Ballinglanna Ne frappe jamais le premier SOLO++

7 avril 2046
9h00
Jardin de la famille Brando


En ce dimanche ensoleillé, Narcisse fut levé aux aurores, tout excité. Aujourd'hui était un jour spécial, le premier jour où sa mère allait lui apprendre les arts martiaux ! Il avait commencé à la suivre dans ses entraînements quotidiens de plus en plus souvent, même s'il finissait toujours par ne plus pouvoir la suivre très rapidement. Ce qui l'amusait beaucoup par ailleurs, et elle ne manquait pas de le ramener manu militari sur ses épaules pour continuer l'entraînement dans le jardin ou leur gymnase. Mais sa mère avait été très claire : Pas d'arts martiaux avant ses 10 ans. Et il avait rongé son frein. Mais aujourd'hui, enfin, après ses 10 ans le 5 avril dernier, il était temps ! La fin de la semaine était là, pas d'école, et comme d'habitude depuis plusieurs mois déjà, sa mère était à la maison ! Aussi, nul besoin de le traîner hors du lit, il était debout aux aurores !

Mais sa mère s'était levé avant lui, comme d'habitude, parfaitement préparée, et préparant le petit déjeuner. Elle portait aujourd'hui un long jogging moulant, de couleur noire avec quelques bandes grises verticales soulignant le galbe de ses jambes, et en haut, une brassière de sport, assortie au jogging, suffisamment court pour laisser apparaître sa ceinture abdominal et dorsale. Elle avait gardé ses cheveux courts, qu'elle trouvait infiniment plus pratique. Narcisse courut dans la cuisine pour lui faire un câlin, se collant à elle, le sourire aux lèvres.


- Yo 'Man ! T'as pas oublié quel jour on est aujourd'hui j'espère !

Il avait un petit sourire malicieux aux lèvres, observant sa mère du haut de son mètre vingt, et elle se tourna vers elle, un petit sourire tout aussi malicieux sur les lèvres, pour les caresser les cheveux, son autre main préparant les œufs.

- Quand on en aura fini mon chéri, tu aurais souhaité que j'ai oublié. Va t'asseoir maintenant, on ne fera rien avant que tu n'ai mangé ! Allez, à table !

Elle lui donna une douce tape à l'arrière de la tête, le laissant courir jusqu'à la table, à laquelle il s'assit, leurs assiettes déjà mise. Alors que les œufs et le lard crépitaient, un autre bruit se mélangea à ce dernier : de gros ronflements provenant de la chambre parentale. Honor, finissant de servir le petit déjeuner, leva la tête :

- Mon chéri, bouche-toi les oreilles.

Elle poussa un sifflement d'une rare puissance, et Narcisse en aurait effectivement eu mal aux oreilles si elle ne l'avait pas prévenue. Quelques secondes plus tard, les ronflements se turent. Et Honor ne put retenir un petit rire cristallin, soulignant ses pommettes et rosissant ses joues ainsi que la pointe de son nez. Elle s'assit à son tour.

- Mange bien, et doucement.

Et c'est ce qu'il firent.

-


Une fois la tenue de Narcisse réajustée, car selon sa mère, ses baskets étaient mal mises, ses chaussettes mal ajustées, son jogging trop grand et ses cheveux trop ébouriffés, ce qui lui valu un "Maiiiiiis, mamaaaaan, on y va ou pas ?" de la part de Narcisse, ils sortirent dans le jardin. Le temps était clément pour un début de mois d'avril, et Narcisse ne s'étonna pas de la tenue de sa mère, de toute manière, ils allaient vite se réchauffer ! Il commença par faire quelques petits pas ridicules, imitant les films et séries qu'il avait vu, donnant des coups maladroits dans le vide. Sa mère l'arrêta immédiatement, puis lui fit face, les mains sur les hanches.

Et c'est alors que Narcisse croisa encore une fois le regard de la longue cicatrice qui barrait le ventre de sa mère. Et son visage perdit un peu de sa joie, alors que de nombreux souvenirs désagréables lui revenait. Elle ne s'en formalisait jamais, l'ignorait totalement, tout au plus, selon ses dires, elle "la tiraillait un peu en hiver". Mais pour Narcisse, c'était une expérience assez désagréable de voir ainsi un rappel presque quotidien de cette blessure. Un claquement de doigts devant son visage le ramena à la réalité, alors que le visage de sa mère était quasiment collé au sien, les yeux dans les siens. Et sa voix douce, mais ferme, parvint enfin à ses oreilles.


- Tu m'écoute mon grand ?

Il hocha la tête.

- Oui 'man ! Pardon !

Elle se redressa, un petit sourire aux lèvres, avant de reprendre.

- Je te disais : Ôte-toi de suite de la tête ces images que tu as dans la tête. Considère que tu ne sais rien, rien de rien. On va partir des bases, et ton apprentissage augmentera en fonction de ton âge.

Alors qu'il s'apprêtait à protester, elle leva un doigt tendu, ses yeux chocolats plongés dans ceux de son fils.

- ET, c'est non négociable. Ton corps à besoin de grandir sans traumatismes excessifs. Est-ce que c'est clair ? Et est-ce que nous sommes d'accords ?

Elle attendit patiemment, comme à son habitude, la réponsé.

- Oui 'man, j'comprends pas trop pourquoi, mais j'accepte.

- C'est tout ce qu'il me faut pour le moment mon chéri. Bon !

Elle claqua des mains, observant les alentours. Puis elle s'approcha d'une grande bassine, qui contenait des dizaines et des dizaines de balles de tennis. Elle en prit une, qu'elle fit rebondir adroitement dans sa main.

- Première leçon : l'esquive. On ne va pas tout de suite brutaliser ton organisme, alors je veux, qu'avant la leçon suivant, tu sois capable d'esquiver toutes les balles que je te lancerais de ma main gauche ! Ensuite, on passera à la droite, et ensuite, on verra ? Reçu ?

Son petit tic de langage, "reçu", ne manquait jamais de déclencher la réaction de taquinerie de son fils, qui se mit au garde-à-vous, et la saluant exagérément, lui répondit :

- Cheffe, oui cheffe !

Elle lui sourit tendrement, puis ses yeux se tintèrent de malice.

- Tu feras moins le malin dans quelques minutes.

Et effectivement, au bout d'une heure, Narcisse souffrait de nombreux bleus sur le corps en de nombreux endroits, et il savait qu'elle s'était retenue. Mais il avait bondit de joie quand il avait réussi à en esquiver une ! Joie vite brisée quand une deuxième suivie parfaitement logée sur son bras gauche. Les lancers de sa mère étaient d'une précision redoutable, et ce, même si elle lançait de sa main gauche ! Ils ramassèrent ensembles les balles, alors qu'Oscar s'était levé, et en robe de chambre, bâillait sur le parvis, une tasse de café à la main. Une fois les balles ramassées, Honor, frotta la tête de Narcisse.

- Allez bonhomme, va te laver, ça suffit pour aujourd'hui.

Alors que Narcisse courait vers la salle de bain, il entendait les bruits sourds et compacts provenant du mannequin de frappe du jardin, signe que sa mère venait seulement de commencer son entraînement.
Dernière modification par Narcisse Brando le 20 avr. 2023, 16:38, modifié 2 fois.

Ballinglanna Ne frappe jamais le premier SOLO++
30 mai 2046
15:25
Sur la route entre l'école et la maison des Brando


Un silence abominablement embarrassant régnait dans la voiture. Seul le bruit du moteur vrombissant de la Camaro d'Honor perturbait ce silence assourdissant. Sa conduite fluide et expérimenté donnait un automatisme et une régularité aux rares sons dissonant de celui du simple moteur. D'ordinaire, Narcisse trouvait ce son apaisant. Aujourd'hui, il ne faisait que renforcer sa honte et son angoisse. Voilà bien un gros quart d'heure que ses parents étaient venus le chercher à son école, après qu'il eut été congédié pour la journée pour avoir frappé sa camarade.

Son père, comme à son habitude, n'avait rien dit, les simples formules de politesse et d'excuse nécessaires, avec un regard inquiet et curieux pour son fils. Mais sa mère, elle, avait pris l'apparence d'un bloc d'acier. Ses yeux chocolats s'étaient étrécis, et elle n'avait pas décroché un seul mot, ni n'avait eu un seul regard pour son fils. Il n'avait que rarement été puni ou disputé par ses parents, il n'aimait pas les décevoir ni leur faire honte. Il n'avait pas essayé de s'expliquer, il savait que ses parents n'aimaient pas se donner en spectacle et qu'ils attendaient d'être à la maison pour en discuter.

Mais Honor tourna brusquement le volant pour prendre une direction qui n'était pas la route habituelle. Narcisse fut légèrement balancé sur le côté, ainsi que son père, qui semblait tout aussi confus que lui. Sans un seul faux mouvement, la Camaro bondissait sur un petit chemin, avant de s'arrêter souplement dans un petit renfoncement, à côté d'une barrière, derrière laquelle on devinait au loin du bétail.


- On descend ici.

Et sans attendre, Honor coupa le contact, descendant tout aussi souplement de la voiture, sans un regard ni une explication pour aucun des deux occupants. Après une seconde d'hésitation, Oscar descendit à son tour, mais après avoir tendrement regardé Narcisse, presque d'un air désolé, et ce dernier avala bruyamment sa salive.

Il n'avait que rarement vu sa mère perdre son sang-froid. Même, jamais réellement. Elle était toujours parfaite maîtresse d'elle-même, mais cette fois-ci, il redoutait les évènements qui allaient suivre. Oscar rejoignit Honor à l'extérieur, cette dernière se tenant droite comme un I, raide comme la justice, faisant face au paysage, dos à la voiture. Narcisse hésita à sortir, mais inutile de repousser éternellement le moment fatidique. Il enclencha donc la poignée pour ouvrir la portière, et la douce chaleur estivale contrasta avec l'air froid de la voiture, probablement causé par l'ambiance. Il ferma la portière avant de rester immobile, alors qu'Oscar semblait discuter à voix basse avec Honor, sans réponse de cette dernière. Alors qu'il les approchait timidement, sa voix grave et puissante retentit, sans se dépareiller de son calme.


- Est-ce que tu es blessé ?

Narcisse fut surpris, ce qui le laissa silencieux un instant.

- Euh... je...

Sa mère se tourna brusquement vers lui, dans ses yeux dansaient des reflets obsidiennes, les mêmes que ceux qui pareraient les iris de Narcisse quand il connaîtrait les mêmes émotions.

- As-tu mal quelque part ? Une écorchure peut-être ?

Le ton d'Honor restait parfaitement uni, alors qu'Oscar s'était assis sur le capot de la voiture, croisant les bras. Narcisse n'osait pas la regarder.

- Euh... Non... Non j'ai rien...

- T'es-tu fait frapper ?

Narcisse serra les poings.

- Non maman.

Un vent léger s'insinua entre Honor et sa mère, alors que le silence se creusait et durait. Honor prit une inspiration à peine plus longue que les autres, avant de lâcher un soupir.

- Alors qu'est-ce qui s'est passé ? Narcisse. Parce que, vois-tu, j'ai beaucoup de mal à comprendre quelle folie à pu te pousser à faire ce que tu as fait.

Narcisse flancha légèrement sous la voix de sa mère. Aucune violence, ni aucun cri, mais un tranchant encore plus solide que le métal qui semblait l'écraser, par la simple force de sa prestance. Il sentit son visage se rougir et son cœur s'accélérer. Il n'osait pas la regarder. Les mots ne trouvaient pas le chemin jusqu'à la sortie, alors que sa mère, les bras croisés derrière le dos, attendait patiemment sa défense.

- Je... Je voulais te défendre...

-
TW : Jurons


Honor blêmit imperceptiblement, avant de légèrement tourner son regard vers Oscar, qui haussa faiblement les épaules, une moue perplexe aux lèvres. Puis elle reporta sa complète attention sur son fils, les paumes de ses mains se posant sur ses hanches.

- Narcisse... Dis-moi la vérité. Qu'est-ce qui s'est...

- Je dis la vérité !!


Les mots avaient franchi les lèvres de Narcisse, et pour la toute première fois de sa vie, il avait coupé la parole à sa mère. Cette dernière y réagit de manière encore plus évidente, et son visage blanchit imperceptiblement, mais Narcisse n'y faisait pas attention. Il avait parlé sous le coup de la colère, de l'exaspération et de la révolte, serrant ses poings sous l'émotion qui l'assaillait.

- Elle... Elle a dit des choses horribles !! Elle... elle a dit qu'tu devrais avoir honte de porter des tenues aussi provocantes... Elle a dit qu'tu t'habillais comme une... comme une pute !

Le mot avait été prononcé. Et il arracha un petit sanglot à Narcisse, qui sentait les larmes commencer à couler, mais ne fit rien pour les essuyer. Et il osa enfin regarder sa mère, qui, ne laissant rien apparaître, était toutefois en train de tempêter intérieurement. Son père s'était redressé, et serrait les poings à son tour, regardant avec curiosité son fils.

- Aujourd'hui... C'matin... Quand tu m'as posé à l'école... Elle a dit qu'tu devrais pas t'habiller avec cette jupe ! Elle a parlé d'tes jambes, du fait qu'elle était coupée... J'ai rien compris et j'm'en fous !

Il reprit son souffle, enfonçant ses ongles dans la paume de ses mains.

- Et elle a dit qu'tu... Tout à l'heure...

Les mots ne passaient pas, il étaient bloqués, mais ses parents ne bougeaient pas, lui donnant une chance de terminer.

- Elle a dit qu'tu d'vrais avoir honte de montrer son ventre !!!

Et cette fois-ci, Narcisse fondit en sanglots, essuyant compulsivement les larmes qui coulaient sans retenue sur ses joues. Et le visage d'Honor blêmit à nouveau, alors que celui de son père se décomposa.

- Elle... *snif* Elle a dit qu'ta cicatrice était moche, et... *snif* elle a dit qu'elle avait hâte que ce soit l'hiver... *snif* pour plus avoir à supporter cette horrible vision !

Effectivement, la mère de Narcisse, Honor, n'avait aucune honte à ne pas cacher son immense cicatrice balafrant ton tronc de l'épaule droite jusqu'en haut de sa hanche gauche. Elle affectionnait particulièrement certains types de vêtements, dans lesquels elle se sentait libre, dans une recherche consciente et assumée de se réapproprier son corps, qui avait été diminué durant sa longue convalescence. Toutefois, rien, aux yeux de Narcisse, ne pouvait justifier que l'on reproche à quelqu'un la manière dont il ou elle s'habillait, et plus particulièrement en pointant du doigt dédaigneusement un défaut physique, ou en l’occurrence, une blessure.

Oscar, son père, avait commencer à se couvrir la bouche en écoutant son fils, ses yeux s'humidifiant légèrement, alors que son autre main serrait compulsivement son poignet. Mais Honor ne montra aucun signe extérieur. Elle regardait Narcisse, et intérieurement, elle ne put maintenir en toute conscience sa colère. Elle soupira longuement en fermant les yeux, avant de croiser les bras. Mais elle ne dit toujours rien, et elle leva un doigt quand elle constata qu'Oscar allait parler, elle ne souhaitait pas encore interrompre son fils, elle devinait qu'il n'avait pas encore tout dit.


- Et... *snif* J'lui ai dit d'arrêter... Elle a pas arrêté... Et ça m'a tellement énervé... *snif* Elle écoutait rien, et à la fin...

Honor baissa lentement le bras, sentant qu'ils arrivaient désormais au pinacle du récit.

- Elle a dit qu'elle comprenait pas comment papa pouvait... *snif* pouvait rester avec elle... Et elle fait semblant de vomir en rigolant... Et là... J'me rappelle plus exactement, mais je l'ai frappé... je voulais juste qu'elle se taise...

Il termina en continuant d'essuyer ses yeux et son nez, ne se souciant guère de l'état de ses vêtements.

-


Un long silence fit place, alors que Narcisse continuait de sangloter, affrontant courageusement ses parents, convaincu d'avoir fait la chose à faire. Honor ne montrait aucune émotion, mais son père posa une main sur son épaule et elle tressaillit, avant de le regarder. Les reflets obsidiennes avaient disparus, et ses yeux s'étaient assombris, inconsciemment, elle avait croisé ses bras, couvrant sa cicatrice, normalement exposée par l'interstice entre sa jupe et son haut. Oscar serra son épaule, avant de se tourner vers Narcisse. Ils ne pouvaient pas céder, pas tout de suite. Honor redressa la tête, reprenant sa position intransigeante, et soupira.

- Donc... Si j'ai bien compris... Elle ne t'a pas frappé d'abord ?

Narcisse secoua compulsivement la tête, continuant de serrer les poings. Honor resta immobile quelques instants avant de s'approcher de lui, et lui pris le menton entre les doigts, se baissant légèrement pour le regarder.

- Je t'ai appris à te défendre, Narcisse. Et par cet apprentissage, tu as appris comment faire mal à quelqu'un, comment bien positionner ton corps pour frapper juste et bien, tu as même endurci tes muscles.

Elle ne détacha pas son regard de celui de son fils.

- Et à partir de là, une responsabilité te revient : Quand on sait comment blesser une personne, il ne faut jamais s'en servir à moins que notre vie ou celle d'un autre ne soit menacée. Tu comprends ?

Il hocha frénétiquement la tête, elle essuya tendrement une coulée de larme de son pouce. L'ombre d'un sourire hantant ses lèvres dures. Oscar s'approcha, et posa sa main sur l'épaule de Narcisse.

- Bonhomme, tu nous avais habitué à être si calme, si maître de toi... Combien de fois ta maîtresse est venu nous dire que tu avais eu un comportement exemplaire face aux autres ? Tu te souviens ? Avec l'autre enfant pourri gâté ? Tu n'avais rien dit, tu t'étais contenté de... d'être toi-même, tu avais souri, et tu lui avais raconté une blague.

Il s'accroupit à côté de lui, rajustant ses lunettes.

- Qu'est-ce qui était différent ici ?

Narcisse s'essuya une dernière fois les yeux, ses sanglots avaient cessé, mais il n'osait encore regarder ni son père, ni sa mère.

- C'était pas moi... J'sais pas comment dire... Mais, moi c'est pas grave, mais elle a été méchante avec maman, et elle était pas là pour s'défendre...

Il mit ses mains en creux devant sa bouche, se remémorant ses émotions, à quel point il s'était énervé, à quel point il avait voulu faire du mal à cette fille qui avait été si méchante envers sa mère qu'il aimait tant.

- J'suis désolé... J'ai pas réfléchi... J'suis désolé...

Ce fut assez pour sa mère, qui imprima une légère poussée sur son dos pour l'approcher de ses jambes, auxquelles il s'agrippa et enfouit son visage, finissant de verser ses dernières larmes. Son deuxième bras rejoignant lentement le premier pour l'enlacer contre lui, en tapotant son dos alors qu'Oscar lui frottait les cheveux. Honor et son mari se regardèrent. Oscar ne s'était pas prononcé sur l'envie de son fils d'apprendre les arts martiaux, mais il était persuadé que Narcisse était doté d'une telle patience qu'il n'en ferait jamais un mauvais usage. Mais Honor le regarda, et pour la première fois, elle semblait un peu moins sûre d'elle-même, moins confiante, elle avait peur.

- Et si je m'étais trompée mon amour ?..

Elle frottait délicatement la tignasse rebelle de son fils, et Oscar lui prit délicatement la main, en la regardant tendrement.

- Bien sûr que non... Pour ma part, je ne vois qu'un petit garçon qui a voulu défendre sa mère. Où est le mal ?

Il rigola un peu en prenant Narcisse dans ses bras et en serrant sa femme contre lui. Elle était plus grande que lui, mais posa sa tête sur le côté de la sienne, poussant un grand soupir, avant de le serrer fort contre elle. Oscar parla en regardant par-delà Honor.

- Je te laisse lui donner cette leçon ?

Il se recula en prenant doucement le menton de sa femme entre ses doigts, plongeant un regard tendre dans les yeux d'Honor, avant de l'embrasser délicatement, elle déposa un baiser sur son front en souriant malgré elle.

- Je ne peux pas toutes les lui donner.

Elle regarda dans le vide quelques secondes. Puis rigola doucement, en tapant gentiment dans l'épaule de son mari.

- Allez, enfuis-toi misérable haha !

Le rire cristallin d'Honor fit sourire Narcisse, toujours agrippé à cette dernière. Elle le fit doucement reculer avant de s'accroupir, un genou à terre, tenant les mains de Narcisse. Son visage était devenu bien moins dur.

- Narcisse, écoute-moi attentivement.

Il leva les yeux vers elle.

- A partir de dorénavant, et pour le restant de ta vie, tu dois retenir ce que je vais te dire.

Elle tendit son auriculaire, et Narcisse n'hésita qu'une infime seconde avant que le sien n'empoigne celui de sa mère pour faire la promesse du petit doigt. Promesse à laquelle ils attachaient tant d'importance.

- Ne frappe jamais le premier. Jamais. Peu importe ce que les gens disent, ce sont des mots. Et la seule réponse appropriée aux mots, ce sont les mots, et rien d'autre, tu m'entends ?

- Oui maman.

Il hochait la tête de manière déterminée.

- Ce que je t'apprends, c'est pour te défendre, et pour défendre les gens que tu aime et que tu aimeras. Pas pour apporter une justice que tu estime être la bonne.

Elle lui caressa tendrement la joue alors que le bruit du moteur retentit.

- On en reparlera plus tard ? Je crois que ton père a une méchante envie de conduire.


Elle tourna la tête en souriant vers Oscar, qui avait baissé la vitre teintée pour lui faire un pied-de-nez, tout en rigolant.


- Allez monte sorcière ! Tu as assez torturé ton fils pour aujourd'hui tu ne penses pas ?

Elle éclata de rire en empoignant Narcisse comme pour le protéger d'une influence néfaste, alors que Narcisse se remettait encore de ses émotions, mais se sentait déjà beaucoup plus léger.

- Il fallait qu'il comprenne Oscar ! Tu lui pardonne tout trop vite !

Oscar rigola à son tour, mêlant son rire à celui de sa femme.

- Si le culot avait un nom...

Il referma rapidement la fenêtre alors qu'Honor faisait semblant de prendre Narcisse pour le projeter sur son père, alors que Narcisse éclata soudainement de rire sans pouvoir s'arrêter. Elle le fit asseoir derrière avant d'ouvrir la portière côté conducteur.


- Descend Callaghan, c'est ma voiture.

Oscar mit les mains en l'air, comme pour dire "je suis innocent", et Honor lui colla une petite tape aux fesses alors qu'il s'empressait de rejoindre le siège passager.


- Maman ! Tu sais pas t'tenir !

Narcisse voulait faire sa voix dure, mais il rigolait de manière incontrôlable.

- Oh toi tu n'as plus rien à me dire pendant un moment mon chéri !

Sans prévenir, tel un serpent, elle se retrouva au contact de Narcisse pour le bombarder de chatouilles jusqu'à ce qu'il supplie d'arrêter, alors qu'Oscar ne pouvait plus s'arrêter de rire. Au moment de démarrer à nouveau, Honor regarda son fils tout en faisant marche arrière.

- Essaye au moins d'agir comme si on t'avait grondé, et tu t'excuseras auprès de cette fille.

- Oui écoute ta mère, et tu lui donnera un gâteau que j'aurais spécialement préparé pour elle !

Honor cogna affectueusement l'épaule de son mari, qui se plaignit en longs gémissements de douleurs exagérés, alors que Narcisse continuait de rire. Il se tourna à nouveau vers Narcisse, un léger sourire aux lèvres.

- Et Narcisse... Merci d'avoir défendu ta mère. Elle ne le reconnaîtra jamais, mais elle aussi est reconnaissante que tu l'ai défendue.

Honor s'interposa immédiatement en tentant de mettre la main sur la bouche d'Oscar.

- N'écoute pas la langue de vipère mon chéri ! Ce que tu as fait c'est mal !

Mais le doux sourire flottant sur ses lèvres trahissait ses véritables pensées, alors que son visage se reflétait dans la rétroviseur.

C'est une leçon qui, cette fois-ci, avait prise, s'était ancrée. Il l'avait comprise, et comptait bien l'intégrer à sa personnalité jusqu'à ce que mort s'en suive. Il regarda son petit doigt alors que la promesse faite à sa mère s'ajoutait aux autres, toutes aussi importantes, qu'il lui avait faite.

Ballinglanna Ne frappe jamais le premier SOLO++
27 août 2047
8h00
Jardin de la maison Brando

Journée ensoleillée et chaude, une légère brise épargne la canicule. Oscar est confortablement assis dans une chilienne, une enceinte sur la table du jardin diffuse de la musique au rythme de l'entraînement de Narcisse sa mère, Honor.


Le bruit de la guitare électrique étouffée par l'air ambiant résonne au son des coups sourds et vif qu'Honor et Narcisse échangent. Plus exactement, Honor abat un déluge de coups parfaitement précis et minutieux sur son fils, qui ne peut se contenter que d'esquiver ou parer sans la moindre chance de riposte. Mais un sourire triomphale se grave sur ses lèvres : Il ne se fait toucher que rarement désormais. Et les seuls coups qu'il prend, ils sont anticipés, atténués par ses réflexes. Les mitaines d'entraînement légèrement rembourrées lui permettant de parer efficacement certains coups. Et même si sa mère porte une mitaine, ses coups ne semblent pas atténués. Oui oui, la mitaine. Honor ne se battant qu'avec une seule main, la gauche, sa main "faible". Narcisse n'osait s'imaginer ce que cela donnerait avec ses deux mains ou même sa main droite.

À gauche, un coup bas. Esquivé. En bas, un fauchage, anticipé, et paré ! Narcisse termina retourné comme une crêpe, sans comprendre comment il était arrivé là, ses avant-bras douloureusement engourdis.


- On esquive les coups de jambes Narcisse !


Sa mère ne perdait pas un seul instant, ni pour se lamenter ni pour s'inquiéter de son fils. Elle était militaire de formation, de profession et de passion même, aussi, se révélait-elle redoutablement efficace. Son père traçait distraitement au crayon sur un énorme livre.

- Tu nous le rends entier ma chérie, n'est-ce pas ?

Sa main se porta à la table pour s'emparer d'un verre de citronnade glacée, la condensation avait fait goutter le verre sur la table, et il laissa échapper un soupir de contentement. Narcisse l'enviait, mais ce n'était pas l'heure de la pause, et sa mère l'avait mis en garde sur la surhydratation avant un entraînement.

- Debout.

Honor se remit en position, main droite derrière le dos, main gauche ouverte vers l'extérieur, détendue, comme le reste de son corps. Ses chaussures de sport couleur vives déteignaient avec sa tenue : son habituel jogging moulant noir aux rayures grises verticales et sa brassière de sport. On dirait qu'elle n'avait pas versée une goutte de sueur, mais ses muscles créaient de légères ombres tout le long de son corps. Narcisse se releva rapidement, blessé dans sa fierté. Sa mère lui avait conseillé d'utiliser ce sentiment au lieu de le laisser l'envahir sans le contrôler. Mais pour le moment, il était trop occupé à survivre pour espérer penser à quoi que ce soit d'autre. Il se remit en position, face à sa mère, les deux mains levées, ses coudes protégeant sa cage thoracique, ses jambes détendues et légèrement pliées. Il prit une grande inspiration qu'il relâcha, se préparant à l'assaut imminent de sa mère.

Ce dernier arrive encore plus vite que prévu, et elle se retrouva en un glissement de pied sur l'herbe fraîche à sa gauche, laissant voler son poing fermé. Narcisse para, mais fut tout de même projeté en l'air, et eut le souffle coupé par le choc. Mais il ne se laissa pas décontenancer. La seule consigne qu'il avait reçu, le seul ordre du jour était : "Touche-moi". Peu importe où, peu importe la puissance, il devait juste réussir une touche. Cela paraissait simple, mais en réalité, il avait bien passé les trois derniers mois à simplement réussir à ne pas finir évanoui à la fin de chaque séance.

Mais aujourd'hui, il n'était plus à bout de souffle. Aujourd'hui, il voyait les mouvements de sa mère, enfin, la majorité. Il savait qu'elle se retenait très légèrement, juste assez pour être impitoyable mais pas mortelle. Il la vit amorcer un coup de pied circulaire quand elle prit appui sur son pied gauche. Il se laissa glisser sur la jambe de sa mère, sentant le vent au-dessus de ses cheveux causé par le mouvement fluide d'Honor.


- Bien.

Une roulade, il se retrouva derrière elle, mais elle l'avait évidemment suivi et effectua un demi-tour impeccable et compact, lançant son bras à l'assaut de la garde de son fils. Les bruits sourds résonnaient contre les mitaines ouvertes de Narcisse, les mains ouvertes et le haut du corps détendu, il absorbait les coups comme un ressort.

- Bien !

C'était sa seule chance de pouvoir parer les coups sans merci d'Honor, chacun de ses mouvements étaient précis et parfaits. Il affrontait une femme qui avait dédié sa vie à l'entretien de son corps et à l'affutage de ses compétences martiales, mais il tenait bon ! Il laissa distraitement sa jambe en avant, et contre-attaqua après une esquive, tentant de faire un croche-en-jambe à sa mère. Raté, mais elle avait reculé, et lui, il l'avait suivi ! Le voilà au contact, la chose qu'il n'avait jamais réussi à faire jusqu'à présent, casser la distance !

Sa courte allonge et taille était évidemment un handicap majeur, mais il compensait par une vitesse et des réactions accrues. Toutefois, si son adversaire pouvait le pilonner de coups sans qu'il ne puisse s'approcher, il perdait avant même que le combat ne commence. Il s'était donc échiné les 3 derniers mois à non seulement survivre, mais également trouver le moyen de briser la distance, et il y était enfin. Il amorça son coup, une gauche, compacte, rapide, précise. La seule ouverture ? Le ventre, le bras gauche de son adversaire était déjà parti au-dessus de la tête de Narcisse. Il allait réussir, il allait la toucher, il allait...

Son mouvement se stoppa net, alors que ses yeux virent la cicatrice de sa mère. Parfaitement visible, ressortant légèrement en relief sur ses abdominaux parfaitement dessinés malgré leur détente pour encaisser le coup attendu. Elle l'avait vu venir mais ce n'était pas le problème. Il resta immobile, le poing tendu, avant de totalement se détendre en soupirant. Il ne pouvait. Il revoyait sa mère à l'hôpital, le long fil de couleur rouge parcourant ses bandages sur tout son torse. Si aujourd'hui, elle était cicatrisée, Narcisse ne pouvait se résoudre à croire qu'elle était guérie.

Oscar ôta ses lunettes de soleil pour se redresser et mieux voir, baissant légèrement la musique. Honor se redressa également, regardant alternativement son mari puis son fils. Elle abaissa son bras alors que Narcisse reprenait une position neutre, ne pouvant détacher ses yeux du ventre de sa mère. Son visage était légèrement contrarié, ses sourcils arqués vers l'arrière, et ses lèvres pincées. Honor baissa les yeux vers lui.

- Un problème Narcisse ? Tu t'es blessé ?

Elle s'accroupit rapidement, ses yeux trahissant une légère inquiétude alors que sa main gauche, libre de mitaine, commençait à palper des endroits stratégiques à la recherche de points de douleur, mais Narcisse n'y fit pas attention.

- Je suis désolé mon chéri... Je n'aurais pas du viser les avant-bras, ta position n'était pas bonne à ce moment...

- C'est pas ça.

Honor se figea. Qu'est-ce qui se passait ? Elle baissa la tête pour le regarder, il baissait les yeux, les poings serrés, et elle lui prit le menton pour le regarder.

- Qu'est-ce qui se passe alors ?

Ses yeux étaient neutres, elle ne se doutait de rien. Pour elle, son fils s'était simplement froissée quelque chose et n'osait pas le lui dire. Un sourire rassurant apparut sur ses lèvres pour l'encourager à parler. Narcisse croisait et entrecroisait ses doigts, embarrassé par ses pensées et ne sachant comment les exprimer.

- Je... J'allais t'faire mal... Ta cicatrice...

Il baissa à nouveau les yeux alors que les yeux chocolats d'Honor s'étrécirent. Son sourire s'atténua. Elle regarda Oscar, qui les regardaient avec une inquiétude légère, ne se doutant pas exactement de ce qui se passait. Puis Honor regarda à nouveau son fils, avant de coller doucement son front contre le sien. Narcisse sentait bien à quel point il avait transpiré par rapport à elle : le front de sa mère était sec. La douce odeur d'Honor l'enveloppa, une fragrance naturelle et forte, dénuée de tout parfum artificiel, et elle le pris dans ses bras.

- Narcisse... Ne t'inquiète pas... Les médecins m'ont dit que tout allait. Tout est parfaitement guéri. Tu n'as pas à t'inquiéter de ça.

Elle se redressa pour prendre le visage de son fils dans ses mains et lui embrasser le front. Narcisse parcouru distraitement du bout de son index le tissu cicatriciel sur le ventre de sa mère, ne pouvant retenir des frissons.

- Mais... Ça a l'air douloureux...C'est énorme...

Honor rigola légèrement, ce qui surpris Narcisse, qui redressa les yeux et fut encore plus surpris de découvrir que sa mère souriait. Un petit sourire espiègle, ses yeux chocolats brillant de malice. Elle se redressa pour faire face à son fils, les mains sur les hanches.

- Je te trouve bien présomptueux mon chéri... Tu penses avoir assez de force pour blesser ta mère ? Vérifions cela.

Elle se mit en position neutre, sa main gauche relevant légèrement sa brassière et sa main droit baissant légèrement son jogging, pour exposer davantage son ventre. Et Narcisse eut instinctivement un mouvement de recul. Il n'avait jamais vraiment osé regarder franchement la cicatrice de sa mère depuis longtemps. Chaque fois qu'il la voyait, il se souvenait de l'hôpital et des longues semaines sans elle. Mais le visage d'Honor était dur et fermé, elle voulait qu'il la voit. Il voulait qu'il prenne conscience que tout allait bien désormais.

- Frappe-moi. Achève que tu as entamé. Je n'esquiverai pas.

Les commissures de ses lèvres tressaillèrent, elle retenait un sourire, elle avait un concept de l'honneur très précis, mais en l'occurrence, cet exercice visait davantage à guérir Narcisse d'un traumatisme que pour réellement équilibrer les coups.

Narcisse se remettait lentement en position, ne pouvant se résoudre à quitter des yeux la cicatrice de sa mère qui barrait tout son ventre. Il regarda sa mère un bref instant, et elle le regarda, rassurante, assurée, confiante. Et ce regard enveloppa Narcisse d'un voile rassurant. Il sourit légèrement et hocha la tête, achevant de se mettre en position, le corps détendu, prêt à frapper. Honor sourit franchement cette fois-ci, elle se préparait à l'impact, détendant les muscles de sa ceinture abdominale, il était temps qu'il apprenne une petite leçon...

Narcisse projeta son corps alors que son bras gauche entamait le mouvement de frappe. Partant de la pointe du pied, propulsant ses hanches, qui propulsaient son torse, qui propulsaient son épaule, et au bout, se trouvait son poing serré, les muscles de l'avant bras et du bras détendu. Il allait décocher le meilleur coup de poing de sa vie. Tout se déroula très vite.

Au moment de l'impact, Honor contracta ses muscles abdominaux, les laissant apparaître beaucoup plus clairement alors que le poing de son fils atteignait sa cible, ses muscles profonds absorbant également l'impact. Elle ne bougea pas d'un cil, et le son du coup était tel un coup de marteau sur un mur de brique. Narcisse et Honor restèrent quelques instants immobiles, avant qu'Honor n'incline la tête pour observer le visage de son fils, rouge de douleur, la bouche pincée.

Elle lâcha son haut et son jogging, ses mains prirent le poing de Narcisse et le forcèrent à se détendre. Elle souriait. Narcisse pas du tout. Elle lui retira doucement la mitaine, ses articulations étaient rouge, elle les baisa lentement et une par une, avant de regarder tendrement son fils.


- Tu vois ? Tout va bien ? C'est plutôt toi qui devrait t'inquiéter.

Puis elle lui ébouriffa les cheveux en rigolant doucement, alors qu'Oscar s'était replongé dans son livre.

- C'est une première touche mon chéri. Bravo.

Un grand sourire illumina le visage de Narcisse, avec quelques spasmes quand il tenta de bouger son poing. Honor était désormais convaincu qu'il se sentait bien mieux, et elle aussi.