Le diable a deux visages OS

Le 28 mai 2047,
Après les cours,
Bibliothèque

4ème année


Jusqu’à la fermeture de la bibliothèque, et tous les soirs de la semaine, je suis à la bibliothèque. C’est toujours comme ça en période d’examen, je me mets de côté, je mange moins longtemps, je passe le plus de temps possible dans mes manuels, je m’entraîne autant que je le peux, je ne vois plus grand monde. Et… je crois que c’est la période de l’année que je préfère. Je préfère ne pas parler, me contenter de lire, pour éviter d’avoir à faire face à des camarades et à leurs sentiments. En vérité, c’est surtout mes amis et mes sentiments auxquels je ne veux pas faire face. En période d’examen, mes sentiments sont encore plus durs à gérer.

Alors j’ai la tête dans un manuel, et dans la main une plume qui griffonne des informations importantes que je tire de ma lecture. Je retiens bien en écrivant, même si la meilleure façon d’apprendre c’est d’expliquer. C’est pour ça que j’ai donné des cours cette année, à Nolan Dewey surtout. Je l’ai vu quelques fois cette semaine, mais je ne me lasse pas de passer du temps à la bibliothèque. L’atmosphère est rassurante, silencieuse et poussiéreuse. Tout ce que j’aime.

Je tache de ne pas laisser mes pensées se disperser, quand un sac tombe sur mes affaires.

« Encore à la bibliothèque ? »

Je lève la tête puis les yeux pour remonter au-dessus d’une robe de sorcier à l’écusson vert et tomber sur le visage de ma cousine. Ses traits sont étirés pour former un sourire, un sourire que je croirais voir devenir une grimace. Je ne peux pas m’empêcher de voir le diable sur son visage, alors qu’elle s’assied en face de moi sans daigner ôter ses affaires du manuel que j’étais précisément en train de lire.

Jane Macbeth est comme ça, elle croit qu’elle peut poser ce qu’elle veut où elle veut, s’asseoir où bon lui chante à n’importe quel moment et jouer avec les sentiments ou les nerfs de n’importe qui. Je me souviens de ce garçon avec qui elle traînait cet hiver, qu’elle embrassait et enlaçait quand elle en avait envie puis qu’elle a jeté comme une vieille chaussette lorsqu’elle n’avait plus besoin d’affection. Le pire, c’est qu’elle ne se cache de rien. C’est comme si… elle ne connaissait pas la honte.

Alors je ne lui réponds pas et je me contente de la fixer, parce que j’imagine que si elle est venue me trouver c’est pour me parler.

« Faut que tu m’aides. Elle me dit après avoir regardé ses ongles.
Comment ? Je lève un sourcil en répondant du tac au tac.
Il faut que j’ai des bonnes notes à mes examens, mon père va me tuer sinon. J’ai déjà eu du mal à faire passer les punitions… »

Je la laisse se perdre dans des explications presque larmoyantes qui sont seulement destinées à m’apitoyer. Elle sait que je suis sensible à la pitié et à ses larmes surtout, mais elle ne sait pas que j’en ai assez. J’en ai assez de la voir pleurnicher puis rire aux éclats la seconde d’après, pour obtenir ce qu’elle veut des gens, j’en ai assez de son comportement de petite peste et pire que ça, de son comportement d’extrémiste dangereuse. Si elle a eu des punitions cette année, c’est parce qu’elle s’est battue avec des né-moldus en leur disant de dégager, et avec les nés-sorciers qui les défendait. C’est pour ça qu’elle n’a pas reçu une seule beuglante de l’année, malgré ses deux punitions.

Je soupire.

« Tu sais qu’on est bientôt en juin.
Oui et ?
Je vais pas pouvoir t’aider à avoir des O partout en une semaine.
T’as rien compris… Je ne veux pas des O ! Je veux des A ou des E. Juste pour pas me faire engueuler et… pour entrer dans une école de duel. »

Et mince. Je voulais garder la face et mon ton froid pour lui répliquer encore une fois que je ne pouvais rien faire pour l’aider en une semaine à peine. Mais… le ton de sa dernière phrase.

Je crois qu’elle est sincère quand elle prétend vouloir devenir duelliste et je crois qu’il n’y a rien au monde qui lui corresponde plus. Elle ne peut pas s’empêcher de provoquer avec sa baguette, elle ne peut pas s’empêcher de l’utiliser pour attaquer ou pour se défendre de quoi que ce soit. Je ne sais juste pas si elle est juste assez ou un peu trop sournoise pour faire une bonne duelliste…

Argh ! Je suis en train de me faire avoir !

Une envie sincère de l’aider à avoir des bonnes notes, pas pour la protéger de son père mais pour l’aider à entrer dans une école de duel plus tard, me prends au cœur. Je suis vraiment aussi bête et naïve en sa présence ? Jane Macbeth est-elle vraiment mon point faible ?

« Et j’ai quoi en échange ? Faut que je révise moi aussi.
T’es la première de ta classe, t’as pas besoin de réviser. Aide-moi plutôt.
En échange de quoi ?
Tu parles toujours à ce Serpentard, Cinead ?
Qu’est-ce que ça peut te faire ? »

Dis-je en fronçant les sourcils.

Mon souffle se coupe alors qu’elle articule un sourire effrayant. Le genre de sourire que fait son père lorsqu’il menace quelqu’un, je l’ai déjà vu faire une fois qu’il m’avait emmené patrouiller à la Citadelle, ou lorsqu’il demande à sa femme de le laisser tranquille ou à sa fille d’arrêter de lui casser les pieds. C’est exactement le même sourire qui me fait frissonner de la tête au pied.

« T’as déjà eu deux punitions pour des duels en dehors du club, tu vas pas risquer…
Non, tu ne vas pas risquer de nous faire punir tous les deux pour une bagarre que tu auras provoquée… En tout cas, c’est ce que mon père croira.
Tu me menaces ?
Pas du tout ! »

Répond-elle avec un ton brusquement différent et bien plus sympathique. Le sourire effrayant qu’elle avait sur son visage est passé subitement laissant place à des traits bien plus doux. Voilà le visage du diable.

« Alors, tu vas m’aider ? »

Après un instant à la regarder dans les yeux, je hoche la tête. Elle se met à taper dans ses mains joyeusement alors que mon visage reste sombre, puis elle se lève en prenant ses affaires avec elle.

« On se voit demain après les cours. »

Je ne peux rien faire contre ma cousine, parce que son père pourrait me forcer à revenir vivre chez mes parents. Son père est le fichu brigadier-en-chef du Conseil des sorciers et bien que son poste ne soit pas très haut placé, comme je l’ai compris chez les Blackbirds, il n’en reste pas moins redoutable. Ce n’est pas quelque chose que je prends à la légère, à tord ou à raison, mais j’ai aussi peur pour ma grand-mère et mon grand-père. Ils vivent paisiblement et puisque je suis certaine que mon oncle n’attend qu’une bonne raison pour les dénoncer au Conseil comme ennemi, je me tiens plus qu’à carreau.

Si on peut douter de l’influence de sa fille sur Neville Macbeth, il suffit de voir comment il a réagi lorsqu’elle a été punie à l’école. C’est l’école qui est en tord et pas le contraire.

Je passe donc ma soirée à élaborer un planning qui me permettra de réussir des examens tout en l’aidant à réussir les siens. Après étude, c’est faisable, mais je vais devoir passer du temps avec ma cousine, ce diable aux deux visages.

Cela ne me réjouit pas, et je suis certaine que Cinead me fera la remarque. Qu’est-ce que je pourrais bien lui dire pour justifier ça ?


Fin.


@Cinead Reid pour la mention

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