OS Ta faute

Dimanche 5 avril
Dans l’après-midi
Dartmouth


À peine rentré de leur petite visite chez les Meywood, la tension était plus que palpable dans la maison des trois Shell, plus particulièrement entre le père et sa fille. Dianne, elle, sentant bien qu’elle n’avait pas sa place dans la discussion qui allait suivre, décida d’aller ranger son sac à main dans sa chambre afin de laisser les deux autres seul à seul. Il ne fallut pas attendre bien longtemps avant que William ne prenne la parole.

"Tu veux bien m’expliquer où est-ce que tu as eu ce collier ?"

Il n’eu pas besoin de préciser de quel collier parlait-il. Lui demander reviendrait à le prendre pour un idiot. Pour simple réponse, la plus petite se contenta donc d’hausser les épaules… Elle n’avait rien à lui dire.

"Tiffanie, ce n’est pas un jeu. Toi comme moi savons parfaitement d’où provient ce collier. Maintenant, tu vas me dire qui te l’a donné."

Jouer la carte de l’innocence était-il une bonne stratégie? Certainement pas. Mais il était hors de question pour la rouquine de dénoncer son grand-père! Après tout il ne lui voulait rien de mal, n’est-ce pas?

"Je l’ai reçu dans un courrier anonyme…"

L’homme ferma les yeux, tentant de concentrer tout ce qui était en son pouvoir pour ne pas s’énerver contre sa fille… Il savait bien qu’elle était têtue, mais il avait tout de même gardé l’espoir qu’elle se confie à lui sur ce point là.

"Ne me dis rien, tant pis. Mais tu ne reverras pas ce collier de si tôt."

"C’est une blague ?"

"Absolument pas."

Les deux Shell se fixèrent longuement droit dans les yeux. L’une indignée, l’autre déterminé. C’est face à cette scène que Dianne tomba nez-à-nez en redescendant dans le salon. La femme comprit instantanément qu’une dispute pourrait éclater à tout moment, ce qui était plus qu’étonnant venant de son mari avait toujours laissé Tiffanie avoir le dernier mot… L’ex-serdaigle décida donc de détendre l’atmosphère pour parler de quelque chose de bien plus joyeux. Alors, elle se contenta de toussoter légèrement pour attirer l’attention de son époux, ce dernier comprit instantanément le message.

"On en reparlera plus tard ma grande. En attendant, je crois que que ta mère et moi devrions te parler d’un futur petit humain…"

À ces mots, Dianne caressa tendrement son ventre arrondie, comme pour laisser savoir au futur bébé y vivant que l’on allait parler d’elle. Après un roulement discret des yeux de la part de la 2e année, le trio alla s’installer sur le canapé du salon pour pouvoir en discuter.

"Pour commencer, nous voulons t’informer que nous attendons une petite fille."

Dans un élan de complicité, William passa son bras gauche derrière les épaules de sa femme, avant d’enchaîner.

"Nous avons pas mal hésité avant de nous décider pour un prénom, et avons pensé qu’il était important qu’il te plaise à toi autant qu’il nous plaise à nous deux. Et nous savons pertinemment que malgré tout, tu aimerais te sentir plus proche des Shell, c’est pourquoi nous avons pris la décision de respecter cette fois-ci la tradition de la famille de ma mère stipulant que toutes les filles devraient avoir un prénom commençant par la lettre E. Ta petite sœur s’appellera donc Ella."

La mâchoire de la fillette tomba nette. Ils se foutent de moi j’espère… Tiffanie n’avait même pas les mots pour décrire à quel point elle se sentait trahie.

"Donc, si je résume. Vous m’avez nommé en bafouant c’te tradition d’avoir un prénom commençant par un E pour les filles, faisant de moi une déception encore plus grande pour ma famille, et maintenant que savez que j’aimerais me rapprocher d’eux, vous avez décidé de faire un nouveau gosse qui sera elle aussi vu comme étant une erreur mais vous avez bien fait attention à ce qu’elle soit moins décevante que moi en lui donnant ce prénom…

Les deux parents restèrent bouche-bée. Avaient-ils fait quelque chose de mal ? Eux qui pensaient bien faire… Pourquoi Tiffanie ne semblait-elle pas excitée à l’idée de devenir grande sœur ?

"Quoi… Non. On voulait juste te faire plais-"

"Ouais bah c’est raté." coupa la plus petite avant de se lever de table pour se diriger jusqu’aux escaliers. Mais c’est sans surprise que ses deux parents la suivirent, Dianne restant néanmoins devant William.

"Fanny, écoute. Tu sais que cette situation est compliqué pour tout le monde, on a du mal à savoir comment t’aider à te sentir plus à l’aise… Pense à ton père! Lui qui a grandit dans une famille horrible dont il tente de te protéger depuis ta naissance, te voilà à vouloir les idéaliser. Je te rappelle qu’il a été complètement rejeté!"

Dianne tenta tout d’abord de résonner sa fille d’une voix douce, mais ses hormones de femme enceinte avaient vite pris le dessus, lui faisant hausser la voix.

"La faute à qui à ton avis?" Rétorqua la plus jeune. "Si papa ne te connaissait pas il ne t’aurait pas épousé et serait peut-être encore aimé de ses parents et moi aussi! Tout ça c’est arrivé par TA FAUTE! SI TU N’AVAIS JAMAIS ÉTÉ MA MÈRE, SI TU N’AVAIS JAMAIS EXISTÉ J’SERAIS BIEN PLUS HEUREUSE!"

Montant les marches quatre par quatre, les pas plus lourds que jamais, la rouquine s’en alla se réfugier dans sa chambre après avoir claqué la porte derrière elle. Mais à peine eu-t-elle le temps de souffler un coup que la porte s’ouvrît d’une force monstre. Persuadée qu’il s’agirait de sa mère, Tiffanie ne prit même pas le soin de se retourner, mais lorsqu’elle sentit une poigne forte et terrifiante s’accrocher à son épaule pour la retourner de force, elle découvrit avec stupeur qu’il s’agissait de son père… Depuis toute petite, jamais la Serpentard n’avait-elle été réprimandée par William, Dianne était celle qui se chargeait du sale boulot. L’ancien Shell, lui, la gâtait, la chouchoutait, faisait toujours tout ce qui était en son pouvoir pour qu’elle ai la vie la plus parfaite possible. Alors le voir ainsi, le regard noir, le visage rouge de colère prêt à hurler… Jamais n’aurait-elle cru assister à une telle scène un jour dans sa vie. Mais la poigne de l’homme se détendit lorsque celui-ci vit le visage terrifié de son enfant. Il avait l’impression de la voir elle. Eléonore, pétrifiée dès que leur père rentrait dans une pièce. Était-il entrain de devenir comme Philips? Et si il se mettait à la frapper sous le coup de la colère? Dépassé par la situation, le rouquin sorti lâchement de la pièce, s’appuyant sur le mur du couloir du 1er étage, écoutant sa fille pleurer depuis la pièce adjacente.

Il ne s’était jamais senti aussi monstrueux…

Ce nom a été choisit afin de remercier @Ella Figne, la meilleure de toutes les marraines <3

Hébergeuse d’araignées à plein temps
Colonelle du régiment PAC