OS ++ RI Wexford Aux yeux du miroir


The Last of Us Part II — Music Compilation


TW : Nudité, dysphorie de genre, crise de panique, mention de nausée et de médicament

Avril 2047

Quelque chose n'allait pas. À la sortie de la douche, Eugène s'était arrêté pour aviser son reflet. À travers ses yeux, il eut du mal à se reconnaître. La sensation était étrange, presque viscérale. Il avait beau se regarder sous tous les angles, quelque chose clochait, si bien que sa réflexion parut laide. Eugène fronce les sourcils, il se penche au plus près, comme obnubilé par cet inconnu qui se présentait à lui. Sans un mot, Eugène s'observe réellement. Il trouva son visage grossier, ses sourcils trop épais, ses lèvres bien trop fines et le restant de son corps trop filiforme. Quelque chose n'allait pas dans son apparence, mais il ne saurait dire quoi exactement. Il ne se reconnaissait pas. Le malaise l'étreint, profond et lancinant.

Est-ce que ce corps était le sien ?

La question aussi soudaine qu’intrusive fait son nid dans un coin de sa tête. Ses yeux grands ouverts, Eugène regardait ses mains, puis son torse qu'il palpe timidement. Quelque chose manquait. Il devrait y avoir quelque chose ici. C'était trop plat. La sensation était désagréable, presque douloureuse. Eugène continue de masser sa poitrine pour faire disparaître ses picotements aigus, mais rien n'y fait. Cela persistait, s'amplifie même. Eugène grimace, gigote, puis se retourne vers son reflet. Il retire ses mains de son torse pour mieux l'observer.

Est-ce que ce corps était le sien ?

Il se demande encore, il veut une réponse. Cela l'obsède. Quelque chose ne va pas, Eugène en avait conscience, mais ne pas trouver la raison le dérangeait, augmentait son mal-être. Il attrape l'un de ses tétons, tire légèrement dessus, puis avec plus de conviction. C'était trop plat. Il devrait y avoir des formes ici, quelque chose de plus rond, de plus visible. Un sein. Eugène se fige à ce mot. Avec interdit, il baisse les yeux en direction du téton qu'il tenait toujours entre ses doigts. Mais pourquoi devrait-il avoir des seins ?

Mais pourquoi pas ?
Pourquoi ne devrait-il pas avoir une poitrine ?

Eugène était perdu par ce désordre de réflexion. Il était perturbé par ce qu'il pensait et ressentait. L'adolescent lâche son téton et met la main sur ses habits. Il s'empresse d'enfiler sa chemise, puis son caleçon. Entre deux, il eut le malheur d'aviser son reflet. Son apparence ne lui convenait pas. Rien n'allait. Surtout là-bas. Eugène regardait en bas, tendu. Cette bosse juste ici le gênait.

Pourquoi il avait ça ici ?

Il sort de la salle de bain et ouvre le tiroir de son armoire avec empressement. Intriguée, Cailealta — toujours accroché au-dessus de son bureau — l'observe. Sans se préoccuper du portrait, Eugène enfile non pas un caleçon en plus, mais trois, puis un quatrième car la bosse était encore trop visible à son goût. Mais pourquoi d'un seul coup, cela le dérangeait autant ?

Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?

— Mo mhac ? Est-ce que tout va bien ?
— Non.

C'était l'unique mot qu'il pouvait articuler avant d'être pris de nausée. Il ferme les yeux tandis que son corps se met à trembler. À son malaise, s'ajoute une peur irrationnelle, une sensation de danger imminent. Bien vite, Eugène fut également pris de vertige. Il s'appuie alors contre son armoire et se laisse glisser le long du meuble. Sa respiration devient fébrile, son cœur s'emballe. Il observe son corps qui le dégoûte.

Ce n'était pas le sien.
Ce n'était pas le sien.
Ce n'était pas le sien.


Il enroule ses bras autour de son torse. Il se met à tanguer. La bouche grande ouverte, Eugène cherche à respirer au mieux, mais c'était laborieux, superficiel. Il ne se sentait pas bien. Pourquoi il se sentait à l'étroit dans son corps ? Il avait l'impression que sa conscience étouffait. Pourquoi avait-il soudainement honte de ce qu'il y avait entre ses jambes ? Il voulait à tout prix le cacher, si ce n'est de l'arracher. Ses ongles se plantent dans le muscle de ses bras. Eugène se recroqueville sur lui-même, le dos courbé et la tête contre ses maigres genoux.

Qu'est-ce qui lui arrivait ?

Quelqu'un frappe à la porte. La voix de sa mère retentit à travers la cloison. Eugène se redresse, mais l'entend vaguement. Elle demande s'il était bientôt prêt, elle parlait d'être en retard et d'autres choses. Eugène souffle, peine à articuler "j'arrive". Péniblement, il se relève, prend sa dose d'anxiolytique pour calmer la crise, avant d'enfiler un pantalon avec un mouvement sec. Cailealta l'observe, inquiète, mais silencieuse. Eugène quitte la chambre au bout de cinq minutes et le calme qui s'ensuit n'avait rien de rassurant pour le portrait qui avait un mauvais pressentiment.

"Dramaqueen à ses heures perdues avec Ella Davis"
4e année RP | Je parle en gras