L'heure des sorcières
22 janvier 2048
Couloir du troisième étage
7ème année
Mes pensées font rage et mes yeux restent grands ouverts sur le plafond de mon alcôve. Je les sens glisser d'un bout à l'autre de mon esprit, comme si leur cheminement m'était physiquement douloureux ; chaque aller-retour les rend un peu plus lourdes et j'ai beau sentir la fatigue me piquer les yeux, je ne parviens pas à baisser mes paupières et trouver l'apaisement qui va de paire avec le sommeil. Dès que mon attention se détourne de ces pensées, une sonnette d'alarme s'allume et me force à me recentrer. Alors mon regard se tourne inlassablement vers le vieux réveil qui me suit depuis mon arrivée à Poudlard.
Je surveille les crans qui séparent la grande aiguille du point le plus élevé de son monotone cheminement. Vingt crans. Et à chaque fois que l'aiguille des secondes effectue un tour complet, ce nombre s'abaisse. Dix-neuf crans. Plus le temps avance, plus mes pensées s'alourdissent, comme entraînées dans une longue chute vertigineuse qui les mènera dans un sombre recoin de mes souvenirs où je ne souhaite pas les voir atterrir. Dix-huit crans et inexorablement le sommeil se refuse à moi malgré mon désespoir de ne pas pouvoir m'enfoncer dans l'oubli d'une longue nuit paisible.
La nuit dernière j'ai fait un drôle de rêve. J'étais dans le laboratoire de maman, au sous-sol de la maison. Elle était là avec moi, maman avec des cheveux qui lui effleuraient tout juste les épaules et une mèche blanche. Elle a levé un minuscule flacon devant ses yeux. « Je l'ai trouvée, Aelle. La solution à ce qui te pèse tant ». Puis elle m'a tendue la fiole et j'ai pu lire l'étiquette qui y était accolée. Venin de Démonzémerveille. J'ai regardé la femme dans ses yeux bleus qui me glacent l'âme : « Une goutte et l'ombre sera oubliée, il ne restera plus rien, rien de plus que les bons moments. Prends-là, Aelle ».
Sa voix me hante encore. Prends-là, Aelle. Cette solution miracle qui te fera oublier le moindre souvenir douloureux et qui par définition te permettra d'avancer sans entrave vers tes objectifs. Prends-là.
Mes yeux se tournent une nouvelle fois vers la pendule. Quinze crans. Je m'entortille dans mes draps pour la regarder plus directement, pour surveiller l'avancée du temps. Mon coeur s’alourdit sans raison. Ou peut-être que je suis trop consciente de la signification de l'heure qui approche.
« Aelle, qu'est-ce qui se passe ? »
Petite voix de Mngwi endormi.
Je me redresse pour le regarder. Son museau est levé vers moi, ses paupières papillonnent de fatigue. Entendre sa voix me secoue : oui, que se passe-t-il, pourquoi est-ce que je tourne en rond, pourquoi je ne me lève pas, pourquoi ne pas suivre l'envie toute simple qui me hante ? Sa voix me fait prendre conscience de la lourdeur de mes pensées. Je n'ai plus envie de rester allongée, plus envie de lutter pour un sommeil qui ne veut pas de moi.
« Rien, Zik, lui chuchoté-je, rendors-toi. »
Il dépose de nouveau sa tête sur ses pattes et ferme les yeux. Un instant plus tard, peut-être une éternité pour lui qui a désormais rejoint le monde des rêves, me voilà debout dans l'obscurité de la chambre en train d'enfiler ma cape d'extérieur. Mes pieds frissonnent dans mes chaussons ; je suis transie de froid.
Je glisse dans la nuit. Mon coeur bat à tout rompre, agité par ma soudaine impatience, mon besoin impérieux de le voir se dresser devant moi, de sentir l'Ombre me couvrir entièrement. Je passe la porte du dortoir et traverse à pas feutrés la Salle commune plongée dans l'obscurité. Je sens le poids de mille regards sur moi. Ce n'est qu'une impression mais elle me fait malgré tout de même frissonner ; j'ai conscience, comme tous les élèves, du risque de sortir en pleine nuit. Surtout maintenant, maintenant qu'elle n'est plus là et que personne ne me protégera si je me fais surprendre en train de d'enfreindre le règlement.
Mais j'ai réellement besoin de le voir, de m'assurer que... Et si elle l'avait laissée pour moi ? Et si c'est ce que signifie son message abscons ? « Quand la lune ne noie pas les étoiles, l'Ombre contemple l'immensité ». Et si à l'intérieur se trouve un mot pour moi, un quelque chose qui annulerait les six derniers mois ?
Je quitte la Salle commune et arpente rapidement les couloirs. Je ne traîne pas, ne fais pas de détour. Je n'ai pas Nyakane avec moi pour surveiller les allers venus des préfets et des professeurs. Ne me reste qu'à être la plus rapide possible et espérer ne croiser personne.
Troisième étage. Un grand couloir à peine éclairé par la lumière extérieure. La lune est à demi visible, aujourd'hui. Elle ne noie pas les étoiles mais le ciel n'est pas si clair que cela. Et là... Là, elle est là. L'Ombre. Je traverse les derniers mètres qui me séparent d'elle.
Enfin, je me poste devant le grand tableau de l'Ombre de la nuit.
Avant ce jour, je n'ai jamais éprouvé le besoin de venir voir ce tableau à cette heure précisément. Le jour, je fais toujours un détour pour l'éviter car il me rappelle inévitablement celle avec qui je partage ses secrets ; il n'y a qu'une fois où je m'en suis approchée sans qu'il soit l'Heure : au début de l'année, et j'ai piétiné mes propres promesses en demandant à Nyakane d'aller voir ce qui se cachait derrière la toile peinte.
Je fais un pas en arrière pour avoir une vue d'ensemble. Derrière la toile j'imagine les nombreux livres qu'elle renferme, la pièce mystérieuse, tous ces secrets à découvrir. Et au devant, barrière de protection incongrue, une toile qui me fait tourner la tête : un champ de blé occupe toute une partie du tableau, les épis sont secoués par un vent sorti d'on ne sait où. Le tableau serait joli s'il n'y avait pas cette immense ombre qui plane sur le champ.
« C'est moi l'Ombre, » chuchoté-je par la force de l'habitude, comme si cette formule que j'ai appris à prononcer dès que je me poste ainsi devant le tableau pouvait apaiser tous mes tourments.
Mais elle ne le peut pas. Alors je vais m'adosser au mur d'en face et j'attends que le temps termine ce qu'il a commencé. Je regrette de ne pas avoir pris de montre. Je n'ai plus qu'à attendre, désormais, attendre que les derniers crans soient avalés par la grande aiguille, qu'il soit l'heure adéquate. Comme toujours, le tableau m'inspire de profondes pensées. Je me laisse porter par elles, aidée en cela par la nuit et son pouvoir : qui n'a jamais tenter de refaire le monde lorsque le soleil quitte définitivement le ciel pour laisser sa place à la lune ?
Tout à coup, sans que rien ne l'annonce, l'Ombre du tableau se meut et dans un calme glissement elle déserte la toile qui n'en demeure pas moins intimidante. Je m'arrache du mur contre lequel j'étais appuyée pour approcher mon nez du tableau et... Oui, la voilà : la serrure qui se cache sous la grande ombre. L'énigme qui l'accompagne est toujours là : je suis clair quand tu m'empruntes. Je disparais quand tu m'oublies.
« Le chemin, » dis-je en toute connaissance de cause.
Effectivement, un chemin se dessine dans le champ de blé ; à lui seul il est une invitation à découvrir tous les mystères qui se cachent derrière cette toile et auxquels je n'aurais plus accès dans six mois, quand je tournerai définitivement le dos à cette école qui m'accueille depuis sept ans.
J'attends. Je ne sais pas ce que j'attends. La serrure me nargue, trou béant au néant si attirant. J'attends mais rien ne se passe. J'attends de longues secondes durant lesquelles le silence me parait être un vacarme douloureux. Ma vue se trouble. Les larmes glissent avant même que je ne prenne conscience de leur présence. Elles dégringolent rapidement et je les essuie aussitôt, surprise de trouver mes joues humides.
Je me laisse glisser au pied du tableau, dos contre celui-ci, recroquevillée sous l'immense toile. Les pensées ne glissent plus dans mon esprit. Elles l'écrasent. J'étais certaine de trouver quelque chose. Un signe, un détail qui aurait prouvé qu'elle pense à moi. Qu'elle a pensé à moi avant de quitter le château. L'espoir qu'elle m'ait laissée la clef qui m'aurait permis d'entrer dans la pièce, et derrière la toile, un mot qui m'aurait rassurée. Je... Nous avons vécu des trucs, non ? Je n'ai rien rêvé ! Nos discussions qui dépassaient les limites, nos transplanages intempestifs à l'antre de sa vouivre, sur le Plateau, ses mains qui se tendent vers moi, l'une claire et alourdit d'une clef, l'autre noircie et riche de promesse. J'ai choisi la seconde. Je l'ai choisie elle. Pourquoi est-ce qu'elle ne m'a rien laissée avant de partir ? Pourquoi n'est-ce pas déchirant pour elle de s'en aller sans regarder en arrière ?
J'avais tant espéré trouver quelque chose que le fait de faire face à cette toile qui ne comporte aucun élément nouveau m'anéantit et me plonge dans un état de béatitude dont je peine à sortir. La peine m'écrase le coeur et m'empêche de respirer normalement. Je parviens au bout d'une éternité à relever mes yeux gorgés de larmes et bouffis de tristesse sur la toile. La serrure est encore là, béante comme il y a deux ans. Sauf qu'aujourd'hui, ce n'est pas la pièce à laquelle elle permet d'accéder dont j'ai besoin. C'est de la femme qui a gardé la clef.
Couloir du troisième étage
7ème année
Mes pensées font rage et mes yeux restent grands ouverts sur le plafond de mon alcôve. Je les sens glisser d'un bout à l'autre de mon esprit, comme si leur cheminement m'était physiquement douloureux ; chaque aller-retour les rend un peu plus lourdes et j'ai beau sentir la fatigue me piquer les yeux, je ne parviens pas à baisser mes paupières et trouver l'apaisement qui va de paire avec le sommeil. Dès que mon attention se détourne de ces pensées, une sonnette d'alarme s'allume et me force à me recentrer. Alors mon regard se tourne inlassablement vers le vieux réveil qui me suit depuis mon arrivée à Poudlard.
Je surveille les crans qui séparent la grande aiguille du point le plus élevé de son monotone cheminement. Vingt crans. Et à chaque fois que l'aiguille des secondes effectue un tour complet, ce nombre s'abaisse. Dix-neuf crans. Plus le temps avance, plus mes pensées s'alourdissent, comme entraînées dans une longue chute vertigineuse qui les mènera dans un sombre recoin de mes souvenirs où je ne souhaite pas les voir atterrir. Dix-huit crans et inexorablement le sommeil se refuse à moi malgré mon désespoir de ne pas pouvoir m'enfoncer dans l'oubli d'une longue nuit paisible.
La nuit dernière j'ai fait un drôle de rêve. J'étais dans le laboratoire de maman, au sous-sol de la maison. Elle était là avec moi, maman avec des cheveux qui lui effleuraient tout juste les épaules et une mèche blanche. Elle a levé un minuscule flacon devant ses yeux. « Je l'ai trouvée, Aelle. La solution à ce qui te pèse tant ». Puis elle m'a tendue la fiole et j'ai pu lire l'étiquette qui y était accolée. Venin de Démonzémerveille. J'ai regardé la femme dans ses yeux bleus qui me glacent l'âme : « Une goutte et l'ombre sera oubliée, il ne restera plus rien, rien de plus que les bons moments. Prends-là, Aelle ».
Sa voix me hante encore. Prends-là, Aelle. Cette solution miracle qui te fera oublier le moindre souvenir douloureux et qui par définition te permettra d'avancer sans entrave vers tes objectifs. Prends-là.
Mes yeux se tournent une nouvelle fois vers la pendule. Quinze crans. Je m'entortille dans mes draps pour la regarder plus directement, pour surveiller l'avancée du temps. Mon coeur s’alourdit sans raison. Ou peut-être que je suis trop consciente de la signification de l'heure qui approche.
« Aelle, qu'est-ce qui se passe ? »
Petite voix de Mngwi endormi.
Je me redresse pour le regarder. Son museau est levé vers moi, ses paupières papillonnent de fatigue. Entendre sa voix me secoue : oui, que se passe-t-il, pourquoi est-ce que je tourne en rond, pourquoi je ne me lève pas, pourquoi ne pas suivre l'envie toute simple qui me hante ? Sa voix me fait prendre conscience de la lourdeur de mes pensées. Je n'ai plus envie de rester allongée, plus envie de lutter pour un sommeil qui ne veut pas de moi.
« Rien, Zik, lui chuchoté-je, rendors-toi. »
Il dépose de nouveau sa tête sur ses pattes et ferme les yeux. Un instant plus tard, peut-être une éternité pour lui qui a désormais rejoint le monde des rêves, me voilà debout dans l'obscurité de la chambre en train d'enfiler ma cape d'extérieur. Mes pieds frissonnent dans mes chaussons ; je suis transie de froid.
Je glisse dans la nuit. Mon coeur bat à tout rompre, agité par ma soudaine impatience, mon besoin impérieux de le voir se dresser devant moi, de sentir l'Ombre me couvrir entièrement. Je passe la porte du dortoir et traverse à pas feutrés la Salle commune plongée dans l'obscurité. Je sens le poids de mille regards sur moi. Ce n'est qu'une impression mais elle me fait malgré tout de même frissonner ; j'ai conscience, comme tous les élèves, du risque de sortir en pleine nuit. Surtout maintenant, maintenant qu'elle n'est plus là et que personne ne me protégera si je me fais surprendre en train de d'enfreindre le règlement.
Mais j'ai réellement besoin de le voir, de m'assurer que... Et si elle l'avait laissée pour moi ? Et si c'est ce que signifie son message abscons ? « Quand la lune ne noie pas les étoiles, l'Ombre contemple l'immensité ». Et si à l'intérieur se trouve un mot pour moi, un quelque chose qui annulerait les six derniers mois ?
Je quitte la Salle commune et arpente rapidement les couloirs. Je ne traîne pas, ne fais pas de détour. Je n'ai pas Nyakane avec moi pour surveiller les allers venus des préfets et des professeurs. Ne me reste qu'à être la plus rapide possible et espérer ne croiser personne.
Troisième étage. Un grand couloir à peine éclairé par la lumière extérieure. La lune est à demi visible, aujourd'hui. Elle ne noie pas les étoiles mais le ciel n'est pas si clair que cela. Et là... Là, elle est là. L'Ombre. Je traverse les derniers mètres qui me séparent d'elle.
Enfin, je me poste devant le grand tableau de l'Ombre de la nuit.
Avant ce jour, je n'ai jamais éprouvé le besoin de venir voir ce tableau à cette heure précisément. Le jour, je fais toujours un détour pour l'éviter car il me rappelle inévitablement celle avec qui je partage ses secrets ; il n'y a qu'une fois où je m'en suis approchée sans qu'il soit l'Heure : au début de l'année, et j'ai piétiné mes propres promesses en demandant à Nyakane d'aller voir ce qui se cachait derrière la toile peinte.
Je fais un pas en arrière pour avoir une vue d'ensemble. Derrière la toile j'imagine les nombreux livres qu'elle renferme, la pièce mystérieuse, tous ces secrets à découvrir. Et au devant, barrière de protection incongrue, une toile qui me fait tourner la tête : un champ de blé occupe toute une partie du tableau, les épis sont secoués par un vent sorti d'on ne sait où. Le tableau serait joli s'il n'y avait pas cette immense ombre qui plane sur le champ.
« C'est moi l'Ombre, » chuchoté-je par la force de l'habitude, comme si cette formule que j'ai appris à prononcer dès que je me poste ainsi devant le tableau pouvait apaiser tous mes tourments.
Mais elle ne le peut pas. Alors je vais m'adosser au mur d'en face et j'attends que le temps termine ce qu'il a commencé. Je regrette de ne pas avoir pris de montre. Je n'ai plus qu'à attendre, désormais, attendre que les derniers crans soient avalés par la grande aiguille, qu'il soit l'heure adéquate. Comme toujours, le tableau m'inspire de profondes pensées. Je me laisse porter par elles, aidée en cela par la nuit et son pouvoir : qui n'a jamais tenter de refaire le monde lorsque le soleil quitte définitivement le ciel pour laisser sa place à la lune ?
Tout à coup, sans que rien ne l'annonce, l'Ombre du tableau se meut et dans un calme glissement elle déserte la toile qui n'en demeure pas moins intimidante. Je m'arrache du mur contre lequel j'étais appuyée pour approcher mon nez du tableau et... Oui, la voilà : la serrure qui se cache sous la grande ombre. L'énigme qui l'accompagne est toujours là : je suis clair quand tu m'empruntes. Je disparais quand tu m'oublies.
« Le chemin, » dis-je en toute connaissance de cause.
Effectivement, un chemin se dessine dans le champ de blé ; à lui seul il est une invitation à découvrir tous les mystères qui se cachent derrière cette toile et auxquels je n'aurais plus accès dans six mois, quand je tournerai définitivement le dos à cette école qui m'accueille depuis sept ans.
J'attends. Je ne sais pas ce que j'attends. La serrure me nargue, trou béant au néant si attirant. J'attends mais rien ne se passe. J'attends de longues secondes durant lesquelles le silence me parait être un vacarme douloureux. Ma vue se trouble. Les larmes glissent avant même que je ne prenne conscience de leur présence. Elles dégringolent rapidement et je les essuie aussitôt, surprise de trouver mes joues humides.
Je me laisse glisser au pied du tableau, dos contre celui-ci, recroquevillée sous l'immense toile. Les pensées ne glissent plus dans mon esprit. Elles l'écrasent. J'étais certaine de trouver quelque chose. Un signe, un détail qui aurait prouvé qu'elle pense à moi. Qu'elle a pensé à moi avant de quitter le château. L'espoir qu'elle m'ait laissée la clef qui m'aurait permis d'entrer dans la pièce, et derrière la toile, un mot qui m'aurait rassurée. Je... Nous avons vécu des trucs, non ? Je n'ai rien rêvé ! Nos discussions qui dépassaient les limites, nos transplanages intempestifs à l'antre de sa vouivre, sur le Plateau, ses mains qui se tendent vers moi, l'une claire et alourdit d'une clef, l'autre noircie et riche de promesse. J'ai choisi la seconde. Je l'ai choisie elle. Pourquoi est-ce qu'elle ne m'a rien laissée avant de partir ? Pourquoi n'est-ce pas déchirant pour elle de s'en aller sans regarder en arrière ?
J'avais tant espéré trouver quelque chose que le fait de faire face à cette toile qui ne comporte aucun élément nouveau m'anéantit et me plonge dans un état de béatitude dont je peine à sortir. La peine m'écrase le coeur et m'empêche de respirer normalement. Je parviens au bout d'une éternité à relever mes yeux gorgés de larmes et bouffis de tristesse sur la toile. La serrure est encore là, béante comme il y a deux ans. Sauf qu'aujourd'hui, ce n'est pas la pièce à laquelle elle permet d'accéder dont j'ai besoin. C'est de la femme qui a gardé la clef.