Oiseaux Migrateurs
Lundi 26 Juin 2045
20h47
Whitby, YorkShire
20h47
Whitby, YorkShire
L'année est finie. Poufsouffle a remporté la coupe. Un peu de clarté dans l'obscurité ambiante de ces derniers jours. De ces derniers mois. Elle a quitté tous les camarades, sur le quai ou dans le train, pour ne les retrouver que dans deux mois. En septembre. Léger pincement au cœur quand elle a pensé au fait quelle ne les verra plus pendant cette période estivale. Il est vrai qu'elle est quelque peu solitaire, depuis toutes ces années. Mais elle s'est attachée aux manières d'êtres. Au brouhaha. Aux rencontres, quelles soient muettes ou non. Aux Êtres, tout simplement, qui peuplent ce château.
Elle s'allonge dans l'herbe, verte à souhait, du jardin. Alors qu'elle n'était pas rentrée lors des dernières vacances, retrouver Whitby lui fait le plus grand bien. Elle en avait besoin, après tout ce qu'elle a vécu. Le bain de matin. Le bal de soir. Le baisé assourdissant. Et puis, la colère est partie grâce – même si le mot est mal choisi – à la Dame de sang. Toute aussi touchante, d'ailleurs, que les Grandes Dames qui dansent dans le ciel. C'est comme si, en étant si proche de cette blessée, de la Mort, elle avait compris ce qui lui échappé depuis si longtemps. Comme si le cumul de tous ces événements, de tous ces instants de vie lui avait permis de grandir. La Dame de Sang n'était donc pas morte en vain, puisqu'elle avait permis à la jeune fille de comprendre. Comprendre que la colère ne lui servait à rien, à par à rester enfermée dans le passé. A ne pas avancer. Comprendre qu'elle, elle pouvait être une Dame de Vie.
Alors, elle était revenue ici, à la maison. Pour estomper la colère et retrouver la joie. Pour retrouver Mima.
Cela fait deux heures qu'elle est enfin rentrée de la gare. Mais elle n'a pas encore vu Mima. Celle-ci est partie se promener avant Maman. Elles doivent avoir beaucoup à se dire, encore. Alors, la jeune fille attend qu'elles reviennent. En profitant avec sa sœur des dernières lueurs de clarté de la journée. Caroline lui raconte Paris. Elle, elle lui raconte Poudlard. Mais occulte certains événements qu'elle veut garder pour elle, par joie ou par peine. La Dame de Sang. Les Grandes Dames. Halloween puis le contact de leurs lèvres. Le Saut. L'atmosphère est étrange, autant ici dans la famille que dans le monde des sorciers en général. *Super* pense-t-elle. Mais, un saignement à la fois. Et la plaie la plus urgente à refermer est celle creusée depuis des années par l'absence de Mima.
**
Le soleil a teinté le ciel d'une couleur orangée. Forte, flamboyante. Douce. Elle a fortement envie de plonger ses pinceaux dans l’aquarelle. Et de s'en souvenir, de ce ciel. *Plus tard*. Les pieds dans l'herbe, elle met la table avec son papa. Une belle table pour de belles retrouvaille ?
Elle pose la dernière fourchette, ouvre la bouche et lève les yeux pour interpeller son père. Ses yeux se fixent pourtant sur un sourire chaleureux dans l'entrebâillement de la fenêtre. Un sourire qu'elle n'a pas pu oublier, même après tout ce temps. Il est un peu plus ridé, un peu vieilli mais toujours aussi chaud. Toujours aussi beau. Mima avance et s'arrête sur le pas de la porte. Une de ses mains, douces, tient le chêne de l'encadrement. La seconde est fermement visée sur une cane que la jeune fille ne lui connaît pas. Le Temps passe et la Vie fait des dégâts. Aucun mot ne sort. Aucun son. Les deux femmes, ne savent que faire, face à face. Durant des secondes qui s'éternisent, la jeune fille redécouvre ce visage qui l'a fait rire. Qui l'a rassuré. Qui l'a grondé, aussi.
Puis elle lui court dans les bras. Mima lâche le chambranle de la porte et entoure de ses doigts les épaules de sa petite fille. Sa petite fille qui est maintenant plus grande qu'elle. Mais qui restera à jamais sa p'tite fille.
**
Les retrouvailles se sont terminées par une étreinte familiale. Philip Thompson a souri, chaudement. Il n'était pas inquiet de ces retrouvailles. Il était même rassuré. Tout va rentrer dans l'ordre dans la famille, à un moment où le désordre s'étale sur l'ensemble du monde magique. C'est une petite parenthèse, de bonheur et d'apaisement, qui s'offre à lui et à la famille, à Whitby. Mary, elle, pleurait. De joie. Mais aussi de frustration, de peur, de tristesse, Sentiments qu'elle gardait enfouis en elle depuis -trop- longtemps.
Comme avant, autour d'une table pleine de mets en tous genre concoctés par le papa, la famille rit, parle, débat, raconte. La jeune fille observe cette scène. *Comme si rien n'c'était passé* pense-t-elle. Tout est comme avant. Une chaise a été rajoutée autour de la table pour le Temps, maintenant ami de Mima. Elle veut les peindre, les dessiner, tous ensemble. Parce que la beauté de ce moment lui fait monter les larmes aux yeux. Mais pour plus tard, comme toujours et encore plus aujourd'hui. Elle peindra à un autre moment. Car elle souhaite profiter de chaque instant de cette douce retrouvaille. Rire et sourire.
Ils ne parlent que très peu du pourquoi du comment. Mima est là et c'est, pour le moment, le principal. Pour le reste, on verra plus tard. Et puis, la jeune fille ne veut pas prendre part à des conversations d'adultes ennuyantes, criantes, disputantes. Ca ne sert à rien, selon elle. La Dame de Sang lui a fait réalisé que cela ne sert à rien de se morfondre sur le passé et de critiquer le futur. Il faut accueillir le présent, car on ne sait pas ce qu'il nous réserve. Et qu'il peut vite s'arrêter, comme pour cette Dame de Sang.
Alors, elle est apaisée, avec l'air frai de la mer qui emmêle ses cheveux. Elle redevient une Dame de Vie.
Pourquoi passes-tu autant de temps dans ma tête ? Parce qu'il y fait toujours beau.
Oiseaux Migrateurs
Quelque part entre Juillet et Août 2045
Intemporel
Autour de Whitby, YorkShire
Intemporel
Autour de Whitby, YorkShire
Et la routine reprend.
Se lever. Déjà dehors, avec les oiseaux. Ou sous la véranda quand le ciel préfère se vider de toute son eau, qui vient rencontrer, plus ou moins doucement, les carreaux vitrés au dessus de la tête de la jeune fille. Voir la maison se réveiller doucement et sentir Mima et Papa cuisiner toutes sortes de choses. De la brioche en passant par des ragoûts ou des légumes tout fraîchement sortis du jardin.
Vivre la journée. Lire. Dessiner, beaucoup. Tout et n'importe quoi. Mais surtout tout et surtout elle. Mima qui cuisine. Mima qui se prélasse au soleil. Mima qui rit. La jeune fille aurait aimé pouvoir dessiner ce rire si spécial, qui lui est propre. Mais c'est là une belle et cruelle limite de ses dessins. Mutisme.
Vivre se résume aussi aux longues promenades au bord des falaises. À se faire gifler par le vent marin lorsque celui-ci est enragé. À se faire doucement caresser les cheveux lorsque son humeur est toute autre. Voir les falaises rompre les vagues. Écume. Bruit. Couleurs. Tous les sens en éveil, la jeune fille profite de ces balades, bien différentes de celles dans le parc de Poudlard. Elle profite de ces escapades, où elle va bien souvent seule. Son esprit divague au milieu des vagues. Il se perd à penser à ce soir de novembre et au baiser avec ce garçon. A ce matin mouillé et ensoleillé, au bord du ponton, où elle a rencontré cette Autre. À la Dame de Sang et à ces deux pairs de mains avec qui elle a œuvré. Oui, elle pense à tout ça. À toutes celles et ceux qu'elle a entraperçu et pas beaucoup revu, lors de cette année mouvementée. Elle se demande comment ils vont, eux. Et se promet que, à la rentrée, elle ira leur parler – même si elle ne sait pas si elle le fera, finalement –. Depuis les falaises, ses pensées dansent dans le vent. Sauf quand Luana l'accompagne, quand elle rend visite à la famille. Les deux cousines rient, sur ces falaises. Crient, parfois, et puis ça les fait rire de crier. Finalement, tout les rapporte au rire.
Ça peut paraître étrange de rire alors que le monde va si mal, alors que le sombre s'étend sur le monde. Mais « Il faut rire tant qu'on peut encore » dit Mima. Alors tout le monde l'écoute, comme avant. Surtout la jeune fille brune.
L'été s'avance, le temps s'effrite. Les sourires continuent, les peaux ont bronzé. Il faut dire que le soleil est un très bon allié pour cela, lorsqu'il réchauffe de ses longs bras la plage où la famille aime se rendre. La jeune fille s'est recoupé les cheveux. Un peu de fraîcheur. Sa sœur les lui coiffe souvent, les ornant de fleurs. Marguerites et autres plantes. *Un bouquet vivant* pense la jeune fille, souvent. Allongée sur la plage de galets, elle cherche parfois à travailler. Cette une année d'examens, à ne pas rater. Mais les jeux familiaux, de cartes ou non, la rattrape souvent, l'arrachant de ses manuels divers et parfois ennuyants.
Les habitudes du soir, également, ne se sont pas perdues, malgré le départ de Mima. Malgré le départ des deux filles de la maison. Le père et les filles s'allongent dans l'herbe fraîche. Et là, la tête penchée vers le ciel, ils admirent les Grandes Dames qui dansent doucement sur cette toile noire. Le petit concours de celui qui aperçoit le plus d'étoiles filantes est souvent gagné par Phillip. *L'expérience de son grand âge* pense souvent la jeune fille. Mais elle n'en dit rien, elle ne veut pas montrer qu'elle est mauvaise perdante. Elle sait qu'elle se ferait charrier là-dessus pendant longtemps. Trop longtemps.
Puis cette grande journée qu'est les vacances prend fin. Luana retourne travailler. Tout comme Caroline. Mais avant cela, Mima a annoncé à la famille que, elle aussi, elle repartait. Pas sans donner de nouvelles, comme la première fois. Mais, elle a besoin d'espace à elle, pour bien vivre. Pour mieux vivre. Alors, les larmes ont roulé, entre de la joie et de la tristesse. Des larmes qui cèlent la fin de ces douces vacances et le retour à la réalité préoccupante. Mima s'en va, en faisant un signe de la main depuis la fenêtre de la voiture, qui se perd entre les branches qui bordent les virages de la route.
La jeune fille dessine une dernière fois la maison. Les rires et les pleurs, le bonheur se ressentent dans son coup de crayon. Elle l'accroche sur la porte. Embrasse son père et sa mère sur le quai. Prête à repartir vers des jours remplis d'inconnu dans ce château maintenant familier.
Pourquoi passes-tu autant de temps dans ma tête ? Parce qu'il y fait toujours beau.