S'échapper de la réalité
* Mention de dépression et de consommation déraisonnable d'alcool.
UN SOIR DE FIN AVRIL 2046 - VERS 23H30 - DUBLIN
Depuis janvier dernier, l'étau qui lui comprimait la poitrine se desserrait peu à peu. Partager son secret avec son meilleur ami, puis son frère, se rendre à l'évidence qu'il ne pouvait pas se sortir seul de la spirale infernale et interminable dans laquelle il se trouvait... Le poids s'était allégé. Quitter Aurore aussi. Ce n'était pas qu'il ne l'aimait plus. Quoique... il était tellement mal, tellement sombre, il se sentait à peine capable de s'occuper de lui, alors continuer à s'investir dans une relation - à distance qui plus est - il ne pouvait plus. Il avait rapidement rompu en se rendant compte qu'il risquait de l'embarquer encore un peu plus dans son mal-être, elle qui le tenait déjà à bout de bras depuis des mois. Il l'avait trop fait souffrir et il ne savait plus où il en était. Les contacts entre eux s'étaient interrompus nets, elle était en colère contre lui encore amoureuse sans aucun doute...
Et puis quand il avait quitté son travail en milieu d'après-midi, qu'il avait transplané non loin de chez lui pour profiter un peu du soleil, il l'avait vu. Elle l'attendait, en toute connaissance de ses habitudes, au coin d'une rue. Et la jeune femme n'avait pas tardé à entrer dans le vif du sujet. Déclenchant une réaction épidermique de déni chez l'irlandais. Ce que racontait la française n'était pas possible, n'avait aucun sens. Elle venait lui dire, en pleine rue moldue - en français heureusement -, qu'elle était peut-être enceinte et qu'il était peut-être le père de l'enfant. Trop de peut-être dans une seule phrase. Et surtout, c'était impossible. Pas avec la potion contraceptive sorcière qu'ils prenaient tous les deux. Le cent pour cent n'existait pas en médicomagie, mais tout de même, de cette manière on le frisait. Sauf si l'un des partenaires n'était pas consciencieux. Et si elle n'était pas sûre de qui entre lui et un potentiel autre homme rencontré après leur rupture... Non. Ce n'était pas possible, ou si elle était dans cet état ce n'était pas de son fait. Sur cet éclat de voix de sa part, son ex-petit-amie avait renchéri. Par le biais du monde moldu il pouvait savoir, elle le tenait de sa gynémage d'origine non-magique. Elle ne lui demandait qu'un peu de salive sur un bâtonnet. Décontenancé, il avait hésité, Aurore s'était agacée. S'il était sûr de lui, de quoi avait-il peur? Il avait accepté, tout sauf serein et elle était partie, le laissant en plan, en pleine rue, cogitant. Il avait beau dire et se répéter qu'elle se trompait, ça restait possible.
La perspective ne le quittait pas, il ruminait dans l'appartement désert puisque son frère était parti il ne savait où. Alors il était sorti et ses pas l'avait mené dans ce bar moldu où de la musique latine sortait des appareils noirs dont le nom lui échappait. Peu importait, de la musique, du monde, un petit verre de vodka aromatisée avec un sirop de citron vert devant lui - le deuxième depuis son arrivée - il tentait d'arrêter de penser. Plus facile à dire qu'à faire face à ce qu'il venait d'apprendre. Quoiqu'il ne s'agissait que d'un tas d'incertitudes. Il vida son verre et quand il le reposa, une femme s'installa à ses côtés, commandant la même chose pour eux deux. Regard en coin, sourire aux lèvres, il ne cachait même pas qu'il était en train de l'observer de manière bien trop insistante pour être honnête. Elle engagea la discussion, l'alcool faisant il parla certainement un peu trop de la raison sa venue ici, une ex qui se pensait enceinte de lui - et lui refusant d'y croire, im-po-ssi-ble. Il tut ses remords, trop compliqué à expliquer, mais ils étaient là aussi, à fleur d'esprit.
La brune lui proposait un échappatoire, un troisième verre, la possibilité de parler d'autre chose... De parler assez peu finalement. Très vite les deux jeunes gens s'étaient retrouvés sur la piste de danse, et, si Diarmuid ne connaissait pas la salsa, ses bases de danses de salon et de bachata lui permirent de prendre très vite le pas - sans mauvais jeu de mots. La soirée continua ainsi, une danse, un verre, une autre danse, un verre... Et la perte de contrôle. Pas totale, mais juste ce qu'il fallait pour se laisser tenter par les avances nombreuses, quitter le bar en douce compagnie, et finalement ne rentrer chez lui qu'au moment où le soleil se lèverait, pour dormir quelques heures avant de devoir irrémédiablement reprendre pied avec la réalité. Réalité douloureuse d'une part et angoissante de l'autre.
Modérateur - Infirmier depuis le 11/02/2047 - color=#351C75