Everywhere at the end of time
Public avertie :
mention de dépression, d'idée suicidaire, de tentative de suicide, de crise d'angoisse, maltraitance sur enfant, violence conjugal, hôpital, urgence psychiatrique.
Même la musique qui accompagne peut mettre mal à l'aise de part son ambiance.
D'autres tw risque de s'ajouter.
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Même la musique qui accompagne peut mettre mal à l'aise de part son ambiance.
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9 avril 2048
Il aurait dû faire beau aujourd'hui.
Un orage gronde au-delà de la Manche, tandis que d'épais nuages noirs s'approchent lentement d'eux, si bien qu'on aurait dit que l'automne arrive en avance, à en juger par ce temps maussade, mais cela n'a pas découragé Winnie et Kasey de sortir prendre l'air. "Autant en profiter tant qu'il ne pleut pas", lance Kasey en enfilant une veste. Le combi est garé un peu plus loin, en contrebas, dans un parking réservé au camping. Leur plan est de passer la nuit ici avant de longer la côte. Les deux amis s'approchent des falaises connues sous le nom des sept sœurs. Non, huit désormais, car au-delà de la septième colline, une autre se dessine dans la brume. Le vent mord leurs joues, faisant virer leurs pommettes au rouge. La vue qui se dévoile devant eux est saisissante. La Manche s'étend à perte de vue, agitée et aussi grise que l'océan intérieur de Kasey, mais d'une infime beauté.
Pressés l'un contre l'autre pour mieux braver le vent marin, ils observent le firmament, bien que Kasey jette de temps en temps un coup d'œil à la cordelette à leurs pieds. C'est la limite à ne pas franchir, au-delà de laquelle le danger guette. Le potier se surprend à être tenté. Il veut franchir cette limite. Winnie l'observe du coin de l'œil, perplexe de le voir si intéressé par un simple bout de corde. Elle hausse les épaules et sort son téléphone de sa poche. Puis, aussitôt, elle capture la mer et les falaises, puis Kasey qui semble absent. Elle s'arrête un instant sur sa photo. Ce regard morne ne lui plaît guère. La femme attire son attention en tirant sur sa veste. Son sourire est contagieux, impossible de ne pas y répondre. Alors, ses levres abîmés s'étirent, un peu timide, mais sincère.
Winnie passe son bras par-dessus son épaule et vint braquer l'objectif du téléphone sur eux. Kasey sourit encore plus en voyant son amie faire de même. En une seconde, ce moment à deux est immortalisé. Un fragment de vie pour ne pas être oublié. "Je vais tout garder", lui dit-elle, "ne rien oublier et aider ma mère à se rappeler plus tard." Winnie a une boîte à souvenirs dans son combi, cachée sous le lit, comme le ferait un enfant avec son journal intime. Hier, tard dans la nuit, elle l'avait sortie et l'avait ouverte avec une grande attention, comme si la boîte renfermait le plus beau des trésors. Et c'est vrai. Un pêle-mêle de souvenirs encadrés, marqués par les rires et les larmes. "Pourquoi garder ce qui est douloureux ?", avait demandé Kasey. "Parce qu'oublier, c'est commettre les mêmes erreurs", avait répondu
Winnie, le sourire triste.
Et il y a des erreurs que personne ne souhaite répéter. La mauvaise personne, le mauvais verre, le mauvais chemin. La même conclusion. Des larmes. Beaucoup de larmes. Parfois, aucune issue. À l'exception d'une. Cette limite à ne pas franchir que Kasey aime observer. Quelle est l'erreur qu'il ne veut plus commettre ? Celle de ne pas avoir été assez lâche.
L'orage est bien loin, mais la pluie, quant à elle, déferle sans vergogne. Une tempête digne d'un déluge qui écourte leur promenade. Dans des éclats de rire, à peine protégés par la veste de Kasey, les deux amis courent aussi vite qu'ils le peuvent pour regagner le combi. Par chance, ils ne sont pas trop trempés, si bien qu'au bout d'une petite heure, ils sont presque secs. Pour le reste de la matinée, ils écoutent de la musique, chantent à tue-tête et jouent aux petits chevaux.
Le calme avant la tempête, diront certains.
Une vérité criante.
Winnie s'endort, épuisée après leur courte nuit. Kasey est tout aussi fatigué, mais il lui est impossible de trouver le moindre répit. Il est à fleur de peau. Le tic-tac du réveil l'irrite autant que la pluie battante. Ses vêtements le grattent. Il étouffe dans le combi. Non, ça ne va pas. La panique monte, il rumine. Tout revient avec violence, comme une claque en plein visage. Et Kasey n'arrive pas à faire face. Il ne se sent pas assez solide pour gérer cela en permanence. Cette honte. Cette colère. Cette rancœur. Les souvenirs persistants qu'il aimerait arracher de sa mémoire. Il ne peut plus supporter ce gouffre qui le ronge et le dévore. Ses ongles s'enfoncent dans sa peau, laissant des traces rouges. Il respire avec force, tentant de calmer les battements frénétiques de son cœur.
Il sait qu'il est sur le point de commettre une connerie.
Alors il fuit, encore.
Au moment où Winnie ouvre les yeux, elle sent immédiatement que quelque chose ne va pas. Le silence qui règne dans le combi est bien trop lourd à son goût et Kasey est introuvable. Au début, elle tente de se rassurer en se disant : "Peut-être qu'il aime se balader sous la pluie ?", se remémorant que sa mère apprécie ce genre de moments. Elle aussi, parfois. Cependant, l'inquiétude grandit en elle lorsqu'après une dizaine de minutes, elle n'a toujours aucune nouvelle et qu'elle finit par découvrir un mot posé sur le siège passager :
"J'suis désolé, mais j'dois partir. J'sais pas si j'reviendrai. Peut-être. J'en sais rien. Les choses sont compliquées. Prends soin de toi."
Elle reste immobile pendant un moment, pétrifiée, tandis que l'effroi la saisit au plus profond de son être. C'est également quelque chose que sa mère fait régulièrement avant de disparaître dans la nature, lorsqu'elle est en pleine crise. Et elle sait comment cela se termine.
Elle quitte le combi précipitamment, ne prenant même pas la peine de verrouiller la porte derrière elle. Le sort du véhicule lui importe peu, car Kasey est bien plus précieux à ses yeux et chaque seconde compte désormais. Ce déluge s'abat sur elle, ajoutant un poids supplémentaire à sa course effrénée nourrie par l'inquiétude. Elle est prise de nausée tant ça la rend malade, mais elle s'accroche. Alors qu'elle s'approche de la falaise, Winnie a cette désagréable sensation de s'en éloigner malgré ses efforts. La panique la ronge et elle s'attend déjà au pire. Elle sait qu'une fois la limite franchie, il n'y a plus de garde-fou. La culpabilité ne tarde pas à s'inviter dans son maelstrom, laissant une amertume en elle. Elle sait depuis hier que quelque chose ne va pas, que Kasey glissait déjà entre ses doigts. Tous les signaux étaient au rouge : les moments d'absence, le manque soudain d'appétit, cette nuit blanche - peu importe ce qu'il prétend, Winnie sait qu'il n'a pas dormi. Et elle a préféré être aveuglée, séduite par son sourire rassurant et ses yeux d'une innocence enfantine, alors qu'il donnait l'impression de tout découvrir.
Un mensonge.
Un terrible mensonge.
Elle franchit la limite imposée par cette cordelette qui ne devait pas arrêter grand monde. Au bord de la falaise, elle scrute la mer agitée et pendant une seconde, elle croit mourir.
C'est un océan qu'elle doit braver.
Il aurait dû faire beau aujourd'hui. Un magnifique soleil aurait dû illuminer un ciel sans nuage, avec une chaleur étouffante et une mer calme. Mais au lieu de cela, un orage gronde au-dessus de lui, faisant vibrer l'air d'électricité. La mer, colérique, se déchaîne avec une force implacable. Le froid le tenaille, tandis qu'il est ballotté autant par le vent que par les vagues qui le submergent dans un tourbillon d'écume salé. En un instant, il est emporté par l'océan qui l'engloutit, sans pouvoir distinguer le rêve de la réalité, perdu dans un autre monde, un Ailleur.
Il ignore pourquoi il a succombé, pourquoi il a franchi cette limite. Il y a trop de réponses possibles à cette question. La peur, le manque de confiance en soi, l'incapacité de voir une issue plus favorable. Partir, tout simplement. Cesser de souffrir, de ruminer, de pleurer la nuit, de subir les insomnies, d'être un poids mort.
Il mérite bien un peu de repos, n'est-ce pas ? C'est tout ce qu'il souhaite. La paix, le vide, le néant. Alors, il se laisse couler, car c'est bien plus simple, moins épuisant. Mais s'il veut tant s’en aller, pourquoi se sent-il soulagé quand une paire de mains l'agrippe ? Quand cette odeur de cerise, de pomme et de lilas se mêle à l'air iodé ? Il sait que c'est Winnie, elle sent comme sa "Amortencia" qu'il a concoctée un jour en cours de potion. Une odeur apaisante qui l'arrache de cette dérive. Épuisé, il s'accroche du mieux qu'il peut à son amie, elle qui nage pour deux jusqu'au rivage, le tirant hors de la mer et de ses courants.
Elle, le phare qui s'érige en pleine tempête.
Winnie ignore comment elle a réussit, mais par miracle, elle parvient à ramener Kasey à l'abri. Une fois à l'intérieur du combi, ce dernier s'effondre sur le plancher, épuisé. Il tremble de froid, ses dents claquent, tandis que Winnie verrouille la porte et tire les rideaux pour les isoler du tumulte extérieur. Une fois cette étape accomplie, elle se penche doucement vers Kasey, saisit son visage et le prévient : "Tes vêtements sont trempés, tu risques de tomber en hypothermie. Je vais devoir te déshabiller, tu comprends ?" Bien qu'il soit ailleurs et incapable de comprendre pleinement, il acquiesce, permettant à son amie de le dévêtir jusqu'à ne lui laisser que son caleçon.
Winnie s’apprête à récupérer une couverture par la suite, mais son regard s'attarde sur les stigmates qui marquent le corps de Kasey. Elle se demande d'où cela vient, pourquoi est-il autant marqué par les cicatrices. À cette pensée, un sentiment de honte l'envahit. Elle n'a pas le droit de regarder sans sa permission. Aussitôt, elle couvre Kasey de la couverture et l'aide à rejoindre le lit. Puis, elle se déshabille à son tour et s'enveloppe d'une autre couverture trouvée dans un tiroir. Malgré cela, le froid persiste, la poussant à allumer le chauffage du combi.
Une fois installés a droite de Kasey, Winnie observe attentivement son visage marqué par la fatigue et la détresse. Elle se blottit contre lui, cherchant à lui transmettre un peu de chaleur et de réconfort, tandis qu'elle frotte doucement son dos, apaisant les frissons qui le parcourent encore. Le temps s'écoule lentement, laissant place à un calme fragile qui berce le potier. Ce dernier finit par s'endormir, sa tête reposant sur les genoux de Winnie dont les doigts caressent à présent ses cheveux. Elle l'observe avec inquiétude. Est-ce que tout ira bien à partir de demain ? Non, bien-sûr que non, rien n'est aussi simple.
Malheureusement.
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"Je préfère pas, raconter ça, personne n’y croit" Pomme - _Jan carte de noël color : #A47786 |
Absence : 00.00.00 à 00.00.00 Activité : grosse baisse |
Everywhere at the end of time
À l'étroit dans l'armoire sous l'escalier se trouvent elle et Hector, son frère aîné. Tout deux sont coincés entre l'aspirateur et la serpillère, à l'étroit, si bien qu'ils sont obligés de se presser l'un contre l'autre dans une position inconfortable. Hector couvre les oreilles de sa cadette avec ses mains et lui demande de réciter la dernière poésie qu'elle a apprise à l'école. Winnie s'exécute sans poser la moindre question, sa voix couvrant les cris de sa mère et le bruit des assiettes brisées.
— "Pleasant Sounds
The rustling of leaves under the feet in woods and under hedges;
The crumpling of cat-ice and snow down wood-rides, narrow lanes, and every street causeway"
Dans son dos, elle peut sentir Hector sursauter par moments, sans qu'elle puisse discerner ce qui l'effraie précisément. Tout pourrait être à l'origine de cette réaction : la voix de papa, les pleurs de maman, les menaces proférées à leur encontre, les coups qui résonnent. Pendant ce laps de temps, Winnie récite assidûment sa poésie, comme on le lui a demandé :
— "Rustling through a wood or rather rushing, while the wind halloos in the oak-toop like thunder;
The rustle of birds' wings startled from their nests or flying unseen into the bushes;"
De temps en temps, Hector renifle et ses mains se resserrent d'autant plus autour des oreilles de Winnie dans le maigre espoir qu'elle n'entende rien. Tout son corps se tend quand des pas s'approchent de l'armoire, eux qui font aussitôt demi-tour, lourds et menaçants. Puis les cris reprennent, un chaos qui perdure depuis des années sans qu'aucune personne extérieure à la famille n'intervienne.
— "The whizzing of larger birds overhead in a wood, such as crows, puddocks, buzzards;
The trample of robins and woodlarks on the brown leaves, and the patter of squirrels on the green moss;"
Les voisins sont pourtant bien au courant, difficile de ne pas l'être avec ces murs fins comme du papier. On peut entendre la voisine du haut s'adonner à des galipettes, la vieille dame du bas regarder cette série terminée depuis les années 90 et leur père hurler à en perdre la voix dès la goutte de trop. Parfois, c'est Hector qui en est victime, parfois Winnie, lorsque les deux enfants ne sont pas assez rapides pour se cacher. Leur père vielle à ne jamais toucher leurs visages pour ne pas alerter les services sociaux. Il est conscient de ce qu'il fait et c'est probablement ce qui rend la situation encore plus effroyable. Il veut faire du mal et il le fait parce qu'il en a le pouvoir et toute l'impunité nécessaire, car qui se soucie d'une femme battue et de ses deux enfants ? Personne. Aux yeux de la plupart, ils doivent forcément le mériter, et certains diront que ce ne sont pas ces "petites claques de temps en temps" qui vont les tuer.
— "The fall of an acorn on the ground, the pattering of nuts on the hazel branches as they fall from ripeness;
The flirt of the groundlark's wing from the stubbles- how sweet such pictures on dewy mornings, when the dew flashes from its brown feathers!"
Ainsi, tout le monde ferme les yeux, car ce ne sont pas leurs affaires.
La porte d'entrée claque, signe que leur père vient de quitter l'appartement, probablement pour aller se saouler dans le bar en face de leur immeuble. Pourtant, Hector ne bouge pas et continue de tenir Winnie tout contre lui, elle qui vient de finir de réciter sa poésie. Soudain, quelqu'un frappe doucement à la porte et ce n'est qu'à ce moment-là que les enfants se permettent de sortir.
La nuit est finalement tombée, et eux, ils se sont éloignés des côtes et de la mer. Kasey s'est aussitôt endormi, tandis que Winnie a décidé de rouler encore quelques kilomètres sans vraiment savoir où aller. Enfin, si, elle le sait. Après tout ça, la moldue aimerait rentrer chez elle, se cacher sous son lit avec quelques friandises et "Dancing Queen" en fond. Elle aurait pu le faire, seulement, que faire pour Kasey ? Le laisser seul dans un tel état n'est pas envisageable et ce serait irresponsable de sa part. Winnie tapote le volant avec le bout de ses doigts et observe de temps en temps Kasey depuis le rétroviseur, la tête ailleurs. Cette situation la préoccupe et elle ne voit qu'une seule solution à ce problème, qu'importe si l'idée ne lui plaît pas. Kasey a besoin d'une aide qu'elle n'est pas à mesure d'offrir.
Au bout du compte, Winnie emprunte l'autoroute et se dirige vers Londres.
L'hôpital est empreint de cette odeur stérile qui n'a rien d'apaisant. Assise inconfortablement sur une chaise, Winnie attend avec Kasey dans une salle prévue à cet effet. Les murmures lointains des conversations et le rythme des pas dans le couloir semblent se fondre avec ses pensées anxieuses. Les hôpitaux, elle les fuit, et ce pour de multiples raisons. Chaque coin de ce bâtiment évoque en elle des souvenirs douloureux, des moments d'angoisse et d'incertitude. C'est ici qu'elle a vu le jour, mais c'est aussi là qu'elle attendait pendant des heures les soins nécessaires lorsque son père allait trop loin, que ce soit pour elle, pour sa mère ou même pour Hector. Chaque fois, il fallait inventer de nouvelles excuses pour justifier les bleus et les coupures qui les parsemaient. "Je suis tombé dans l'escalier", "j'ai glissé en voulant grimper à un arbre", "je me suis coupé avec une assiette quand cette dernière m'a échappé des mains". La plupart des soignants se satisfaisaient de ces réponses, d'autres insistaient pour connaître la vérité. Winnie y pense souvent ; plus d'une fois, Jane, sa mère, aurait pu dévoiler la stricte vérité, mais l'emprise est perverse et son père s'était assuré de rester indispensable pour maintenir la famille sous sa coupe et en faire ce qu'il désirait.
Elle se ronge les ongles, tandis que son regard erre sans but dans la salle d'attente. L'incessant tic-tac amplifie son malaise. Les murs blancs et les longs couloirs la ramènent à des moments où elle aurait préféré être ailleurs. Chaque bruit, chaque odeur, chaque sensation la transporte dans le passé, alors que son cœur est pris de tachycardie. L'attente semble interminable et Winnie aimerait que tout se termine au plus vite, que les images de son enfance et adolescence volées arrêtent de la hanter. Les cris, les pleurs, les bleus et le sang. Elle a l'impression d'étouffer dans cet environnement qui évoque trop de choses néfastes. Son instinct lui hurle de fuir, mais malgré tout, elle s'efforce de ne pas bouger d'un iota. Elle sait pourquoi elle est là, malgré la douleur que cela lui inflige. Elle est présente pour Kasey, pour le soutenir dans ce moment difficile. Pour lui, cet inconnu à peine rencontré et pour qui elle ressent déjà de l'attachement. C'est curieux, d'ailleurs, jamais la moldue ne s'est éprise de quelqu'un de la sorte et aussi vite. Quoi qu'il en soit, elle ne compte plus lâcher sa main, maintenant qu'elle le tient.
Ce dernier est muet depuis plusieurs heures, déphasé, ailleurs. Les cernes sous ses yeux semblent creuser davantage son visage, donnant à sa pâleur déjà inquiétante un aspect fantomatique. Winnie tient sa main avec force, non seulement pour se donner du courage à elle-même, mais aussi pour transmettre son soutien à Kasey. Ils sont tous les deux en urgence psychiatrique, attendant patiemment qu'un psychiatre se libère pour une consultation, mais c’est long. Winnie jette un coup d'œil vers son ami et se demande si lui aussi, il aimerait être ailleurs que dans cette salle d’attente. Plus d'une fois, de manière irrationnelle, la moldu a parfois eut cette étrange sensation d'y attendre la mort.
Une porte grince en s'ouvrant et tous deux sursauts de surprise. Un médecin s'approche d'eux, le visage doux, empathique. Il les accueille d'un sourire tendre et invite Kasey à entrer dans son bureau. Winnie serre davantage sa main, anxieuse à l'idée qu'il s'en aille même pour une petite heure. Ils s'observent un instant en silence, leurs yeux parlent pour eux, puis à contrecœur, Winnie finit par le lâcher et le laisser partir. Elle déteste les hôpitaux.
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Everywhere at the end of time
— 999, je vous écoute ?
— C'est ma maman... elle est... elle est inconsciente, mais elle respire, madame, les mots de Winnie se glissent entre ses sanglots, la voix chargée d'angoisse. Mon frère, il... il va vraiment mal, sa tête lui fait très mal et... il saigne aussi.
*Bruit de clavier frénétique*
— Qu'est-il arrivé, ma petite ?
— Je... enfin... c'est mon papa, ce matin, il était vraiment en colère et il a bu beaucoup d'alcool...
— C'est lui qui a fait du mal à ta maman ?
— Oui, à ma maman, et aussi à mon frère.
— Et toi, ma chérie ? T'a-t-il fait du mal ? demande l'opératrice d'une voix douce et préoccupée.
— Non, j'ai réussi à me cacher...
*Un bref instant de silence, ponctué par le son des touches d'un clavier*
— Est-ce que ton père a frappé ta maman avec ses mains ? Un objet ?
— Je ne sais pas... attendez un moment, Hector ? Tu sais ce qui est arrivé à maman ?
*Une voix à peine audible en arrière-plan*
— Euh... elle a été frappée avec plusieurs assiettes, puis avec ses mains, très fort, et Hector dit qu'elle a reçu des coups de pied dans le ventre.
— Et ton frère ? Comment est-il blessé ?
— Pareil, il a été frappé à la tête et il s'est coupé en marchant sur des morceaux d'assiettes.
*Encore des sons de clavier*
— Des secours sont en route, ma grande, ils seront là très rapidement, assure l'opératrice d'un ton réconfortant. Et ton père, où est-il en ce moment ?
— Il est parti... je ne sais pas où il est, répond Winnie en reniflant. Mais... mais j'ai peur qu'il revienne, mon père revient toujours...
*Une brève hésitation, suivie par le son des touches d'un clavier*
— Ne t'inquiète pas, ma chérie, j'ai déjà contacté la police... vous êtes en sécurité maintenant. Tu as quel âge ?
— J'ai dix ans et demi.
— Et ton frère ?
— Treize ans.
— Est-ce que l'un de vous peut allonger votre maman sur le côté en attendant les secours ?
— Hector ? Peux-tu mettre maman sur le côté, s'il te plaît ?
*silence*
— C'est bon, madame.
— C'est bien ma puce, les secours arrivent dans trois minutes, tu vas voir, tout ira bien.
— Est-ce que ma maman va survivre ?
— Je prie de tout cœur pour qu'elle s'en sorte, ma chérie. Reste forte.
Elle se ronge les ongles, son regard rivé vers la pendule dont les aiguilles semblent flirter avec l'immobilité. Cette heure semble interminable, chaque seconde s'étire dans une agonie silencieuse, si bien que dès Kasey sort enfin du bureau, accompagné du psychiatre, Winnie bondit de sa chaise, prête à partir.
— Alors ? interroge-t-elle dès qu'ils sont à sa portée.
— Nous n'allons pas le garder sous surveillance, répond le médecin. La crise est passée et, de toute manière, il se sentira plus à l'aise chez lui.
Il se tourne vers Kasey.
— Mais restez vigilants, et au moindre problème, revenez, d'accord ?
— Je le promets... merci pour tout.
— C'est parfaitement normal. Prenez soin de vous.
Le psychiatre s'éloigne, laissant Winnie guider Kasey vers la sortie, puis vers le van, libres de quitter cet environnement aseptisé. L'hôpital s'estompe derrière eux à mesure qu'ils roulent, quittant le centre-ville et son tumulte pour des quartiers plus calmes. Un silence étrangement apaisant se tisse entre eux. Un moment de quiétude au cœur de la tempête, même si l'inquiétude persiste.
Du coin de l'œil, Winnie observe Kasey qui vient tout juste de déplier un dessin réalisé par un enfant.
— As-tu des enfants ? ne peut-elle s'empêcher de demander.
— Hein ? Oh non, ce sont mes filleules qui me l'ont offert... il était dans ma poche, je l'ai complètement oublié...
— Quel âge ont-ils ?
— Les jumeaux ont onze ans et le petit dernier en a neuf.
Avec précaution, Kasey plie le dessin et le glisse dans la poche de sa veste. Il ne dit rien de plus, l'air préoccupé. Winnie l'avise un instant, avant de se garer près d'un parc et coupe le moteur.
— Comment te sens-tu ?
Elle s'attend à ne recevoir aucune réponse, c'est pourquoi elle est surprise d'entendre Kasey marmonner :
— Je ne sais pas... c'est un peu chaotique dans ma tête, mais ça va mieux ? Oui, j'ai l'impression que ça va mieux...
Tandis que Winnie l'observe attentivement, Kasey, lui, fixe ses chaussures.
— Nous avons parlé...
— Tu n'es pas obligé, le coupe-t-elle rapidement.
— En fait, j'aimerais bien t'en parler... Il m'a posé beaucoup de questions sur ma vie, mes relations, sur ce que je ressentais.
— Et qu'as-tu ressenti ?
— Beaucoup de colère, enfin... de la rage. Envers moi-même, envers tout le monde. Beaucoup de douleur aussi, et par moments, un vide qui me tord les entrailles et pourquoi j'ai envisagé de... sa voix reste en suspens, puis il reprend : je pensais trouver un peu de paix au milieu de cette tempête interminable. Je pensais reprendre le contrôle d'une vie dans tout ce chaos. Je n'ai rien contrôlé depuis des mois, je ne me sens pas moi-même, comme si je ne vivais tout à travers une vitre sans être là, ailleurs. Je pensais... je pensais pouvoir rétablir l'équilibre d'une manière ou d'une autre et qu'il n'y avait que cette issue.
À mesure qu'il parle, Winnie entrelace doucement ses doigts avec les siens. Voyant qu'il hésite, elle demande :
— Et comment te sens-tu maintenant ?
Le silence plane pendant un moment, Kasey pesant chaque mot avec soin. Son visage se détend peu à peu, sa mâchoire tremblote légèrement et des larmes glissent le long de ses joues.
— Je n'en ai aucune idée... c'est étrange de se livrer ainsi à un inconnu, mais ça m'a fait du bien, tu sais ? Comme si je me délestais d'un fardeau... mais en même temps... j'ai l'impression d'avoir ouvert une boîte que je n'aurais jamais dû ouvrir et ça me terrifie... j'ai peur d'avoir empiré les choses.
La femme secoue doucement la tête, puis de sa main libre, elle relève délicatement le visage de Kasey pour le regarder dans les yeux.
— Ce n'est pas encore fini, chuchote Winnie. Les traumatismes, la dépression, ce sont des blessures qui exigent beaucoup de temps pour guérir. Ça peut prendre des années avant que la lumière ne perce vraiment l'obscurité, et d'ici là, il y aura des hauts et des bas, des moments où tout semblera insurmontable... mais Kasey, tu ne seras pas seul. Tu as ta famille, tes filleules qui semblent t'adorer, et moi, même si nous ne nous connaissons que depuis peu.
Jamais auparavant, Winnie n'a tenu la main de quelqu'un avec autant de force, excepté celle de sa mère.
— Je serai là, veillant à ce que tu te relèves chaque fois que tu tomberas.
Car si autrefois, c'est une étrangère qui, à travers un téléphone, a sauvé sa mère et a prié pour eux, maintenant c'est à son tour d'apporter son aide à quelqu'un. La peur dans les yeux de Kasey s'adoucit, mais la douleur, elle, reste ancrée. Le chemin sera long, sinueux. Le potier se lâche dans un long sanglot aussi incontrôlable que le chaos qui a dominé sa vie ces derniers mois. Winnie caresse tendrement sa joue du bout des doigts, puis l'enveloppe de ses bras.
— Est-ce que ma maman va encore dormir longtemps ? Je veux ma maman... sanglote Winnie, blottie dans les bras d'Anna, sa grand-mère.
— Elle va bientôt se réveiller, ma chérie, répond le médecin. Son état s'est stabilisé au cours des dernières heures, elle a simplement besoin de se reposer.
— Et...
La voix d'Anna reste en suspens, tandis qu'elle observe un instant la petite fille qui s'accroche à sa jambe avec une force désespérée.
— Est-ce que tout ira bien ? marmonne-t-elle finalement.
Le médecin hésite, Winnie peut le voir dans ses yeux. La femme portant une blouse blanche s'agenouille près d'elle, un sourire doux éclairant son visage, même s'il sonne étrangement faux à cet instant. La petite n'est pas dupe : les adultes semblent toujours trouver des excuses pour rester seuls, mais qu'est-ce qu'ils se disent qu'elle n'a pas le droit de savoir ?
— Ma puce, ma collègue garde des bonbons à l'accueil. Tu n'as qu'à dire que tu viens de ma part, d'accord ? Et prends-en quelques-uns pour ton frère.
— Et ma maman ?
— Nous prendrons soin d'elle en attendant que tu reviennes, je te le promets.
Non sans traîner des pieds, l'enfant quitte la pièce, ferme lentement la porte derrière elle, puis y colle aussitôt son oreille. Cette fois, Winnie est déterminée à savoir, c'est son droit après tout, non ? Cependant, elle comprend presque rien et du peu qu'elle réussit à saisir, il est question de cerveau, de séquelles et l'idée que sa maman ne va pas si bien que ça se dessine lentement dans son esprit.
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