteil sur ses terres. Mais Père, lui, l’accueillerait volontiers, Alice le savait. Ils avaient plusieurs fois eu des discussions au sujet des sentiments que Père éprouvait toujours pour Mère. Alice ne connaissait pas un amour plus fort que celui qu’il avait pour sa femme, et cela dépassait la compréhension d’Alice. Qui pouvait donc aimer une gorgone pareille, si ce n’est un sot ou un fou ? Alice refusait de croire que son père était l’un ou l’autre.
Alice glissa un regard à Père, qui mangeait à sa faim. Elle s’assurait qu’il mange de tout. Depuis qu’il avait quitté Azkaban, Dorian semblait réapprendre à manger. De toutes évidences, il n’avait pas eu à manger tous les jours. Il n’en parlait pas à Alice. Elle ne pouvait que supposer, et s’inquiéter.
Le repas terminé, Alice quitta la table, de cœur avec le reste de sa famille. Mais avant qu’elle ne quitte la salle à manger, tante Élise l’attrapa délicatement son poignet.
« — Alice, très chère.
— Oui, ma tante ?
— Accompagnez-moi, cet après-midi. J’ai quelqu’un à vous présenter. »
Alice soupira intérieurement. « Encore ? » se retint-elle de dire. Elle se contenta d’esquisser un sourire, et d’opiner du chef. Satisfaite, tante Élise sourit à son tour.
« Fort bien » dit-elle en s’éloignant déjà. « Tachez d’être prête lorsque je vous appellerai. »
Alice resta un moment dans la salle à manger. A peine était-elle rentrée qu’on la sollicitait déjà de bien des manières. Était-ce cela, que d’être considéré comme une adulte ?
Grand-Griffe, l’hippogriffe de tante Élise, était harnaché. Elle même était prête, enfilée dans sa tenue de vol, où cuir de dragon et de plastron de metal se mariaient. Élégance, et puissance. Voilà ce qu’Alice voyait lorsqu’elle observait sa tante ajuster ses lunettes de vol sur ses yeux. Elle se tourna vers sa nièce et l’observa avec satisfaction. Alice, en apprenant que le voyage se ferait en hippogriffe, avait dû s’apprêter comme sa tante. A la différence que sa tenue à elle ne comportait pas cette belle traine de soie qui coulait le long des jambes de tante Élise.
« — Et qui allons-nous rencontrer, au juste ? demanda Alice, rabattant sur sa tête sa capuche.
— Avez-vous vu votre frère ? Ah, le voici. »
Alice se tourna vers la forêt et vit Thomas en ressortir, sur le dos de Féal, un grand hippogriffe au plumage presque noir que Grand-Père montait autrefois. Lui aussi portait une tenue de vol, et semblait prêt à décoller.
« — Vous ne m’aviez pas dit que Thomas venait avec nous.
— Cela m’était sorti de l’esprit. Venez, ma douce. Nous sommes déjà en retard. »
Alice obéit. Elle releva ses lunettes de vol sur son nez. Après avoir salué Grand-Griffe, elle se hissa sans mal sur son dos. Tante Élise l’a rejoint à son tour. Elle se saisit des rênes, ses bras encadrant Alice.
Thomas et tante Élise échangèrent un regard, et aussitôt, elle lança Grand-Griffe au galop. Alice sentait le fracas des sabots contre le sol, ils résonnaient merveilleusement en elle. Son cœur battait à tout rompre. Ce qu’elle pouvait aimer cela. Un jour, elle aussi aurait son hippogriffe, et elle aussi pourrait le chevaucher avec autant d’aisance que tante Élise.
Mais ce jour n’arrivera pas tant qu’elle continuera à fermer les yeux pour ne pas voir le sol se dérober sous les sabots de l’hippogriffe.
Après une heure de vol - qui lui paru une éternité - les Sangblanc se posèrent enfin. Lorsque Alice ouvrit les yeux, elle croisa celui de son frère, qui l’observait avec amusement. Elle décida d’ignorer ses moqueries. Lui avait peur du feu, ce n’était guerre mieux que la crainte de tomber dans le vide.
Devant eux se tenaient une chaumière, visiblement la seule habituation a des kilomètres à la ronde. Elle se tenait modestement au milieu des plaines, et aux pieds des grandes montagnes, où quelques percés-neige avaient poussés.
Tante Élise mit pied à terre, son regard vadrouillant sur les alentours. Elle semblait prendre connaissance des environs, peut-être pour s’assurer qu’ils ne craignaient rien.
« — C’est ici qu’elle habite ? Demanda Thomas en retirant lunettes et capuche.
— C’est ici.
— De qui parlez-vous ? »
Les aînés se tournèrent vers Alice, mais aucun ne daigna lui répondre. Les damnés.
Tante Élise s’approcha néanmoins de sa nièce. Elle lui abaissa sa capuche, puis ses lunettes. Ses doigts pâles se saisirent du menton d’Alice. L’adolescente capta le regard de sa tante sur sa cicatrice, sans aucun doute visible de part son manque de concentration. Aussitôt, Alice se força à poser son esprit sur son enchantement pour le rendre plus fort. Tante Élise caressa doucement la peau d’Alice. « Force et dignité. » lui susurra t-elle dans un sourire.
Force et dignité, force et dignité… Si Alice devait être digne, comme on lui répétait inlassablement, elle exposerait fièrement sa cicatrice. Ils étaient les seuls à en éprouver de la honte, si bien qu’ils lui avaient apposé cet enchantement ô combien handicapant, et qui lui demandait une concentration perpétuelle pour qu’il ne s’effrite pas.
Tante Elise s’éloigna d’Alice pour rejoindre la porte. Thomas en profita pour s’approcher dans le dos d’Alice. Il lui glissa à l’oreille sur un ton grave :
« — Tu feras un parfait sacrifice pour notre seigneur noir.
— Arrête, grand dadais. Cela ne m’amuse pas du tout. »
Contrairement à Thomas, qui souffla un rire devant l’air agacé d’Alice. Elle observait la chaumière, la tête pleine d’interrogation et, il fallait bien le reconnaître, d’inquiétude. Alice ne parvenait pas à savoir qui ils allaient rencontrés. Il y avait tout de même peu de chance pour que qui que ce soit de l’entourage de tante Elise habite ici, au beau milieu de nul part et qui plus est, dans une petite chaumière sans prétention.
« — Qui habite ici ? demanda Alice à Thomas.
— Je ne connais pas son nom. »
Tout ce mystère n’était pas pour plaire à Alice. Elle aurait volontiers cuisiner Thomas pour en savoir plus, mais voilà que la porte de la chaumière s’ouvrît devant tante Elise. Une vieille femme se tenait sur le pas de la porte, son dos courbé par le poids des années.
La femme considéra un moment tante Élise.
« Vous êtes en retard » dit-elle à l’attention d Élise. « Vous croyez que je n’ai que ça à faire ? »
Le ton qu’utilisait la vieille femme pour parler à Élise surpris Alice, qui sentit sa respiration se couper. Une envie furibonde de lui demander de présenter ses excuses à sa tante lui sauta à la gorge, la même qui sembla frapper Thomas. Il avait froncé ses sourcils comme on arme un canon.
« Veuillez acceptez nos plus plates excuses » dit tante Élise dans un joli geste de la main. « Vous savez comment sont les adolescentes. »
Tante Élise s’écarta d’un pas, et immédiatement, la vieille femme darda ses deux yeux brunâtre sur Alice. Elle l’observa des pieds à la tête, comme on considère un morceau de viande sur l’étal d’un boucher. Elle opina vivement du chef, et rentra dans sa chaumière, laissant derrière elle la porte ouverte. Tante Élise se tourna vers son neveu et sa nièce, et leur fit signe de venir d’approcher.
«— Ne pouvons nous pas consulter quelqu’un d’autre ? demanda Thomas à voix basse. Je n’apprécie pas ses manières.
— Madame Darmin a les meilleurs résultats du pays.
— Et de toutes évidences, elle le sait. Écoutez, ma tante… nous pouvons également repousser, jusqu’à ce que cette vieille chouette trépasse et laisse sa place à la seconde aux meilleurs résultats, non ? Ce n’est pas comme si nous étions pressés par le temps.
— Allons, ne faites pas l’enfant. Arrangez moi ces jolies boucles, et suivez moi. Alice, effacez donc ces sourcils froncés.
— Peut-être, lorsque l’un de vous daignera m’expliquer qui est cette femme, et ce que nous faisons ici. »
D’une oscillation de ses doigts pâles, tante Élise défit le chignon d’Alice. Ses longues boucles blanches retombèrent en cascade tout autour d’elle. Elle plaça une partie d’entre elles derrière son oreille, ajusta certaines sur son front, et l’admira avec un œil critique. Un sourire naquit à ses lèvres rosées.
« Apprenez à taire impatience et curiosité, ma chère nièce. Vous êtes presque une adulte, désormais. Comportez vous comme tel.»
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Diaphane
Contrairement à ce que laissait supposer l’extérieur, la chaumière était grande, certainement soumise à un sortilège d’extension. Elle était décorée avec finesse et légèreté. Chats et fléreurs vagabondaient dans les pièces qu’ils traversèrent, Alice en compta neuf, mais supposaient que d’autres se soient cachés.
Madame Darmin conduisit les Sangblanc dans un salon, où un fauteuil de velours violine faisait face à un autre et un canapé. Sur la table basse au centre se tenait un épais classeur de cuir fermé, accompagné d’un carnet et sa plume à papotte. La vieille femme leur fit signe de prendre place, alors qu’elle même rejoignait le fauteuil face aux autres.
Tante Élise prit place la première sur le canapé, et invita Alice à prendre place à côté d’elle. Après avoir balayé la pièce du regard, Thomas s’installa dans le fauteuil à leur côté.
Alice ne savait pas à quoi s’attendre. Elle essayait d’interroger sa tante du regard, mais cette dernière ne s’intéressait pas à elle pour le moment. Elle cherchait des indices dans la pièce, dans les attitudes de Madame Darmin. En vain.
Un plateau en lévitation sorti d’une pièce dans le dos de Madame Darmin et glissa jusqu’à Alice et sa famille. Tante Élise se saisi d’une des tasses fumantes qui s’y trouvait. Alice et Thomas l’imitèrent. Du thé au jasmin. Alice jeta un coup d’œil à son frère pour s’assurer qu’il parvienne à cacher tout le dégoût qu’il avait pour ce breuvage. Quel excellent menteur il faisait.
« — Vos neveux sont-ils muets ? Demanda Madame Darmin en récupérant une tasse de thé sur le plateau.
— Nenni. Thomas est au contraire une vraie pipelette.
— Et Alice ? »
Tante Elise jeta un regard à Alice, l’invitant silencieusement à prendre la parole.
« Je réfléchis avant de parler » répondit-elle. « C’est tout. »
« C’est tout » répéta la vieille femme. Elle porta son thé à ses lèvres, et en bu une petite gorgée. « C’est très bien. Personne n’aime les moulins à parole. Ils ennuient plus qu’ils n’intéressent. »
Alice tourna un peu la tête vers Thomas, et se moqua silencieusement de son frère, qui accusait le coup en roulant des yeux dans ses orbites. Depuis le temps qu’elle lui disait qu’il parlait beaucoup trop.
« Levez vous, Alice » commanda Madame Darmin. « Que je puisse vous regarder. »
Voilà une drôle de demande. Alice questionna sa tante des yeux, qui inclina un peu la tête pour appuyer la demande de Madame Darmin. Alice reposa sa tasse sur la table basse, et se releva. Le regard de la vieille dame se braqua aussitôt sur elle, et l’analysa comme tout à l’heure. Alice se sentait mal à l’aise, et elle le fit plus encore lorsque la femme lui demanda de tourner sur elle même, lentement. Toujours appuyée par le regard de sa tante, Alice s’exécutait, la gorge serrée, le coeur battant.
« Est-ce vraiment nécessaire ? » demanda Thomas. « A moins que l’on m’est menti, ma petite sœur ne va pas être proposée à la vente dans une boucherie »
Madame Darmin et tante Elise se tournèrent vers Thomas, qui affrontaient leur regard sans sourciller.
« Bavard, et désagréable. Je comprends mieux pourquoi vous n’avez pas encore la bague au doigt. Elles doivent certainement fuir dés que vous ouvrez la bouche. Asseyez vous, Alice. J’en ai assez vu. »
Avec soulagement, Alice retourna à son canapé, en oubliant sa tasse dans la précipitation. Elle échangea avec son frère un regard plein de gratitude, il lui répondit d’un sourire furtif.
Tante Elise, elle, avait adopté son expression la plus neutre, et ne s’embarrassait plus d’un sourire ou d’une mine sympathique. L’intervention impolie de Thomas semblait lui avoir fait perdre sa belle parure. Alice se fit toute petite à côté de cette grande dame qu’elle savait fâchée.
Madame Darmin ouvrit le carnet sur la table, vierge jusqu’à présent.
« Alice Elisabeth Sangblanc » dit-elle à voix haute, et aussitôt, la plume à papotte s’agita sur le carnet. « Née le 21 Juillet 2032, en Irlande. Sang-Pur. Peau très pâle et vierge. Longues boucles blanches tombant aux reins. Grande taille, peut-être un 1 mètre 65, le sera certainement plus lorsque sa croissance aura prit fin. Courbure féminine mais élancée. Poitrine en développement. Doigts grands, longs et fins. Visage fins, traits harmonieux. Yeux légèrement en amande, gris argentés. Grands cils. Sourcils bien dessinés. Petit nez. Lèvres fines et rosées. Dentition blanche, et sans défauts apparents. Mâchoire délicate. Note personnelle : tendance à froncer les sourcils, habitude qui finira par causer quelques dégâts avec le temps. »
Alice sentit un poids tomber dans son ventre, et il n’eu de cesse de tomber à mesure que la vieille femme énumérait et commentait chaque partie de son corps. Ce même corps avec lequel n’était pas à l’aise.
« — Quels sont ses qualités ? Demanda Madame Darmin à tante Elise.
— Gentille, généreuse, soigneuse, prudente, attentive, confiante, observatrice, attentionnée, ingénieuse… »
Alice observait, impuissante, l’étalage de sa personne. Vinrent ensuite ses défauts : l’impatience, la susceptibilité, la gourmandise, la colère, la fragilité, la rancune, l’orgueil, l’immaturité, l’entêtement… Alice accusait le coup, serrant les poings pour ne pas exploser, et poignarder la harpie avec sa maudite plume à papote.
« Elle craint les hauteurs et panique lorsque ses pieds ne touchent plus le sol. Et elle ne sait pas nager, mais cela s’apprend. Elle a saigné pour la première fois il y a de cela un an. Il me semble que c’est tout. Voyez-vous autre chose, ma nièce ? »
Alice planta son regard dans les yeux de sa tante. Elle fronça les sourcils, ses joues rougies par la honte et la colère. L’expression que tante Élise vit sur le visage de sa nièce lui fit hausser un sourcil. Encore une parure, puisque tante Élise ne ressentait jamais aucune émotion. Il fallait tout théâtraliser.
« — Pourquoi feignez-vous la surprise ? demanda Alice à voix basse, pour ne pas embarrasser sa tante devant une inconnue. Vous devez bien vous douter que toute ce cirque m’incommoderait. A moins que vous n’en n’ayez strictement rien à faire, auquel cas votre avis et vos états d’âme quelqu’ils soient m’indiffèrent.
— Madame Darmin est une marieuse, annonça Thomas. A moins que ce soit une vendeuse de chaire ? Je ne parviens pas encore à faire la différence. »
Tante Élise passa son regard de l’un à l’autre. Il n’y avait plus de parure, désormais. Voilà. Ça, c’était le vrai visage de tante Élise. A force de ne pas ressentir d’émotion, elle ne parvenait plus à prendre en considération celles des autres. C’était une belle poupée creuse.
« Une marieuse ? » répéta Alice, que la stupeur avait rendue agressive. « Est-ce que c’est une plaisanterie ? » Elle darda son regard furibond sur sa tante. « — Vous souhaitez me marier ?
— Nenni, vous chercher le candidat idéal, pour que vous n’ayez pas à vous embarrasser de la recherche d’un mari lorsque l’âge de vous marier arrivera. »
Alice resta muette de stupéfaction. Elle lâcha un rire nerveux, en se tournant vers son frère.
« — Et tu le savais !
— Note bien que je suis contre cette procédure rétrograde, et que je n’ai nullement pris part à cette… préparation de vente.
— Allons bon, petits sots, intervint Madame Darmin. Comment croyez-vous que vos grand-parents se sont rencontrés ? Comment croyez-vous que tourne le grand monde ? Avec amour ? Alice, l’amour se crée de toutes pièces. Bien sûr, il y a de rares occasions où il peut naître… mais il est rarement bénéfique aux deux familles. Avec votre sang et votre joli minois, vous trouverez sans mal chaussure à votre pied. »
Les explications de Madame Darmin finirent de mettre Alice en colère. Elle planta ses yeux d’argent sur la vieille femme, et lui présenta sa joue balafrée, dépouillée de son enchantement. La femme recula sur son fauteuil avec un air mêlant dégoût et déception. Tante Élise poussa un profond soupir, l’arrête de son nez pincé entre ses doigts.
« Allez y » cracha Alice. « Mariez le, ce joli minois. »
Et sans un mot de plus, Alice quitta la pièce à grandes enjambées. « Alice ! » appela tante Élise pour qu’elle revienne. Quelle aille au Diable. Qu’ils y aillent tous les trois.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Madame Darmin conduisit les Sangblanc dans un salon, où un fauteuil de velours violine faisait face à un autre et un canapé. Sur la table basse au centre se tenait un épais classeur de cuir fermé, accompagné d’un carnet et sa plume à papotte. La vieille femme leur fit signe de prendre place, alors qu’elle même rejoignait le fauteuil face aux autres.
Tante Élise prit place la première sur le canapé, et invita Alice à prendre place à côté d’elle. Après avoir balayé la pièce du regard, Thomas s’installa dans le fauteuil à leur côté.
Alice ne savait pas à quoi s’attendre. Elle essayait d’interroger sa tante du regard, mais cette dernière ne s’intéressait pas à elle pour le moment. Elle cherchait des indices dans la pièce, dans les attitudes de Madame Darmin. En vain.
Un plateau en lévitation sorti d’une pièce dans le dos de Madame Darmin et glissa jusqu’à Alice et sa famille. Tante Élise se saisi d’une des tasses fumantes qui s’y trouvait. Alice et Thomas l’imitèrent. Du thé au jasmin. Alice jeta un coup d’œil à son frère pour s’assurer qu’il parvienne à cacher tout le dégoût qu’il avait pour ce breuvage. Quel excellent menteur il faisait.
« — Vos neveux sont-ils muets ? Demanda Madame Darmin en récupérant une tasse de thé sur le plateau.
— Nenni. Thomas est au contraire une vraie pipelette.
— Et Alice ? »
Tante Elise jeta un regard à Alice, l’invitant silencieusement à prendre la parole.
« Je réfléchis avant de parler » répondit-elle. « C’est tout. »
« C’est tout » répéta la vieille femme. Elle porta son thé à ses lèvres, et en bu une petite gorgée. « C’est très bien. Personne n’aime les moulins à parole. Ils ennuient plus qu’ils n’intéressent. »
Alice tourna un peu la tête vers Thomas, et se moqua silencieusement de son frère, qui accusait le coup en roulant des yeux dans ses orbites. Depuis le temps qu’elle lui disait qu’il parlait beaucoup trop.
« Levez vous, Alice » commanda Madame Darmin. « Que je puisse vous regarder. »
Voilà une drôle de demande. Alice questionna sa tante des yeux, qui inclina un peu la tête pour appuyer la demande de Madame Darmin. Alice reposa sa tasse sur la table basse, et se releva. Le regard de la vieille dame se braqua aussitôt sur elle, et l’analysa comme tout à l’heure. Alice se sentait mal à l’aise, et elle le fit plus encore lorsque la femme lui demanda de tourner sur elle même, lentement. Toujours appuyée par le regard de sa tante, Alice s’exécutait, la gorge serrée, le coeur battant.
« Est-ce vraiment nécessaire ? » demanda Thomas. « A moins que l’on m’est menti, ma petite sœur ne va pas être proposée à la vente dans une boucherie »
Madame Darmin et tante Elise se tournèrent vers Thomas, qui affrontaient leur regard sans sourciller.
« Bavard, et désagréable. Je comprends mieux pourquoi vous n’avez pas encore la bague au doigt. Elles doivent certainement fuir dés que vous ouvrez la bouche. Asseyez vous, Alice. J’en ai assez vu. »
Avec soulagement, Alice retourna à son canapé, en oubliant sa tasse dans la précipitation. Elle échangea avec son frère un regard plein de gratitude, il lui répondit d’un sourire furtif.
Tante Elise, elle, avait adopté son expression la plus neutre, et ne s’embarrassait plus d’un sourire ou d’une mine sympathique. L’intervention impolie de Thomas semblait lui avoir fait perdre sa belle parure. Alice se fit toute petite à côté de cette grande dame qu’elle savait fâchée.
Madame Darmin ouvrit le carnet sur la table, vierge jusqu’à présent.
« Alice Elisabeth Sangblanc » dit-elle à voix haute, et aussitôt, la plume à papotte s’agita sur le carnet. « Née le 21 Juillet 2032, en Irlande. Sang-Pur. Peau très pâle et vierge. Longues boucles blanches tombant aux reins. Grande taille, peut-être un 1 mètre 65, le sera certainement plus lorsque sa croissance aura prit fin. Courbure féminine mais élancée. Poitrine en développement. Doigts grands, longs et fins. Visage fins, traits harmonieux. Yeux légèrement en amande, gris argentés. Grands cils. Sourcils bien dessinés. Petit nez. Lèvres fines et rosées. Dentition blanche, et sans défauts apparents. Mâchoire délicate. Note personnelle : tendance à froncer les sourcils, habitude qui finira par causer quelques dégâts avec le temps. »
Alice sentit un poids tomber dans son ventre, et il n’eu de cesse de tomber à mesure que la vieille femme énumérait et commentait chaque partie de son corps. Ce même corps avec lequel n’était pas à l’aise.
« — Quels sont ses qualités ? Demanda Madame Darmin à tante Elise.
— Gentille, généreuse, soigneuse, prudente, attentive, confiante, observatrice, attentionnée, ingénieuse… »
Alice observait, impuissante, l’étalage de sa personne. Vinrent ensuite ses défauts : l’impatience, la susceptibilité, la gourmandise, la colère, la fragilité, la rancune, l’orgueil, l’immaturité, l’entêtement… Alice accusait le coup, serrant les poings pour ne pas exploser, et poignarder la harpie avec sa maudite plume à papote.
« Elle craint les hauteurs et panique lorsque ses pieds ne touchent plus le sol. Et elle ne sait pas nager, mais cela s’apprend. Elle a saigné pour la première fois il y a de cela un an. Il me semble que c’est tout. Voyez-vous autre chose, ma nièce ? »
Alice planta son regard dans les yeux de sa tante. Elle fronça les sourcils, ses joues rougies par la honte et la colère. L’expression que tante Élise vit sur le visage de sa nièce lui fit hausser un sourcil. Encore une parure, puisque tante Élise ne ressentait jamais aucune émotion. Il fallait tout théâtraliser.
« — Pourquoi feignez-vous la surprise ? demanda Alice à voix basse, pour ne pas embarrasser sa tante devant une inconnue. Vous devez bien vous douter que toute ce cirque m’incommoderait. A moins que vous n’en n’ayez strictement rien à faire, auquel cas votre avis et vos états d’âme quelqu’ils soient m’indiffèrent.
— Madame Darmin est une marieuse, annonça Thomas. A moins que ce soit une vendeuse de chaire ? Je ne parviens pas encore à faire la différence. »
Tante Élise passa son regard de l’un à l’autre. Il n’y avait plus de parure, désormais. Voilà. Ça, c’était le vrai visage de tante Élise. A force de ne pas ressentir d’émotion, elle ne parvenait plus à prendre en considération celles des autres. C’était une belle poupée creuse.
« Une marieuse ? » répéta Alice, que la stupeur avait rendue agressive. « Est-ce que c’est une plaisanterie ? » Elle darda son regard furibond sur sa tante. « — Vous souhaitez me marier ?
— Nenni, vous chercher le candidat idéal, pour que vous n’ayez pas à vous embarrasser de la recherche d’un mari lorsque l’âge de vous marier arrivera. »
Alice resta muette de stupéfaction. Elle lâcha un rire nerveux, en se tournant vers son frère.
« — Et tu le savais !
— Note bien que je suis contre cette procédure rétrograde, et que je n’ai nullement pris part à cette… préparation de vente.
— Allons bon, petits sots, intervint Madame Darmin. Comment croyez-vous que vos grand-parents se sont rencontrés ? Comment croyez-vous que tourne le grand monde ? Avec amour ? Alice, l’amour se crée de toutes pièces. Bien sûr, il y a de rares occasions où il peut naître… mais il est rarement bénéfique aux deux familles. Avec votre sang et votre joli minois, vous trouverez sans mal chaussure à votre pied. »
Les explications de Madame Darmin finirent de mettre Alice en colère. Elle planta ses yeux d’argent sur la vieille femme, et lui présenta sa joue balafrée, dépouillée de son enchantement. La femme recula sur son fauteuil avec un air mêlant dégoût et déception. Tante Élise poussa un profond soupir, l’arrête de son nez pincé entre ses doigts.
« Allez y » cracha Alice. « Mariez le, ce joli minois. »
Et sans un mot de plus, Alice quitta la pièce à grandes enjambées. « Alice ! » appela tante Élise pour qu’elle revienne. Quelle aille au Diable. Qu’ils y aillent tous les trois.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Diaphane
Sa poitrine montait et descendait à un rythme soutenu. Son regard était braqué sur l’immensité des plaines, où Grand-Griffe et Féal galopaient et se concurrençaient à la course. Assise à l’ombre d’un peuplier tremble, Alice cherchait à calmer son cœur agité par la colère et la déception.
Le plus décevant dans cette histoire, c’était qu’elle n’était finalement pas étonnée. On ne se préoccupait pas de ce qu’elle voulait. Jamais. Parce que c’était ainsi qu’avait toujours été les choses. On pensait au bien être de la famille avant de penser aux individus. Si eux acceptaient ça, ce ne serait jamais son cas. Dans les qualités qu’elle avait énuméré, tante Élise avait oublié la combativité. Un défaut cependant, aux yeux de la belle dame.
Alice entendit l’herbe se froisser, signifiant que quelqu’un arrivait.
« C’est donc ici que tu te cachais. »
Elle ne releva pas les yeux pour regarder Thomas, elle n’en avait pas envie. Il vint s’accroupir à côté d’elle, observant à son tour les hippogriffes. Ils demeurèrent silencieux pendant de longues minutes, durant lesquels Grand-Griffe et Féal soulevaient la terre à force de galoper comme des damnés. Thomas était calme, comme souvent, comme toujours. Sa respiration n’avait pas l’agitation de la sienne.
« — Alice…
— Si tu n’es pas venu ici pour me présenter tes excuses pour ton odieuse trahison, tu peux t’en aller. Je n’ai nullement envie d’écouter tes perfides paroles.
— Je ne les aurais pas laissé te marier sans ton consentement. »
Alice se tourna vivement vers Thomas, une main sur son cœur
« Oh, c’est vrai ? Grands dieux, me voilà bénie. Un chevalier pour frère qui m’aurait protégé à grands coups de silence et mensonges. »
Thomas la regarda se détourner de lui pour se remettre à sa contemplation des hippogriffes. Eux au moins étaient loyaux.
Le sorcier soupira. Il passa une main dans ses boucles blanches pour les ramener en arrière, avant de s’asseoir. Alice retint un souffle agacé. Il avait décidé de rester.
« — Père et Mère m’avaient promis Morrigan Harrison en mariage. Tu t’en souviens ?
— Comment oublier ? On m’a privé de mes vacances avec Grand-Père parce que j’ai tenté d’empêcher cela. »
L’anecdote semblait avoir échappé à Thomas qui se permit un sourire amusé. Il le fit disparaître lorsque Alice planta sur lui un regard signifiant qu’il n’y avait rien de drôle à cela.
« — Morrigan était la promise idéale, et l’aurait été aux yeux de beaucoup. Sang-Pur de bonne famille, aussi belle qu’intelligente… le rêve, en somme.
— Si tu essayes de me convaincre qu’un mariage arrangé c’est merveilleux…
— Ce n’est pas mon intention. »
Thomas reposa ses bras sur ses genoux, ses mains retombant dans le vide. Son expression avait changé. Une drôle de lueur dansait dans ses yeux.
« J’ai accepté sans sourciller, parce que c’était plus facile de laisser les autres choisir à ma place. Je n’ai pas essayé de luter, pas une seule fois, alors que moi, tout ce que je désirais à l’époque, c’était m’amuser, rencontrer de nouvelles femmes, faire de nouvelles expériences, et tout abandonner du jour au lendemain pour recommencer avec une autre. C’est ce que j’ai fait, d’ailleurs. »
Cela, Alice le savait. Il lui avait suffit d’un bal en compagnie de son frère pour comprendre qu’il n’était pas fidèle à sa fiancée.
« Morrigan n’est pas seulement belle et intelligente. Elle est aussi jalouse, possessive, et dangereuse. De vilains traits cachés sous un joli visage et un bon statut social. Ça, Père et Mère n’aurait jamais pu le deviner et il y a fort à parier, du moins j’ose le croire, qu’ils ne m’auraient jamais promis en mariage à Morrigan si ils avaient sut qu’elle était ainsi. »
Thomas garda le silence un moment. Il tourna la tête vers Alice. Son regard était droit sur sa joue, celle la même que la petite soeur de Morrigan avait balafrée.
« Le soir où j’ai voulu rompre avec Morrigan, après lui avoir annoncée que je l’avais trompée, elle a lâché sur moi un Feudeymon, destiné à me tuer. »
Le coeur d’Alice rata un battement. L’annonce de son frère lui fit oublier toute la colère qu’elle avait pu ressentir pour lui. Elle se tourna vers lui, la bouche légèrement entrouverte, incapable de prononcer la moindre parole de réconfort.
Tout prenait sens, à présent. La crainte que Thomas avait pour le feu, c’était à cause de cet événement. Si il avait cessé de tenir des discours immondes sur l’existence des Moldus et Nés-Moldus, c’était parce qu’il avait vu le vrai visage de la haine.
« — J’ai failli mourir ce soir là, de la main de la femme avec laquelle j’aurais dû avoir un avenir doré, parce que j’ai accepté qu’on choisisse ce qui était le mieux pour moi.
— Et parce que tu été assez bête pour être infidèle. »
Un sourire glissa sur les lèvres de Thomas. Il acquiesça la remarque d’Alice d’une hochement de la tête. Il reprit ensuite une mine plus sérieuse en se tournant vers elle.
« Je ne laisserai personne te marier sans que tu ne l’ai accepté. Tu as ma parole. »
Alice opina un peu du chef, touchée par la sincérité des mots de Thomas. Qu’il était curieux de le voir aussi solennel, lui qui faisait de la vie un immense terrain de jeu.
Ils se détournèrent l’un de l’autre, leur attention se reportant tranquillement sur les hippogriffes, se reposant à présent dans l’herbe dorée.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Le plus décevant dans cette histoire, c’était qu’elle n’était finalement pas étonnée. On ne se préoccupait pas de ce qu’elle voulait. Jamais. Parce que c’était ainsi qu’avait toujours été les choses. On pensait au bien être de la famille avant de penser aux individus. Si eux acceptaient ça, ce ne serait jamais son cas. Dans les qualités qu’elle avait énuméré, tante Élise avait oublié la combativité. Un défaut cependant, aux yeux de la belle dame.
Alice entendit l’herbe se froisser, signifiant que quelqu’un arrivait.
« C’est donc ici que tu te cachais. »
Elle ne releva pas les yeux pour regarder Thomas, elle n’en avait pas envie. Il vint s’accroupir à côté d’elle, observant à son tour les hippogriffes. Ils demeurèrent silencieux pendant de longues minutes, durant lesquels Grand-Griffe et Féal soulevaient la terre à force de galoper comme des damnés. Thomas était calme, comme souvent, comme toujours. Sa respiration n’avait pas l’agitation de la sienne.
« — Alice…
— Si tu n’es pas venu ici pour me présenter tes excuses pour ton odieuse trahison, tu peux t’en aller. Je n’ai nullement envie d’écouter tes perfides paroles.
— Je ne les aurais pas laissé te marier sans ton consentement. »
Alice se tourna vivement vers Thomas, une main sur son cœur
« Oh, c’est vrai ? Grands dieux, me voilà bénie. Un chevalier pour frère qui m’aurait protégé à grands coups de silence et mensonges. »
Thomas la regarda se détourner de lui pour se remettre à sa contemplation des hippogriffes. Eux au moins étaient loyaux.
Le sorcier soupira. Il passa une main dans ses boucles blanches pour les ramener en arrière, avant de s’asseoir. Alice retint un souffle agacé. Il avait décidé de rester.
« — Père et Mère m’avaient promis Morrigan Harrison en mariage. Tu t’en souviens ?
— Comment oublier ? On m’a privé de mes vacances avec Grand-Père parce que j’ai tenté d’empêcher cela. »
L’anecdote semblait avoir échappé à Thomas qui se permit un sourire amusé. Il le fit disparaître lorsque Alice planta sur lui un regard signifiant qu’il n’y avait rien de drôle à cela.
« — Morrigan était la promise idéale, et l’aurait été aux yeux de beaucoup. Sang-Pur de bonne famille, aussi belle qu’intelligente… le rêve, en somme.
— Si tu essayes de me convaincre qu’un mariage arrangé c’est merveilleux…
— Ce n’est pas mon intention. »
Thomas reposa ses bras sur ses genoux, ses mains retombant dans le vide. Son expression avait changé. Une drôle de lueur dansait dans ses yeux.
« J’ai accepté sans sourciller, parce que c’était plus facile de laisser les autres choisir à ma place. Je n’ai pas essayé de luter, pas une seule fois, alors que moi, tout ce que je désirais à l’époque, c’était m’amuser, rencontrer de nouvelles femmes, faire de nouvelles expériences, et tout abandonner du jour au lendemain pour recommencer avec une autre. C’est ce que j’ai fait, d’ailleurs. »
Cela, Alice le savait. Il lui avait suffit d’un bal en compagnie de son frère pour comprendre qu’il n’était pas fidèle à sa fiancée.
« Morrigan n’est pas seulement belle et intelligente. Elle est aussi jalouse, possessive, et dangereuse. De vilains traits cachés sous un joli visage et un bon statut social. Ça, Père et Mère n’aurait jamais pu le deviner et il y a fort à parier, du moins j’ose le croire, qu’ils ne m’auraient jamais promis en mariage à Morrigan si ils avaient sut qu’elle était ainsi. »
Thomas garda le silence un moment. Il tourna la tête vers Alice. Son regard était droit sur sa joue, celle la même que la petite soeur de Morrigan avait balafrée.
« Le soir où j’ai voulu rompre avec Morrigan, après lui avoir annoncée que je l’avais trompée, elle a lâché sur moi un Feudeymon, destiné à me tuer. »
Le coeur d’Alice rata un battement. L’annonce de son frère lui fit oublier toute la colère qu’elle avait pu ressentir pour lui. Elle se tourna vers lui, la bouche légèrement entrouverte, incapable de prononcer la moindre parole de réconfort.
Tout prenait sens, à présent. La crainte que Thomas avait pour le feu, c’était à cause de cet événement. Si il avait cessé de tenir des discours immondes sur l’existence des Moldus et Nés-Moldus, c’était parce qu’il avait vu le vrai visage de la haine.
« — J’ai failli mourir ce soir là, de la main de la femme avec laquelle j’aurais dû avoir un avenir doré, parce que j’ai accepté qu’on choisisse ce qui était le mieux pour moi.
— Et parce que tu été assez bête pour être infidèle. »
Un sourire glissa sur les lèvres de Thomas. Il acquiesça la remarque d’Alice d’une hochement de la tête. Il reprit ensuite une mine plus sérieuse en se tournant vers elle.
« Je ne laisserai personne te marier sans que tu ne l’ai accepté. Tu as ma parole. »
Alice opina un peu du chef, touchée par la sincérité des mots de Thomas. Qu’il était curieux de le voir aussi solennel, lui qui faisait de la vie un immense terrain de jeu.
Ils se détournèrent l’un de l’autre, leur attention se reportant tranquillement sur les hippogriffes, se reposant à présent dans l’herbe dorée.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Diaphane
Au bout de quelques temps, tante Elise avait quitté la chaumière. Pas un mot n’avait été prononcé, et ce fut le cas également lors du voyage de retour. Tante Elise ne la réprimanderait pas. Alice n’était même pas sûre qu’elle sache comment se comporter, face à cette situation. Père et Grand-Père s’en chargeraient, à moins qu’ils ne prennent sa défense.
Alice ignorait si ils avaient prit part à cette imagination, mais si c’était le cas… elle ne répondrait plus de rien.
Les deux hippogriffes se posèrent avec fracas. Ils continuèrent leur course dans une galopade qui prit fin aux abords du domaine. Grand-Père se tenait sous la pergola, occupé à lire un livre. Il releva ses yeux sous ses lunettes rondes pour les regarder descendre tour à tour des hippogriffes. Alice retira sa capuche et secoua sa tête pour rendre leur liberté à ses boucles. Tante Elise passa à côté d’elle sans un regard supplémentaire.
« Comment s’est passé… »
Grand-Père n’eut aucune réponse : tante Elise rentra dans le manoir sans faire attention à lui. Quoi qu’elle puisse ressentir à ce moment présent, c’était fort négatif.
Thomas passa sa main sur l’épaule d’Alice, et suivit tante Elise. Le patriarche semblait comprendre. Il referma son livre, et reposa ses lunettes dessus.
« Alice. Approche, je te prie. »
Cela répondait aux interrogations d’Alice : il avait bel et bien participé.
Le menton haut, Alice s’approcha, sans exprimer la crainte qui grignotait sa droiture. La chaise la plus proche de Henri s’écarta pour qu’Alice puisse s’y asseoir. Elle s’installa, sans un mot.
« — Aurions-nous dû t’en parler ?
— Assurément. »
Alice braqua son regard sur Grand-Père, la gorge serrée par la colère qui pointait à nouveau le bout de son nez.
« Est-ce qu’à vos yeux, j’ai des airs de pouliche bonne à concourir dans les salons d’élevage ? »
Le regard de Henri changea en un claquement de doigt, et Alice détourna les yeux. « Sur un autre ton, Alice » dit-il de sa voix rocailleuse. « N’oublie pas à qui tu t’adresses. » Alice ne pipa mot, et accusa le coup en serrant les dents. « Tu es ma petite-fille, Alice. En d’autres termes, tu es tenue de suivre la procédure que nous incombe notre sang. Que cela te plaise ou non, nous devons préserver l’héritage qui nous a été fait. »
Un maigre sourire souleva la commissure des lèvres pâles d’Alice. Cela n’échappa pas à Grand-Père. D’un mouvement de la main, il fit pivoter la chaise d’Alice pour la forcer à le regarder.
« — Crois-tu qu’il y a matière à rire ?
— Non, grand-père.
— Tu n’es pas sotte, Alice. Cesse donc de te comporter comme si c’était le cas. »
Grand-Père prit une grande inspiration. Il attrapa doucement la main d’Alice et la recouvrit des siennes. Sa peau contre la sienne, Alice prenait toute conscience de son âge avancé. N’allait-il pas sur ses… quatre-vingt-cinq ans ?
« — Mon enfant… ne me rends pas les choses plus compliquées. Sur mes épaules reposent déjà beaucoup de tracas, sans que tes puérilités ne viennent s’y ajouter.
— Vous ne me marierez pas à un inconnu.
— Tu es encore toute jeune fille. De longues années se présentent à toi pour faire la connaissance de l’époux qui te sera choisi. »
Alice reprit sa main à Grand-Père. « Vous ne me marierez pas » répéta t-elle avec aplomb. « A quinze, vingt, trente ans, vous ne me marierez pas. »
Henri regardait sa petite-fille, sans un mot tout d’abord. Il n’exprimait ni mécontentement, ni colère, ni rien. Alice aurait pu se sentir peinée d’infliger à son grand-père adoré quelques contrariétés. Mais si il y a bien une chose qu’elle avait appris, c’est qu’il ne fallait jamais hésiter à frapper du poing sur la table lorsque l’occasion s’en faisait ressentir. Et aujourd’hui, c’était le cas. On menaçait sa liberté. On voulait lui passer une jolie muselière d’or et de joyaux. Ils se mettaient tous le doigt dans l’œil si ils pensaient réussir.
« — Ta grand-mère et moi avons été marié par nos parents. Et dés lors, elle est la seule que j’ai aimé. Un amour comme celui que nous avions l’un pour l’autre n’avait aucun égal.
— Vous avez rencontré Grand-Mère lors de votre scolarité. Cela n’a rien à voir avec ce que vous me commandez.
— Crois-tu que nous te marierons à un inconnu, ou encore un vieillard ?
— Vous pourriez me surprendre. »
La remarque ne sembla pas au goût du patriarche, qui fronça ses sourcils. Alice, commandée par la révolte, contre-attaqua aussitôt, au risque de recevoir un coup d’estoc en retour.
« Je sais comment marche notre famille, ne vous en déplaise. Les femmes Sangblanc sont mariées aux étrangers, et permettent à notre nom et notre sang de se propager au delà des frontières, dans l’espoir qu’un jour, vous puissiez obtenir un peu de contrôle dans un autre pays. C’est ce que vous aviez prévu pour tante Elise, en la mariant à un Sang-Pur allemand. Malheureusement, tante Elise n’a jamais pu vous donner la moindre descendance. Et c’est ce que vous auriez prévu pour tante Pauline, si cette dernière n’avait pas été frappée par ce que vous avez méchamment nommée folie. Vous voulez me marier à un homme riche et puissant ? Je serai la femme riche et puissante. »
Le souffla manqua à Alice, qui avait tout craché d’une traite, mais d’une voix claire. Peut-être pas sur la fin. Elle s’était entendue bafouillée, au moment d’affirmer qu’elle serait la femme que l’on veut épouser pour sa puissance, et non sa capacité à enfanter moult héritiers. Peu importait, au final. L’important était que le message soit passé.
Et le message passa. Si bien qu’elle cru se liquéfier sur place lorsque le regard de Grand-Père se chargea d’éclair. C’était une colère froide, sans éclat. Il n’avait pas besoin de brandir le poing pour la menacer, ni de mots pour la briser. Cela changeait de la fureur de Mère, qui avait toujours répondu aux éclats d’Alice par la fureur et la méchanceté. Chez les Sangblanc, c’était bien différent. C’était silencieux. Tout était dans les yeux. Cicéron a dit un jour que le regard est le miroir de l’âme, et cela était ô combien trop vrai dans la famille d’Alice. A force de porter un masque, Alice oubliait que le regard, lui, ne ment jamais.
La fureur de Grand-Père finit par fondre comme neige au soleil. Il poussa un profond soupir abattu.
« L’absence de la charmante et gentille petite fille que tu étais jadis me pèse de plus en plus » dit-il à voix basse, avec un peu de tristesse. Il lui lança un regard, avant de complètement de désintéresser d’elle. « Il y a des jours où je vois la sagesse de ta grand-mère en toi. Aujourd’hui, je ne vois que l’arrogance d’une enfant que nous avons trop gâtée. Dispose. J’ai ai terminé avec ton exécrable caractère pour le moment. »
Alice serra les poings contre ses cuisses, et encaissa le coup. Elle se leva lentement, sans un mot, et obéit. Grand-Père ne la regarda pas s’en aller. Il fixait un point au loin, ses lunettes entre ses doigts.
Son cœur tambourinait dans sa poitrine, si bien qu’à l’abris du regard de son grand-père, Alice se permis de verser quelques larmes silencieuses. Elle écrasa sa respiration saccadée contre les paumes de ses mains, et avala douloureusement ses sanglots.
Elle referma les yeux, prit une grande inspiration, et réajusta son faciès en le débarrassant de la colère et rancœur qui crispaient ses traits. Le masque était enfilé. Celui qui la petite adulte que l’on voulait qu’elle soit avant l’heure, la même qu’ils désiraient façonner à leur bon goût. Elle en avait conscience. Peut-être que les choses seraient plus simple si elle ignorait leur plan.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Alice ignorait si ils avaient prit part à cette imagination, mais si c’était le cas… elle ne répondrait plus de rien.
Les deux hippogriffes se posèrent avec fracas. Ils continuèrent leur course dans une galopade qui prit fin aux abords du domaine. Grand-Père se tenait sous la pergola, occupé à lire un livre. Il releva ses yeux sous ses lunettes rondes pour les regarder descendre tour à tour des hippogriffes. Alice retira sa capuche et secoua sa tête pour rendre leur liberté à ses boucles. Tante Elise passa à côté d’elle sans un regard supplémentaire.
« Comment s’est passé… »
Grand-Père n’eut aucune réponse : tante Elise rentra dans le manoir sans faire attention à lui. Quoi qu’elle puisse ressentir à ce moment présent, c’était fort négatif.
Thomas passa sa main sur l’épaule d’Alice, et suivit tante Elise. Le patriarche semblait comprendre. Il referma son livre, et reposa ses lunettes dessus.
« Alice. Approche, je te prie. »
Cela répondait aux interrogations d’Alice : il avait bel et bien participé.
Le menton haut, Alice s’approcha, sans exprimer la crainte qui grignotait sa droiture. La chaise la plus proche de Henri s’écarta pour qu’Alice puisse s’y asseoir. Elle s’installa, sans un mot.
« — Aurions-nous dû t’en parler ?
— Assurément. »
Alice braqua son regard sur Grand-Père, la gorge serrée par la colère qui pointait à nouveau le bout de son nez.
« Est-ce qu’à vos yeux, j’ai des airs de pouliche bonne à concourir dans les salons d’élevage ? »
Le regard de Henri changea en un claquement de doigt, et Alice détourna les yeux. « Sur un autre ton, Alice » dit-il de sa voix rocailleuse. « N’oublie pas à qui tu t’adresses. » Alice ne pipa mot, et accusa le coup en serrant les dents. « Tu es ma petite-fille, Alice. En d’autres termes, tu es tenue de suivre la procédure que nous incombe notre sang. Que cela te plaise ou non, nous devons préserver l’héritage qui nous a été fait. »
Un maigre sourire souleva la commissure des lèvres pâles d’Alice. Cela n’échappa pas à Grand-Père. D’un mouvement de la main, il fit pivoter la chaise d’Alice pour la forcer à le regarder.
« — Crois-tu qu’il y a matière à rire ?
— Non, grand-père.
— Tu n’es pas sotte, Alice. Cesse donc de te comporter comme si c’était le cas. »
Grand-Père prit une grande inspiration. Il attrapa doucement la main d’Alice et la recouvrit des siennes. Sa peau contre la sienne, Alice prenait toute conscience de son âge avancé. N’allait-il pas sur ses… quatre-vingt-cinq ans ?
« — Mon enfant… ne me rends pas les choses plus compliquées. Sur mes épaules reposent déjà beaucoup de tracas, sans que tes puérilités ne viennent s’y ajouter.
— Vous ne me marierez pas à un inconnu.
— Tu es encore toute jeune fille. De longues années se présentent à toi pour faire la connaissance de l’époux qui te sera choisi. »
Alice reprit sa main à Grand-Père. « Vous ne me marierez pas » répéta t-elle avec aplomb. « A quinze, vingt, trente ans, vous ne me marierez pas. »
Henri regardait sa petite-fille, sans un mot tout d’abord. Il n’exprimait ni mécontentement, ni colère, ni rien. Alice aurait pu se sentir peinée d’infliger à son grand-père adoré quelques contrariétés. Mais si il y a bien une chose qu’elle avait appris, c’est qu’il ne fallait jamais hésiter à frapper du poing sur la table lorsque l’occasion s’en faisait ressentir. Et aujourd’hui, c’était le cas. On menaçait sa liberté. On voulait lui passer une jolie muselière d’or et de joyaux. Ils se mettaient tous le doigt dans l’œil si ils pensaient réussir.
« — Ta grand-mère et moi avons été marié par nos parents. Et dés lors, elle est la seule que j’ai aimé. Un amour comme celui que nous avions l’un pour l’autre n’avait aucun égal.
— Vous avez rencontré Grand-Mère lors de votre scolarité. Cela n’a rien à voir avec ce que vous me commandez.
— Crois-tu que nous te marierons à un inconnu, ou encore un vieillard ?
— Vous pourriez me surprendre. »
La remarque ne sembla pas au goût du patriarche, qui fronça ses sourcils. Alice, commandée par la révolte, contre-attaqua aussitôt, au risque de recevoir un coup d’estoc en retour.
« Je sais comment marche notre famille, ne vous en déplaise. Les femmes Sangblanc sont mariées aux étrangers, et permettent à notre nom et notre sang de se propager au delà des frontières, dans l’espoir qu’un jour, vous puissiez obtenir un peu de contrôle dans un autre pays. C’est ce que vous aviez prévu pour tante Elise, en la mariant à un Sang-Pur allemand. Malheureusement, tante Elise n’a jamais pu vous donner la moindre descendance. Et c’est ce que vous auriez prévu pour tante Pauline, si cette dernière n’avait pas été frappée par ce que vous avez méchamment nommée folie. Vous voulez me marier à un homme riche et puissant ? Je serai la femme riche et puissante. »
Le souffla manqua à Alice, qui avait tout craché d’une traite, mais d’une voix claire. Peut-être pas sur la fin. Elle s’était entendue bafouillée, au moment d’affirmer qu’elle serait la femme que l’on veut épouser pour sa puissance, et non sa capacité à enfanter moult héritiers. Peu importait, au final. L’important était que le message soit passé.
Et le message passa. Si bien qu’elle cru se liquéfier sur place lorsque le regard de Grand-Père se chargea d’éclair. C’était une colère froide, sans éclat. Il n’avait pas besoin de brandir le poing pour la menacer, ni de mots pour la briser. Cela changeait de la fureur de Mère, qui avait toujours répondu aux éclats d’Alice par la fureur et la méchanceté. Chez les Sangblanc, c’était bien différent. C’était silencieux. Tout était dans les yeux. Cicéron a dit un jour que le regard est le miroir de l’âme, et cela était ô combien trop vrai dans la famille d’Alice. A force de porter un masque, Alice oubliait que le regard, lui, ne ment jamais.
La fureur de Grand-Père finit par fondre comme neige au soleil. Il poussa un profond soupir abattu.
« L’absence de la charmante et gentille petite fille que tu étais jadis me pèse de plus en plus » dit-il à voix basse, avec un peu de tristesse. Il lui lança un regard, avant de complètement de désintéresser d’elle. « Il y a des jours où je vois la sagesse de ta grand-mère en toi. Aujourd’hui, je ne vois que l’arrogance d’une enfant que nous avons trop gâtée. Dispose. J’ai ai terminé avec ton exécrable caractère pour le moment. »
Alice serra les poings contre ses cuisses, et encaissa le coup. Elle se leva lentement, sans un mot, et obéit. Grand-Père ne la regarda pas s’en aller. Il fixait un point au loin, ses lunettes entre ses doigts.
Son cœur tambourinait dans sa poitrine, si bien qu’à l’abris du regard de son grand-père, Alice se permis de verser quelques larmes silencieuses. Elle écrasa sa respiration saccadée contre les paumes de ses mains, et avala douloureusement ses sanglots.
Elle referma les yeux, prit une grande inspiration, et réajusta son faciès en le débarrassant de la colère et rancœur qui crispaient ses traits. Le masque était enfilé. Celui qui la petite adulte que l’on voulait qu’elle soit avant l’heure, la même qu’ils désiraient façonner à leur bon goût. Elle en avait conscience. Peut-être que les choses seraient plus simple si elle ignorait leur plan.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Diaphane
Le regard droit, le menton haut, Alice affrontait le silence pesant du souper. Elle mangeait à sa faim, pour ne montrer à personne que la colère et la déception de ses pairs à son égard lui pesait. De temps à autre, elle sentait des regards sur elle. Pas celui de tante Elise, qui s’employait à l’ignorer depuis qu’ils étaient rentrés de chez Madame Darmin.
« Ta joue, Alice. »
Le ton de Grand-Père était calme, mais ne laissait aucune place à la contestation. Alors, Alice ne contesta pas. Elle releva seulement les yeux sur Grand-Père au moment de faire disparaître sa cicatrice sous son cache-misère invisible. Satisfait, il se remit à la dégustation de son steak de viande rouge.
Père ne dit rien face à cette scène. Lorsque Alice se tourna vers lui pour voir sa réaction, il se contenta de lui étirer un doux sourire comme il savait les faire, un de ceux qui signifiaient « papa est là pour toi ». Cette promesse sonnait creux, aujourd’hui.
Immergée dans son bain parsemé de poudre de guimauve, Alice fixait son reflet dans une grosse bulle de savon. Les bougies dansaient dans la salle d’eau, seules lumières dont la salle de bain disposait ce soir. Elles offraient à Alice un cocon chaleureux, exactement ce qu’elle désirait après une telle journée.
Alice glissa jusqu’à ce que son nez effleure l’eau chaude, certainement trop chaude, d’ailleurs. De l’eau s’échappait des volutes de vapeur. Quelques unes d’entre elles prenaient des formes de chevaux qui finissaient par disparaître, un bel enchantement qu’il fallait attribuer à la poudre de guimauve que Thomas avait rapporté d’Italie.
« Moi aussi, plus tard, je voyagerais aux quatre coins du Monde » bougonna t-elle, ses sourcils se fronçant. Elle se laissa lentement couler dans l’eau, désireuse de se soustraire à ses pensées, ne serait-ce qu’un instant.
« Aurais-je dû être plus docile ? » se demanda intérieurement Alice, assise sur son lit à baldaquin, les doigts occupés à coiffer ses cheveux gorgés d’eau. « Et accepter d’être vendue au plus offrant ? Plutôt me couper un bras » se répondit-elle furieusement. Une boucle emmêlée se prit entre ses doigts, et tirer dessus lui arracha une grimace douloureuse. Alice braqua son regard colérique sur Althéa, gentiment installée sur son perchoir au bord de la fenêtre ouverte. La chouette effraie hulula, l’air de ne pas comprendre ce qui lui valait le courroux silencieux de sa jeune propriétaire. Son cœur se serra, en regardant l’oiseau qu’il lui avait été offert par Kenneth et Imogen.
Le couple lui manquait et, d’une certaine manière, la vie avec eux également. Qu’était-il advenu d’eux ? Alice aurait aimé le savoir. La dernière fois qu’elle avait entendu parler d’eux, c’était le jour où Thomas lui a annoncé que Kenneth était pourchassé par tous les Moldus de Grande-Bretagne pour avoir enlevé l’un des leurs. Une nouvelle qui l’avait secouée toute entière, et qui avait renforcé son sentiment d’être un chat noir, apportant avec elle tout un tas de malchance qu’elle distribuait à tout ceux qui prenait soin d’elle.
On se mit à toquer à la porte. Alice se tourna un peu vers la pendule pour regarder l’heure. Presque vingt deux heure. Il était bien tard pour venir lui rendre visite.
« — Qui est-ce ?
— Papa. Est-ce que je peux entrer ? »
Alice poussa un soupir. « Oui » dit-elle. Dorian entra alors. Contrairement à Alice qui s’était glissée dans sa chemise de nuit et sa robe de chambre en satin, il était encore encore habillé.
Dorian observa sa fille un moment, et étira un sourire, avant de refermer la porte.
« — Tu n’as pas peur de prendre froid ? demanda t-il en regardant la fenêtre grande ouverte.
— Non, cela me fait du bien. »
Père s’avança jusqu’au lit. D’une oscillation de la main, il fit apparaître une brosse aux grosses dents . « Puis-je ? » Alice opina du chef. Elle s’installa à genoux sur son lit, se tournant dos à son père qui s’y installa. Il attrapa une de ses longues mèches blanches, et commença son brossage. Cette activité détendait Père, et c’est pourquoi elle le laissait faire, malgré la colère qu’elle éprouvait pour ses silences lors du repas.
Ses gestes étaient doux et délicats. L’ancien chef du bureau des Aurors mettait tout en œuvre pour ne pas blesser son enfant en tirant malencontreusement sur un noeud. Lorsqu’il pensait lui faire mal, il posait sa main sur son crâne pour lui caresser tendrement. Ces attentions auraient presque fait culpabiliser Alice de lui en vouloir.
« Tu as toutes les raisons du monde d’être en colère. » dit-il. « A ton âge, je l’étais aussi.
— Ça ne vous chagrine pourtant pas de les voir m’infliger ce même traitement. »
Dorian continuait de brosser les cheveux de sa fille. Rien n’avait changer dans ses gestes.
« Depuis que tu es toute jeune enfant, tu aspires à devenir comme Élise. Qu’est-ce qui a changé, depuis ? »
Alice garda le silence. Tante Élise avait acceptée d’être mariée par arrangement. Trois fois. Et à chaque fois, elle en était ressortie plus forte, plus grande et plus riche. Si Alice avait voulu devenir comme elle, c’était parce qu’elle avait vu la face visible de l’iceberg : la beauté, l’élégance, les bals à foison, les belles robes, la puissance, la reconnaissance, la fierté, la liberté. Sur ce dernier point, elle s’était lourdement trompé. Comme toute femme de sa condition, tante Élise n’était pas libre. Elle se devait de sourire en permanence, être toujours la plus élégante qui soit, respecter le protocole à la lettre, ne jamais afficher ni mécontentement ni bonheur… le tout, avec les proches comme les inconnus. Et encore, cela devait être plus simple pour tante Élise, puisqu’elle n’était pas vraiment… vivante. Elle était une poupée vide de toute émotion. Alice en avait encore eu la preuve aujourd’hui : du moment que la situation lui avait échappé, tante Élise n’avait pas su réagir, et s’était transformée en un bloc de glace intangible. Si Alice devenait une belle dame comme elle, ce serait nettement plus différent, puisqu’il lui faudrait mentir, tant à elle qu’aux autres. Et les mensonges, Alice en avait bien assez soupé.
« Mon doux trésor » souffla Père. « J’aimerais t’épargner tout cela, soit en assurée. Je prendrais chacun de tes fardeaux et les ferais mien sans sourciller, si cela m’était possible. Hélas, je n’en ai pas le pouvoir. »
Alice ne s’était attendue à rien, mais n’en demeurait pas moins déçue. Elle se déroba à la brosse de Père en se retournant vers lui. Il ne souriait plus, affichant alors un regard peiné, et sincère. Aucune combativité cependant.
Alice attrapa ses boucles, et les plaça sur son épaule. Elle se releva, et alla refermer la fenêtre. Son regard se perdit un instant dans la contemplation de la forêt qui s’étendait sous ses yeux. Quelques étoiles parsemaient le ciel noir. Elle respirait tranquillement la fraîcheur nocturne. Elle referma les yeux pour l’accueillir.
Dans son dos, Père restait silencieux. Elle ne l’entendait pas se mouvoir sur le lit, pour partir ou la rejoindre. Elle sentait son regard lui chauffer le dos. Il était tourmenté, c’était évident pour Alice. Quel père digne de ce nom désirait voir son enfant en proie à une colère justifiée qu’on lui demandait cependant de taire ?
D’un battement d’aile, Althéa mit un terme au silence, et fila par la fenêtre. Alice observa la chouette disparaître dans l’immensité dans la nuit, son ventre peut-être agité par la faim. Elle referma la fenêtre, et tira les rideaux. Lorsqu’elle retourna à son lit, Père se circula un peu pour lui permettre de se glisser sous les draps. Elle se saisit de son livre de chevet, et l’ouvrit à la page à laquelle elle s’était arrêté la dernière fois.
« De l’expérience d’Ool à la vie d’Isabella » lu t-il sur la tranche de l’ouvrage. « — Voila une lecture bien sérieuse. Où as-tu trouvé un livre anglais ici ?
— Il est à Poudlard. Je n’ai jamais eu l’occasion de le rendre. »
Et pour cause : on l’avait transféré à Beauxbâtons avant qu’elle ne puisse le retourner à la bibliothèque. Depuis, Alice concernait ce livre comme une relique. Et puis, dans chacune de ces pages, il y avait un peu de la tempétueuse Aelle Bristyle, qui lui avait recommandé cette lecture. Parfois, Alice revoyait les traits nonchalants de la Poufsouffle, et elle s’amusait à imaginer ses réactions lorsqu’elle lui parlerait de tel ou tel sujet.
A ce songe, Alice réalisa tristement à quel point elle se sentait seule.
Elle referma son livre, ses yeux bas.
« — Je crois que je vais plutôt dormir, dit-elle.
— Il faut bien reconnaître que la journée a été éprouvante. Bien. Nous nous reverrons demain. »
Il déposa sur le crâne de sa fille un tendre baiser. « Bonne nuit, trésor. » murmura t-il contre ses boucles humides. « Bonne nuit » répondit-elle.
Lorsque Dorian se redressa pour la regarder, il lui adressa un doux sourire. Du bout de ses grands doigts, il lui caressa tendrement la joue. Il quitta le lit et, sur un dernier regard, la chambre.
Alice resta un moment assise dans son lit, son drap de soie serrer entre ses doigts, l’esprit occupée par de vilaines remises en question.
Cette nuit, Morphée aura bien de la peine à endormir l’adolescente.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
« Ta joue, Alice. »
Le ton de Grand-Père était calme, mais ne laissait aucune place à la contestation. Alors, Alice ne contesta pas. Elle releva seulement les yeux sur Grand-Père au moment de faire disparaître sa cicatrice sous son cache-misère invisible. Satisfait, il se remit à la dégustation de son steak de viande rouge.
Père ne dit rien face à cette scène. Lorsque Alice se tourna vers lui pour voir sa réaction, il se contenta de lui étirer un doux sourire comme il savait les faire, un de ceux qui signifiaient « papa est là pour toi ». Cette promesse sonnait creux, aujourd’hui.
Immergée dans son bain parsemé de poudre de guimauve, Alice fixait son reflet dans une grosse bulle de savon. Les bougies dansaient dans la salle d’eau, seules lumières dont la salle de bain disposait ce soir. Elles offraient à Alice un cocon chaleureux, exactement ce qu’elle désirait après une telle journée.
Alice glissa jusqu’à ce que son nez effleure l’eau chaude, certainement trop chaude, d’ailleurs. De l’eau s’échappait des volutes de vapeur. Quelques unes d’entre elles prenaient des formes de chevaux qui finissaient par disparaître, un bel enchantement qu’il fallait attribuer à la poudre de guimauve que Thomas avait rapporté d’Italie.
« Moi aussi, plus tard, je voyagerais aux quatre coins du Monde » bougonna t-elle, ses sourcils se fronçant. Elle se laissa lentement couler dans l’eau, désireuse de se soustraire à ses pensées, ne serait-ce qu’un instant.
« Aurais-je dû être plus docile ? » se demanda intérieurement Alice, assise sur son lit à baldaquin, les doigts occupés à coiffer ses cheveux gorgés d’eau. « Et accepter d’être vendue au plus offrant ? Plutôt me couper un bras » se répondit-elle furieusement. Une boucle emmêlée se prit entre ses doigts, et tirer dessus lui arracha une grimace douloureuse. Alice braqua son regard colérique sur Althéa, gentiment installée sur son perchoir au bord de la fenêtre ouverte. La chouette effraie hulula, l’air de ne pas comprendre ce qui lui valait le courroux silencieux de sa jeune propriétaire. Son cœur se serra, en regardant l’oiseau qu’il lui avait été offert par Kenneth et Imogen.
Le couple lui manquait et, d’une certaine manière, la vie avec eux également. Qu’était-il advenu d’eux ? Alice aurait aimé le savoir. La dernière fois qu’elle avait entendu parler d’eux, c’était le jour où Thomas lui a annoncé que Kenneth était pourchassé par tous les Moldus de Grande-Bretagne pour avoir enlevé l’un des leurs. Une nouvelle qui l’avait secouée toute entière, et qui avait renforcé son sentiment d’être un chat noir, apportant avec elle tout un tas de malchance qu’elle distribuait à tout ceux qui prenait soin d’elle.
On se mit à toquer à la porte. Alice se tourna un peu vers la pendule pour regarder l’heure. Presque vingt deux heure. Il était bien tard pour venir lui rendre visite.
« — Qui est-ce ?
— Papa. Est-ce que je peux entrer ? »
Alice poussa un soupir. « Oui » dit-elle. Dorian entra alors. Contrairement à Alice qui s’était glissée dans sa chemise de nuit et sa robe de chambre en satin, il était encore encore habillé.
Dorian observa sa fille un moment, et étira un sourire, avant de refermer la porte.
« — Tu n’as pas peur de prendre froid ? demanda t-il en regardant la fenêtre grande ouverte.
— Non, cela me fait du bien. »
Père s’avança jusqu’au lit. D’une oscillation de la main, il fit apparaître une brosse aux grosses dents . « Puis-je ? » Alice opina du chef. Elle s’installa à genoux sur son lit, se tournant dos à son père qui s’y installa. Il attrapa une de ses longues mèches blanches, et commença son brossage. Cette activité détendait Père, et c’est pourquoi elle le laissait faire, malgré la colère qu’elle éprouvait pour ses silences lors du repas.
Ses gestes étaient doux et délicats. L’ancien chef du bureau des Aurors mettait tout en œuvre pour ne pas blesser son enfant en tirant malencontreusement sur un noeud. Lorsqu’il pensait lui faire mal, il posait sa main sur son crâne pour lui caresser tendrement. Ces attentions auraient presque fait culpabiliser Alice de lui en vouloir.
« Tu as toutes les raisons du monde d’être en colère. » dit-il. « A ton âge, je l’étais aussi.
— Ça ne vous chagrine pourtant pas de les voir m’infliger ce même traitement. »
Dorian continuait de brosser les cheveux de sa fille. Rien n’avait changer dans ses gestes.
« Depuis que tu es toute jeune enfant, tu aspires à devenir comme Élise. Qu’est-ce qui a changé, depuis ? »
Alice garda le silence. Tante Élise avait acceptée d’être mariée par arrangement. Trois fois. Et à chaque fois, elle en était ressortie plus forte, plus grande et plus riche. Si Alice avait voulu devenir comme elle, c’était parce qu’elle avait vu la face visible de l’iceberg : la beauté, l’élégance, les bals à foison, les belles robes, la puissance, la reconnaissance, la fierté, la liberté. Sur ce dernier point, elle s’était lourdement trompé. Comme toute femme de sa condition, tante Élise n’était pas libre. Elle se devait de sourire en permanence, être toujours la plus élégante qui soit, respecter le protocole à la lettre, ne jamais afficher ni mécontentement ni bonheur… le tout, avec les proches comme les inconnus. Et encore, cela devait être plus simple pour tante Élise, puisqu’elle n’était pas vraiment… vivante. Elle était une poupée vide de toute émotion. Alice en avait encore eu la preuve aujourd’hui : du moment que la situation lui avait échappé, tante Élise n’avait pas su réagir, et s’était transformée en un bloc de glace intangible. Si Alice devenait une belle dame comme elle, ce serait nettement plus différent, puisqu’il lui faudrait mentir, tant à elle qu’aux autres. Et les mensonges, Alice en avait bien assez soupé.
« Mon doux trésor » souffla Père. « J’aimerais t’épargner tout cela, soit en assurée. Je prendrais chacun de tes fardeaux et les ferais mien sans sourciller, si cela m’était possible. Hélas, je n’en ai pas le pouvoir. »
Alice ne s’était attendue à rien, mais n’en demeurait pas moins déçue. Elle se déroba à la brosse de Père en se retournant vers lui. Il ne souriait plus, affichant alors un regard peiné, et sincère. Aucune combativité cependant.
Alice attrapa ses boucles, et les plaça sur son épaule. Elle se releva, et alla refermer la fenêtre. Son regard se perdit un instant dans la contemplation de la forêt qui s’étendait sous ses yeux. Quelques étoiles parsemaient le ciel noir. Elle respirait tranquillement la fraîcheur nocturne. Elle referma les yeux pour l’accueillir.
Dans son dos, Père restait silencieux. Elle ne l’entendait pas se mouvoir sur le lit, pour partir ou la rejoindre. Elle sentait son regard lui chauffer le dos. Il était tourmenté, c’était évident pour Alice. Quel père digne de ce nom désirait voir son enfant en proie à une colère justifiée qu’on lui demandait cependant de taire ?
D’un battement d’aile, Althéa mit un terme au silence, et fila par la fenêtre. Alice observa la chouette disparaître dans l’immensité dans la nuit, son ventre peut-être agité par la faim. Elle referma la fenêtre, et tira les rideaux. Lorsqu’elle retourna à son lit, Père se circula un peu pour lui permettre de se glisser sous les draps. Elle se saisit de son livre de chevet, et l’ouvrit à la page à laquelle elle s’était arrêté la dernière fois.
« De l’expérience d’Ool à la vie d’Isabella » lu t-il sur la tranche de l’ouvrage. « — Voila une lecture bien sérieuse. Où as-tu trouvé un livre anglais ici ?
— Il est à Poudlard. Je n’ai jamais eu l’occasion de le rendre. »
Et pour cause : on l’avait transféré à Beauxbâtons avant qu’elle ne puisse le retourner à la bibliothèque. Depuis, Alice concernait ce livre comme une relique. Et puis, dans chacune de ces pages, il y avait un peu de la tempétueuse Aelle Bristyle, qui lui avait recommandé cette lecture. Parfois, Alice revoyait les traits nonchalants de la Poufsouffle, et elle s’amusait à imaginer ses réactions lorsqu’elle lui parlerait de tel ou tel sujet.
A ce songe, Alice réalisa tristement à quel point elle se sentait seule.
Elle referma son livre, ses yeux bas.
« — Je crois que je vais plutôt dormir, dit-elle.
— Il faut bien reconnaître que la journée a été éprouvante. Bien. Nous nous reverrons demain. »
Il déposa sur le crâne de sa fille un tendre baiser. « Bonne nuit, trésor. » murmura t-il contre ses boucles humides. « Bonne nuit » répondit-elle.
Lorsque Dorian se redressa pour la regarder, il lui adressa un doux sourire. Du bout de ses grands doigts, il lui caressa tendrement la joue. Il quitta le lit et, sur un dernier regard, la chambre.
Alice resta un moment assise dans son lit, son drap de soie serrer entre ses doigts, l’esprit occupée par de vilaines remises en question.
Cette nuit, Morphée aura bien de la peine à endormir l’adolescente.
Spécialiste en Lutin de cuir
Promo 2042 - Diplômée de Beauxbâtons
Caméléon de 2050 & Romantique de 2050