EZRA
[PNJ : Flora Fleurdelys]
PV : Cassidy Powell
Lundi 4 mars 2047
14 heures
-École Maeve Queen, Bureau de la directrice-
Derrière cette tignasse aussi rousse que la mienne, ruisselante sur son front, les yeux d’Ezra fuient les miens. Une bandelette de gaze autour de sa main droite autorise quelques petits doigts à gratter nerveusement son pantalon élimé de velours côtelé. Il n’est pas très grand. Assis sur sa chaise, ses baskets usées de petit garçon de six ans ne touchent pas terre. Il n’a pas répondu à mon bonjour lorsqu’il s’est installé silencieusement face à moi. Je le laisse tranquille.
Le premier berceau de ce gosse timide fut l’une des marches gelées de l’église de l’Immaculée-Conception de Mount Street, à Londres, une nuit d’hiver. Il n’est pas le premier, à la différence que ses parents biologiques n’ont jamais été identifiés. Pupille de la Nation, prénommé Ezra, le bébé passa les trois premières années de sa vie en orphelinat moldu. Une première famille d’accueil tenta de lui offrir un cadre aimant. D’étranges manifestations magiques en décidèrent autrement. Rapidement apeurés par ce gamin « bizarre », capable de déplacer sa cuiller sans la toucher, les éphémères parents préférèrent s’en séparer. Retour à l’envoyeur. Ezra sera trimballé dans douze autres foyers successifs, jamais bien longtemps au même endroit. Pour les moldus, son comportement effrayant s’explique par sa « maladie mentale », certainement liée à divers traumatismes. Dans la dernière maison où il fut placé, deux mois auparavant, on lui ébouillanta la main avec de l’eau brûlante, pour l’empêcher de faire trembler les objets qu’il visait du doigt. La cruauté de certains adultes n’a d’équivalent que leur connerie. En dernier recours, par filière détournée, et contacts non-officiels, l’institution moldue où résidait le petit sorcier entre deux abandons finit par se mettre en relation avec le Ministère de la Magie. Après quelques examens de l’enfant, il sembla que l’école Maeve Queen, nouvellement ouverte, soit une solution idéale.
J’ai vu passer beaucoup de minots cabossés, pupilles de la Nation comme Ezra, lorsque j’administrai la Fondation Coeur d’Or. Malgré leur courte expérience de vie, la trahison, le rejet et la violence font partie de leur quotidien. Je ne dois pas l’obliger à verbaliser immédiatement ce qu’il ressent. La confiance se gagne par l’honnêteté. Les enfants comme Ezra sont capables d’encaisser toutes les vérités, aussi terrifiantes soient-elles. Leur mentir les conforte dans l’idée que les adultes sont des escrocs, et qu’il vaut mieux ne pas s’ouvrir à eux.
- J’espère que la maison des Young te plaît. Comme ils habitent juste en face de l’école, tu n’auras pas trop à marcher le soir pour rentrer.
La tête baissée, ses jambes se balancent d’avant en arrière.
- Tu sais Ezra, Matilda et Bruce Young sont… comme toi. Ils réussissent à faire des choses que les autres peuvent trouver bizarres.
Ses pieds ralentissent un peu. Je décide d’y aller franchement.
- Ce sont des sorciers.
S’il ne me regarde toujours pas, il ne bouge plus du tout.
- Et comme moi, ils sont allés dans une école de magie, pour apprendre à contrôler les choses bizarres qui peuvent faire peur à ceux qui ne sont pas sorciers.
J’ouvre le tiroir de mon bureau, en sort un paquet de Chocogrenouilles que je répands face à moi.
- Tu n’as pas eu trop peur hier soir, j’espère, lorsque tu as transplané. Se déplacer sans voiture, ni vélo, en passant par une cheminée, ça n’arrive pas tous les jours. Ça fait partie des trucs magiques qui arrivent dans cette partie du Pays. Alors si tu as des questions ou que tout cela t’effraie, tu ne dois surtout pas hésiter à en parler.
- J’ai pas eu peur. Et j’sais que bien que c’est d’la magie.
La voix semble assurée et posée.
- J’sais aussi que j’suis pas un dingo.
Je ne réponds pas. L’essentiel a été dit pour le moment. Le gosse a déjà tout compris. J’aime tant l’intelligence dont ils peuvent faire preuve, sans filtre ni posture. Les choses sont ce qu’elles sont, voilà tout. Édulcorer le quotidien, pour s’amuser et jouer, s’imaginer des mondes ou des vies, permet de s’échapper de sa condition. Mais la règle s’applique s’il on accepte la réalité. Pour un enfant comme lui, échaudé par la brutalité et la frayeur, c’est avant tout une question de survie.
J’ouvre une Chocogrenouille, et la porte à ma bouche :
- Zut, je suis tombé sur le goût poubelle…
Ezra lève les yeux vers moi pour la première fois. Son regard noir me scanne, avant de vriller sur les bonbons. Au bout d’un instant, une des sucreries commence à trembler tout doucement. Le phénomène s’arrête d’un seul coup, tandis que le rouquin baisse à nouveau la tête.
- C’est amusant ce que tu as fait !
Il me regarde. Je sors ma baguette, et pointe la friandise. Cette dernière se soulève dans les airs pour finir face au gamin. Dissimulé derrière sa touffe de cheveux, Ezra n’a rien raté de mon petit tour. Un petit sourire se dessine sur ses lèvres. De sa main valide, il se saisit de la Chocogrenouille.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
PV : Cassidy Powell
Lundi 4 mars 2047
14 heures
-École Maeve Queen, Bureau de la directrice-
Derrière cette tignasse aussi rousse que la mienne, ruisselante sur son front, les yeux d’Ezra fuient les miens. Une bandelette de gaze autour de sa main droite autorise quelques petits doigts à gratter nerveusement son pantalon élimé de velours côtelé. Il n’est pas très grand. Assis sur sa chaise, ses baskets usées de petit garçon de six ans ne touchent pas terre. Il n’a pas répondu à mon bonjour lorsqu’il s’est installé silencieusement face à moi. Je le laisse tranquille.
Le premier berceau de ce gosse timide fut l’une des marches gelées de l’église de l’Immaculée-Conception de Mount Street, à Londres, une nuit d’hiver. Il n’est pas le premier, à la différence que ses parents biologiques n’ont jamais été identifiés. Pupille de la Nation, prénommé Ezra, le bébé passa les trois premières années de sa vie en orphelinat moldu. Une première famille d’accueil tenta de lui offrir un cadre aimant. D’étranges manifestations magiques en décidèrent autrement. Rapidement apeurés par ce gamin « bizarre », capable de déplacer sa cuiller sans la toucher, les éphémères parents préférèrent s’en séparer. Retour à l’envoyeur. Ezra sera trimballé dans douze autres foyers successifs, jamais bien longtemps au même endroit. Pour les moldus, son comportement effrayant s’explique par sa « maladie mentale », certainement liée à divers traumatismes. Dans la dernière maison où il fut placé, deux mois auparavant, on lui ébouillanta la main avec de l’eau brûlante, pour l’empêcher de faire trembler les objets qu’il visait du doigt. La cruauté de certains adultes n’a d’équivalent que leur connerie. En dernier recours, par filière détournée, et contacts non-officiels, l’institution moldue où résidait le petit sorcier entre deux abandons finit par se mettre en relation avec le Ministère de la Magie. Après quelques examens de l’enfant, il sembla que l’école Maeve Queen, nouvellement ouverte, soit une solution idéale.
J’ai vu passer beaucoup de minots cabossés, pupilles de la Nation comme Ezra, lorsque j’administrai la Fondation Coeur d’Or. Malgré leur courte expérience de vie, la trahison, le rejet et la violence font partie de leur quotidien. Je ne dois pas l’obliger à verbaliser immédiatement ce qu’il ressent. La confiance se gagne par l’honnêteté. Les enfants comme Ezra sont capables d’encaisser toutes les vérités, aussi terrifiantes soient-elles. Leur mentir les conforte dans l’idée que les adultes sont des escrocs, et qu’il vaut mieux ne pas s’ouvrir à eux.
- J’espère que la maison des Young te plaît. Comme ils habitent juste en face de l’école, tu n’auras pas trop à marcher le soir pour rentrer.
La tête baissée, ses jambes se balancent d’avant en arrière.
- Tu sais Ezra, Matilda et Bruce Young sont… comme toi. Ils réussissent à faire des choses que les autres peuvent trouver bizarres.
Ses pieds ralentissent un peu. Je décide d’y aller franchement.
- Ce sont des sorciers.
S’il ne me regarde toujours pas, il ne bouge plus du tout.
- Et comme moi, ils sont allés dans une école de magie, pour apprendre à contrôler les choses bizarres qui peuvent faire peur à ceux qui ne sont pas sorciers.
J’ouvre le tiroir de mon bureau, en sort un paquet de Chocogrenouilles que je répands face à moi.
- Tu n’as pas eu trop peur hier soir, j’espère, lorsque tu as transplané. Se déplacer sans voiture, ni vélo, en passant par une cheminée, ça n’arrive pas tous les jours. Ça fait partie des trucs magiques qui arrivent dans cette partie du Pays. Alors si tu as des questions ou que tout cela t’effraie, tu ne dois surtout pas hésiter à en parler.
- J’ai pas eu peur. Et j’sais que bien que c’est d’la magie.
La voix semble assurée et posée.
- J’sais aussi que j’suis pas un dingo.
Je ne réponds pas. L’essentiel a été dit pour le moment. Le gosse a déjà tout compris. J’aime tant l’intelligence dont ils peuvent faire preuve, sans filtre ni posture. Les choses sont ce qu’elles sont, voilà tout. Édulcorer le quotidien, pour s’amuser et jouer, s’imaginer des mondes ou des vies, permet de s’échapper de sa condition. Mais la règle s’applique s’il on accepte la réalité. Pour un enfant comme lui, échaudé par la brutalité et la frayeur, c’est avant tout une question de survie.
J’ouvre une Chocogrenouille, et la porte à ma bouche :
- Zut, je suis tombé sur le goût poubelle…
Ezra lève les yeux vers moi pour la première fois. Son regard noir me scanne, avant de vriller sur les bonbons. Au bout d’un instant, une des sucreries commence à trembler tout doucement. Le phénomène s’arrête d’un seul coup, tandis que le rouquin baisse à nouveau la tête.
- C’est amusant ce que tu as fait !
Il me regarde. Je sors ma baguette, et pointe la friandise. Cette dernière se soulève dans les airs pour finir face au gamin. Dissimulé derrière sa touffe de cheveux, Ezra n’a rien raté de mon petit tour. Un petit sourire se dessine sur ses lèvres. De sa main valide, il se saisit de la Chocogrenouille.
Dernière modification par Gabryel Fleurdelys le 7 sept. 2025, 16:11, modifié 1 fois.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
EZRA
Avril 2047
16 heures
Je le repère tout de suite, le gamin. Flora m’en a parlé. Dans un coin, recroquevillé sur son banc, les yeux rivés sur les autres qui font n’importe quoi avec le ballon ensorcelé. Un ballon magique… Comme si ça suffisait pas que les mômes soient déjà pleins de jus. Je soupire. Bien sûr que c’est lui, Ezra. Avec sa tignasse en bataille, et sa main encore emmaillotée, il donne l’impression de vouloir disparaître dans les planches du banc. Pas besoin d’être Legilimens pour sentir qu’il préférerait être ailleurs. Je m’approche, sans faire de bruit, et je m’assois à côté de lui. Je fixe le ballon.
- Je déteste ce machin. Il est trop rapide. Et sournois, en plus.
Rien. Pas un mot. Il continue de fixer le jeu, mais ses pieds, qui s’agitaient nerveusement, se calment un peu. Je hausse les épaules.
- J’vais pas te mentir. J’ai jamais été fichu de marquer un seul but contre un ballon magique. Il m’a toujours mis la honte.
Ses yeux bougent. Pas longtemps, juste une seconde. Mais il écoute. Je continue.
- Alors j’ai triché. J’suis devenu arbitre. Comme ça, c’est moi qui décide quand le ballon fait une faute. Pratique, non ?
Un petit souffle lui échappe. Pas un rire, mais ça y ressemble, étouffé. Je fais semblant de rien. Je me penche un peu, baissant la voix.
- Tu sais… quand j’étais gosse, je restais souvent tout seul aussi. Je me disais que les autres allaient trouver que j’étais bizarre. Et bon, c’était pas complètement faux.
Je me gratte la nuque.
- Mais regarde-les, là-bas. Ils sont tous bizarres. Toi, moi, eux… C’est l’truc le plus normal du monde, ici.
Cette fois, ça marche. Il tourne la tête vers moi, avec ce regard noir qui m’observe, comme pour vérifier si je ne me fous pas de lui. Je tiens son regard, tranquillement. Pas question de lui mentir, ou de jouer au gentil éducateur modèle. Ce n’est pas mon genre. Je baisse encore un peu le ton.
- Si tu veux, on peut être bizarres ensemble. On n’est pas obligés de courir après ce fichu ballon. On peut inventer nos propres règles.
Sa main bandée glisse sur le banc, frôle presque la mienne. Mon coeur se serre en appercevant la bandelette. Je sais ce que ce petit garcon a enduré. Je ne bouge pas. Il ne faut pas brusquer les mômes comme lui. Tout bas, il souffle :
- Tu crois… qu’on pourrait… le faire trembler, le ballon ?
Je hausse un sourcil, un sourire en coin.
- Toi et moi ? Oh, crois-moi, on peut lui foutre une sacrée frousse à ce ballon.
Et là, bingo, le premier vrai sourire d’Ezra. Léger, discret, mais bien là.
Cassidy Powell - Éducateur à l’école Maeve Queen
Godric’s Hollow
16 heures
Je le repère tout de suite, le gamin. Flora m’en a parlé. Dans un coin, recroquevillé sur son banc, les yeux rivés sur les autres qui font n’importe quoi avec le ballon ensorcelé. Un ballon magique… Comme si ça suffisait pas que les mômes soient déjà pleins de jus. Je soupire. Bien sûr que c’est lui, Ezra. Avec sa tignasse en bataille, et sa main encore emmaillotée, il donne l’impression de vouloir disparaître dans les planches du banc. Pas besoin d’être Legilimens pour sentir qu’il préférerait être ailleurs. Je m’approche, sans faire de bruit, et je m’assois à côté de lui. Je fixe le ballon.
- Je déteste ce machin. Il est trop rapide. Et sournois, en plus.
Rien. Pas un mot. Il continue de fixer le jeu, mais ses pieds, qui s’agitaient nerveusement, se calment un peu. Je hausse les épaules.
- J’vais pas te mentir. J’ai jamais été fichu de marquer un seul but contre un ballon magique. Il m’a toujours mis la honte.
Ses yeux bougent. Pas longtemps, juste une seconde. Mais il écoute. Je continue.
- Alors j’ai triché. J’suis devenu arbitre. Comme ça, c’est moi qui décide quand le ballon fait une faute. Pratique, non ?
Un petit souffle lui échappe. Pas un rire, mais ça y ressemble, étouffé. Je fais semblant de rien. Je me penche un peu, baissant la voix.
- Tu sais… quand j’étais gosse, je restais souvent tout seul aussi. Je me disais que les autres allaient trouver que j’étais bizarre. Et bon, c’était pas complètement faux.
Je me gratte la nuque.
- Mais regarde-les, là-bas. Ils sont tous bizarres. Toi, moi, eux… C’est l’truc le plus normal du monde, ici.
Cette fois, ça marche. Il tourne la tête vers moi, avec ce regard noir qui m’observe, comme pour vérifier si je ne me fous pas de lui. Je tiens son regard, tranquillement. Pas question de lui mentir, ou de jouer au gentil éducateur modèle. Ce n’est pas mon genre. Je baisse encore un peu le ton.
- Si tu veux, on peut être bizarres ensemble. On n’est pas obligés de courir après ce fichu ballon. On peut inventer nos propres règles.
Sa main bandée glisse sur le banc, frôle presque la mienne. Mon coeur se serre en appercevant la bandelette. Je sais ce que ce petit garcon a enduré. Je ne bouge pas. Il ne faut pas brusquer les mômes comme lui. Tout bas, il souffle :
- Tu crois… qu’on pourrait… le faire trembler, le ballon ?
Je hausse un sourcil, un sourire en coin.
- Toi et moi ? Oh, crois-moi, on peut lui foutre une sacrée frousse à ce ballon.
Et là, bingo, le premier vrai sourire d’Ezra. Léger, discret, mais bien là.
Cassidy Powell - Éducateur à l’école Maeve Queen
Godric’s Hollow
EZRA
(Enchaînement avec l’aval et la participation de Gabryel Fleurdelys, pour son PNJ Flora)
Lundi 11 mars 2047 — 18h30
Cassidy et Flora
École Maeve Queen — Bureau de Flora
La journée touche à sa fin. Par les hautes fenêtres, la lumière se reflète sur les boiseries du bureau. L’air sent le thé froid oublié sur un coin de la table basse. Flora range un dossier, quand deux coups secs résonnent à la porte.
- Entrez.
Cassidy passe la tête, un peu gauche. Il garde les mains dans les poches, comme s’il hésitait.
- Cassidy ! Viens, assieds-toi.
Elle désigne le fauteuil en face du sien. Il s’y laisse tomber, le corps raide. Il a l’air de quelqu’un qui porte un poids dont il ne sait que faire.
- C’est à propos d’Ezra.
Il hésite. Son regard se tourne vers la fenêtre, puis revient vers Flora.
- Depuis le terrain de jeu, il me regarde autrement. Il sourit, parfois. Mais… Je ne sais pas comment avancer. J’ai peur de faire un faux pas.
Flora se tait un instant, l’observe. Elle est touchée par ce grand gaillard qui s’inquiète ainsi, lui qui d’ordinaire râle contre tout et tout le monde.
- Tu crains de le blesser.
Cassidy hoche la tête, les mâchoires serrées.
- Oui. Il a l’air si fragile… Et en même temps, j’sens une force, là-dessous. Mais moi… Je n’ai pas tes compétences. Je fais au feeling. Et le feeling, parfois, ça me donne l’impression d’être… bancal.
Flora sourit légèrement
- Le feeling, Cassidy, c’est souvent ce qui touche juste. Ce qu’il attend, ce n’est pas une « technique ». C’est une présence fiable.
Il soupire, passe une main sur sa nuque.
- L’autre jour, il m’a demandé si on pouvait faire trembler le ballon. J’ai cru que c’était sa manière de partager quelque chose. Mais j’ai eu peur aussi, de l’encourager à se cacher derrière sa magie.
- Non. Pour lui, la magie n’est pas une fuite. C’est son langage. Personne ne l’a écouté dans ce langage, alors il s’est tu. Quand il ose le parler avec toi, c’est une immense confiance.
Un silence s’installe. Cassidy regarde ses mains.
- Et si j’gâchais ça ? Si je disais un mot de travers, et que tout s’effondrait ?
Il relève les yeux.
- Avec ça, je fais quoi ?
Flora inspire doucement.
- Tu reçois, et tu accueilles. Sans brusquer. S’il te montre sa magie, c’est comme s’il t’offrait un morceau de lui-même. Et toi, tu lui rends le service en n’ayant pas peur.
Elle marque une pause.
- Tu sais, Cassidy… Ce petit a été baladé de foyer en foyer. Douze familles. Rejeté parce qu’il était différent, blessé parfois par pure cruauté. La brûlure à sa main… C’était pour qu’il cesse de faire trembler les objets. Alors quand il t’offre ce geste-là, même minuscule, il te confie ce que d’autres ont puni chez lui.
Cassidy ferme brièvement les yeux. Sa poitrine se serre.
- Comment on peut faire ça à un gosse ? Comment il arrive encore à sourire, même un peu ?
Il rouvre les paupières, la voix plus basse.
- Tu crois que j’en suis capable ? De porter ça…
Flora le regarde, sa voix douce mais ferme :
- Tu as déjà commencé. Tu ne l’as pas regardé comme un problème. Tu as juste été là, assis à côté de lui. Peu d’adultes lui ont offert ça.
Un silence s’installe. Cassidy reprend, dans un murmure :
- Parfois j’me dis que je vais forcément me planter.
- Se planter, c’est essayer. Et les enfants le savent mieux que nous. Ce qu’ils demandent, ce n’est pas la perfection. C’est la sincérité.
Cassidy hoche lentement la tête. Il se redresse, un peu plus sûr de lui.
- Merci, Flora. Je vais essayer de rester là. Juste là.
Flora le suivant du regard.
- Et ce sera déjà beaucoup.
Il quitte la pièce. Flora reste un instant immobile, le cœur serré.
- J’ai vu tant d’Ezra… Cassidy ne le sait pas, mais sa maladresse est une chance pour le gosse. Parce qu’elle est vraie.
Mardi 12 mars 2047 — 15h
Cassidy et Ezra
École Maeve Queen — Cour arrière
Le pâle soleil filtre entre les nuages. Dans la cour, les gosses jouent par petits groupes, leurs rires éclatent de partout. Je m’arrête net. Ezra est là, tout seul, assis sur le bord d’un vieux puits décoratif. Son sac posé à côté, les épaules rentrées, il observe les autres en silence. Encore en retrait. J’vais pas le forcer à bouger. Flora a dit : « Pas de brusquerie ». Je m’approche tranquillement. Arrivé à hauteur du puits, je m’assois à côté de lui, en laissant exprès un espace entre nous.
- J’crois que je préfère ce coin à l’autre côté de la cour. Là-bas, ça crie trop.
Il ne répond pas. Mais je vois qu’il détourne un peu la tête, comme pour vérifier si je suis sérieux.
- Et puis… T’as vu ce banc ? Trop dur. Ici au moins, on peut s’adosser.
Je fais semblant de tester la pierre, et je grimace exagérément. Un petit souffle lui échappe. Pas vraiment un rire, mais pas loin. Ok, gamin : Un point pour moi. Le silence retombe. Je sors une Chocogrenouille de ma poche, et je la pose entre nous deux, sans un mot. Ezra baisse les yeux, hésite. Sa main bandée reste immobile sur son genou.
- T’es pas obligé. Tu peux juste la regarder. Moi, ça me suffit.
La friandise tremble légèrement. Cette fois, je garde mon calme. Pas d’exclamation, pas de geste brusque. J’observe seulement, un petit sourire discret aux lèvres. Il me fait confiance. Flora avait raison, c’est son langage. Ezra lève enfin ses yeux noirs vers moi. Il murmure, à peine audible :
- Tu crois qu’on peut la faire voler… Plus haut ?
Je hausse un sourcil, et joue la surprise.
- Plus haut ? Toi et moi ? Oh, je parie qu’on peut lui donner le vertige.
Un vrai sourire se dessine sur ses lèvres. Léger, fragile, mais bien là. Je sens quelque chose se dénouer à l’intérieur moi. Pas besoin de grands discours. Juste rester là. Comme Flora a dit. Je laisse échapper un rire, et d’un simple mouvement de baguette, je fais s’élever la Chocogrenouille. Ezra suit le geste, les yeux brillants.
Et pour la première fois, on rit ensemble.
Cassidy Powell - Éducateur à l’école Maeve Queen
Godric’s Hollow
Lundi 11 mars 2047 — 18h30
Cassidy et Flora
École Maeve Queen — Bureau de Flora
La journée touche à sa fin. Par les hautes fenêtres, la lumière se reflète sur les boiseries du bureau. L’air sent le thé froid oublié sur un coin de la table basse. Flora range un dossier, quand deux coups secs résonnent à la porte.
- Entrez.
Cassidy passe la tête, un peu gauche. Il garde les mains dans les poches, comme s’il hésitait.
- Cassidy ! Viens, assieds-toi.
Elle désigne le fauteuil en face du sien. Il s’y laisse tomber, le corps raide. Il a l’air de quelqu’un qui porte un poids dont il ne sait que faire.
- C’est à propos d’Ezra.
Il hésite. Son regard se tourne vers la fenêtre, puis revient vers Flora.
- Depuis le terrain de jeu, il me regarde autrement. Il sourit, parfois. Mais… Je ne sais pas comment avancer. J’ai peur de faire un faux pas.
Flora se tait un instant, l’observe. Elle est touchée par ce grand gaillard qui s’inquiète ainsi, lui qui d’ordinaire râle contre tout et tout le monde.
- Tu crains de le blesser.
Cassidy hoche la tête, les mâchoires serrées.
- Oui. Il a l’air si fragile… Et en même temps, j’sens une force, là-dessous. Mais moi… Je n’ai pas tes compétences. Je fais au feeling. Et le feeling, parfois, ça me donne l’impression d’être… bancal.
Flora sourit légèrement
- Le feeling, Cassidy, c’est souvent ce qui touche juste. Ce qu’il attend, ce n’est pas une « technique ». C’est une présence fiable.
Il soupire, passe une main sur sa nuque.
- L’autre jour, il m’a demandé si on pouvait faire trembler le ballon. J’ai cru que c’était sa manière de partager quelque chose. Mais j’ai eu peur aussi, de l’encourager à se cacher derrière sa magie.
- Non. Pour lui, la magie n’est pas une fuite. C’est son langage. Personne ne l’a écouté dans ce langage, alors il s’est tu. Quand il ose le parler avec toi, c’est une immense confiance.
Un silence s’installe. Cassidy regarde ses mains.
- Et si j’gâchais ça ? Si je disais un mot de travers, et que tout s’effondrait ?
Il relève les yeux.
- Avec ça, je fais quoi ?
Flora inspire doucement.
- Tu reçois, et tu accueilles. Sans brusquer. S’il te montre sa magie, c’est comme s’il t’offrait un morceau de lui-même. Et toi, tu lui rends le service en n’ayant pas peur.
Elle marque une pause.
- Tu sais, Cassidy… Ce petit a été baladé de foyer en foyer. Douze familles. Rejeté parce qu’il était différent, blessé parfois par pure cruauté. La brûlure à sa main… C’était pour qu’il cesse de faire trembler les objets. Alors quand il t’offre ce geste-là, même minuscule, il te confie ce que d’autres ont puni chez lui.
Cassidy ferme brièvement les yeux. Sa poitrine se serre.
- Comment on peut faire ça à un gosse ? Comment il arrive encore à sourire, même un peu ?
Il rouvre les paupières, la voix plus basse.
- Tu crois que j’en suis capable ? De porter ça…
Flora le regarde, sa voix douce mais ferme :
- Tu as déjà commencé. Tu ne l’as pas regardé comme un problème. Tu as juste été là, assis à côté de lui. Peu d’adultes lui ont offert ça.
Un silence s’installe. Cassidy reprend, dans un murmure :
- Parfois j’me dis que je vais forcément me planter.
- Se planter, c’est essayer. Et les enfants le savent mieux que nous. Ce qu’ils demandent, ce n’est pas la perfection. C’est la sincérité.
Cassidy hoche lentement la tête. Il se redresse, un peu plus sûr de lui.
- Merci, Flora. Je vais essayer de rester là. Juste là.
Flora le suivant du regard.
- Et ce sera déjà beaucoup.
Il quitte la pièce. Flora reste un instant immobile, le cœur serré.
- J’ai vu tant d’Ezra… Cassidy ne le sait pas, mais sa maladresse est une chance pour le gosse. Parce qu’elle est vraie.
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Mardi 12 mars 2047 — 15h
Cassidy et Ezra
École Maeve Queen — Cour arrière
Le pâle soleil filtre entre les nuages. Dans la cour, les gosses jouent par petits groupes, leurs rires éclatent de partout. Je m’arrête net. Ezra est là, tout seul, assis sur le bord d’un vieux puits décoratif. Son sac posé à côté, les épaules rentrées, il observe les autres en silence. Encore en retrait. J’vais pas le forcer à bouger. Flora a dit : « Pas de brusquerie ». Je m’approche tranquillement. Arrivé à hauteur du puits, je m’assois à côté de lui, en laissant exprès un espace entre nous.
- J’crois que je préfère ce coin à l’autre côté de la cour. Là-bas, ça crie trop.
Il ne répond pas. Mais je vois qu’il détourne un peu la tête, comme pour vérifier si je suis sérieux.
- Et puis… T’as vu ce banc ? Trop dur. Ici au moins, on peut s’adosser.
Je fais semblant de tester la pierre, et je grimace exagérément. Un petit souffle lui échappe. Pas vraiment un rire, mais pas loin. Ok, gamin : Un point pour moi. Le silence retombe. Je sors une Chocogrenouille de ma poche, et je la pose entre nous deux, sans un mot. Ezra baisse les yeux, hésite. Sa main bandée reste immobile sur son genou.
- T’es pas obligé. Tu peux juste la regarder. Moi, ça me suffit.
La friandise tremble légèrement. Cette fois, je garde mon calme. Pas d’exclamation, pas de geste brusque. J’observe seulement, un petit sourire discret aux lèvres. Il me fait confiance. Flora avait raison, c’est son langage. Ezra lève enfin ses yeux noirs vers moi. Il murmure, à peine audible :
- Tu crois qu’on peut la faire voler… Plus haut ?
Je hausse un sourcil, et joue la surprise.
- Plus haut ? Toi et moi ? Oh, je parie qu’on peut lui donner le vertige.
Un vrai sourire se dessine sur ses lèvres. Léger, fragile, mais bien là. Je sens quelque chose se dénouer à l’intérieur moi. Pas besoin de grands discours. Juste rester là. Comme Flora a dit. Je laisse échapper un rire, et d’un simple mouvement de baguette, je fais s’élever la Chocogrenouille. Ezra suit le geste, les yeux brillants.
Et pour la première fois, on rit ensemble.
Cassidy Powell - Éducateur à l’école Maeve Queen
Godric’s Hollow
EZRA
Depuis la fenêtre de son bureau, Flora observe la cour. Les cris des enfants résonnent entre les murs de pierre, joyeux et désordonnés. Mais son regard se fixe rapidement sur un coin précis. Cassidy est assis sur le vieux puits. À côté de lui, Ezra. Le petit garçon n’est plus recroquevillé comme les jours précédents. Ses épaules sont moins crispées. Entre eux, un paquet de friandises ouvert.
Flora devine le sourire discret d’Ezra. Cassidy fait voler une Chocogrenouille maladroitement, rate ses sauts pour l’amuser. Ezra éclate d’un rire bref, puis cache le bonbon aussitôt derrière sa main.
Il rit…
Flora retient son souffle. Son cœur se serre, à la fois de joie et de mélancolie :
- Je savais ce qu’il pouvait lui offrir. Un éclat d’enfance, malgré la douleur. Cassidy ne le voit pas, mais ce qu’il construit avec lui est déjà énorme.
Elle se souvient du regard méfiant du garçon, deux semaines plus tôt, lorsqu’elle lui avait révélé qu’il n’était pas un “dingo”, mais un sorcier. Ce même regard qu’elle voit maintenant pétiller timidement.
- Il a tellement souffert… Et pourtant, il ose à nouveau tendre la main. Cassidy est là pour la recevoir.
Elle observe encore un instant. Cassidy ne parle pas trop, il sourit, laisse Ezra mener le jeu. C’est exactement ce qu’elle espérait de lui.
- Il n’a pas conscience d’être à la hauteur. Et c’est ce qui fait sa force. Ces enfants n’attendent pas la perfection. Ils attendent qu’on reste. Cassidy reste.
Une chaleur douce envahit sa poitrine. Flora détourne enfin les yeux de la fenêtre, le cœur apaisé.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
Flora devine le sourire discret d’Ezra. Cassidy fait voler une Chocogrenouille maladroitement, rate ses sauts pour l’amuser. Ezra éclate d’un rire bref, puis cache le bonbon aussitôt derrière sa main.
Il rit…
Flora retient son souffle. Son cœur se serre, à la fois de joie et de mélancolie :
- Je savais ce qu’il pouvait lui offrir. Un éclat d’enfance, malgré la douleur. Cassidy ne le voit pas, mais ce qu’il construit avec lui est déjà énorme.
Elle se souvient du regard méfiant du garçon, deux semaines plus tôt, lorsqu’elle lui avait révélé qu’il n’était pas un “dingo”, mais un sorcier. Ce même regard qu’elle voit maintenant pétiller timidement.
- Il a tellement souffert… Et pourtant, il ose à nouveau tendre la main. Cassidy est là pour la recevoir.
Elle observe encore un instant. Cassidy ne parle pas trop, il sourit, laisse Ezra mener le jeu. C’est exactement ce qu’elle espérait de lui.
- Il n’a pas conscience d’être à la hauteur. Et c’est ce qui fait sa force. Ces enfants n’attendent pas la perfection. Ils attendent qu’on reste. Cassidy reste.
Une chaleur douce envahit sa poitrine. Flora détourne enfin les yeux de la fenêtre, le cœur apaisé.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
EZRA
Alerte contenu :
Ce texte contient une scène relatant de mauvais traitements à un enfant, qui peut heurter.
Vendredi 16 mars 2047 — 14h45
Salle d’art — École Maeve Queen
La salle sent la gouache et le bois. Quelques enfants bavardent, d’autres tâchent leur feuille de grosses épaisseurs colorées. Moi, je repère tout de suite Ezra. Dans un coin, près de l’étagère aux pinceaux, il est penché sur son dessin. Sa tignasse rousse cache presque entièrement son visage. Je traîne exprès les pieds en approchant. Pas trop vite. Faut pas l’effaroucher. Je me laisse tomber sur le tabouret à côté de lui, en soupirant fort.
- J’te préviens, moi et le dessin, ça fait deux. Mes bonhommes ressemblent toujours à des trolls enrhumés.
Il relève à peine la tête, mais ses yeux noirs brillent un instant. Puis il se replonge sur sa feuille. Des traits précis, concentrés. Je ne commente pas. Je reste, c’est tout. Au bout d’un moment, je murmure :
- Tu tiens drôlement bien ton crayon… Avec ta main, ça doit pas être facile.
Silence. J’ai peur d’avoir dit une connerie. Je baisse le regard, prêt à m’excuser. Mais sa petite voix finit par s’extraire, presque perdue entre nous :
- Ça… Ça fait moins mal qu’avant.
Je retiens mon souffle. Pas de geste brusque. Juste l’écouter. Il trace une nouvelle ligne, hésite, puis ajoute, toujours bas :
- C’était de l’eau. Très chaude. Ils… voulaient que j’arrête.
Sa main valide tremble un peu. La mienne se crispe sur ma cuisse. Je voudrais hurler, mais je me retiens. Je force ma voix à rester douce :
- Je suis désolé, p’tit. Personne n’aurait dû te faire ça. Jamais.
Il hoche à peine la tête, sans me regarder. Je sens qu’il se referme. Alors je baisse le ton, presque en chuchotant :
- Tu sais… Ici, personne t’empêchera de dessiner. Ni de faire trembler un ballon. Ni rien. Ce que t’as, c’est pas une faute. C’est toi.
Ses doigts s’arrêtent. Il reste figé un instant. Puis, lentement, il me jette un coup d’œil. Minuscule, fragile, mais bien là. Et dans ses yeux, je lis une confiance qui me retourne le ventre. Je souris doucement, sans en rajouter.
- Tu dessines vachement mieux que moi, en tout cas.
Cette fois, un petit rire. Et il continue son trait, la main bandée, mais ferme. Moi, je reste assis à côté. Juste là. Comme Flora me l’a dit. Et dans ma poitrine, ça cogne fort. J’ai la gorge serrée. Comment on peut faire ça à un gosse ? Lui plonger la main dans de l’eau bouillante parce qu’il est différent… Il y a une colère qui gronde en moi, énorme, noire, violente. J’ai envie de frapper. De cogner jusqu’à briser des os. J’ai envie de trouver ceux qui lui ont fait ça, et de leur rendre la douleur au centuple. Cette pulsion me traverse comme une lame de cutter. Mais je la ravale. Je la cloue au sol de toutes mes forces. Pas maintenant. Pas devant lui. Parce que ça réveille des trucs, en moi. Des souvenirs que j’ai enterrés sous des couches de mauvaise foi et de sarcasmes. Ce ne sont pas les mêmes cicatrices, mais cette impression d’avoir été trimballé, jugé, jamais au bon endroit. D’avoir eu des adultes au-dessus qui ne comprenaient rien, qui voyaient juste un problème à corriger. Je croyais que ça m’avait blindé. Mais là, en le regardant, j’ai l’impression que ça craque à nouveau. Alors je serre les poings dans mes poches, j’interdit à ces putains de gouttes de couler au coin de mes yeux, et je me jure un truc simple : Il n’aura plus à porter tout seul ce que moi j’ai dû porter. Pas tant que je serai là. Pas tant que je peux rester assis, à côté de lui.
Cassidy Powell - Éducateur à l’école Maeve Queen
Godric’s Hollow