Solo Troisième Souffle

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Il y avait eu le premier souffle. C'était celui qui avait rempli ses poumons d'un optimisme innocent car ses lettres étaient restées sans réponses mais elle pensait qu'une missive lui parviendrait finalement. Ce souffle avait trouvé remplaçant immédiatement quand il avait quitté la Gryffondor; Saar, muée d'un optimisme enfantin, avait cru que tout s'arrangerait. Il n'y avait pas de raison, après tout, que la seule stabilité de sa vie ne s'écroule. Anastasia, ç'avait été celle qui l'avait tenue droite. Tuteur pour un plant de tomates qui s'affalait maintenant au sol, mangeait la terre, s'étouffait avec. Le second souffle s'était fait là, alors qu'elle tentait de retirer les doutes qui irritaient sa gorge, et qu'elle les ramassait une par une pour en faire un tas — un tas de terre qui lui servit à enterrer ses peurs. Anastasia lui répondrait, une lettre c'était compliqué à écrire, encore plus maintenant que les doigts s'étaient habitués aux appareils électroniques et qu'ils se fatiguaient trop vite quand ils tenaient un crayon.

Il lui avait fallu quelques années pour que le vent lui hurle dessus — c'était le troisième souffle, celui-là — il ne remplit pas ses poumons mais la giffla de ses bourrasques pour la rappeler à une réalité qu'elle avait voulue fausse. C'était pire encore que la lettre qu'elle avait reçue ne venait pas d'Anastasia. Pire encore que le nom qui la signait lui était inconnue.
Plus de souffle. Rien. Que le hoquet d'un sanglot qui resta muet, car Saar avait appris que les mots n'avaient pas de poids. Ils tombaient dans les oreilles dans un flop retentissant, n'y faisaient germer aucune graine de compréhension, ne trouvaient réponse que dans le silence qui les suivait, s'évanouissaient dans les profondeurs de l'oubli.
Saar avait été bête. Bête d'innocence et d'insouciance, parce qu'à douze ans on pensait encore que tout finirait par s'arranger. Puis bête d'amour, car des années plus tard, elle comprenait qu'elle n'avait jamais vu Anastasia comme une amie, et que ces sentiments restaient présents, vifs tandis que l'image de la jeune fille s'effaçait au fur et à mesure des jours. Saar avait finie solitaire.
Les couloirs de Poudlard étaient trop larges pour elle, les plafonds trop hauts. Ses côtés trop vides, mais ce n'étaient pas les autres qui n'avaient pas voulus d'elle, c'était elle qui les avait tous repoussés à coup de mots maladroits et brusques, à coup d'impolitesse — c'était maintenant son seul outil de communication.

Son regard tomba à nouveau sur les mots d'une plume qu'elle ne connaissait pas. Laisse Anastasia tranquille, lisait-elle, sans comprendre qu'on puisse lui dire ça. Ces dernières années, elle avait envoyé une multitude de lettres dans le seul espoir qu'Anastasia honore sa promesse de donner des nouvelles, la faute ne lui revenait pas. Les fauteurs étaient ceux qui utilisaient les mots pour orner leur propre personne, pour se rendre plus noble et honorable en se dotant de promesses et d'un futur qu'ils n'honoreraient pas. Mais la pourriture de son amour se trouvait encore là, cimentait son admiration pour une fille qu'elle n'avait pas vu depuis si longtemps qu'elle aurait pu douter de son existence — elle aimait un spectre, un amas de souvenirs et d'idéalisation. Elle ne lui en voulait pas, n'y parvenait pas car elle cherchait encore dans le sourire d'un autre, dans les éclats de voix du fond d'un couloir la même chaleur qui l'avait enveloppée quand elle avait passé des heures avec Anastasia. Pourtant, rien.
Tu pleures ? lui avait-on demandé. C'étaient deux mots, deux de trop qui l'avaient forcé à porter ses mains à son visage pour essuyer des larmes qui devaient rester sans témoin, elle manqua de se mettre le doigt dans l'oeil et elle se contenta de se lever dans la précipitation, son épaule cogna contre celle de l'autre. Elle ignora les protestations de l'âme bienveillante et s'éloigna, enfonçant le parchemin aux mots empoisonnés au fond de sa poche.

Cinquième année RP —
Les mots de Saar : #404080