Un jour comme un autre

La Galerie de Travers
Samedi 25 janvier 2048, 10h45
Avec @Juliette Martin


Aki avait toujours été avide de connaissances et de découvertes, depuis sa plus tendre enfance elle baignait dans les livres et les parchemins en tout genre. Mais son désir d'apprendre se tournait aussi vers le domaine de l'art en général. C'est pourquoi elle décida de profiter de son samedi matin, en ce mois frais de janvier, pour se rendre à La Galerie de travers, une galerie d'art sur le Chemin de Traverse. Si la sorcière avait eu l'occasion d'en découvrir plusieurs durant ses voyages en Europe, elle n'eut jamais l'occasion de se rendre dans celle-ci, malgré les années passées dans le coin.

Emmitouflée dans un épais manteau ainsi que sa grosse écharpe, elle entra dans la galerie le nez encore tout rouge. Elle se découvrit un peu puis se mit à parcourir les allées de la galerie, admirant les peintures et les sculptures avec un regard émerveillé. Elle s'arrêta devant une toile représentant un dragon d'un rouge flamboyant, les écailles brillant sous la lumière. Elle resta là, captivée par l'œuvre, laissant son imagination prendre le dessus.

Elle aurait aimé pouvoir emporter cette toile chez elle pour l'étudier de plus près, mais elle savait que ce ne serait pas possible, alors se contenta donc de rester là un moment, à contempler la beauté de l'art sous toutes ses formes. Pour la métisse, le monde des dragons et celui de l'art étaient deux passions indissociables, deux domaines qui lui permettaient de laisser libre cours à son imagination et à sa créativité.


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Un jour comme un autre
Le mois de janvier est assez spécial pour moi, cette année. Ces quelques années passées à travailler, vivre une vie simple et économiser ont enfin payé. Plus qu'une amélioration de mon confort de vie, j'ai décidé d'investir dans mon avenir en devenant propriétaire. C'est ainsi que, cette semaine, j'ai quitté mon modeste studio usé pour emménager dans mon propre appartement 3 pièces aux poutres apparentes et moulures en plâtre, toujours sur le Chemin de Traverse. Le lieu n'est pas parfaitement neuf, mais il est en excellent état, et je sens que j'ai fait une affaire plutôt bonne. Les rendez-vous à la banque et chez le notaire se sont succédé et je suis repartie avec les clés pas plus tard que mardi.

Pour le moment, le lieu est encore en désordre total : j'ai grand besoin de me fournir en meubles, en rangements, et en décoration. Mais le simple fait de me lever dans un bien immobilier que je possède me met de bonne humeur. Ce samedi, je ne travaille pas avant l'après-midi. Je décide donc de faire un tour sur le chemin, et de faire quelques emplettes. Je m'arrête devant la galerie d'art et admire la devanture. Un ou deux beaux tableaux ne feraient pas de mal, et quitte à acheter, je préfère qu'ils viennent de cet endroit plutôt que de Barjow & Beurk.

Je rentre dans le lieu à pas de loup et fait tranquillement le tour. Peintures et sculptures sont présentées de manière légèrement désordonnée, mais en optimisant l'espace le plus possible. Le lieu semble très peu fréquenté, je crois même que je suis la seule cliente. En avançant un peu, je me rends compte que j'ai tort. Une jeune femme admire le tableau d'un grand dragon rouge, comme si c'était la plus belle chose sur terre. Je le regarde à mon tour : c'est vrai qu'il est impressionnant, mais ce n'est pas mon style. En revanche, la cliente a l'air d'être captivée. Je suis de bonne humeur, donc j'ai envie de m'amuser un peu. Je me demande à quel point elle le voudrait, ce tableau, et si elle se l'avouerait à elle-même.


"Mmh, cette pièce est magnifique, je crois que je vais repartir avec !", je m'exclame, joyeuse. "La couleur du dragon ira parfaitement avec mon canapé", je continue de mentir. Je n'ai pas de canapé.

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Un jour comme un autre
Alors qu'elle pensait être seule, Aki fut surprise d'entendre une voix inconnue commenter la même œuvre. C'était une femme un peu plus âgée qu'elle, et si elle était légèrement plus petite que la noiraude, elle n'en demeurait pas moins charismatique. Pour la métisse qui n'était pas très à l'aise socialement, l'attitude de cette sorcière semblait curieuse, Aki ne savait vraiment comment réagir face à elle.

L'eurasienne regardait son aînée, en silence, conservant son attitude froide et distante. Elle retourna rapidement à l'observation du tableau, et laissa durer le silence encore un peu plus longtemps.

"C'est une pièce magnifique en effet, je vous la laisse si cela vous chante, loin de moi l'idée de me battre avec qui que ce soit pour un tableau.", dit finalement la londonienne d'une voix calme et sans se tourner vers son interlocutrice.

Elle ignorait pourquoi mais selon elle, quelque chose chez cette sorcière était étrange, presque angoissant. La balafrée gardait toute sa contenance mais tout un tas d'idées lui traversaient l'esprit, elle essayait d'imaginer la vie que pouvait avoir une telle femme : Etait-elle mariée ? Travaillait-elle avec les créatures magiques ? Avait-elle vécu un drame pour dégager un tel malaise ? Aimait-elle les belles choses ? Vivait-elle dans l'opulence ?

La seule chose dont la dragonologiste était certaine, c'était que le mystère qui entourait cette femme n'était pas anodin.


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@Juliette Martin

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Un jour comme un autre
J'écoute l'autre cliente s'avouer vaincue avant même de commencer la magnifique joute que je me suis promise et je ne pus m'empêcher d'être un peu déçue. Cette personne n'est pas amusante, à mon sens. Je soupire légèrement et me retourne vers elle.

"Vous qui admirez tant ce tableau, vous n'avez pas l'intention de me convaincre de vous le laisser ? Vous allez simplement me laisser repartir avec alors qu'il est évident que vous le voulez ? C'est bien dommage !" je commence. Au final, je ne sais pas si je suis lassée ou attristée pour elle.

"Vraiment, il faut s'affirmer quand on veut quelque chose. Ne laissez pas les gens vous le prendre." je lui conseille, bien que ça ne sera probablement pas bien reçu. Je regarde rapidement autour de moi pour voir si un vendeur va se décider à faire son travail, mais pas un chat à l'horizon. Je me sens presque obligée de faire leur travail à leur place, si tant est que quelqu'un travaille bien ici. Je reporte à nouveau mon attention sur la dame qui me fait presque face, admirant toujours le fameux tableau au dragon rouge. Je me demande quel genre de dragon il s'agit, car je n'y connais pas grand chose. Je n'ai que faire des créatures magiques : elles ne me dérangent pas mais ne m'attirent pas non plus, et sont loin de me faire vibrer comme ça semble être le cas pour cette dame.

"Vous vous y connaissez, en dragon ?" je lui demande.

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Un jour comme un autre
Aki fut interloquée par le soupir de son interlocutrice, et elle le fut d'autant plus lorsque celle-ci prit la parole pour exprimer ce qu'elle qualifierait presque d'un mécontentement. La noiraude resta impassible face à cette réaction absolument inattendue, elle ne comprenait pas ce que sa passivité pouvait bien faire à la sorcière, elle était libre de faire ce qu'elle souhaitait. L'eurasienne savait qu'elle devait s'affirmer pour obtenir ce qu'elle souhaitait, mais selon elle certaines choses ne valaient pas la peine de se battre.

"Je n'ai pas l'intention de me battre pour si peu vous savez. Je sais obtenir ce que je veux lorsque je trouve cela nécessaire, ce tableau n'est que futilité dans le fond. Je n'ai pas l'énergie pour si peu, mais j'entends votre remarque, je sais qu'elle est importante dans certaines situations.", répondit la dragonologiste d'une voix monocorde ne manifestant pas d'émotion.

Et si cette interaction n'apportait pas grand chose à Aki dans un premier temps, l'intérêt que semblait lui porter son interlocutrice interpella la métisse qui se laissa aborder tant bien que mal. "Disons que je les connais un minimum, je suis responsable de la Réserve des Hébrides. Et vous ? Les dragons éveillent-ils votre flamme intérieure ?", répondit Aki avec sarcasme mais sincérité malgré tout. Même si la trentenaire faisait l'effort de converser avec la femme qu'elle venait de rencontrer, elle demeurait plutôt méfiante.


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membre de l’UDS - #841373

Un jour comme un autre
Je hoche la tête en scrutant l'autre cliente. Je comprends où elle veut en venir, bien que je ne partage pas totalement son opinion. Curieusement, je suis assez intriguée par son esprit et sa manière de réfléchir. Elle dégage une forme de sagesse peu commune, à mon sens.

"Pas tellement." je réponds à sa dernière question, cassant sans doute un peu l'ambiance. "J'imagine qu'ils sont impressionnants et majestueux, mais ce n'est pas pour autant que je m'extasie devant ou que je voudrais en avoir un chez moi". Soudainement, j'ai une vision de ce dragon provenant du tableau, en chair et en os dans mon appartement flambant neuf. Je ris intérieurement face au ridicule de cette scène, le dragon sortant de tous côtés comme Alice dans la maison du lapin blanc.

"Gérer une telle réserve ne doit pas être de tout repos, en tout cas". Bien que je ne partage pas cette passion avec mon interlocutrice, je suis capable de reconnaître que son métier ne doit pas être facile. Je devine d'ailleurs, en la regardant, que c'est à cette profession qu'elle doit ses cicatrices au visage. Je ne les avais pas remarquées avant ce moment, et je ne ressens que plus d'intérêt pour cette personne qui les arbore sans honte ni regret apparents. Cela démontre une certaine force de caractère, qui me donnerait peut-être du fil à retordre si je voulais m'amuser avec elle. Mais cela change aussi des mollassons de l'esprit qui me font tant pitié et que je me donne un malin plaisir à doucement torturer.

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Un jour comme un autre
Il semblait évidemment que cette femme ne partageait pas l'intérêt de la noiraude pour les dragons, et même si cette dernière ne le comprenait pas vraiment, elle ne pouvait juger. "Libre à vous de ne pas leur porter particulièrement d'intérêt, je le comprends, puis j'imagine qu'il y a des choses que vous appréciez qui ne m'intéressent aucunement.", répondit Aki tout sans quitter des yeux la peinture.

N'ajoutant rien, la dragonologiste fut interpelée par la relance de son aînée à propos de son métier. Elle se tourna vers elle, n'affichant aucune expression, mais le temps qu'elle mit à répondre trahit son étonnement. "Effectivement, c'est un métier riche et parfois éreintant. Mais j'apprécie l'action je dois dire.", dit Aki sans sourciller. Elle ignorait qui était cette femme, mais elle sentait le besoin de rester froide et sur ses gardes avec elle, peut-être était-ce dû à son air presque austère. La métisse avait l'habitude des gens distant, elle l'était elle-même d'ailleurs, mais son interlocutrice était plus que ça. Cette fois, la londonienne ne quitta pas des yeux la sorcière pendant quelques instants, prenant le temps de l'observer de la tête aux pieds, dans un silence presque devenu pesant.

"Et vous ? Puis-je vous demander ce que vous faites dans votre vie ?", demanda finalement la trentenaire, cédant enfin à sa curiosité. Elle avait besoin de comprendre un peu plus à qui elle avait affaire.


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membre de l’UDS - #841373

Un jour comme un autre
Aux premiers mots de la femme, je souris. Il est, en effet, peu probable qu'elle se délecte autant que moi des arts sombres, de la magie noire, de la souffrance et de la détresse des gens. Mes hobbies sont peu communs, c'est le moins que l'on puisse dire. Je continue de l'observer un peu. Elle garde les yeux rivés sur le tableau. Je ne sais pas si elle essaye de me faire comprendre qu'elle voudrait que je parte, ou si elle est simplement mal à l'aise. Ou indifférente, peut-être. Je crois qu'elle m'intrigue encore plus, désormais, car elle ne me semble pas facile à déchiffrer. Mais après tout, peut-être que je ne sais juste pas déchiffrer les gens. J'ai souvent l'impression de pouvoir lire en eux comme dans un livre ouvert, mais je peux me fourvoyer. Je regarde à nouveau le tableau, moi aussi.

"Je travaille dans l'allée des embrumes." je lui dis avec franchise. Je laisse s'échapper un sourire en coin, tout en adoptant un regard calme mais sombre. Il est possible que le premier sorcier venu ne s'attende pas à faire ce genre de rencontre dans ce genre de lieu, ou même que la personne soit aussi ouverte à ce sujet. Pourtant, je n'ai rien à cacher. Mon activité professionnelle n'est pas illégale, je ne suis qu'une vendeuse.

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Un jour comme un autre
Aki, qui contemplait de nouveau le tableau, tourna lentement la tête vers la sorcière, ses yeux dévoilant une lueur d'intérêt mêlée de curiosité. La conversation venait de prendre une tournure inattendue, et elle se demanda ce que cette révélation pouvait signifier. Si la dragonologiste fréquentait parfois l'Allée des Embrumes, elle était malgré tout bien loin de faire partie des habitués du lieu.

Après un court moment de silence, la noiraude prit la parole, « L'Allée des Embrumes, c’est original j’imagine. » Ses yeux restaient fixés sur l'inconnue, cherchant à percer le voile de mystère qui l'entourait,.

La trentenaire observait attentivement son aînée, manifestement intriguée. Elle cherchait à repérer le moindre changement dans son attitude, cherchant à comprendre les raisons d’un tel mystère. En fait, la métisse se sentait de plus en plus intriguée par cette rencontre inattendue, se demandant où elle les mènerait toutes deux.

Malgré son visage froid et fermé, les émotions d'Aki oscillaient entre la fascination et la méfiance, créant un mélange complexe qui la poussait à explorer davantage le mystère qui se tenait devant elle dans cette galerie. Elle avait l'impression que cette conversation pourrait la conduire vers des territoires encore plus obscurs et fascinants, mais elle ignorait si elle devait plutôt résister à sa curiosité. Ce dont elle était certaine, c’était qu’elle devait demeurer méfiante à l’égard de cette femme.

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Un jour comme un autre
Je me demande ce que mon interlocutrice pense, mais c'est difficile de deviner. Son visage reste de marbre. Peut-être ne pense-t-elle rien du tout. Ou au contraire, peut-être fait-elle des efforts pour paraître aussi détachée, alors qu'intérieurement ses pensées et sentiments se déchaînent. Est-elle intriguée ? Est-elle apeurée ? Je ne le sais pas, et ça me frustre. Comment faire, pour percer ce masque de porcelaine ?

Je retiens un petit rire à sa remarque. Je pense qu'elle ne sait pas quoi dire.
"Ce qui vous semble original ne l'est pas pour tout le monde. Tout au contraire, je trouve cet endroit parfaitement banal." je lui dis, car j'ai vu bien pire que l'Allée des Embrumes, dans ma vie.

Ce lieu n'est pas aussi sordide que la plupart des gens le pensent. Il est plus sombre et des activités bien différentes s'y déroulent, je ne peux le nier. Mais au fond, il n'est pas si différent du Chemin de Traverse : il est juste moins hypocrite, en un sens. Dans l'allée, les gens ne font pas semblant d'être quelqu'un qu'ils ne sont pas. Ils viennent tels qu'ils sont, sans honte aucune, et sans mentir sur leurs réelles intentions. C'est même bien tout le contraire, ils viennent là pour les attiser, les célébrer. L'allée représente la libération de son côté réprimé, un côté jugé trop sombre ou immoral pour être dévoilé au grand jour.

Je me retourne complètement face à mon interlocutrice.
"Peut-être avez-vous trop pris l'habitude de cacher votre côté sombre, si bien qu'un lieu comme les embrumes vous parait peu recommandable. Ce que les gens ne comprennent pas, c'est que vous y avez tous votre place. Vous ne voulez juste pas vous l'avouer." je lui dis, toujours calme, un sourire malicieux aux lèvres.

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