Alyssa adorait les balades avec ses parents, d'autant plus lorsqu'ils se rendaient dans les collines loin de tout. Mais ce qui était encore mieux, c'était lorsque sa cousine Winter, son oncle et sa tante, se joignaient à leur famille. Dans le cas échéant, la blondinette pouvait sans problème marcher une centaine de mètres devant ou même s'écarter des sentiers pour monter -plus ou moins- dans les arbres et arbustes se dressant sur son passage, et tout cela tant que Winter et elle restaient bien ensembles.
Le problème aujourd'hui : Winter et ses parents n'étaient pas présents, chose qu'Alyssa trouvait particulièrement dommage en ce dernier jour du mois d'Août... Qui signait également son dernier jour en tant qu'enfant libre. Car, dans l'ombre du Soleil qui commençait à se coucher à l'horizon, se cachait une réalité bien plus fatale à ses yeux : la rentrée était demain. Oui, demain. Cela faisait désormais des mois que les parents d'Alyssa, Daniel et Sara-Lee, ne cessaient de la bombarder d'instructions, de consignes, de règles de prudence. Tant de mots, de phrases, qui finissaient par tourner en boucle dans la tête de la fillette en perdant tout leur sens.
Pourtant, elle avait compris : chez les moldus les bols et les tasses ne volaient pas, les hiboux ne livraient pas le courrier, un balai ne servait qu'à nettoyer. Alyssa était donc fin prête pour sa rentrée ! Même si se retrouver assise dans une salle en compagnie d'inconnus, pour toute une journée, pour toute une semaine, pour toute une année, n'était vraiment pas à son goût.
Heureusement, l'air était frais en cette soirée d'été anglais et Alyssa avait pensé à emporter avec elle son super bâton de marche : il s'agissait d'un bâton parfaitement épais pour sa petite main, tordu de manière unique, et ne ployant pas une seule fois sous son poids de plume. Le meilleur bâton du monde en résumé. La petite fille progressait à quelques pas devant ses parents pour cette balade quasiment nocturne qui ne lui procurait aucune peur. Car la peur n'était pas une émotion connue d'Alyssa, ah ça non !
- Suis bien le chemin, Alyssa !, s'éleva la voix de Sara-Lee dans le dos de la petite qui ne ralentit pourtant pas l'allure.
Il devenait un peu ennuyeux ce chemin, même le bruit de son fidèle bâton frappant les cailloux ne parvenait plus à suffisamment occuper l'enfant dont l'esprit s'éparpillait à nouveau. Elle entendit ses parents s'immobiliser, peut-être que les lacets des vieilles baskets de son père s'étaient à nouveau défaits ? Il était amusant de savoir que Daniel éprouvait toujours une légère difficulté à les renouer malgré son expérience de grand sorcier. En même temps, son père ferait mieux de faire comme sa fille : porter des baskets à scratch ! Bien plus pratique.
Et si on faisait autre chose ?
Ni une ni deux, Alyssa s'engouffra dans les fourrés bordant les cailloux éparses qui délimitaient le chemin. Ce dernier n'avait qu'à être mieux tracé ! A pas rapides, la fillette s'éloignait désormais de ses parents sans idée particulière derrière la tête, à part celle de se divertir une dernière fois avant la funeste rentrée. La nuit commençant à tomber, une toute nouvelle nature s'éveillait doucement : un mulot passa entre les pieds d'Alyssa qui n'en fut pas vraiment surprise -après tout son fidèle bâton était là pour la protéger au besoin.
Des voix s'élevaient dans le dos d'Alyssa, l'appelant sans aucun doute. Mais l'enfant était maintenant obnubilée par la vision d'un crapaud, vert luisant, qui se confondait sur les pierres moussues bordant une mare qu'elle n'avait pas même remarqué. Un pas de plus et la blondinette aurait finit les quatre fers en l'air dans l'eau vaseuse. Mais elle s'était immobilisée juste avant et se trouvait même maintenant accroupie, regardant désormais l'animal d'un œil intéressé. Ce dernier se passa une langue paresseuse sur son museau, ses yeux renvoyant un reflet trouble et rêveur, son dos se soulevant doucement au rythme de sa respiration. Il ne semblait nullement conscient d'être au centre d'un spectacle ne comptant qu'une unique spectatrice, aussi intéressée pouvait-elle être.
*POC*
Le crapaud plongea, et quelqu'un referma ses mains sur les épaules d'Alyssa qui glapit de surprise. Une voix lui étant familière s'éleva alors :
- Alyssa, je t'avais pourtant dit de ne pas t'écarter du chemin !
C'était son père qui la regardait dans un mélange d'inquiétude et de soulagement, il referma alors sa main sur la petite paume de la blondinette.
- Viens, allons rejoindre ta mère, elle nous attend.
Alyssa soupira, pourquoi devait-elle à ce point rester dans le droit chemin ?