Portree, Ecosse OS Baguette pointée, enfant blessé

Mercredi 8 avril 2048
14 heures
Jardin, Portree




Par habitude de mon ancien rythme scolaire, mes parents prennent leur mercredi après-midi de congé, pour que nous puissions le passer en famille. Sauf que depuis cette année, il n’y en a plus tellement. En mon absence, ils ont appris à s’occuper autrement, j’ai appris à suivre leur rythme en rentrant. Affalé dans le canapé, je m’ennuie. Mon père est dans le garage, ma mère s’efforce de me faire croire qu’elle nettoie la cuisine sans baguette, alors que j’entends ses recurvite. Je m’étire, les bras tendus vers le haut, ma tête qui passe en dehors du canapé, dans le vide pour voir ma mère, à l’envers.

« - Je m’ennuiiiie !, me lamenté-je
- Révise tes sorts ?, fit-elle en souriant, sachant pertinemment que cette option ne serait pas considérée.
- Pas possible, pas de baguette ! Je lui offre mon plus grand sourire, face à la logique implacable de cette remarque.
- Tu n’as pas quelques parchemins à écrire ?
- Ughh, je les ferai vendred… Je m’interromps car j’entends une balle rebondir fortement sur le bitume de l’arrière cour. Je me redresse aussitôt, me retourne et regarde ma mère, interloqué. Papa joue au basket ?! »

Ma mère hausse les épaules. Je n’ai pas le temps de voir son air inquiet que je fonce dans la cour en attrapant ma vieille paire de chaussures. C’est bien mon père qui joue. Sans moi. Je fronce les sourcils et m’approche en le regardant tirer ses paniers.

« - Tu me proposes pas de jouer ?, lâché-je en lui faisant rater son lancer à trois points.
- Oh, j’ai cru que tu étais occupé, fait-il en souriant et en me tendant le ballon qu’il venait de ramasser. Bien sûr. Tiens.
- Ça fait deux heures que je fais rien. Mon ton et ma prise de balle sont secs, et mon père ne répond pas. Il sait que j’ai raison, et je sais qu’il voulait être seul. Je me recule, fixe l’anneau et le filet, et m’élance pour tirer. Le panier est marqué. Tu vois, c’est pas parce que je suis à Poudlard que je ne sais plus jouer au basket. Son haussement de sourcils me fait comprendre qu’il ne s’attendait pas à cette remarque. Tant mieux. Je récupère le ballon et je le vois attendre de savoir ce que je m’apprête à faire. Ses bras ne sont pas tendus, ils ne réclament pas la balle, il m’observe lui-aussi. Je serre fermement l’objet et lui lance comme si je lui faisais une passe. Une passe franche, directe et de bien trop de force nécessaire. Son corps est secoué et ses pieds font un petit mouvement de recul sous l’effet du coup reçu.

« Before I turn your heart into a ghost town, show me everything we built so I can tear it all down1 »


- Lukas, à quoi tu joues ?, fait mon père d’un ton agacé.
- Rien. Tire ! Je veux que les tirs s’enchaînent. Je veux lui montrer que je sais jouer et que ce fichu château ne m’a pas changé. Je veux que tout soit comme avant !
- Non, je ne vais pas tirer tant qu…
- Tire !, répété-je, énervé qu’il se mette à parler quand je n’en ai pas envie. Pis encore, qu’il me demande de m’expliquer alors que lui même en est incapable. Je m’approche de lui le pas accéléré et lui saisis la balle des mains. Je tire à nouveau. Marque à nouveau. Tu vois ?! Je retourne chercher la balle pendant qu’il ne bouge pas, comme glacé par la scène à laquelle il assiste. Je lui lance et répète ma demande. Tire !

Son corps recule encore un peu plus du mien. La frontière s’élargit à chaque lancer. Je vois son regard dévier vers sa droite. Je me retourne et vois ma mère passer la porte fenêtre, l’air concerné, alertée par mes cris. Les deux se lancent des regards inquiets et cela m’agace, car ils ne parlent pas. Dans sa manche, je peux voir le bout de sa baguette apparaître. Qu’est-ce qu’elle croit pouvoir ou vouloir faire ici ? Je sors de mes pensées lorsque mon père s’adresse enfin à moi.

- Ce n’est pas comme ça que je veux jouer, me fait-il en s’avançant vers moi pour me rendre la balle.
- Et comment est-ce que tu veux jouer ?! Seul ?, m’écrié-je, les poings serrés de colère.

Je saisis la balle qu’il me tend et le silence qu’il m’inflige à nouveau. Il part en direction de ma mère, pour rentrer, et ma peine me fait agir sans que je ne réfléchisse à ce que je fais. Le ballon en main, je le vise de toutes mes forces en direction de mon père qui me tourne le dos.

- Immobulus !, s’écrit ma mère qui ne me quittait pas des yeux depuis le début.

La balle aurait heurté la tête de mon père de plein fouet si ma mère n’était pas intervenue. Il se retourne pour comprendre la réaction de ma mère, et découvre une balle à un mètre de sa tête, figée dans les airs. Ma mère retient les larmes qui lui montent aux yeux, et reste concentrée sur mes mouvements. Est-ce qu’elle aussi me ligoterait pour me parler ? Est-ce qu’elle aussi compte m’interroger sur ma colère lorsqu’elle est évidente à ses yeux et qu’elle la rejette depuis août ? Personne ne parle et ce silence m’enrage. Le ballon retombe et rebondit avant de se poser au sol. Je laisse tomber. Je me dirige vers la maison avant de sentir la main de ma mère passer sur mon épaule.

- Lukas…, fait-elle d’une petite voix désolée et pleine d’émotions.

Je me fige un instant, ferme les yeux et me retourne en un éclair, arrachant la baguette de ma mère qui avait baissé sa garde.

- Lukas ! Ce n’est plus le même ton. Celui-ci est apeuré, frustré, et voilà que la colère se montre aussi.

Je me recule, pointe la baguette vers ma mère deux secondes pour lui faire comprendre de ne rien tenter, et elle se fige. Davantage par la peur de voir son fils dans cet état que de recevoir un sort de débutant, mais elle s’exécute. Je pointe la baguette de ma mère vers mon père qui, lui aussi, me regarde apeuré. Il n’a jamais connu l’effet d’une baguette sur lui. Ma mère n’aurait eu aucune raison de le faire, et même pour s’amuser.. il n’y avait rien de drôle. Ainsi, je lis dans ses yeux de l’angoisse, et j’entends ma mère répéter mon prénom pour que je cesse.

« If my hand is not the one you’re meant to hold, maybe you’d be happier with someone else2 »


- Non, c’est rien Mary, laisse-le, lâche mon père en tendant doucement sa main droite vers elle, lui ordonnant de ne rien faire. Sage décision. Il abaisse sa main et je pourrais presque entendre son cœur battre jusqu’ici. Ou peut-être est-ce le mien. Lukas, s’il te plait..
- S’il te plait quoi ?! Qu’est-ce que tu vas faire ?!, commencé-je la main tremblante, mais l’esprit concentré. Je repense aux conseils de Valerion, sa main, sa promesse, et le fait que mon père n’en ait fait aucune, n’ait tendu aucune main, n’ait rien tenté. Tu sais ce que ça fait si je te lance un sort maintenant ?, hurlé-je des sanglots dans la voix. Je serai renvoyé de Poudlard ! C’est ce que tu veux, non ?! Je lance cette affirmation sans savoir qu’en fait, je ne risque rien, que ma Trace ne peut se trouver sur la baguette de ma mère. Je tente de reprendre mon souffle, mon calme, mais tout est trop difficile.
- Lukas, ce n’est pas ce que je veux. S’il te plait, baisse cette baguette.

« You know I’ll stay don’t you tempt me. But all this weight is getting heavy3 »


Mon regard est noir et je lui en veux d’être si calme, de ne rien dire d’autre que des mensonges. Je tourne la tête vers la balle abandonnée au sol. Je veux lui montrer ce dont je suis capable, mais n’ai pas l’énergie pour m’en prendre à lui. Je fixe la balle.

- Au moins, ma prof ne m’abandonne pas ! Diffin..

Ma mère intervient en une seconde et m’empêche de lancer ce sort en récupérant sa baguette.

- Ça suffit maintenant !, intervient-elle brutalement.

Je lance un dernier regard furieux à mon père et je pars en trombe vers ma chambre, les laissant là à se regarder. Ma mère ne cherche pas à me rattraper ni à me reprocher ce qu’elle fera plus tard. Saisir sa baguette était inconscient et dangereux, mais elle en veut davantage à mon père à cet instant. C’est un regard noir qu’elle lui lance, et il comprend.

- Je t’avais dit, John ! Je t’avais dit d’être là !, lâche-t-elle les yeux embués. Elle m’imite et fixe le ballon, témoin de cette dispute qui marque un tournant dans le camp que je choisis. Baguette pointée vers l’objet, elle termine ce que je m’apprêtais à faire, espérant montrer à mon père ce à quoi il aurait pu assister. Diffindoé ! »

La balle est tranchée tellement fort en deux que le bruit du vent résonne dans leurs oreilles. La sorcière regarde John en un dernier regard furieux, et part rejoindre son fils, déjà allongé sur son lit, les yeux fixés au plafond.




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1 : Avant que je ne transforme ton cœur en ville fantôme, montre-moi tout ce que nous avons construit pour que je puisse le détruire.
2 : Si ma main n’est pas celle que tu es censé tenir, peut-être que tu serais plus heureux avec quelqu’un d’autre.
3 : Tu sais que je vais rester, ne me tente pas.
@Sixtine Valerion pour la mention

Fiche PR - 5e année RP