Votre visage
Mardi 14 juillet 2048
Début d'après-midi
Début d'après-midi
Cela faisait quelques jours que j'y pensais et j'avais demandé à Maman et Papa si l'un d'eux pouvait me déposer au Chaudron Baveur un de ces quatre. Voilà quelques jours que j'étais rentrée à Londres pour l'été et j'avais ce projet en tête : avancer sur mon enquête personnelle portant sur ma tante sorcière disparue.
Depuis deux-trois mois, mon esprit était principalement accaparé par deux "choses" : les révisions pour les examens annuels clôturant ma deuxième année à Poudlard et cette histoire de famille.
Pour la première, les examens s'étaient plutôt bien déroulés et pour l'autre... je n'avais que très peu avancé - faute d'avoir beaucoup d'éléments sur lesquels me pencher.
Je savais que Judith avait été répartie à Serdaigle il y a 28 ans, que le cours de Soins aux Créatures Magiques était l'un de ses préférés - comme moi - et que d'ailleurs, elle avait choisi de travailler avec elles et notamment... les dragons. Elle s'était spécialisée dans ce domaine et, après Poudlard, était partie dans une école d'études supérieures consacrées à l'Etude des Créatures Magiques. En cherchant à la bibli, j'avais appris que cette école était la FSCM - école d'ailleurs qui m'attirait moi aussi mais là n'est pas le sujet - localisée en Irlande.
Je savais aussi à quoi elle ressemblait il y a 18 ans. Merci Granny et sa boîte à trésors remplie de photos et de quelques lettres écrites par Judith elle-même.
Rassemblons les faits : à sa sortie en 2030 de la FSCM, diplômée, Judith, ma tante sorcière donc, a décidé de partir pour l'Europe de l'Est, pour "voler de ses propres ailes" et intégrer un poste de soigneuse de dragons dans une réserve. Projet ambitieux, incroyable, fou. Qui fait aussi un peu rêver - soyons honnête.
Cette tante que je ne connaissais pas à l'exception de photos et de lettres que Granny et 'Man m'ont autorisé à lire, restait un vrai mystère. Que lui était-il arrivé ? Pourquoi tout d'un coup avait-elle arrêté ses échanges épistolaires qu'elle entretenait avec Maman - jusqu'à un peu plus d'un an après son arrivée là bas ? Lui était-il arrivé quelque chose ? Ou bien avait-elle été happée par sa nouvelle vie et avait décidé de couper les ponts ? Ou bien il y avait une autre histoire que Granny, Grand-père ou 'Man ne m'ont pas conté et... pour cette raison Judith avait décidé de mener sa vie de son côté ?
C'était à vous retourner le cerveau et pourtant cette histoire me trottait dans la tête. Aussitôt mes examens terminés, mon esprit était bien plus enclin à se pencher sur cette histoire et dés lors que je suis rentrée à Londres, je m'étais fait la promesse d'essayer d'avancer sur ce mystère. Mais pour avancer sur cette enquête, il me fallait des éléments. Il me fallait rencontrer des personnes qui avait pu la connaître - ça, c'était un peu le point épineux. Pis il me fallait tout simplement me renseigner davantage sur ce qui la passionnait.
Bon, ça c'était aussi une belle paire de manche parce que la thématique des dragons sur Internet revêtait davantage du fantastique, des hypothèses en tout genre et de la fiction. Contenu écrit par des rêveurs qui n'avaient aucune idée que ces dragons qui les faisaient fantasmer étaient bel et bien réels. Et puis plutôt tout sauf inoffensifs ou nombreux.
Je n'avais pas trouvé d'ouvrages dans le monde moldu qui pouvait traiter sérieusement de ce domaine. Mais cela n'était pas réellement un problème n'est-ce pas ?
Il existait un endroit où je pouvais trouver de tels ouvrages. Et puis accessoirement, trouver un ou deux bouquins pour ma lecture personnelle. La librairie Fleury & Bott.
C'est ainsi que j'ai demandé aux parents de me déposer au Chaudron Baveur dans l'idée de "flâner" un peu, acheter un bouquin ou deux, pis p't'être même une nouvelle plume, quelques parchemins... Voilà ce que je leur avait avancé. Bien que la situation à propos de Judith avait un peu décanté avec Maman, j'avais jugé bon de garder mon enquête pour moi.
Maman et Papa avaient été un peu étonnés mais avait accédé à ma requête du moment que je promette d'être à l'heure au Chaudron quand l'un d'eux viendrait m'y récupérer et puis de pas faire de folies avec les sous confiés. "Ils sont normalement destinés à t'acheter tes fournitures pour l'année prochaine" avait dit Papa. Chose que je ne pouvais pour le moment pas faire du fait que cette liste n'était pas encore arrivée à la maison. Argument qui avait pesé dans la balance et Papa m'avait déposé sur sa route pour le travail sans poser davantage de questions. Un livre ou deux, une plume et du parchemin n'allait sûrement pas me ruiner.
Alors, me voilà, poussant la porte d'entrée verte de la librairie. Celle-ci n'est pas encore remplie de tous ces futurs premières années venus acheter la longue liste de manuels. Non, il y avait quelques sorciers et sorcières qui furetaient et l'ambiance était calme - malgré le "bazar organisé" qui tenait lieu de décor. Ici et là, le regard se posait sur des piles de livres traînant au sol, sur des caissettes, tabourets, ou sur les marches d'un vieil escalier de bois menant à une mezzanine.
Tiens, j'y suis jamais encore allé en haut... pensais-je en levant les yeux vers le haut de l'escalier.
Mais bon, j'irais pourquoi pas plus tard. Déjà, commençons par le rez de chaussée. Alors, alors, livres sur les dragons...
Dernière modification par Constance Nelson le 21 mars 2025, 21:52, modifié 3 fois.
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ReducioFatiguée, décalée, étrangère. Voilà comment elle se sentait. Arrivée dimanche soir sur le territoire britannique, Judith se sentait en décalage par rapport à la vie ici. Tout était différent de ce qu'elle avait l'habitude de voir ou d'entendre depuis maintenant des années.
Oui, des années qu'elle n'avait pas remis les pieds ici. Et elle avait changé aussi.
Contrairement à son aller simple pour l'Europe de l'Est datant d'il y a 18 ans, la sorcière avait emprunté le réseau de cheminette international pour arriver jusqu'ici.
Mal à l'aise, reconnaissant vaguement les lieux, elle avait déambulé d'un air incertain dans l'allée principale du Chemin de Traverse, observant autant les lieux, le contenu des vitrines que les gens qui flânaient dans la rue.
Davantage fatiguée mentalement que physiquement, bien que cela faisait à peine 15 minutes qu'elle était arrivée, la brune s'était dirigée machinalement vers l' « auberge » du coin : le Chaudron Baveur. Avec un sourire poli de circonstance, elle avait demandé et réservé une chambre pour au moins 2 semaines, le tout payé en avance. La tenante de l'enseigne l'avait observé avec intérêt mais elle ne s'était pas attardée et s'était retirée rapidement dans ses nouveaux quartiers pour se reposer.
Elle avait bien sûr envoyé un hibou à Aki pour la prévenir qu'elle était arrivée sans encombre et lui confirmer le rendez-vous pris il y a quelques semaines de cela. Puis, en attendant, elle avait tâché de prendre ses marques en retournant le lendemain flâner une petite heure, en observant sinon par la fenêtre les allers et venues des gens et puis en se posant dans un fauteuil avec un bouquin – tâchant de mettre son cerveau en pause. Peine perdue. Elle repensait aux discussions par hiboux qu'elle avait eu avec sa compatriote poudlardienne... Elle triturait encore et encore les souvenirs qui remontaient à la surface de plus en plus sous la forme de rêves. Des rêves mettant en scène sa famille. Celle qu'elle avait "perdu" à cause de ce maudit accident. Mais elle pouvait les retrouver, elle le savait. Et elle le voulait, autant qu'elle en avait peur.
Qui sait comment ils réagiraient ? Cela faisait littéralement des années qu'elle avait perdu le contact avec eux et leurs retrouvailles ne seraient sûrement pas comme dans les contes. Elle savait qu'ils poseraient trente-six questions. Et rien que l'idée de devoir y répondre lui donnait la migraine. Et lui serrait le ventre. Elle-même était mal à l'aise avec cette notion d'amnésie partielle. Cela la rendait vulnérable. Et elle détestait cela. Son amnésie partielle avait brisé en éclats sa vie d'avant. Ce dont elle se souvenait d'eux n'étaient que des fragments éphémères dont la netteté était si troublante une fois ses paupières fermées. Et elle n'arrivait pas à se souvenir de l'adresse, c'était aussi bête à dire que de manger du foin ! Mais bon, ça, ce n'était pas réellement le cœur du problème – elle était une sorcière, elle pouvait se débrouiller pour la retrouver cette adresse. Le fait est que tous ces rêves amenaient des questions. Et ces questions d'autres questions. Etait-elle prête psychologiquement à retrouver où qu'ils soient ses parents ? Répondre à leurs questionnements alors qu'elle n'avait que peu de réponses ?
Elle avait envie de dire que oui, qu'elle se sentait prête. En tout cas, elle était prête à battre ce démon qui prenait le contrôle de sa mémoire. Son retour au « bercail » était un nouveau chapitre dans sa vie.
Cette nuit encore, elle avait rêvé d'eux et d'elle. Un prénom s'était imposé et avait résonné dans sa tête. Mary. Mary. Mary.
Depuis qu'elle s'était réveillée, elle n'avait réussit à penser à autre chose. Elle sentait que ce visage, son visage, était celui de sa sœur. Et elle avait le sentiment qu'elle devait la retrouver.
Mais ce n'était pas à l'origine le projet du jour. Elle devait retrouver Aki, qu'elle n'avait pas revu depuis un an, dans moins de deux heures en bas au comptoir.
Elles allaient parler du bon vieux temps – enfin de ce qu'elle parvenait à se souvenir - parler travail aussi car Aki, comme elle il y avait encore quelques jours, travaillait dans une Réserve de Dragons ici en Angleterre (et elles avaient été collègues en Roumanie). Et puis, Judith se demandait si Aki ne pourrait pas l'aider à combler les trous de sa mémoire et l'aider à retrouver sa famille.
L'aiglonne faisait les cent pas dans sa chambre au Chaudron Baveur, ressassant ses pensées. Et cela ne l'aidait pas à garder son sang-froid. Alors, elle décida de sortir et prendre l'air. Un peu moins de deux heures à patienter... Elle trouverait bien quelque chose à faire.
La sorcière abîmée sort dans la célèbre allée et ses pas la conduisent au-devant d'une librairie. « Fleury & Bott » s'étale sur le fronton de pierres. Sans réfléchir davantage, elle pousse le battant de l'entrée.
***
Ce livre est génial !
Tandis que je feuillette avec attention De l'oeuf au brasier : Guide de l'amateur de dragons, j'oublie un peu pourquoi je suis venue ici à l'origine. Ce livre traite de l'élevage de dragons, allant de la conception de ces-derniers avec moultes explications précises et schémas d'oeufs écaillés de différents gabarits et coloris, au stade adulte qu'ils atteignent tôt ou tard.
Je passe d'une page à une autre, m'arrête de temps en temps pour observer un croquis plus vrai que nature de tel type de dragon, puis revient au sommaire puis à la quatrième de couverture.
Une envie folle me prend de l'acheter puis ma raison me pose la question : Ai-je envie d'acheter ce livre pour son contenu ou pour me rapprocher d'elle ?
Un peu des deux sûrement et... le risque d'un tel achat est une mauvaise réaction de Maman quand elle découvrira le sujet. Il faudrait pas qu'elle imagine que je pars dans les traces de sa sœur disparue. Rien que d'y penser, j'en frissonnerai presque.
Je me rappelle alors les paroles de Granny l'été dernier. Comment avait-elle déjà formuler ça ?
Que Judith et moi, on se ressemblait d'une certaine façon ? Un truc du genre.
Je reste indécise, embêtée par cette pensée, le livre entre mes mains.
D'un point de vue extérieur, toute personne passant par là serait à des lieux de se douter du train de mes pensées. On pourrait penser que je m'interroge sur le fait d'acheter cet ouvrage ou non. Alors que je suis actuellement en train de me demander si Granny a raison. Et si j'aimerais qu'elle ait raison ou non.
Un frisson me parcourt tandis que la porte d'entrée s'ouvre sur une dame. Je ne fais pas vraiment attention à son apparence ou son visage. Son entrée m'a juste fait sortir de mes pensées et je repose méthodiquement le livre sur l'étagère.
Mes réflexions me dérangent à vrai dire. Je n'ai plus envie de... Pff... Allez, faut que j'arrête de penser. Essayons de se focaliser sur autre chose.
Je m'écarte du rayonnage et me dirige vers l'étagère juste à côté qui pour une raison que j'ignore parle de métamorphose. Mais qui a conçu cette organisation de rangement ?!
Je passe le bout des doigts sur les tranches, déchiffrant les titres sans pour autant m'y attarder puis continue ma marche.
J'arrive près d'un présentoir où sont empilés des exemplaires bleutés de Sortilèges malicieux pour sorciers farceurs.
Je m'y arrête et attrape le premier exemplaire à disposition et le feuillette sans réfléchir.
Une présence à mes côtés me fait à peine lever les yeux. Un sorcier un peu bossu qui grommelle tout seul dans sa barbe. Bon. Je me replonge dans mon feuilletage intempestif puis me décide que ce livre n'est pas pour moi. Je le repose et laisse mes yeux errer sans pensées précises autour de moi.
Mon cerveau mouline et je repense à la raison qui m'a poussé à venir ici aujourd'hui. Pourquoi laisser mes pensées dériver autant ? Peu importe que je lui ressemble ou non, ce n'est pas la raison de mon enquête. Oui, d'une certaine façon je me sens proche d'elle alors qu'on ne s'est jamais côtoyé. C'est étrange, c'est un fait. C'est même déstabilisant de ressentir cette envie de vouloir me sentir encore plus proche d'elle en me penchant sur le sujet de sa passion. La raison qui la poussé à partir d'ici.
Embarrassée, je me dirige à nouveau vers l'étagère dévouée à la dragonologie. Une sorcière adulte se tient devant, lisant la quatrième de couverture d'un des bouquins.
Mes yeux se relèvent par réflexe vers son visage, prêts à s'en détourner aussitôt quand...
Mon cœur manque un battement. Que... Comment... Je... ???
Dernière modification par Constance Nelson le 29 juil. 2023, 13:37, modifié 2 fois.
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ReducioJudith était en train de marcher, à pas silencieux, mesurés, à travers les rayonnages. Une odeur de livres anciens se mêle à celle de livres neufs. L'ambiance tamisée provoquée par la lumière du jour filtrant à travers les carreaux donne au rez-de-chaussée un air hors du temps.
Elle a ce sentiment de déjà vu qui la parcourt – sentiment qui lui vient de temps en temps comme si c'était son moi d'avant qui tentait de l'interpeller.
Le regard pensif, elle ne fait pas vraiment attention aux titres des livres bien qu'elle remarque que le rangement ici est particulier. La brune se demande si les ouvrages sont rangés par date, par auteur, par domaine ?
Tout ici est calme, feutré. Invitant à la pause. Ses yeux se posent enfin sur une couverture – comme magnétisés. Évidemment, un livre sur la dragonologie.
Machinalement, elle le saisit, le tourne, le retourne, ses doigts appréciant la texture en cuir de son enveloppe. Elle l'ouvre et son pouce caresse doucement le grain du papier tandis que ses yeux parcourent le sommaire. Elle se demande vaguement si elle a déjà lu cet ouvrage ? Il a l'air assez bien construit et renseigné...
Soudain, alors qu'elle tourne paresseusement les pages, elle sent comme un picotement, là sur le haut de son front. Alors qu'elle lève une main vers celui-ci, ses yeux bruns se lèvent brièvement de sa lecture. Pour se poser sur un visage inconnu, juvénile.
Une jeune fille, à la chevelure châtaine et aux traits fins, la dévisage sans retenue.
Judith fronce légèrement les sourcils, tourne imperceptiblement la tête à droite à gauche, puis se retourne pour constater qu'elle est bien seule en face de l'étagère.
Pourquoi elle me regarde comme ça ? J'ai un truc sur le visage ou quoi ?
La sorcière finit par reculer une mèche de cheveux derrière son oreille et remarque le regard étonné de la jeune sorcière lorsqu'elle bouge sa main.
Mais qu'est ce qu'il y a à la fin ? Pourquoi ne dit-elle rien ? Est ce que je devrais dire quelque chose ?
S'humidifiant la lèvre inférieure, Judith se décide. Elle referme le grimoire et le lève de quelques centimètres dans une gestuelle à l'intention de la jeune fille – âgée tout au plus de 12-13 ans.
C'est ce livre que tu veux ?
Aucun son ne sort de sa bouche. Elle ne veut pas paraître grossière mais Judith n'est pas très habituée des enfants ou pré-adolescents.
En Roumanie, les gens qu'elle côtoyait étaient adultes. Les rares fois qu'elle croisait le chemin d'enfants c'était dans la rue quand elle rentrait chez elle. Autant dire que depuis quelques années, elle n'avait pas vraiment eu d'interactions avec des jeunes. C'était boulot-boulot et sinon...
Son visage se matérialisa dans son esprit. Son ex. Un froncement de sourcil, un mouvement mental pour chasser cette douloureuse image et les souvenirs qui pourraient affluer si elle ne les en empêchait pas... et Judith se racle la gorge.
C'est que ce jeu de regards la mettait mal à l'aise. La jeune fille la regardait avec un air étrange. Pourquoi ?
- Je peux t'aider ? Tu es perdue ?
Deux questions qui franchissent ses lèvres sans qu'elle réfléchisse davantage.
Elle ne sait pas si elle est en capacité de l'aider ou bien si cette jeune fille était perdue ou non mais ce dont elle était certaine, c'était qu'elle voulait mettre un terme à cette inspection visuelle. Par Merlin, elle n'était pas un insecte qu'on pouvait observer à la loupe !
***
Comme si cette photo que j'ai gardé d'elle prenait vie ! Je me sens... surprise, chamboulée, choquée, interdite. Ce n'est pas possible, n'est ce pas ?
C'est forcément mon esprit qui me joue des tours !
Mon esprit tourbillonne sous mon crâne se demandant ce qui était le plus plausible : qu'on m'ait fait ingéré à mon insu une potion d'embrouille méninges ? Que je me trouve face à un clone de ma tante disparue ? Que je me trouve face à une métamorphe ? Que je soit dans une autre réalité ? Ou pire, morte ? Ou bien que je me trouve belle et bien devant une femme qui ressemblait trait pour trait à ma tante disparue.
A l'exception que ses traits sont légèrement vieillis. Ce qui serait logique si je suis face à Judith, disparue depuis une bonne dizaine d'années !
Non, c'est impossible. Je dois me tromper. C'est une ressemblance troublante, voilà tout.
Je suis juste bien plus obsédée que je ne pensais par cette histoire de famille, d'enquête personnelle et me voilà en train de voir Judith partout.
La femme sorcière face à moi me regarde bizarrement. Nos regards se croisent et elle semble se poser des questions à mon sujet. Ses sourcils bien dessinés se froncent à deux reprises. Elle se retourne même avant de me montrer le livre qu'elle tient en main.
Elle ne dit rien et me regarde d'un air incertain. En même temps, je la comprends. Je la regarde. Elle ne me connaît pas. Je sais que je devrais lui adresser un sourire poli, secouer la tête ou lui adresser un signe de tête poli, tourner les talons et m'enfuir mais je ne parviens pas à la lâcher des yeux. Mon cœur commence à battre un peu plus fort. C'est presque irréel. Je ne comprends pas. J'essaie de me convaincre que cette femme ressemble juste à Judith. Ce n'est pas possible qu'elle soit là, devant moi alors que je cherche à savoir ce qu'il est advenu d'elle depuis toutes ces années. N'est-ce pas ?
Oui, Judith est quelque part en Roumanie. Elle est en Roumanie, tentais-je de répéter mentalement. Ce n'est pas elle. Cette femme doit certainement penser que je suis atteinte de folie ou un truc comme ça pour que je la fixe sans me retenir. Combien de secondes se sont écoulées ?
Cette question mentale me fait reprendre pied et je me sens rougir alors qu'elle s'avance d'un pas en me demande si elle peut m'aider, si je me suis perdue.
Cette prise de contact est tout à fait normale et elle doit essayer de comprendre pourquoi je suis là, devant elle sans rien dire.
- Euh, je... non... je... je suis désolée, je... tentais-je d'articuler, ma voix se bloquant dans ma gorge.
Une vague de mortification me saisit et mes yeux fuient le visage troublant.
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ReducioLa jeune fille balbutie quelques mots, son visage prenant une teinte rougissante. Elle semble dans ses petits souliers et Judith - bien qu'un instant plus tôt était autant agacée qu'interloquée - se laisse gagner vaguement par un sentiment de... pitié ? Compassion ?
Puis sa curiosité naturelle reprit le dessus : Qui était cette jeune fille ?
La sorcière se prit à détailler à nouveau la châtaine. Des yeux noisettes curieux, des traits fins, des lèvres minces, une silhouette lambda dans des vêtements moldus. Des cheveux détachés qui tombaient naturellement sur ses épaules et dans le dos. Non, cette jeune fille ne lui disait rien de particulier. Elle ne l'avait jamais vu et son accent typiquement britannique attestait bien qu'elle ne venait pas d'Europe de l'Est.
Sa façon de rougir montrait bien combien elle se sentait embarrassée d'être interpellée de la sorte. Et encore, jugea Judith, elle s'était juste montrée polie. Ne s'était-elle pas rendue compte qu'elle la fixait un instant plus temps sans retenue ?
Depuis quand était-ce une coutume de le faire ?
Judith la considéra avec circonspection. Elle ne savait pas trop quoi ajouter. L'excuse prononcée rapidement par la jeune fille lui glissait dessus. Elle n'avait pas vraiment répondu à sa question. Enfin, à sa question mentale : pourquoi donc étais-tu en train de m'observer de la sorte ?
La question qu'il fallait vraiment se poser était la suivante : pourquoi donc Judith ne passait-elle pas à autre chose ?
C'est vrai, ça ! Elle pourrait soupirer et tourner les talons, poser son livre et reprendre son petit bonhomme de chemin.
Cette hypothétique possibilité future lui traversa certes l'esprit. Mais une question venait de surgir à la surface de son esprit : est ce que cette enfant la connaissait de près ou de loin ?
Maudissant intérieurement sa curiosité malsaine, la brune posa une énième question :
- En est-tu sûre ?
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Votre visage
Mes pieds sont comme glués au sol. Le sort s'acharne-t-il vraiment sur moi ?
La femme me faisant face me scrute et je m'efforce de reprendre le contrôle de mon rythme cardiaque via ma respiration. Inspire, expire. C'est de bonne guerre qu'elle m'observe à son tour.
Lorsqu'elle me demande si je suis sûre de moi, je relève les yeux de mes chaussures pour croiser son regard brun foncé. Je sens mon cœur se serrer et me force à opiner du chef.
Je déglutis et fini par réussir à prononcer quelques mots :
- Veuillez m'excuser Miss. Votre visage... Vous, vous ressemblez fortement à quelqu'un mais, mais je me suis trompée. Je suis désolée.
Sur ces derniers mots, je rebaisse les yeux et tourne les talons aussi vite que si je fuyais un fantôme.
J'ai le souffle coupé tandis que je franchis à la hâte la porte de la librairie.
Je m'arrête dans l'allée et me force à inspirer un grand coup. Puis mes pieds se remettent en route bien que mon cerveau qui peine à suivre le train de mes pensées ne sache pas vraiment où ils me mènent.
Quelques minutes plus tard, me voilà arrêté devant Wiseacres, une boutique d'équipements pour sorciers.
Une brise se lève, faisant voleter mes cheveux comme un nuage autour de ma tête. Une brise bienvenue qui m'aide à m'éclaircir les idées. Je me frotte le visage en me disant que je me suis retrouvée dans une posture bien embarrassante. Est ce le signe que je doive lever le pied sur mon enquête tout juste entamée ?
Je m'ébroue pour chasser cette idée triste. Je n'ai pas envie de lâcher l'affaire. Je dois juste faire attention de ne pas me retrouver dans des situations aussi bizarres. Judith est une pièce importante du puzzle de ma vie. Je ne peux pas l'abandonner.
Bon, par contre, il faut que je me fasse à l'idée que ce ne sera pas la seule fois que croiserais une inconnue lui ressemblant étrangement. A moi de garder la tête sur les épaules.
Sur cette pensée raisonnable, je reprend ma marche et décide de flâner un peu avant de retourner à la librairie. Pas la peine de la recroiser maintenant.
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