EVELYN
[PNJ : Flora Fleurdelys]
PV : Cassidy Powell
Lundi 4 mars 2047
11 heures
- École Maeve Queen, Bureau de la directrice -
- Parce que papa et maman veulent le meilleur pour moi. Je sais bien que les autres élèves n’auront pas tous mon niveau. Je ne dis pas que je suis plus intelligente que les autres, mais mes parents disent que j’ai beaucoup plus de facilités. C’est sûr, je suis promise à un grand avenir…
J’écoute depuis dix minutes l’interminable flot de paroles d’Evlelyn Baker, neuf ans. Son grand regard bleu, dénué de malice, cherche à me persuader de toutes ses exceptionnelles qualités. En réalité non. Elle ne se demande pas si je la crois, elle en est certaine, bercée par tous ces compliments depuis sa naissance.
- Papa gagne bien sa vie au Ministère. Il a de grosses responsabilités, vous savez. Moi aussi, j’espère apporter à cette école, et à mes camarades, le meilleur de moi.
Un sourire affectueux se dessine sur mes lèvres. Cette gosse est une caricature de sa maman, rencontrée ce matin devant la porte de mon bureau. Miss Baker m’a compté, durant plusieurs minutes, la longue liste des vertus dont sa fille a hérité. J’aime à rencontrer individuellement chacun des enfants qui entrent à Maeve Queen. Cela me permet d’identifier leurs éventuels besoins, et ainsi d’anticiper, avec mon corps pédagogique, leur intégration dans les meilleures conditions.
- Tes amies doivent beaucoup t’admirer.
Pour la première fois depuis le début de cet échange avec cette gamine si sûre d’elle, son regard vacille. J’ai mis le doigt dessus. De sa main, Evelyn plie nerveusement les revers de sa robe.
- Je préfère passer du temps avec mes parents…
Mon coeur se serre. Cette simple réponse résonne tel un aveu de désarroi. Cette éducation de l’enfant roi n’ouvre que peu de perspectives de sociabilisation avec les autres gosses du même âge. Les gamins n’aiment pas leurs semblables, si ces derniers sont autocentrés et individualistes. Créer du lien est compliquée dans la mesure où celui, dont toute l’attention des parents se focalise spécifiquement et exclusivement autour de lui, ne comprend pas pourquoi les autres enfants ne font pas de même. Son caractère individualiste le coupe de toute notion de partage. Il est persuadé d’être le centre de l’univers. Comment pourrait-il en être autrement ? Il en résulte alors chez ces enfants une douloureuse frustration liée à l’isolement, et au sentiment d’incompréhension pas ses semblables.
- Tu as vraiment une jolie robe, Evelyn.
Un large sourire illumine à nouveau son visage.
- Oh merci, Madame ! Elle a été confectionnée sur mesure pour moi au Gai Chiffon, l’atelier de couture à Pré-au-Lard.
- Elle te va vraiment bien.
J’ouvre le tiroir de mon bureau, et en sort un petit cordon de satin bleu, au bout duquel brille une petite médaille dorée, gravée d’une main en serrant une autre. Les yeux d’Evelyn observent l’objet avec curiosité. J’étais certaine de faire mouche.
- Je voudrais te demander quelque chose, Evelyn. Tu vois ce médaillon ? Il est réservé aux référents d’intégration. J’avais prévu de l’attribuer à un adulte encadrant de l’école.
Je glisse la distinction sous le nez de la gamine.
- Celà te plairait-il d’être ma référente d’intégration ? Ton rôle est simplement de t’assurer que tous tes camarades ne manquent de rien ici, qu’ils sentent bien. Auquel cas, tu viendrais m’en parler.
Evelyn ouvre les yeux en grand, comme éberluée par ce qu’elle entend.
- C’est vrai, Madame la directrice ? Je serai votre… référente ?
- Si tu as envie. Bien sûr, ça veut dire parler avec tous tes autres camarades, qu’ils sachent que tu es toujours là pour eux. Je suis très occupée, alors cela me rendra un grand service si tu acceptes.
L’enfant caresse la médaille du bout des doigts.
- Oh oui, j’accepte ! Je ne vous décevrai pas ! Tous les élèves pourront compter sur moi.
Je me lève en souriant, et d’un geste solennel dispose la distinction autour du cou d’Evelyn, qui ne masque pas sa fierté. J’ai bon espoir, par cette astuce de responsabilisation, de voir bien rapidement cette petite tête blonde faire de son mieux afin d’endosser le rôle de grande soeur attentive auprès de ses camarades.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
PV : Cassidy Powell
Lundi 4 mars 2047
11 heures
- École Maeve Queen, Bureau de la directrice -
- Parce que papa et maman veulent le meilleur pour moi. Je sais bien que les autres élèves n’auront pas tous mon niveau. Je ne dis pas que je suis plus intelligente que les autres, mais mes parents disent que j’ai beaucoup plus de facilités. C’est sûr, je suis promise à un grand avenir…
J’écoute depuis dix minutes l’interminable flot de paroles d’Evlelyn Baker, neuf ans. Son grand regard bleu, dénué de malice, cherche à me persuader de toutes ses exceptionnelles qualités. En réalité non. Elle ne se demande pas si je la crois, elle en est certaine, bercée par tous ces compliments depuis sa naissance.
- Papa gagne bien sa vie au Ministère. Il a de grosses responsabilités, vous savez. Moi aussi, j’espère apporter à cette école, et à mes camarades, le meilleur de moi.
Un sourire affectueux se dessine sur mes lèvres. Cette gosse est une caricature de sa maman, rencontrée ce matin devant la porte de mon bureau. Miss Baker m’a compté, durant plusieurs minutes, la longue liste des vertus dont sa fille a hérité. J’aime à rencontrer individuellement chacun des enfants qui entrent à Maeve Queen. Cela me permet d’identifier leurs éventuels besoins, et ainsi d’anticiper, avec mon corps pédagogique, leur intégration dans les meilleures conditions.
- Tes amies doivent beaucoup t’admirer.
Pour la première fois depuis le début de cet échange avec cette gamine si sûre d’elle, son regard vacille. J’ai mis le doigt dessus. De sa main, Evelyn plie nerveusement les revers de sa robe.
- Je préfère passer du temps avec mes parents…
Mon coeur se serre. Cette simple réponse résonne tel un aveu de désarroi. Cette éducation de l’enfant roi n’ouvre que peu de perspectives de sociabilisation avec les autres gosses du même âge. Les gamins n’aiment pas leurs semblables, si ces derniers sont autocentrés et individualistes. Créer du lien est compliquée dans la mesure où celui, dont toute l’attention des parents se focalise spécifiquement et exclusivement autour de lui, ne comprend pas pourquoi les autres enfants ne font pas de même. Son caractère individualiste le coupe de toute notion de partage. Il est persuadé d’être le centre de l’univers. Comment pourrait-il en être autrement ? Il en résulte alors chez ces enfants une douloureuse frustration liée à l’isolement, et au sentiment d’incompréhension pas ses semblables.
- Tu as vraiment une jolie robe, Evelyn.
Un large sourire illumine à nouveau son visage.
- Oh merci, Madame ! Elle a été confectionnée sur mesure pour moi au Gai Chiffon, l’atelier de couture à Pré-au-Lard.
- Elle te va vraiment bien.
J’ouvre le tiroir de mon bureau, et en sort un petit cordon de satin bleu, au bout duquel brille une petite médaille dorée, gravée d’une main en serrant une autre. Les yeux d’Evelyn observent l’objet avec curiosité. J’étais certaine de faire mouche.
- Je voudrais te demander quelque chose, Evelyn. Tu vois ce médaillon ? Il est réservé aux référents d’intégration. J’avais prévu de l’attribuer à un adulte encadrant de l’école.
Je glisse la distinction sous le nez de la gamine.
- Celà te plairait-il d’être ma référente d’intégration ? Ton rôle est simplement de t’assurer que tous tes camarades ne manquent de rien ici, qu’ils sentent bien. Auquel cas, tu viendrais m’en parler.
Evelyn ouvre les yeux en grand, comme éberluée par ce qu’elle entend.
- C’est vrai, Madame la directrice ? Je serai votre… référente ?
- Si tu as envie. Bien sûr, ça veut dire parler avec tous tes autres camarades, qu’ils sachent que tu es toujours là pour eux. Je suis très occupée, alors cela me rendra un grand service si tu acceptes.
L’enfant caresse la médaille du bout des doigts.
- Oh oui, j’accepte ! Je ne vous décevrai pas ! Tous les élèves pourront compter sur moi.
Je me lève en souriant, et d’un geste solennel dispose la distinction autour du cou d’Evelyn, qui ne masque pas sa fierté. J’ai bon espoir, par cette astuce de responsabilisation, de voir bien rapidement cette petite tête blonde faire de son mieux afin d’endosser le rôle de grande soeur attentive auprès de ses camarades.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
EVELYN
Avril 2047
15 heures
Les tables sont couvertes de papiers colorés, de pinceaux qui collent, de ficelles, et de boulettes de pâte à modeler aux couleurs mal assorties. Les enfants s’agitent dans un joyeux bazar, leurs petites mains occupées a créer des dragons dodus, des fleurs qui chantent, et plein d’autres figurines improbables. Un peu à l’écart, Evelyn s’acharne sur sa boule de pâte violette. Ses doigts pincent, tordent, tandis qu’elle râle à voix basse. Chaque tentative finit par une grimace pire que la précédente. Ses yeux se tournent vers la figurine d’un camarade, occupé à achever son petit hibou bien rond, déjà presque réussi. La mâchoire d’Evelyn se serre, au bord des larmes.
- C’est ridicule…
Je la vois, de ma chaise, s’entêter à écraser une à une ses créations. Je soupire. Ces gosses ont l’art de me faire lever les fesses toutes les trois minutes. J’abandonne mon tas de ficelles. J’essayais pour ma part de tresser quelque chose qui ressemblerait à un panier, mais on dirait plutôt une passoire. Et dire que Kristen Loewy porte une de mes créations sur sa tête, quelle misère. Je m’approche de la petite, les bras croisés.
- Eh, princesse ! T’es en train de tuer ta pâte, là. On dirait que tu veux l’écrabouiller pour de bon.
Elle relève la tête, vexée.
- Je voulais faire un cheval ailé, mais ça ressemble à rien.
Silence.
- Les autres font mieux.
Je lève les yeux au ciel.
- « Mieux », « pire »... T’as neuf ans, pas besoin de préparer une exposition pour le musée magique.
La voix d’Evelyn se serre.
- Mais… Je dois réussir. Papa et maman disent toujours que je peux être la meilleure.
Le voilà, le nœud du problème. Ses petits doigts tremblent encore. Elle regarde autour d’elle, comme si tout le monde la jugeait. Je m’assois à côté, j’attrape un morceau de pâte au hasard, et commence à le rouler entre mes paumes.
- Tu sais ce que je fais, moi ? Bah rien d’extraordinaire. Regarde.
Je lui tends une boule à peu près ronde.
- Voilà, j’appelle ça… disons… « la planète patate ». Tu trouves ça beau ?
Elle secoue la tête.
- Ben voilà. Et tu sais quoi ? Je m’en fiche. J’ai rigolé en la faisant, c’est ça le but.
Un silence. Elle hésite, les yeux fixés sur sa boule violette.
- Mais si je suis nulle, les autres ne vont pas m’écouter. Je suis la référente d’intégration. Je dois être la meilleure, sinon ils… Ils vont pas…
Sa voix se brise. Je la coupe doucement, sans hausser le ton :
- Evelyn, être la « meilleure », ça veut pas dire être parfaite. Ça veut dire être là pour eux. Même si ton cheval ailé ressemble à une limace écrasée, ça change rien.
Je prends un autre bout de pâte, et j’y rajoute deux petites ailes ridicules.
- Regarde. La planète patate a des ailes. Maintenant, elle vole. Et alors ? On rigole, non ?
Un petit rire lui échappe malgré elle. Elle essaie de le retenir, mais trop tard, je l’ai entendu. Je sors ma baguette de ma manche, et je la pointe vers mon chef-d’œuvre.
- Tu crois que j’oserais pas la faire décoller, hein ?
Un petit coup de poignet, et hop, la planète patate s’élève en battant ses ailes de traviole, et flotte au-dessus de la table, comme un vieux balai fatigué. Evelyn éclate de rire, mais franchement cette fois-ci.
- Mais c’est ridicule !
Je lui fais un un clin d’œil.
- Exactement ! Et c’est ça qui est génial.
Je laisse retomber la boule dans ma main.
- Quand ton cheval ailé sera prêt, et même s’il n’a que trois pattes, je te jure que je le ferai voler lui aussi. On lui donnera ses vraies ailes, rien qu’à lui.
Elle me regarde sans mot dire, avant de sourire timidement. Ses petites mains reprennent la pâte violette, avec plus de légèreté.
Aprés vingt minutes, la fin de l’atelier approche. Les mioches sont tout excités à l’idée de montrer leurs créations. Evelyn, un peu crispée, dépose son cheval ailé sur la table. L’animal est… Disons qu’il a le cul carré, une oreille plus grande que l’autre, les ailes mal collées, et une patte de travers. Elle baisse les yeux, prête à l’écraser d’un geste. Je l’arrête aussitôt.
- Eh oh, pas touche ! T’as pas oublié ma promesse, j’espère ?
Je sors ma baguette. Tous les gosses se tournent vers nous, intrigués. Un petit mouvement de poignet, un murmure, et le cheval violet se soulève doucement, puis il se met à tourner en rond au-dessus de la table, fièrement. Les enfants éclatent de rire, et applaudissent : « Il vole ! », « Trop fort ! ». Evelyn, elle, ne rit pas. Elle fixe son cheval, puis ses lèvres s’étirent enfin en un large sourire, pas forcé, pas fier pour ses parents, mais juste heureux. Je lui chuchote à l’oreille, assez bas pour que les autres n’entendent pas :
- Tu vois ? T’avais pas besoin qu’il soit parfait. Il fallait juste qu’il soit à toi.
Son regard bleu me fixe, et pour la première fois, j’y vois autre chose que cette pression d’être la meilleure. J’y vois une gamine de neuf ans, fière de son cheval tordu qui vole quand même.
Cassidy Powell - Éducateur à l’école Maeve Queen
Godric’s Hollow
15 heures
Les tables sont couvertes de papiers colorés, de pinceaux qui collent, de ficelles, et de boulettes de pâte à modeler aux couleurs mal assorties. Les enfants s’agitent dans un joyeux bazar, leurs petites mains occupées a créer des dragons dodus, des fleurs qui chantent, et plein d’autres figurines improbables. Un peu à l’écart, Evelyn s’acharne sur sa boule de pâte violette. Ses doigts pincent, tordent, tandis qu’elle râle à voix basse. Chaque tentative finit par une grimace pire que la précédente. Ses yeux se tournent vers la figurine d’un camarade, occupé à achever son petit hibou bien rond, déjà presque réussi. La mâchoire d’Evelyn se serre, au bord des larmes.
- C’est ridicule…
Je la vois, de ma chaise, s’entêter à écraser une à une ses créations. Je soupire. Ces gosses ont l’art de me faire lever les fesses toutes les trois minutes. J’abandonne mon tas de ficelles. J’essayais pour ma part de tresser quelque chose qui ressemblerait à un panier, mais on dirait plutôt une passoire. Et dire que Kristen Loewy porte une de mes créations sur sa tête, quelle misère. Je m’approche de la petite, les bras croisés.
- Eh, princesse ! T’es en train de tuer ta pâte, là. On dirait que tu veux l’écrabouiller pour de bon.
Elle relève la tête, vexée.
- Je voulais faire un cheval ailé, mais ça ressemble à rien.
Silence.
- Les autres font mieux.
Je lève les yeux au ciel.
- « Mieux », « pire »... T’as neuf ans, pas besoin de préparer une exposition pour le musée magique.
La voix d’Evelyn se serre.
- Mais… Je dois réussir. Papa et maman disent toujours que je peux être la meilleure.
Le voilà, le nœud du problème. Ses petits doigts tremblent encore. Elle regarde autour d’elle, comme si tout le monde la jugeait. Je m’assois à côté, j’attrape un morceau de pâte au hasard, et commence à le rouler entre mes paumes.
- Tu sais ce que je fais, moi ? Bah rien d’extraordinaire. Regarde.
Je lui tends une boule à peu près ronde.
- Voilà, j’appelle ça… disons… « la planète patate ». Tu trouves ça beau ?
Elle secoue la tête.
- Ben voilà. Et tu sais quoi ? Je m’en fiche. J’ai rigolé en la faisant, c’est ça le but.
Un silence. Elle hésite, les yeux fixés sur sa boule violette.
- Mais si je suis nulle, les autres ne vont pas m’écouter. Je suis la référente d’intégration. Je dois être la meilleure, sinon ils… Ils vont pas…
Sa voix se brise. Je la coupe doucement, sans hausser le ton :
- Evelyn, être la « meilleure », ça veut pas dire être parfaite. Ça veut dire être là pour eux. Même si ton cheval ailé ressemble à une limace écrasée, ça change rien.
Je prends un autre bout de pâte, et j’y rajoute deux petites ailes ridicules.
- Regarde. La planète patate a des ailes. Maintenant, elle vole. Et alors ? On rigole, non ?
Un petit rire lui échappe malgré elle. Elle essaie de le retenir, mais trop tard, je l’ai entendu. Je sors ma baguette de ma manche, et je la pointe vers mon chef-d’œuvre.
- Tu crois que j’oserais pas la faire décoller, hein ?
Un petit coup de poignet, et hop, la planète patate s’élève en battant ses ailes de traviole, et flotte au-dessus de la table, comme un vieux balai fatigué. Evelyn éclate de rire, mais franchement cette fois-ci.
- Mais c’est ridicule !
Je lui fais un un clin d’œil.
- Exactement ! Et c’est ça qui est génial.
Je laisse retomber la boule dans ma main.
- Quand ton cheval ailé sera prêt, et même s’il n’a que trois pattes, je te jure que je le ferai voler lui aussi. On lui donnera ses vraies ailes, rien qu’à lui.
Elle me regarde sans mot dire, avant de sourire timidement. Ses petites mains reprennent la pâte violette, avec plus de légèreté.
Aprés vingt minutes, la fin de l’atelier approche. Les mioches sont tout excités à l’idée de montrer leurs créations. Evelyn, un peu crispée, dépose son cheval ailé sur la table. L’animal est… Disons qu’il a le cul carré, une oreille plus grande que l’autre, les ailes mal collées, et une patte de travers. Elle baisse les yeux, prête à l’écraser d’un geste. Je l’arrête aussitôt.
- Eh oh, pas touche ! T’as pas oublié ma promesse, j’espère ?
Je sors ma baguette. Tous les gosses se tournent vers nous, intrigués. Un petit mouvement de poignet, un murmure, et le cheval violet se soulève doucement, puis il se met à tourner en rond au-dessus de la table, fièrement. Les enfants éclatent de rire, et applaudissent : « Il vole ! », « Trop fort ! ». Evelyn, elle, ne rit pas. Elle fixe son cheval, puis ses lèvres s’étirent enfin en un large sourire, pas forcé, pas fier pour ses parents, mais juste heureux. Je lui chuchote à l’oreille, assez bas pour que les autres n’entendent pas :
- Tu vois ? T’avais pas besoin qu’il soit parfait. Il fallait juste qu’il soit à toi.
Son regard bleu me fixe, et pour la première fois, j’y vois autre chose que cette pression d’être la meilleure. J’y vois une gamine de neuf ans, fière de son cheval tordu qui vole quand même.
Cassidy Powell - Éducateur à l’école Maeve Queen
Godric’s Hollow